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Les désastres n’abrogent pas les lois économiques

Par Philippe David

Je sais que ce que je vais vous dire ne me rendra pas très populaire, mais dans le sillage de la série d’ouragans qui font rage dans les Antilles et chez nos voisins du sud, il est important de savoir pourquoi les lois économiques existent et pourquoi il faut résister à la tentation de les empêcher de faire leur travail.

Pendant les jours qui précèdent l’arrivée d’un désastre comme un ouragan, nous assistons toujours a une frénésie de préparations qui incluent l’achat effréné de denrées essentielles comme l’eau en bouteille, la nourriture en conserve, etc. Les sages auront déjà des réserves pour pallier à des situations d’urgence. Ceux qui ont déjà vécu le passage d’un ouragan auront probablement déjà une réserve d’eau dans leur sous-sol, mais beaucoup vont se laisser prendre au dépourvu et se précipiteront au magasin pour acheter autant de caisses d’eau qu’ils peuvent apporter, peu importe s’ils en ont besoin d’autant que ça ou non. On voit donc des gens sortir des magasins avec une dizaine de caisses de bouteilles d’eau, alors qu’en réalité, ils pourraient probablement survivre la situation d’urgence avec deux ou trois caisses. Le résultat inévitable est que dans un court laps de temps, toutes les tablettes sont vides et si vous avez eu le malheur de ne pas vous être levé assez tôt ce matin là, vous n’en aurez pas du tout.

De l’autre côté, il y aura ceux qui profiteront de la situation d’urgence pour vendre ces items à des prix exorbitants. Ils sont haïs de tous. On les traitera de crosseurs et de profiteurs de vouloir se remplir les poches grâce à la misère des autres et ils le sont probablement, mais ils auront de l’eau à vendre quand tous les autres n’auront plus une seule goutte. Devrait-on les en empêcher? Beaucoup d’états américains interdisent cette pratique et si vous approuvez de ce genre d’interférence gouvernementale dans le marché, c’est probablement parce que vous ignorez les conséquences.

Le système de prix

Ce qu’il faut comprendre est que dans l’économie, les prix fluctuent constamment au gré de l’offre et de la demande. Pour tout ce qui peut se vendre à n’importe quel moment donné, les quantités seront limitées. Si, pour un item en particulier, la demande excède la quantité disponible, les prix auront tendance à monter et plus la demande sera forte et plus les prix grimperont. À l’inverse, si un item est trop abondant, son prix baissera. L’effet de ces fluctuations de prix sera d’inciter d’une part les acheteurs de l’item qui est trop en demande à s’auto-rationner. Si un ouragan approche et que l’eau en bouteille est à $5 la caisse, vous allez probablement en emporter autant que vous pourrez. Si le prix grimpe subitement à $20 la caisse, vous allez certainement réviser la quantité à la baisse à un nombre plus réaliste. Ceci aura non-seulement l’effet d’étirer les stocks actuels et permettre à plus de gens d’acheter de l’eau, mais sachant qu’on peut vendre cette eau à quatre fois son prix normal, des gens d’autres régions hors de la zone de pénurie déploieront des ressources considérables pour apporter des caisses d’eau dans cette zone, permettant ainsi à d’autres de pouvoir avoir accès à de l’eau potable. Le système de prix agit comme un système automatique de rationnement.

À $5/caisse. Les gens emporteront jusqu’à 10 caisses (facilement), à $20 ils se limiteront probablement à 2 ou 3 caisses et à $50, ils n’en prendront qu’une. Si le magasin n’a que 100 caisses en stock, à $5 la caisse, 10 clients auront de l’eau, à $20 on aura de 30 à 50 clients qui sortiront avec de l’eau et finalement à $50 la caisse, 100 clients sortiront du magasin avec une caisse chacun. En plus, les prix plus élevés feront en sorte que des gens en dehors de la zone amèneront de l’eau le lendemain dans l’espoir de faire un coup d’argent et les magasins auront du stock sur les tablettes le lendemain, alors que si on laissait le prix à $5 la caisse, il n’y aurait aucun incitatif à se précipiter pour apporter des nouveaux stocks dans la région et la pénurie perdurera pendant des jours. Objectivement, on voit que si on laisse le prix augmenter, on a une meilleure allocation des stocks d’eau et on s’assure qu’il y aura un renouvellement rapide des stocks alors que si on empêchait ces prix d’augmenter, quelques gens se retrouveraient avec beaucoup plus d’eau qu’ils pourraient en avoir besoin, mais beaucoup seraient incapables d’en trouver et ils n’en trouveraient pas plus le lendemain ou le surlendemain.

Et les pauvres?

Vous allez certainement me dire «Ben oui! Et les pauvres vont souffrir si on laisse faire. Ils n’auront jamais les moyens de payer $50 pour une caisse d’eau! On ne peut pas en laisser certains s’en mettre plein les poches! C’est immoral!»

Oui, je comprends. Peu importe ce qu’on fait, des gens vont souffrir et n’auront pas suffisamment d’eau. Sauf que si on empêche les augmentations de prix, la crise durera plus longtemps et beaucoup plus de gens souffriront de la pénurie que si on laisse le système de prix faire son travail de rationnement.

Après le désastre…

Une fois l’ouragan passé, il faudra reconstruire. On aura besoin de beaucoup plus de matériaux de construction et de main d’œuvre qu’on aurait besoin en temps normal. Comment attirer ces ressources dans la zone sinistrée rapidement? En augmentant le prix de ces matériaux et la main d’œuvre bien sûr! Vous pouvez peut-être vous fier aux gouvernements, mais les bureaucraties gouvernementales sont souvent lentes à réagir . L’appât du gain donne généralement des meilleurs résultats peu importe ce que vous pouvez en penser. Le père de la science économique moderne, Adam Smith, parlait de la main invisible du marché. Le système de prix du marché fait en sorte que les mauvais traits humains comme l’avidité et l’appât du gain peuvent servir le bien commun. Une fois la situation d’urgence passée, l’offre et la demande feront en sorte de baisser les prix jusqu’à ce qu’ils retrouvent leur niveau normal et même un peu plus bas pour écouler les surplus.

Quand on vit dans une zone ou frappent des désastres de façon plus ou moins fréquentes, comme la Floride ou le Texas ou dans le fameux «Tornado alley» du mid-west, il est sage de toujours avoir des réserves. Vous vous évitez ainsi bien des ennuis et vous ne paierez pas des prix exorbitants pour des denrées essentielles par manque de prévoyance. Même ici au Québec, la tempête de verglas de 1998 a démontré que nous ne sommes pas à l’abri des sautes d’humeur de Mère Nature. Avoir le nécessaire pour survivre une situation d’urgence pendant une semaine n’est pas un luxe, même ici. La meilleure solution sera toujours de ne pas vous laisser prendre par surprise.

Éloge au travail à bon marché

Smokey Mountain. L'alternative aux sweat shops pour les pauvres.

Un vieil adage dit que si vous donnez un poisson à un homme, vous le nourrirez pour un jour. Donnez-lui un filet et apprenez-lui à pêcher et il pourra se nourrir pour la vie. Si la plupart d’entre nous n’ont aucun problème à donner un poisson, ceux qui veulent fournir le filet essuient souvent l’ire des bien pensants qui considèrent ça comme de l’esclavage et de l’asservissement. Comment pouvons nous oser exploiter ces pauvres gens en les payant une pitance pour satisfaire nos besoins de consommation? Je ne tenterai pas de vous expliquer moi-même, méchant droitiste exploiteur que je suis; je vais plutôt laisser une icône de la gauche le faire pour moi. Il n’arrive pas souvent que je sois d’accord avec Paul Krugman, l’économiste/chroniqueur du New York Times, titulaire du Nobel d’économie de 2008 pour ses travaux sur le commerce international et la globalisation, mais pour une fois je suis complètement en accord avec son article sur le site Slate. Je me permets de le traduire et de le reproduire ici pour votre bénéfice.


Paul Krugman

Éloge au travail à bon marché

De mauvais emplois mal payés sont mieux que pas d’emploi du tout.

Par Paul Krugman

Publié sur Slate le 21 mars 1997.

Traduit de l’anglais par Philippe David



Pendant plusieurs années, un énorme dépotoir connu sous le nom de Smokey Mountain était le symbole préféré des médias de la pauvreté du tiers-monde. Plusieurs milliers d’hommes, femmes et enfants vivaient dans ce dépotoir – supportant la puanteur, les mouches, et les déchets toxiques afin de gagner sa vie en fouillant les ordures pour de la ferraille et autres matières recyclables. Et ils vivaient là volontairement, parce que les 10 $ qu’une famille de squatteurs pouvait gagner dans une journée était meilleurs que les alternatives.

Les squatteurs sont partis maintenant, enlevé de force par la police philippine l’année dernière comme un geste cosmétique à l’avance d’un sommet du Pacifique. Mais je me suis trouvé à penser à Smokey Mountain récemment, après avoir lu mon dernier lot de courrier haineux.

L’occasion était un éditorial que j’avais écrit pour le New York Times, dans lequel j’avais fait remarquer que si les salaires et les conditions de travail dans les nouvelles industries d’exportation du Tiers-Monde sont effroyables, ils sont une grande amélioration sur «la pauvreté moins visible en milieu rural qu’il y avait précédemment. » Je suppose que j’aurais dû m’attendre à ce que ce commentaire génère des lettres du genre: «Eh bien, si vous perdez votre position confortable comme un professeur américain, vous pouvez toujours trouver un autre emploi – aussi longtemps que vous avez 12 ans et êtes désireux de travailler pour 40 cents l’heure. »

Cette indignation morale est commune parmi les adversaires de la mondialisation – du transfert de technologie et de capital de hauts salaires vers les pays à bas salaires et la croissance résultant du labeur intensif du secteur des exportations du tiers monde. Ces critiques considèrent comme acquis que n’importe qui fait l’apologie de ce processus est naïf ou corrompu, et, dans les deux cas, un agent de facto des capitaux mondiaux dans son oppression des travailleurs à l’étranger.

Mais les choses ne sont pas si simples, et les lignes morales ne sont pas si claires. En fait, permettez-moi de faire une contre-accusation: Le ton moral élevé des adversaires de la mondialisation n’est possible que parce qu’ils ont choisi de ne pas pousser leur réflexion jusqu’au bout. Alors que les gros bonnets capitalistes peuvent bénéficier de la mondialisation, les plus grands bénéficiaires sont, eh oui, les travailleurs Tiers Monde.

Après tout, la pauvreté mondiale n’est pas quelque chose récemment inventée pour le bénéfice des sociétés multinationales. Revenons en arrière au tiers monde d’il y a deux décennies (et tel qu’il est encore, dans de nombreux pays). En ces jours, même si la croissance économique rapide d’une poignée de petits pays asiatiques a commencé à attirer l’attention, les pays en voie de développement comme l’Indonésie ou le Bangladesh étaient encore essentiellement ce qu’ils avaient toujours été: des exportateurs de matières premières, importateurs de produits manufacturés. Des secteurs manufacturiers inefficaces desservant leurs marchés intérieurs, à l’abri derrière les quotas d’importation, mais qui généraient peu d’emplois. Pendant ce temps, la pression démographique poussaient les paysans désespérés dans la culture de terres de plus en plus marginales ou à chercher un moyen de subsistance de toutes les façons possibles – comme quadriller une montagne d’ordures.

Compte tenu de cette absence d’autres possibilités, vous pouviez embaucher des travailleurs à Jakarta ou Manille pour une bouchée de pain. Mais dans le milieu des années 70, la main d’œuvre bon marché ne suffisait pas à permettre à un pays en voie de développement de concurrencer sur les marchés mondiaux pour les produits manufacturés. Les avantages retranchés des nations avancées – leur infrastructure et leurs savoir-faire technique, la taille beaucoup plus grande de leurs marchés et leur proximité avec les fournisseurs de composants clés, leur stabilité politique et les adaptations sociales subtiles, mais essentielles qui sont nécessaires à l’exploitation d’une économie efficace – semblait l’emporter sur une multiplication par dix ou vingt fois de la disparité des taux de salaire.

Et puis quelque chose a changé. Une combinaison de facteurs que nous ne comprenons toujours pas – les barrières tarifaires plus faibles, l’amélioration des télécommunications, des transports aériens moins chers – ont réduit les inconvénients de la production dans les pays en voie de développement. (Toutes autres choses étant égales, c’est toujours mieux de produire dans le Premier Monde – des histoires d’entreprises qui ont déplacé leur production au Mexique ou en Asie, puis sont retournées après avoir connu les inconvénients de l’environnement du Tiers Monde, sont communes.) Dans un nombre important d’industries, les bas salaires ont permis aux pays en voie de développement de pénétrer les marchés mondiaux. Et donc les pays qui avaient autrefois survécu en vendant des articles en jute ou du café ont commencé à produire des chemises et chaussures de sport à la place.

Les travailleurs de ces usines de chemises et espadrilles sont, inévitablement, très peu payés et doivent endurer de terribles conditions de travail. Je dis «inévitablement» parce que leurs employeurs ne sont pas en affaires pour leur santé (ou celle de leurs travailleurs), Ils vont payer aussi peu que possible, et ce minimum est déterminé par les autres possibilités offertes aux travailleurs. Et ce sont des pays encore extrêmement pauvres, où la vie sur un tas d’ordures est attrayante par rapport aux alternatives.

Et pourtant, partout où les industries d’exportation se sont implantées, il y a eu des améliorations mesurables dans la vie des gens ordinaires. C’est dû en partie au fait qu’une industrie en croissance doit offrir un salaire un peu plus élevés que ce que les travailleurs pourraient obtenir ailleurs afin de les inciter à se déplacer. Plus important encore, cependant, la croissance du secteur manufacturier – et la pénombre d’autres emplois que le nouveau secteur de l’exportation crée – a un effet d’entraînement dans l’économie. La pression sur la terre devient moins intense, donc les salaires ruraux augmentent; le bassin de chômeurs citadins toujours soucieux de se trouver du travail rétrécit, forçant les usines à se concurrencer les unes avec les autres pour les travailleurs et les salaires urbains commencent également à augmenter. Lorsque le processus a duré suffisamment longtemps – comme en Corée du Sud ou Taïwan – le salaire moyen de commencer à approcher ce que l’adolescent Américain peut gagner chez McDonald’s. Et finalement, les gens ne sont plus désireux de vivre dans les dépotoirs. (Smokey Mountain persiste parce que les Philippines, jusqu’à récemment, ne prennenr pas part à la croissance alimentée par les exportations dont jouissent ses voisins. Les emplois qui paient mieux que le tri d’ordures sont encore rares.)

Les avantages de la croissance économique alimentée par les exportations pour la masse des gens des pays nouvellement industrialisés ne sont pas une question de conjecture. Un pays comme l’Indonésie est encore si pauvre que des progrès peuvent être mesurés en termes de combien la personne moyenne reçoit à manger, depuis 1970, par l’apport par habitant est passée de moins de 2 100 à plus de 2 800 calories par jour. Un choquant un tiers des jeunes enfants souffrent encore de malnutrition – mais en 1975, la proportion était plus de la moitié. Des améliorations similaires peuvent être vus tout le long de la côte du Pacifique, et même dans des endroits comme le Bangladesh. Ces améliorations n’ont pas eu lieu parce que les gens bien intentionnés dans l’Ouest ont fait quoi que ce soit pour aider – l’aide étrangère, jamais grande, a récemment été réduite à presque rien. Il n’est pas le résultat des politiques bénignes des gouvernements nationaux, qui sont aussi impitoyables et corrompus que jamais. Il est le résultat indirect et involontaire de l’action des multinationales sans âme et rapace des entrepreneurs locaux, dont la seule préoccupation était de tirer parti des possibilités offertes par les bénéfices du travail à bon marché. Ce n’est pas un spectacle édifiant, mais peu importe la bassesse des motifs des personnes concernées, le résultat a été d’amener des centaines de millions de personnes de la misère à quelque chose de terrible, mais néanmoins encore nettement mieux.

Pourquoi, alors, l’indignation de mes correspondants? Pourquoi l’image d’un indonésienn cousant des espadrilles pour 60 cents de l’heure évoquent sentiment plus violent que l’image d’un autre indonésien gagnant l’équivalent de 30 cents l’heure à essayer de nourrir sa famille sur une petite parcelle de terre – ou d’un philippin faisant le tri sur un tas d’ordures?

Le principal élément de réponse, je crois, est une sorte de délicatesse. Contrairement à l’agriculture de subsistance famélique, les femmes et les enfants dans l’usine d’espadrilles travaillent à des salaires d’esclaves pour notre bénéfice – et cela nous fait sentir souillé. Et alors il y a des demandes bien-pensantes des normes internationales du travail: Nous ne devrions pas, les adversaires de la mondialisation insistent, être disposés à acheter ces chaussures et ces chemises à moins que les gens qui font les reçoivent des salaires décents et travaillent dans des conditions décentes.

Cela semble juste – mais l’est-ce? Pensons aux conséquences en profondeur.

Tout d’abord, même si nous pouvions assurer les ouvriers dans les industries d’exportation du Tiers-Monde de salaires plus hauts et de meilleures conditions de travail, cela ne ferait rien pour les paysans, les journaliers, les éboueurs, et cetera qui composent la plus grande partie des populations de ces pays. Au mieux, forcer les pays en voie de développement d’adhérer à nos normes de travail créerait une aristocratie privilégiée de travail, laissant la pauvre majorité pour compte.

Et il ne pourrait même pas faire ça. Les avantages des industries établies du Premier Monde sont toujours formidables. La seule raison que les pays en voie de développement ont pu rivaliser avec ces industries, est leur capacité d’offrir de la main-d’œuvre bon marché aux employeurs. Refusez-leur cette possibilité et vous pourriez aussi bien leur refuser la perspective de continuer la croissance industrielle, et même renverser la croissance qui a été réalisée. Et puisque la croissance à vocation exportatrice, pour toute son injustice, a été un avantage énorme pour les ouvriers dans ces nations, quoi que ce soit qui ralentit cette croissance est certainement contre leurs intérêts. Une politique de bons emplois en principe, mais aucuns emplois en pratique, pourrait apaiser nos consciences, mais ce n’est pas favorable à ses bénéficiaires présumés.

Vous pouvez dire que les damnés de la terre ne doit pas être forcés à servir comme coupeurs de bois, porteurs d’eau et couseurs des chaussures de sport pour les riches. Mais quelle est l’alternative? Doivent-ils être aidés par l’aide étrangère? Peut-être – même si les données historiques des régions comme le sud de l’Italie suggère que cette aide a tendance à favoriser la dépendance perpétuelle. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas la moindre perspective d’une aide importante qui se matérialise. Leur propre gouvernement devrait-il fournir plus de justice sociale? Bien sûr – mais ils ne seront pas, ou du moins pas parce que nous leur disons de le faire. Et tant que vous n’avez pas d’alternative réaliste à l’industrialisation basée sur les bas salaires, de s’y opposer signifie que vous êtes prêt à refuser aux gens désespérément pauvres la meilleure chance qu’ils ont de progresser pour ce qui revient à un un standard esthétique – c’est à dire, le fait que vous n’aimez pas l’idée des travailleurs soient payés un salaire de misère de fournir des Occidentaux riche en articles de mode.

En bref, mes correspondants n’ont pas droit à leur indignation. Ils n’ont pas réfléchi à la question. Et quand les espoirs de centaines de millions sont en jeu, porter notre réflexion jusqu’au bout n’est pas seulement une bonne pratique intellectuelle. C’est un devoir moral.

Une petite chose amusante est que dans le premier passage que j’ai mis en caractères gras, Paul Krugman décrit précisément la main invisible d’Adam Smith. Quant au deuxième passage, il décrit très bien les conséquences de la bien-pensance et pourquoi elle est déplacée.

On ne peut pas accuser M. Krugman d’être à droite et pourtant même lui reconnaît que le travail bon marché est ce qui permet à des millions de gens de se sortir de la misère. L’aide internationale c’est le poisson qui ne nourrit son homme qu’un seul jour et qui le garde dans la dépendance perpétuelle. Les usines, aussi exploitatives soient-elles, sont le filet qui permet à ces gens de sortir de la dépendance et leur permettre de pourvoir pour eux-même.

Un nouveau départ?

L’économie c’est le chaos. L’économie c’est le produit de l’interaction de six milliards d’individus. L’économie c’est la résultante de six milliards d’actions simultanées à tout moment. Aucun ordinateur, aussi puissant soit-il, n’a la capacité de traitement pour analyser six milliards d’actions et leur résultante à chaque micro-seconde. L’économie n’est pas un système mécanique où chaque composante effectue un travail bien précis, prémédité et contrôlé. L’économie c’est nous, c’est tout le monde. L’économie est organique, tout comme les membres qui la compose. Six milliards d’individus avec chacun leurs désirs, leurs envies, leurs préférences, leurs motivations.

 

Essayez de concevoir un système basé sur six milliards de variables et très peu de constante et essayer d’en obtenir un produit fini déterminé à l`avance répondant à vos besoins de départ. Vous risquez d’avoir beaucoup de fil à retorde ne serait-ce que pour déterminer les valeurs possibles des variables. Vous n’en êtes pas encore à essayer de contrôler leurs interactions. De plus, même si vous parvenez à contrôler l’interaction de quatre milliards d’entre-elles, qu’est-ce qui vous assure que les interactions sont optimales? Qu’est-ce qui vous assure qu’elles n’entrent pas en conflit avec les deux milliards de variables restantes? Un système si complexe ne peut pas être contrôlé, dessiné, planifié. C’est trop de variables, trop souvent (à tout moment en fait) et trop changeantes.

 

Parlons maintenant de ces variables. Ces variables, qu’on peut surnommer être humain, sont chacune des entités indépendantes, autonomes avec leurs propre envies, désirs, motivations, préférences, perceptions et surtout leurs propre émotions. Les émotions ne sont pas rationnel; sinon, à quoi serviraient-elles? Nos émotions émergent du coeur même de notre cerveau, de ses plus ancienne structure, soit le cerveau reptilien et le système limbique. Ce sont ces parties du cerveau, qui gère la partie survie et instinctive de notre vie. Si vous êtes attaqué, c’est cette partie du cerveau qui va vous préparer à vous battre ou vous sauver. On la contrôle très peu et elle a pourtant un très grand pouvoir sur nos actions. Donc, l’humain, qui a déjà de la difficulté à se contrôler lui-même, devient une variable imprévisible dans un système composé de six milliards de variables semblable à lui, mais avec des comportements différents à un moment donné.

 

Nos variables qui évoluent ensemble, ont des préoccupations qui leur sont propre. Chacune d’entre-elles aspirent au bonheur. Chaque action qu’elle réalise, ou omet de réaliser, se fait dans le but de satisfaire un besoin,  une envie, une pulsion. Personne ne va faire quelque chose sans en retirer une satisfaction. On se tourne dans notre lit pour être plus confortable, on mange pour apaiser notre faim, on chatouille notre petit dernier pour le plaisir de le voir rire et heureux, on achète un marteau, car il nous permettra d’en retirer du bonheur (le beau cadre qu’on vient de poser et qu’on apprécie, par exemple) et quelqu’un nous l’a vendu parce qu’il préférait l’argent au marteau (peut-être pour s’acheter un tournevis, plus pratique pour lui). Toutes les variables, quelles qu’elles soient, agissent dans leur propre intérêt. Ces intérêts sont toujours égoïstes quoi qu’on en dise. La solidarité est pratiquée et importante, mais elle est fait parce qu’elle procure de la satisfaction, du bonheur à la personne qui le pratique. Quand on donne, c’est parce que ça nous fait plaisir d’aider. Parce qu’on croit que c’est important. Certes, certains n’y voient pas d’intérêt et c’est leur droit le plus fondamental.

 

Dans la Richesse des Nations, Adam Smith soutient que si chaque individu fait le meilleur choix économique possible cela mène, comme une main invisible, au meilleur résultat économique possible et ce pour l’ensemble de la société même si chacun vise seulement l’amélioration de son propre sort sans se soucier des autres. D’empêcher les individus de combler leurs désirs, d’atteindre leur bonheur, vient donc à dire qu’on empêche la réalisation du meilleur résultat économique pour la société. 


L’état dans son sens large vient nuire à ce processus. Quand je parle d’état, je ne parle pas seulement du gouvernement, mais de l’ensemble des structures implantées qu’on est obligé de subir. La plus évidente et la plus malsaine est la politique monétaire (banque centrale), mais on pourrait aussi parler des tonnes de réglementations légiférant le commerce qui ont été implantées suite à la pression de lobbys et qui ultimement serve à avantager ceux qui possèdent déjà le capital au détriment de Monsieur, Madame tout le monde. Contrairement à la pensée populaire, beaucoup de lois ne servent pas à « protéger » l’intérêt public, mais ont été implantées pour satisfaire tel ou tel industrie (à coup d’études financées par les dits acteurs…), pensons à l’industrie laitière, par exemple. En essayant d’orienter les actions des six milliards de variables, on en arrive évidemment à des conséquences inattendues. De plus, les ressources économiques utilisées à assurer le « contrôle » de l’économie (contrôle qui ne fonctionne pas soit dit en passant), sont des ressources gaspillées, car ce contrôle est inutile.


Viens maintenant la question la plus défendable de l’étatisme, celle d’aider les plus démunis. Certes, il faut s’occuper des moins « chanceux » de la société, je paris que 95% de la population s’entend là-dessus. Pourquoi alors des programmes universelles pour l’ensemble de la population, riches comme pauvres? Pourquoi alors instaurer des programmes « one size fit all »? Pensez-vous que quelques personnes qui planifient pour l’ensemble vont faire une meilleure job que l’ensemble qui planifie pour l’ensemble? Admettons que l’état arrête de s’occuper des pauvres, qu’est-ce qui va arriver? Les gens continueraient de trouver important d’aider les autres et continuerait de le faire, mais il pourrait le faire dans une économie plus en santé, plus prospère. Dans une économie de la sorte, les industries, pour la plupart, seraient en surcapacité de production (principe économique simple qui se comprend par le revenu marginal VS coût marginal de production. On arrive aux profits maximaux bien avant la capacité de production maximale de l’entreprise). Qui dit économie en surcapacité de production dit ressources disponibles pour aider les plus démunis. Ces ressources seraient par contre beaucoup mieux utilisées pour la solidarité, car elles seraient gérées à la base par l’ensemble plutôt qu’au sommet par un petit groupe. 


Ce principe demande bien sûr de l’implication. Ça demande de l’effort et le sens des responsabilités de tout le monde. C’est certain que c’est plus facile de se laisser mener par l’état qui essaie de planifier le plus possible tout les aspects de notre vie, de nous apporter la sécurité, mais on pourrait parvenir à tellement mieux. Il ne suffit que d’en prendre conscience. C’est sûr que certains décideront de ne rien faire, mais je pense que 50 personnes impliquées et responsables peuvent faire beaucoup plus que 100 personnes inactives qui ne participent que de façon obligatoire (taxes/impôts). Arrêtez de prendre les libertariens pour des anti-pauvres, des pro-riches, des couillons qui veulent seulement ne pas payer d’impôt, des sans-coeurs. Ils veulent le bien maximum du plus grand nombre, comme vous. Ce n’est que sur le moyen qu’on diffère, pas le problème…

 

Je vous laisse sur un extrait que j’adore de ce récent vidéoclip:

The economy’s not a car, there’s no engine to stall. no expert can fix it, there’s no “it” at all.The economy’s us, we don’t need a mechanic. Put away the wrenches, the economy’s organic