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La liberté forcée

Par Philippe David

Il y a des jours où la politique m’épuise. C’est une des raisons pourquoi je la déteste avec passion. C’est un jeu dégoûtant où tout le monde tente d’imposer son point de vue à tout le monde. Par imposer, je ne veux pas dire tenter de convaincre les autres par les arguments du bien-fondé de sa position, mais de littéralement imposer son point de vue par la force. C’est exactement ce que vous faites chaque fois que vous dites la phrase «Il devrait y avoir une loi…».

Voyez-vous, une loi n’est rien d’autre qu’une opinion avec un fusil. Pourquoi? Parce que désobéir à une loi va inévitablement vous amener en présence de quelqu’un avec un fusil qui a la licence d’utiliser toute la force nécessaire pour vous obliger à y obéir. Que ce soit par le vol de votre propriété (l’amende), l’abduction et le confinement (l’emprisonnement) ou le meurtre (la peine de mort ou l’utilisation de force létale). Même si cette dernière est rarement utilisée dans un pays comme le Canada, elle n’en demeure pas moins une option. Donc dire qu’il devrait y avoir une loi équivaut à dire que vous aimeriez les soumettre à toutes sortes de violence si elles refusent de se soumettre à ce que vous jugez être correct et dans leur intérêt, que ce jugement soit fondé sur des arguments valides ou non.

Évidemment, il y a tout de même des situations qu’il faut interdire. Une société ne pourrait vivre en harmonie sans règles. Ça va de soi. Nous ne pourrions tolérer que les gens s’entretuent ou qu’ils volent les biens de leur prochain ou quoique ce soit d’autre qui viole les droits fondamentaux des autres membres de cette société. Mais il y a un bail que nous avons outrepassé la simple défense de ces droits et que nous utilisons plutôt les lois pour les piétiner allègrement et favoriser les uns aux dépens des autres. Nous le faisons souvent avec les meilleures intentions du monde, pour redresser ce que nous percevons être un tort. Mais fréquemment, nous perdons de vue ce qui est vraiment moral. Nous oublions aussi que ce que nous pouvons percevoir comme un tort, n’est pas nécessairement perçu de la même façon par les autres. Ou aussi que ce que nous imaginons être la bonne solution n’est pas nécessairement la meilleure. On va jusqu’à s’imaginer quelques fois qu’on puisse «forcer» quelqu’un à se «libérer» d’une quelconque oppression. C’est une erreur. Bien intentionnée, mais une erreur tout de même.

Ce qui m’amène au sujet du jour: le burkini.

Un droit fondamental.

J’ai entendus tous les arguments de ceux qui voudraient interdire un tel accoutrement. Ils sont les mêmes que pour la burqa, le niqab ou même le hijab. Que ces vêtements sont imposés aux femmes par une culture arriérée, parfois par la force et la menace. C’est certainement le cas dans certains pays comme l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan ou l’Iran ou il existe même des polices religieuses qui n’hésitent pas à battre à coup de bâton une femme musulmane qui ose se promener seule et sans voile dans les rues sans aucune autre forme de procès.

Ce n’est cependant pas le cas au Canada. Ici, aucune loi n’impose le port d’un tel vêtement. Mais ça ne veut pas dire que personne ne force les musulmanes à se voiler ou de se baigner avec un burkini, mais ça ne veut pas dire non-plus que certaines d’entre elles ne font pas par choix personnel. Vous me direz peut-être que c’est par endoctrinement et c’est possible, mais comment en être sûr? Et si c’est par conviction personnelle, qui êtes-vous pour lui dire qu’elle a tort et lui imposer votre jugement de valeur? Tout n’est pas blanc et tout n’est pas noir et le fait qu’elle porte ce vêtement ou non vous cause-t-il un tort à vous? Parce qu’à ce que je sache, son choix ne vous engage d’aucune manière à faire pareil et ne donne pas le droit à quiconque de vous l’imposer. Donc qu’une femme choisisse de porter un burkini librement ou non est vraiment son problème, pas le vôtre. Désolé si ça vous choque. Et si une femme choisit librement de porter un burkini, c’est son droit le plus strict, point à la ligne. Que son choix vestimentaire vous offense d’une quelconque manière n’est absolument pas son problème, c’est le vôtre, mais vous n’avez aucun droit à ne pas être offensé plus que les musulmans n’ont un droit à ne pas être offensés par notre propre liberté d’expression.

Oui, mais…

Et si ce n’était pas volontaire? Ne devrait-on pas l’interdire? Juste pour que leur communauté ne puisse pas leur imposer?

Je serai toujours étonné de constater à quel point les gens ne comprennent pas le concept de liberté. Croyez-vous peut-être que parce que vous ouvrez la porte de la cage d’un oiseau, il va forcément s’envoler et ne jamais y revenir? Croyez-vous que si vous brisez les chaines d’un esclave, il va nécessairement comprendre ce que c’est qu’être libre? Vous croyez que si vous empêchez des femmes musulmanes soumises de porter un voile ou un burkini, elles cesseront d’être subjuguées par leur culture et leur religion? Vous croyez les libérer? Malheureusement, non. Parce que le problème n’est pas le bout de tissus. Le problème, c’est leur culture et un problème de culture ne se règlera pas par la législation.

La liberté ne s’impose pas

Peu importe vos bonnes intentions, vous ne pouvez pas forcer ces femmes à se libérer en restreignant leurs choix vestimentaires. Pour être libre, il faut vouloir être libre et pour vouloir être libre, il faut d’abord être conscient que nous ne le sommes pas. Vous seriez probablement choqués d’apprendre que vous n’êtes pas libres vous-même, mais ça c’est une toute autre discussion. Suffise de dire que la première étape pour aider ces femmes est de leur montrer ce qu’est la liberté et leur imposer un code vestimentaire va plutôt dans le sens contraire. Il faudrait plutôt trouver le moyen de les convaincre que vous êtes plus libres qu’elles. Là-dessus, je vous souhaite bonne chance.