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La lutte des classes revisitée

karlmarx

Par Philippe David

Seriez-vous surpris de m’entendre dire que Marx avait raison? Qu?il y a bel et bien une lutte des classes? Ou vous demanderez-vous ce que j?ai bien pu saupoudrer sur mes

céréales ce matin? En fait, ça ne devrait pas être surprenant. Ça sera clair après une petite explication. Alors oui, Marx avait raison, et en même temps, il avait tort.

Je m’explique. Oui, il y a dans notre société une classe qui exploite et une autre qui est exploitée. En cela, Marx avait raison. Par ailleurs, là où Marx avait tort, c’est l’identité des exploiteurs et des exploités. Marx accusait les capitalistes et les entrepreneurs d’être les exploiteurs, mais c’est faux. La meilleur preuve est de tout simplement examiner les pays qui supposément, suivent l’idéal de Marx pour se rendre compte que même sous ces régimes, il existe une classe de privilégiés qui ne manquent de rien, ont accès aux meilleurs soins médicaux, ont accès aux meilleures denrées, etc. Si vous croyez que Fidel Castro ou son frère, ou encore Kim Jong Un ont les mêmes conditions de vie que leurs concitoyens, vous être autrement naïfs. Donc, s’il y a une classe exploitante et une classe exploitée même dans les paradis du prolétariat, est-ce encore la faute du grand capital? Même en l’absence totale de capitalisme, il y a quand même exploitation. Donc, Marx se trompait de cible.

Qui sont les exploiteurs? Qui, dans notre société, bénéficie du plus grand nombre de privilèges? Qui bénéficie généralement des meilleures conditions de vie, même dans les sociétés les plus pauvres? Les riches? Dans une certaine mesure, oui, mais s’ils bâtissent leur fortune par leurs propres efforts, parce que oui, ça existe, on ne peut pas les qualifier d’exploiteurs comme tel. Contrairement à ce que Marx croyait le seul fait d’employer des travailleurs salariés ne constitue pas de l’exploitation. Qui peut aspirer à avoir une retraite Liberté 55, plutôt que Walmart 75? Qui peut se vanter, de nos jours, d’avoir une sécurité d’emploi blindée. Qui a la possibilité de gagner plus que la moyenne en travaillant moins que la moyenne? Qui reçoit des centaines de milliers de dollars en primes de départ en démissionnant de sa job? Même si cette démission est entourée de circonstances douteuses? Qui peut aller mener une vie de luxe dans une métropole avec un salaire à six chiffres garanti à vie et une retraite dorée? Tout ça payé par les autres?

Vous aurez probablement deviné que je fais référence à cette élite qui a accès au buffet tout inclus de l’état. Les politiciens, les fonctionnaires, les lobbyistes, les syndicats, les groupes sociaux et les têteux de subventions de tout acabit toujours accrochés aux mamelles de l’état. Je ne mettrai pas tout le monde dans le même panier. Beaucoup de gens travaillant pour l’état sont des gens honnêtes qui fournissent des services indispensables, mais il faut comprendre une chose : contrairement au secteur privé ou une compagnie gagne sa croute en étant rémunérée directement en fournissant un produit ou un service aux consommateurs, tout l’argent qu’engrange l’état est acquis par la force. Essayez de ne pas payer vos impôts et vous verrez ce que je veux dire. Ce que nous payons au gouvernement n’a aucun lien avec les services que nous recevons de lui. Si nous sommes insatisfaits de ces services, nous ne pouvons pas aller chez un compétiteur ou même retenir notre paiement d’impôt. Nous n’avons aucun choix. Normalement quand un service est rendu, une plus-value est créée dans la transaction, mais puisque la transaction avec le gouvernement n’est pas volontaire, cette plus-value ne peut pas exister. Donc aucune richesse n’est créée. Tous ce que le gouvernement dépense a d’abord été prélevé des proches de quelqu’un par la force. Il va donc sans dire que tous ces privilèges que l’état octroie aux proches du pouvoir, aux fonctionnaires, aux syndicats, etc., sont aux dépens des contribuables, qui eux n’ont pas de plan de retraite, de sécurité d’emploi, etc. Marx avait donc raison, il y a bel et bien une classe d’exploitant et une classe d’exploités, mais ce ne sont pas les capitalistes et les travailleurs, ce sont les privilégiés de l’état et les contribuables. Peut-être serait-il temps que ça change?

CLASSÉ : un manifeste hyper prévisible

Manifeste

 

Par Pierre-Guy Veer

Tel un enfant gâté qui continue sa « crise du bacon » jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut, la CLASSÉ veut continuer son boycott des cours jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle veut. Et ce qu’elle veut, elle l’a récemment exprimé dans un manifeste[1]. Mais les « revendications » qu’on y trouve ne font que trahir le fond socialiste de la CLASSÉ, et donc du danger qu’il représente pour les citoyens québécois.

 

Tout d’abord, le manifeste regorge de la première personne du pluriel. « Nous sommes avenir »; « notre vision »; « notre démocratie »; « nous sommes le peuple ». Ce sont des mots bien forts, je le concède, mais il y a un seul ennui : il n’y a pas de « nous ». La société, c’est les individus qui la composent, pas un groupe impersonnel et homogène. Seuls les individus pensent et agissent, disait Ludwig Von Mises, et il a entièrement raison. Durant une élection, ce ne sont pas les Québécois qui élisent tel ou tel parti; ce sont les électeurs individuels qui votent. Ce ne sont pas les Québécois qui choisissent un système de santé entièrement public; ce sont des politiciens élus (et souvent les démarcheurs) qui prétendent agir « pour notre bien » qui prennent de telles décisions sans en considérer les impacts (listes d’attente, corruption et patronage pour obtenir une meilleur place).

 

Donc, quand une personne/un groupe de personnes prétend agir « pour notre bien » ou « pour la collectivité », ce n’est ni plus ni moins que son/leur intérêt personnel qui est présenté. Même quand il s’agit d’un groupe, ce sont ses membres individuels, avec des gouts semblables, qui présentent leur intérêt personnel, comme on voit présentement avec la CLASSÉ.

 

Une fausse démocratie

 

Parmi ces intérêts personnels, on trouve un goût de la victoire à tout prix, fusse à l’encontre de la démocratie qu’elle chérit tant. En effet, il semble être très facile de voter dans certaines assemblées étudiantes, même si on n’étudie pas dans ledit établissement[2]. Aussi, bien qu’on prétende vouloir laisser la parole aux gens qu’on n’entend jamais, ces derniers seront copieusement hués s’ils osent demander un vote secret[3] ou exprimer un point de vue différent de « nous »[4]. Même les présidents d’assemblée semblent tous pencher du même côté[5]. Et si les membres d’une assemblée osent penser le contraire de « nous », ils vont le regretter amèrement[6]. Évidemment, les regrets se feront aussi sentir si une loi/injonction qui ne plait pas fait son apparition, pouvant aller jusqu’au vandalisme[7]. Enfin, le chantage[8], les menaces[9], les insultes gratuites[10] et les perturbations[11] sont aussi un bon moyen de vouloir faire passer son message.

 

Vivre aux dépends des autres

 

Toutefois, le plus fort de ces intérêts dépasse largement la hausse des frais de scolarité. « Si on nous dépossède des droits les plus fondamentaux en mettant nos établissements scolaires sur le marché, il en va aussi des hôpitaux, d’Hydro-Québec, de nos forêts, de notre sous-sol. ». Et alors? Quel est le problème? Tout ce qui a été énuméré est au moins contrôlé en partie par le gouvernement, et ça se reflète par son inefficacité.

 

Les universités québécoises sont terriblement sous-financées, ce qui se reflète dans leur solde budgétaire[12]. Malgré ce manque à gagner, la moindre hausse des frais de scolarité est vue comme taboue… Mettre plus de fonds publics ne servira à rien; aux États-Unis, les sommes fédérales pour l’éducation générale (jusqu’en 12e année) ont augmenté exponentiellement depuis 40 ans avec, au mieux, une stagnation des résultats[13]. Une privatisation pourrait permettre une meilleure compétition (et de meilleurs prix) ainsi que l’abolition de départements aux débouchés… limités, puisque les étudiants devraient payer le vrai prix de leurs études. Ce n’est certainement pas avec une « école égalitaire » qu’on va encourager le dépassement de soi; on risque plutôt d’avoir une société apathique qui finira comme 20th Century Motors[14]

 

Ce n’est guère mieux pour les hôpitaux. Les temps d’attente à l’urgence sont toujours longs, et voir un spécialiste prend une éternité[15]. En comparaison, les chiens peuvent se faire voir le même jour par un vétérinaire[16]. Oui, j’ose comparer les animaux domestiques et les humains; les premiers se font soigner dans un système où le libre-marché règne et la vitesse des traitements est phénoménale. Les humains, eux, à moins d’avoir d’excellents contacts – ma grande-tante infirmière a eu quelques passe-droit – doivent prendre leur mal en patience. Sans compter que la présence d’assurances privées – fortement encouragée via des crédit d’impôts aux États-Unis[17] – rend les gens insensibles aux prix de leurs traitements, ce qui fait exploser les couts[18]. Introduire un élément de privé pourrait très bien aider le système de santé, comme cela a été le cas en Allemagne[19].

 

Hydro-Québec, la plus sacrée des vaches dans la Belle Province, montre également la faiblesse d’une administration publique dans ce qui devrait être privé. La Société d’État a versé son premier dividende près de 20 ans après sa gigantesque nationalisation[20]. Aussi, elle a plus que doublé son nombre d’employés en 40 ans; elle a proportionnellement plus d’employés par clients que d’autres compagnies d’énergie comparables en Nouvelle-Angleterre. Mais « la population » peut se consoler d’avoir les plus bas tarifs en Amérique du Nord, plaidera-t-on. Oui, certes. Mais si HQ avait été une compagnie privée, elle aurait vite été accusée de concurrence déloyale. Deux poids, deux mesures. Privatiser HQ permettrait donc de payer le vrai prix de son électricité – et ainsi avoir un encouragement pour l’économiser – et même de se sortir de l’aumône fédérale nommée péréquation[21].

 

Enfin, en ce qui concerne « nos » ressources naturelles, elles sont mal exploitées (et certainement exploitées sauvagement, tel que dépeint par le manifeste) à cause du gouvernement. Dans le domaine forestier, les compagnies ne sont que locataires; elles ont donc intérêt à exploiter au maximum la terre avant que le bail n’échoit. Cet intérêt est attisé si le gouvernement décide de nationaliser une terre, comme ce fut le cas avec la Seigneurie du Triton[22]. Quant à d’autres ressources, comme l’uranium[23] et le gaz de schiste[24], des groupes de personnes se sont avancés et ont réussi à bloquer toute exploitation, grâce à la complicité du gouvernement qui a imposé des moratoires. Si on veut éliminer tout risque, on peut toujours revenir à l’âge de pierre : de la nourriture uniquement bio, de l’eau et de l’air purs, des animaux élevés en petits troupeaux, beaucoup d’exercice… et une espérance de vie de 30 ans. Sérieusement, en éloignant le gouvernement de l’exploitation des ressources naturelles, et surtout en améliorant les droits de propriété – le propriétaire d’une maison n’a pas droit aux ressources qui pourraient se trouver sous sa propriété –, on inciterait l’exploitation intelligente des ressources, car il est de l’intérêt du propriétaire d’une ressource quelconque d’en profiter le plus longtemps possible.

 

Ces pauvres femmes sans défense

 

Le dernier intérêt des membres de la CLASSÉ qui ressort est celui de défendre la veuve et l’orphelin (principalement la première). Selon leur manifeste, les femmes sont encore et toujours victimes de discrimination injuste, notamment par des emplois moins valorisés où elles sont majoritaires.

 

Je suis obligé de leur donner en partie raison sur ce point. Il est vrai qu’une infirmière ou une enseignante gagnent moins qu’un médecin… mais est-ce vraiment à cause du sexe? Nonobstant le fait que les femmes soient majoritaires dans les facultés de médecine[25], le médecin a généralement plus de tâches et de stress que l’infirmière (surtout s’il doit opérer). Sans compter, ne leur en déplaise, que la loi de l’offre et de la demande entre en jeu quand vient le temps de négocier un salaire. Même s’il n’y avait pas d’ordres professionnels, il y aurait toujours moins de médecins que d’infirmières parce que les études sont plus longues, et le métier nettement plus stressant; ils gagnent donc plus. Aussi, si tant de femmes se tournent encore vers l’enseignement, n’est-ce pas parce que leur absence en cas de grossesse ne les handicapera pas[26]?

Par ailleurs, il n’y a absolument rien, il me semble, qui empêche une femme d’étudier en chimie (comme ma sœur et quelques unes de ses amies) ou en génie (comme une cousine). Si elles ne sont pas assez représentées dans des domaines à majorité masculine, elles n’ont que leur désintérêt ou leur manque de volonté à blâmer.

 

En conclusion, le manifeste de la CLASSÉ peut se résumer à ce diction célèbre : « Si tu n’es pas socialiste à 20 ans, tu n’as pas de cœur; si tu n’es pas capitaliste à 40 ans, tu n’as pas de tête. » La plupart de ses membres sont très jeunes, et surtout ignorant du fonctionnement de la société. Espérons seulement qu’ils finiront par apprendre que l’argent ne pousse pas dans les arbres, que hausser les impôts et les dépenses publiques est contre-productif[27], que la charité à la pointe d’un fusil perd sa noblesse[28] et que tous les décrets 10-289[29] du monde ne peuvent absolument rien pour sauver l’économie. S’ils continuent de croire que le gouvernement est la solution et non le problème, alors Atlas risque de s’hyperventiler à force de voir le Léviathan étendre de plus en plus ses tentacules…




[14]  Rand, Ayn. Atlas Shrugged, p.323

[29]           Atlas Shrugged, p.538

Les problèmes de l’égalité (suite et fin)

Egalite

L’incompatibilité

 

Les notions énumérées ci-haut semblent très belles, mais elles sont fortement incompatibles entre elles. En effet, une égalité des richesses laisse la place à une inégalité des ressources et des opportunités, puisque ce n’est pas tout le monde qui peut bien utiliser son argent. De même, une égalité des ressources amène une inégalité des richesses et des opportunités, puisque certains sont plus débrouillards que d’autres.

 

Aussi sont-elles incompatibles avec une société qui reconnaît la propriété privée, droit sans lequel rien ne se produit et fait les gens se battre entre eux1. Vouloir égaliser les richesses, et surtout les ressources, sous-entend que l’on prend le fruit du travail (que l’on suppose honnête) d’une personne pour le donner à une autre sans compensation. Si ce n’était pas le gouvernement qui faisait l’opération, on serait clairement en présence de vol. Et tel que mentionné, on ignore si les promoteurs veulent que l’on pallie l’irresponsabilité en donnant toujours plus d’argent ou de ressources. Si tout le monde a droit à du fer, doit-on pallier les pertes de ceux qui le laissent rouiller?

 

Par ailleurs, est-ce qu’une égalité matérielle est vraiment nécessaire? A-t-on tous besoin d’une voiture de luxe et d’un château sur le bord de la mer? Les gens ne voudraient-ils pas plutôt que les gens aient un strict minimum pour vivre? Si tel est le cas, alors l’égalité matérielle est futile. Si on a de quoi se nourrir, se vêtir et se loger correctement, à quoi bon vouloir prendre des autres de force? Sans compter qu’en divisant la richesse, on appauvrit la masse. Les dirigeants communistes depuis Deng Xiaoping semblent avoir au moins compris ce principe2. D’ailleurs, qu’est-ce qui est mieux : une société où chaque quintile gagne 20 000$ ou une où le quintile inférieur gagne 20 000$ alors que le supérieur gagne 100 000$?

 

Un problème d’injustice?

 

À la base du plaidoyer pour l’égalité semble exister un sentiment d’injustice. On continue de répéter que les riches s’enrichissent aux dépends des pauvres. Si l’affirmation a son fond de vérité dans notre société corporatiste, il demeure néanmoins que prendre aux pauvres pour donner aux riches est tout aussi injuste que de prendre aux riches pour donner aux pauvres. Et si les riches s’enrichissent sans violer les droits des pauvres, où est le problème?

 

Donc, si l’inégalité matérielle cause autant de problème, peut-être devrait-on plutôt se tourner vers l’égalité morale, c’est-à-dire dans nos relations avec les autres. F.A. Hayek plaide pour l’égalité devant la loi, principe très populaire qui a notamment permis d’éliminer plusieurs lois racistes et sexistes. Toutefois, le simple fait que ces lois aient existé montre le talon d’Achille du principe. Du temps des monarchies absolues, tout le monde était égal devant la loi : on était jeté au cachot si on se moquait du roi, peu importe l’origine sociale (à quelques très rares exceptions). Et aujourd’hui, il semble que n’importe qui peut être placé sous écoute ou être arrêté sans mandat…

 

Égalité d’autorité

 

Il semblerait alors que le seul type d’égalité qui permette une véritable égalité entre les gens soit une égalité d’autorité, tel qu’imaginé par John Locke. À son époque (fin 17e siècle), le droit divin semblait encore la norme; certaines personnes était prédestinées d’avance à en diriger d’autres. Il a complètement défait cet argument dans son Second traité sur le gouvernement, en affirmant que le pouvoir de diriger les autres est réciproque, et donc que nous sommes tous égaux comme les autres animaux, sans qu’un n’assujettisse un autre.

 

Parallèlement, le philosophe Immanuel Kant croit que les meilleures conditions politiques sont celles où chacun peut, tout comme les autres, obliger son prochain à respecter ses droits. Nous avons donc droit à l’intégrité de notre corps, à notre travail et à détenir une propriété. On peut également mutuellement s’obliger à quelque chose au travers d’un contrat.

 

En conclusion, si on considère l’égalité morale comme la seule juste – personne ne peut réclamer autorité sur qui que ce soit –, alors on doit oublier toute forme d’égalité matérielle. En effet, affirmer qu’une personne ait droit aux fruits d’une autre, c’est affirmer qu’on a l’autorité nécessaire pour effectuer le transfert, et donc que nous sommes inégaux dans notre autorité sur les autres. Une telle société donne le Québec, où la réglementation, les taxes et les impôts sont tellement écrasants que nous nous faisons rattraper par le Nouveau-Brunswick quant au salaire moyen après impôt. Il semble que nos intellectuels préfèrent que nous soyons également pauvres plutôt qu’inégalement riches…

Les problèmes de l’égalité (1re partie)

Egalite

 

Par Pierre-Guy Veer

(Inspiré d’une lecture du professeur Mark LeBar, lors d’un séminaire de l’Institute for Humane Studies (IHS) à l’Université Chapman, Californie, en juin 2012)

 

La gauche (qui veut plus d’intervention du gouvernement dans l’économie, principalement), adore l’égalité. Pour elle, tous nos problèmes seraient réglés si nous étions tous égaux. Mais égaux comment? En intelligence? Je ne crois pas qu’elle veuille que nous soyons des clones. Serait-ce plutôt en matériel (richesse, ressource, opportunité)? Si tel est le cas, alors il y a de nombreux problèmes. Non seulement existe-t-il plusieurs conceptions de l’égalité pour la gauche, mais en plus, elles sont mutuellement incompatibles.

 

Il y a tout d’abord l’égalité la plus populaire : celle des richesses (welfare). Pour les promoteurs de ce type d’égalité, l’humanité serait tellement mieux si nous pouvions tous vivre également bien avec un salaire similaire et avoir des vies mieux remplies. On pourrait sans doute lui attribuer l’indice Gini, qui mesure l’inégalité des revenus – plus l’indice est bas, plus les salaires sont semblables entre les citoyens d’un territoire donné.

 

L’égalité des richesses pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, ça démontre une certaine jalousie. En effet, malgré que leur profession soit cartelisée2, les médecins reçoivent nécessairement un salaire plus élevé que les concierges à cause des nombreuses années d’étude et de formation nécessaires, sans compter tout le stress et les dangers reliés à la profession. Vouloir égaliser les salaires vers le bas découragerait les futurs médecins d’entreprendre leur carrière, tandis que les égaliser vers le haut ferait exploser les couts de l’entretien ménager. Ensuite, la seule mesure qu’on pourrait qualifier d’objective pour le bien-être humain est la satisfaction des désirs. Malgré leur écart titanesque de revenus, le Dalaï-lama et Bill Gates semblent relativement satisfaits de leur vie. A-t-on vraiment d’un jet privé, d’un écran de 60 pouces et d’un ordinateur dernier cri pour être heureux? Mais encore là, la satisfaction des désirs pose problème. Que doit-on faire si une personne a des désirs très dangereux (meurtre, drogues)? Aussi, à supposer qu’il soit possible de vraiment égaliser le niveau des richesses, que ferait-on si quelqu’un dilapide les siennes au casino? La société devrait-elle encore l’aider?

 

Égaliser les ressources

 

D’une façon similaire à l’égalité des richesses, certaines personnes préfèreraient plutôt que les gens soient égaux dans les ressources qu’ils détiennent. Une fois cette égalité réalisée, les gens se débrouilleraient.

 

Encore là, ce type d’égalité pose problème. À l’exception des ressources gratuites de la nature (soleil, air, pluie), tout ce que nous consommons a reçu une forme de transformation par les humains.Vouloir distribuer ces ressources « également » pour tous pourrait, tel qu’une égalisation salariale vers le bas entre médecins et concierges, décourager ladite production. Sans compter qu’on n’a pas tous les mêmes habiletés avec les ressources qu’on reçoit. Si je recevais une montagne de sable, je m’en servirais au mieux comme terrain de volleyball. Mais dans les mains de ces artistes qui fréquentent les concours de sculptures sur sable, cette même montagne deviendrait un chef-d’œuvre. Parlant de talent, est-ce que leur absence peut compter comme un manque de ressource? Est-ce que le fait que je sois calé en économie et pas en chimie fait de moi une personne « démunie »? C’est pour cette raison que les humains ont créé le commerce : afin de profiter des talents particuliers des autres. Sans cela, on serait obligé de tout produire nous-mêmes. Imaginez un Canada sans échanges commerciaux de nourriture pendant l’hiver…

 

Égalité des opportunités

 

Une autre sorte d’égalité populaire, surtout aux États-Unis, est celles des opportunités. Si tout le monde avait le même point de départ dans la vie, alors nous serions tous sur un pied d’égalité dans nos chances d’obtenir un emploi, par exemple.

 

Encore une fois, on se retrouve avec un manque de balises objectives. Comment peut-on vraiment mesurer les opportunités? Si c’est par le nombre d’options qui s’offre aux gens, alors l’égalité est impossible. En effet, nonobstant le corporatisme de plusieurs professions, il y aura toujours de ces emplois – ingénieur, chirurgien, architecte – qui exigeront une longue et pénible formation. Puisque chacun nait avec différentes priorités, et donc avec différents couts d’opportunité (faire X signifie qu’on ne peut pas faire Y de façon optimale), ce ne sera pas tout le monde qui voudra dépenser autant d’énergie sur une formation aussi ardue. Il semble plus juste de parler de liberté des opportunités plutôt que de leur nombre. Si le gouvernement considère tous ses citoyens égaux devant la loi, alors ils sont complètement libres de choisir l’emploi qu’ils veulent. Évidemment, certains employeurs pourraient arbitrairement discriminer certaines personnes. Aussi enrageant soit-ce, il serait immoral de forcer un employeur d’employer une personne qu’il ne veut pas; c’est une question de respect de la propriété privé. S’il est assez fou pour refuser d’engager des femmes, alors grand bien lui en fasse de discriminer la moitié de la population.

 

1Inspiré d’une lecture du professeur Mark LeBar, lors d’un séminaire de l’Institute for Humane Studies (IHS) à l’Université Chapman, Californie, en juin 2012

Le capitalisme : la bénédiction insoupçonnée

mechant-capitalisme

 

Par Pierre-Guy Veer

Pour la deuxième fois en autant de semaines, on nous casse les oreilles avec tous les clichés anticapitalistes imaginables. Après le Jour de la Terre, c’est au tour de la Fête internationale des Travailleurs (1er mai) de nous « rappeler » tous les « méfaits » du capitalisme, cette fois-ci sur les « pauvres » travailleurs sans défense. La Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC) appelle d’ailleurs à une grève sociale illimitée «  pour mettre fin au capitalisme, parce que sans nous, les capitalistes ne sont rien ».

 

Pourquoi tant de haine envers le système économique qui leur a permis de vivre? En effet, avant la Révolution industrielle, les enfants avaient 40 fois moins de chance de survivre à l’enfance et les femmes, 60 fois plus de risque de mourir durant l’accouchement1. Pourquoi tant de haine envers le système économique qui les a sauvé d’une entrée précoce dans le monde du travail? C’est le capitalisme qui a permis à leur père de gagner assez d’argent pour que le reste de la famille n’ait pas à s’épuiser prématurément2 – l’entrée massive des femmes sur le marché du travail s’explique par une forte baisse du pouvoir d’achat, et donc de l’intervention du gouvernement3. Pourquoi tant de haine envers le système économique qui leur rend la vie tellement plus facile? C’est grâce au capitalisme – la production de masse pour la masse, pour citer Ludwig Von Mises – qu’on a inventé la roue, le papier, l’agriculture, la poterie, le tissage, la métallurgie, la monnaie, les banques, le moteur à vapeur et à explosion, la radio, l’électricité, l’ordinateur, etc. Oh, certains plaideront que nous n’en sommes pas plus heureux, et c’est peut-être vrai. Par contre, nul ne peut nier que notre vie s’en trouve grandement facilitée; peut-on imaginer marcher pieds nus – les souliers sont aussi une gracieuseté du capitalisme – de Québec à Montréal en plein hiver?

 

La main visible du gouvernement

 

Si la CLAC veut se plaindre, qu’elle le fasse contre le gouvernement. Il est LE responsable de TOUTES les crises économiques depuis les 100 dernières années4 : la Grande Dépression a été causée non pas par le capitalisme, mais bien par un État hypertrophié5 et une banque centrale qui a trop fait fonctionner la planche à billets – ce fut également une des causes principales de la stagflation des années 70, principalement par l’abandon total de l’étalon-or et de l’adoption d’une monnaie uniquement fiduciaire par Nixon; la bulle technologique des années 90 a été causée par une décennie de manipulation artificielle des taux de change et des taux d’intérêts6; enfin, la crise économique qui sévit toujours, si l’on se fie à ce qu’était l’emploi avant la crise et maintenant7, a été causée par l’État, notamment par des taux d’intérêts trop bas, la nationalisation des hypothèques à risque8, la quasi obligation pour les banques de prêter à tous même si la personne peut tomber enceinte ou reçoit de l’assistance publique9, et ce même si les politiciens savaient que cela encourait plus de risque10 – on estime la somme extorquées aux banques à 4,5 billions $ (oui, avec 12 zéros)11 depuis l’adoption du Community Reinvestment Act en 1977, et j’en passe sûrement.

 

Empirer les conditions de travail

 

En plus de causer les crises économiques, l’État est aussi le principal responsable des mauvaises conditions des travailleur et, par la bande, de la population.

 

En effet, la quasi totalité des lois du travail son au mieux inutiles : le salaire minimum cause du chômage12 – c’était d’ailleurs le but recherché lors de son implantation13; le corporatisme des professions limite grandement l’offre et augmente substantiellement les couts, notamment dans le domaine médical14; les différents « acquis sociaux » du monde du travail (assurance parentale, congés et vacances obligatoires, régime d’épargne « volontaire », heures de travail contrôlées) augmentent grandement les couts, en plus d’empêcher les personnes de travailler à leur guise – les socialistes allemands du 19e siècle étaient d’ailleurs opposés aux législations de Bismarck en ce sens, quoique pour les mauvaises raisons15; les lois en faveur des syndicats (pas de vote secret pour l’accréditation, cotisation obligatoire, blocage des briseurs de grève) créent un chômage institutionnalisé16, consomme les capitaux actuels17, augmentent les couts de production18 et est une violation flagrante de la propriété privée19.

 

En conclusion, si les socialistes de la CLAC veulent vraiment changer le monde, qu’ils dirigent leurs énergies vers le principal coupable de nos malheurs : le gouvernement. Sans son intervention dans l’économie, tout s’améliorerait substantiellement. Plutôt que d’avoir affaire à sa coercition et à son favoritisme, nous serions obligés de tout négocier de gré à gré, et tout le monde serait gagnant. Aussi pourrions-nous finalement renouer avec la croissance en ayant des taux d’intérêts fluctuant selon les besoins du marchés, ce qui enlèverait les cycles économiques, et en pouvant finalement investir les profits dans la recherche et le développement plutôt que de s’en faire voler jusqu’à 48 % par le fisc20.

2Mises, Ludwig Von. Human Action : A Treatise on Economics Institut Ludwig Von Mises, Auburn, Alabama, 1998, p.612

5Rothbard, Murray N. America’s Great Depression, Mises Institute, Auburn, Alabama, 2000

6Garrison, Roger W. et Callahan, Gene. Does Austrian Business Cycle Theory Help Explain The Dot-Com Boom And Bust? The Quaterly Journal Austrian Economics, Vol 6, No.2, été 2003

14http://www.journalmetro.com/linfo/article/1020953–pas-touche-au-monopole-medical–page0 Remarquez toutefois que même déréglementées, certaines professions continueraient d’être plus chères à cause de leur longue formation, comme cardiologue et neurologue

15Mises, Ludwig Von. Marxism Unmasked: From Delusion to Destruction, Foundation for Economic Education, Irvington-on-Hudson, NY, 2006, p.24

16Mises, Ludwig Von. A Critique of Interventionnism, Ludwig Von Mises Institute, 2011, p.9-10

17A Critique of Interventionnism, p.104

18Human Action, p. 363

Célébrer la Terre, célébrer le capitalisme

Par Pierre-Guy Veer

Le 22 avril dernier était le Jour de la Terre. Évidemment, qui dit célébration écologiste dit propagande anticapitaliste. Selon plusieurs manifestants, le capitalisme est le pire de tous les systèmes économiques et il est responsable de la destruction de la planète. Vraiment? Voyons voir ce qui se passait derrière dans les pays communistes, où l’État contrôlait toute l’économie. Cela laisse présager un nirvana puisque le capitalisme a besoin de faire du profit pour contrôler sa pollution…

 

C’était l’enfer, et le mot est faible. Moscou avait comme seul but d’industrialiser l’URSS à tout prix. Il a donc pris plusieurs raccourcis, malgré les avertissements de quelques scientifiques dans les années 301. Résultat : l’irrigation massive a causé de l’érosion et la salinisation de plusieurs plan d’eau, dont la mer d’Aral, l’utilisation excessive de pesticides et d’engrais a complètement chamboulé les écosystèmes, plusieurs forêts sont mortes, particulièrement en Arctique, et j’en passe.

 

La Chine n’était pas mieux sous Mao. On estime que 90 % des conifères du Sichuan ont été détruit par la pollution atmosphérique2. Les forêts ont aussi subi un tort irréparable durant le Grand bond en avant. En effet, on utilisait des fours au bois communaux (à petite capacité, et ce même dans les plus petits villages) pour tenter de produire de l’acier, ce qui a accéléré l’érosion3. On a également tenté d’éliminer un merle, ce qui a favorisé une invasion de sauterelles et décimé les récoltes en 1958.

 

Enfin, si vous n’étiez pas convaincus des méfaits du socialisme dans ces deux pays, attendez de voir ce qui se passait en Europe de l’Est :

  • En Pologne, les rails étaient tellement rongés par les pluies acides que les trains ne pouvaient rouler plus vite que 40 km/h. La région de Katowice, fortement industrialisée, voyait ses habitants souffrir de 47 % plus de problèmes respiratoires que le reste du pays. Enfin, on estime que 95 % de toute l’eau était impropre à la consommation humaine et 65 %, pour la consommation industrielle – la pollution était telle que les métaux lourds utilisés étaient menacés.

  • En Tchécoslovaquie, 50 % des forêts étaient mortes ou mourantes à cause de taux de dioxyde de soufre 8x plus élevés qu’aux ÉU. Les sols étaient tellement acides que l’aluminium contenu dans le sol s’échappait, empoisonnant l’eau potable.

  • En Allemagne de l’Est, 1/3 de tous les lacs ont été déclarés biologiquement morts à cause de tous les déchets qui y ont été déversés. Aussi la pollution était telle que dans certaines villes, il fallait allumer ses phares en plein jour; les touristes qui y respiraient vomissaient fréquemment.

 

Pas de propriété, pas de responsabilité

 

Comment expliquer une telle négligence? C’est très simple : personne n’était propriétaire légitime des ressources (air, terre, eau, etc.). Quand une terre est publique – comme elles étaient toutes sous le communisme –, le gouvernement a généralement peu d’incitatifs pour l’exploiter intelligemment. Dans le cas de l’Europe communiste, on voulait absolument industrialiser les pays afin, espérait-on, rattraper les économies capitalistes. On se fixait des cibles de production à atteindre à tout prix. Cela incluait l’utilisation de charbon brun, à très haute teneur en soufre et qui dégage beaucoup de fumée4 et des méthodes agricoles discutables, qui épuisaient les sols.

 

Ce manque de vision se reflète également dans les secteurs publics des pays capitalistes. Aux États-Unis, le département de la Défense émet plus de déchets dangereux que les cinq plus grandes compagnies de produits chimiques mises ensembles. En fait, la pollution est telle qu’on estime les couts de nettoyage à 20 milliards $. Il en va de même pour l’agriculture, où Washington encourage la surutilisation des terres de même que des cultures pas du tout propices à son milieu5.

 

Le capitalisme, la solution verte

 

Pour remédier (en grande partie, du moins) à toute cette pollution, il existe une solution simple : laisser agir le capitalisme, ou plus précisément, les droits en propriété et la rentabilité. Le second point est ce qui a le plus aidé l’Europe de l’Est. En effet, l’arrivée du capitalisme a poussé les pays à trouver des façon rentable – et non seulement bon marché – de produire, ce qui a grandement réduit la pollution6.

Quand au premier point, il a déjà montré son efficacité, notamment avec le Love Canal7. C’est également la solution envisagée pour protéger certaines ressources, notamment les poissons8 et certaines espèces en voie de disparition910.

 

Pourquoi une telle efficacité? Parce qu’il est dans l’intérêt d’un propriétaire de tirer un maximum de profit de son produit/de son terrain. En endiguant la pollution – comme Hooker l’a fait avec son canal –, le propriétaire s’évite de couteuses poursuites pour atteinte à la propriété d’autrui. Parallèlement, la une pollution mal gérée sur un terrain risque de diminuer sa valeur, et donc les revenus que le propriétaire en tire. Tout entrepreneur ayant une vision à long terme – et dont la propriété est à l’abri d’actions arbitraires des gouvernements – pense à tout ça pour préserver le plus possible son investissement. On ne saccage quand même pas ce qui nous appartient!

 

En conclusion, je tiens à dire que je suis d’accord en surface avec les écologistes : il est important d’agir pour préserver l’environnement afin de sauver l’espèce humaine et la nature. Par contre, je m’inscris en faux contre leur moyen principal, qui est de faire intervenir l’État. Considérant que ce dernier voit rarement à long terme, il est le pire intervenant pour tenter de nous sauver. En fait, on pourrait même dire que la majorité des problèmes environnementaux sont, directement ou non, causés par l’État, et principalement par le manque d’une définition claire des droits de propriétés. Mieux définis, ils permettraient aux individus privés, dans leur propre intérêt personnel, de mieux gérer l’environnement. Ainsi, tout le monde en sort gagnant.

L’écologisme capitaliste

Par Pierre-Guy Veer

Récemment, j’ai vu Le Lorax, le plus récent film de Pixar basé sur une histoire du Dr. Seuss (The Grinch Who Stole Christmas, notamment). N’ayant pas lu l’histoire originale, je ne saurais dire si l’adaptation est fidèle. Mais une chose est sûre : les producteurs du film ont voulu faire passer un message (pas subtile du tout) que, laissé à lui-même, le capitalisme amène la destruction, la pollution et la misère. Malheureusement pour eux, pour qui possède un esprit intelligent, le film montre exactement le contraire…

 

Le film commence avec un numéro musical, les personnages de Thneedville chantent leur joie de vivre dans une ville qui n’a aucun arbre vivant ni animaux sauvages. Tout est fait de plastique, et les gens consomment de l’air en bouteille, gracieuseté de la compagnie O’Hare.

Ted, un adolescent ordinaire, tente de gagner le cœur d’Audrey, une fille qui rêve, plus que tout au monde, de posséder un vrai arbre qui pousse en-dehors du sol. Alors commence sa quête, qui l’emmènera hors de la ville, là ou tout est désolation et air irrespirable. Il rencontrera Once-ler – dont la plaque d’immatriculation lit presque « Oiler » –, homme qui, de son propre aveu, est responsable de la destruction de l’environnement autour de Thneedville. Il racontera alors son histoire : il voulait vendre son Thneed, espèce de morceau de tissu très polyvalent, fait à partir des feuilles des arbres (qui ressemble à de la barbe à papa). Mais dès qu’il a coupé un arbre, le Lorax, esprit de la forêt, a tout fait ce qu’il pouvait pour l’empêcher de « détruire » la forêt où vivent tous les animaux. Ça fonctionne pour un temps… jusqu’à ce que la famille de Once-ler, au très fort accent Sudiste, arrive et commence la production en série du Thneed – elle qui ne croyait pas du tout aux chances de Once-ler. Ainsi commence la destruction de la forêt et l’enrichissement de Once-ler. « How bad can it be? » chante-t-il jusqu’à ce que le dernier arbre soit rasé…

 

Festival des clichés

 

Les clichés anti-capitalistes de ce film sont presque innombrables. Outre ceux énumérés dans le résumé du film, notons – et je ne me concentrerai que sur trois – O’Hare, le président de la compagnie d’embouteillage d’air. Au début du film, deux employés de sa compagnie lui suggère de construire une nouvelle usine hyper polluante, ce qui fera ainsi grimper son chiffre d’affaire. En prenant connaissance des escapades de Ted, O’Hare l’avertit sévèrement de ne pas sortir de la ville. Quand il apprend que Ted a en sa possession la dernière graine d’arbre, il s’acharne à la capturer. Après tout, les arbres sont mauvais pour les affaires parce qu’ils produisent de l’air pur gratuit.

Il y a également la famille de Once-ler, un ramassis de tous les clichés imaginables sur les gens du Sud des ÉU : accent rurale, manières primitives et surtout dédain de l’éducation et de l’avancement. Elle croit que Once-ler sera incapable de vendre son Thneed, et se moque abondamment de lui lorsqu’il part à l’aventure. Mais dès qu’elle apprend que le produit est un succès, elle se précipite, avec sa maison mobile, auprès de Once-ler pour partir sa compagnie. Évidemment, parce que c’est une famille sudiste ignare, elle va complètement raser la forêt, pour ensuite renier Once-ler parce qu’il a fait faillite.

Enfin, le Lorax représente le fantasme par excellence des écologistes : c’est l’esprit de la forêt, le défenseur des animaux et le protecteur de l’air pur. Il apparaît magiquement quand Once-ler coupe le premier arbre de la forêt, tentant de l’empêcher de poursuivre sa « destruction ». Il tente même de noyer Once-ler en déposant son lit dans la rivière pour qu’il parte à la dérive. Mais comme un des animaux était sur le lit, Once-ler sera sauvé, probablement à son grand regret.

 

Le vrai capitalisme est écologique

 

Les libertariens qui ont lu le texte jusqu’à présent se sont vite rendu compte que Le Lorax montre clairement ce qui se produit quand l’esprit du capitalisme – propriété privée, investissement à long terme, non-intervention du gouvernement dans l’économie – n’est pas respecté. Pour les autres, laissez-moi vous exposer sa vraie nature…

 

Quand Once-ler arrive dans la forêt, personne n’en est légalement propriétaire. Oui, les animaux sont très mignons, mais dans la vraie vie, ils n’ont pas de droits de propriété. Si Once-ler était devenu le propriétaire légal de cette terre, alors il aurait (fort probablement) tout fait pour utiliser les arbres intelligemment. Après tout, ce qui fait le succès du capitalisme, c’est l’investissement, PAS la consommation. D’ailleurs, l’investissement (privé) explique presque, à lui seul, pourquoi « l’Occident » (Europe, ÉU, Canada, Australie, etc.) est tellement plus riche que le reste du monde1.

Donc, le comportement de Once-ler n’est PAS capitaliste. Au contraire, l’on pourrait même dire que son comportement est encouragé dans notre monde interventionniste. Un très bel exemple est le sort de la Seigneurie du Triton2. Sous pression populaire, le gouvernement Charest avait décidé, en 2005, de déclarer cette zone aire protégée, empêchant ainsi toute exploitation forestière, même de la part de compagnie qui s’y trouvaient déjà. Naturellement, se sachant évincées sous peu, les compagnies présentes ont rationnellement cherché à maximiser leurs profits… en coupant à blanc. La moralité de cette action est discutable, mais elle facilement compréhensible : puisque la propriété sera publique, à quoi bon préserver les arbres pour le futur?

 

Le même concept s’applique pour la pollution. Si c’est une plaie dans notre monde moderne, c’est que l’air, le sol et l’eau appartiennent à tous, et donc à personne. Derrière le rideau de fer, où les lois économiques étaient presque toutes ignorées, la pollution était effarante, certaines forêts sont devenues irrécupérables et plusieurs gens en mouraient prématurément3. Si le capitalisme avait existé, ces problèmes n’auraient probablement jamais existé.

Dans les années 50, Hooker, une compagnie de produits chimiques dans l’État de New York, avait en sa possession un canal dans lequel elle déversait ses déchets. Il était très bien construit, et aucune fuite n’a été rapportée. C’était tout à son avantage, sinon elle aurait dû dédommager pour la pollution. Mais dès que le gouvernement local a décidé d’acheter des terrains en bordure dudit canal, les problèmes ont commencé : désintégration de la structure du canal, fuites, construction en bordure du canal… Comme le public n’est généralement responsable de rien, nul besoin de dire que la compagnie a reçu tout le blâme4.

 

C’est donc ce qui peut expliquer le je-m’en-foutisme de O’Hare quant à sa pollution. Comme il n’y a pas de propriété de l’air ou de l’eau, il s’en fiche; il en profite même. Et son comportement face aux arbres – ils offrent une concurrence « déloyale » quant à la production d’air pur – n’est pas sans rappeler la pétition des marchands de chandelles présentées par Frédéric Bastiat5. Tout comme O’Hare, ils protestaient contre la concurrence déloyale… du soleil et exigeaient des pouvoirs publics que l’on bloque toutes les fenêtres afin de faire augmenter les affaires. Force est de constater que O’Hare, lui, a eu gain de cause, ce qui aurait été impossible dans un libre-marché. En effet, la majorité des gens seraient porté à vouloir profiter d’air pur gratuit produit par les arbres.

 

En conclusion, malgré ses qualités techniques évidentes, Le Lorax n’est qu’un vulgaire film de propagande écologiste qui fait fi d’à peu près toute la logique économique. Et comme il s’adresse principalement aux enfants, je conseille fortement aux parents libertariens de bien expliquer à leurs enfants que ce film montre ce qui se passe quand on ne respecte PAS l’esprit du capitalisme. Allez-y en leur posant cette simple question : « Est-ce que tu briserais volontairement les jouets de ton frère/ta sœur »? Il devrait normalement dire non; ajoutez ensuite : « Tu viens donc de me dire qu’il faut respecter la propriété de l’autre »? Ils devraient bien comprendre.

1Mises, Ludwig Von. Marxism Unmasked: From Delusion to Destruction, Foundation for Economic Education, Irvington-on-Hudson, NY, 2006

Les pillards, les quêteux et les agneaux sacrificiels

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Dans son livre Atlas Shrugged, maintenant disponible en français, Ayn Rand identifie 3 types de personnages: les pillards (looters), les quêteux (moochers) et ceux qui sont compétents et travaillent.

Les pillards

Le pillards, ce sont les banquiers de Wall Street, les grandes corporations, les groupes d’intérêts et les politiciens, qui ne cessent de manigancer pour utiliser le pouvoir de l’État à leur avantage et s’enrichir en s’attribuant une part toujours plus grande des deniers publics ou ne faisant voter des lois qui les favorise au détriment de leurs compétiteurs et les politiciens corrompus qu’ils achètent en finançant leurs campagnes électorales et qui sont plus qu’heureux de retourner l’ascenseur une fois élus. Ce sont eux les grands responsables de la situation actuelle et tant qu’ils resteront près du pouvoir, les choses ne feront qu’empirer.

Les quêteux

Les quêteux, ce sont ces gens qui campent sur Wall Street pour protester contre les pillards. Non pas pour rétablir la justice, mais plutôt parce qu’ils aimeraient tout simplement avoir leur part du butin et ils veulent que l’État leur donne. Pour eux, un emploi et un train de vie confortable n’est pas quelque chose qui se mérite, c’est un dû. Ils réclâment qu’on leur donne un revenu minimum garanti, peu importe leur situation d’emploi (un chausson avec ça?). À quoi bon travailler si on a un revenu garanti? Ils veulent un salaire minimum de $20/heure!

Ils veulent des études universitaires gratuites. Ça vaut quoi un diplôme gratuit? Demandez aux cubains qui font $20 par mois, qu’ils aient fait leurs études universitaires, ou pas. Moi je dirais comme le disait le chroniqueur Bernard Mooney, lors du récent forum du RLQ sur l’éducation:

« Si on ne veut pas payer pour son éducation, c’est qu’on accorde aucune valeur à l’éducation »

Les quêteux veulent également que ce soit les autres qui paient pour leurs soins de santé. Ils réclâment un système de santé gratuit et universel. Peut-être devrait-on les envoyer visiter l’urgence d’un hôpital à Montréal quand ils se feront tabasser par les flics. Question de voir ce que ça donne un système de santé universel gratuit.

Ils veulent des barrières protectionnistes contre tous les produits importés, mais il veulent des frontières ouvertes pour migrer et travailler où ils veulent (le beurre, l’argent du beurre et le cul de la fermière en bonus).

Ils veulent également qu’on pardonne toutes les dettes, souveraines et personnelles, qu’on soit en défaut de paiement ou non. Bien sûr! Et pourquoi pas un petit bonus avec ça tant qu’a y être, juste pour vos beaux yeux! Ça sert à quoi de gérer son crédit responsablement? Suffit de « maxer » sa carte de crédit et dire aux banques de se mettre leur état de compte quelque part où le soleil ne brille pas, non?

Bref, ils croient que tout leur est dû par le fait même de leur piètre existence sur cette planète et qu’ils n’ont donc pas à lever le petit doigt pour se le mériter.

Les agneaux

L’autre groupe se fait maintenant appeler les 53% (ici, ce serait les 40%). Ce sont les agneaux sacrifiels qui se font saigner par le biais des taxes et impôts au profit des pillards et des quêteux. Ce sont ceux qui payent plus de 90% des impôts. Ils travaillent dur, bâtissent des commerces et créent des emplois ou ils ont deux ou trois emplois. Ils travaillent 50, 60, 70 heures par semaine. Ils payent leur dettes, ils payent leurs études et leurs soins de santé. Ils ne comptent sur personne d’autre qu’eux-même pour subvenir à leurs besoins. Ils assurent eux-même leur propre réussite et leur confort, pour se voir confisquer le fruit de leur travail et se faire traiter d’égoïstes de vouloir le garder. Étrangement, personne ne traite d’égoïste, ceux qui cherchent à s’approprier le bien d’autrui.  En voici quelques-uns:

  »J’ai trois emplois. J’ai une maison que je suis incapable de vendre. Les coûts d’assurances pour ma famille sont outrageux. Je ne blâme pas Wall Street. Avalez, les pleurnichards! Je suis le 53% qui vous subventionne que vous puissiez camper sur Wall street et vous plaindre. »   »J’ai 20 ans et j’ai quitté l’université en 2009 pour démarrer ma propre entreprise. J’emploie des gens qui ont deux fois mon âge. Je paie mes dettes moi-même. Je paie mes taxes et celles de mon entreprise. Je travaille plus de 70 heures par semaine. Je n’ai pas d’assurance-santé. Je n’ai jamais rien demandé à personne. Je n’ai pas encore beaucoup d’argent. Je n’ai pas eu 3 journées de congé consécutives depuis 2009. Je ne blâme pas Wall st. Je blâme les politiciens de carrière élitistes. Je suis le 53% »
   
  »Je suis propriétaire d’une petite entreprise. J’ai déjà tout perdu et ça pourrait se reproduire. Je prend des risques pour que mes enfants aient une vie meilleure, pas pour que vous puissiez vous asseoir sur votre cul à mes dépens. Je suis le 53% »   »J’ai été élevée par une mère monoparentale. J’ai travaillé à 2 emplois pendant le secondaire. J’ai été la première de ma famille à aller à l’université. J’ai travaillé pendant toutes mes études universitaires. Après mes études j’avais 3 emplois. 1 à temps-plein et 2 à temps partiel. J’ai commencé à payer pour mon assurance-santé à 21 ans. Écrasez la racaille gauchiste et Dieu bénisse l’Amérique. Je suis Brittney et je suis le 53% »

 

Pour ma part, j’ai un emploi à temps plein et je travaille au moins 20 heures par semaine à éditer un journal qui dénonce la corruption des politiciens, des corporations, des syndicats et autre groupes d’intérêts qui têtent constamment les mamelles de l’État. Mon nom est Philippe et je fais partie du 40% qui paie pour faire vivre 60% de mes concitoyens. Et comme eux, j’en ai marre de me faire saigner.

Quand les idées font l’amour

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Comment la race humaine a-t-elle amélioré sa situation par sauts et par bonds depuis deux cents ans? Matt Ridley offre une excellente explication du développement de l’échange, la coopération volontaire, la spécialisation et la division du travail et leur rôle dans l’innovation et le progrès.

Dans son exposé, Matt Ridley cite un texte de Leonard Read, « Moi, Le Crayon ». En complément, je vous offre une traduction de ce texte:

Moi, le crayon

Mon arbre généalogique raconté par Leonard. E. Read

Traduction par Hervé de Quengo

 

Je suis un crayon noir — le crayon de bois ordinaire que connaissent tous ceux qui savent lire et écrire, garçons, filles et adultes. (Mon nom officiel est « Mongol 482. » Mes nombreux éléments sont assemblés, fabriqués et finis par la Eberhard Faber Pencil Company.)

Ecrire est à la fois ma vocation et mon métier [jeu de mots anglais entre vocation et avocation=métier. NdT] ; c’est tout ce que je fais.

Vous pourriez vous demander pourquoi je devrais écrire une généalogie. Eh bien, pour commencer, mon histoire est intéressante. Et, ensuite, je suis un mystère — plus grand qu’un arbre ou un coucher de soleil, et même qu’un éclair. Mais, malheureusement, ceux qui m’utilisent me considèrent comme faisant partie du décor, comme si je n’étais qu’un simple événement sans antécédents. Cette attitude superficielle me relègue au niveau du banal. C’est un exemple de la grave erreur que l’humanité ne peut pas continuer à commettre trop longtemps sans danger. Car, comme l’a observé le sage G.K. Chersterton, « Nous périssons faute d’émerveillement, et non pas faute de merveilles. [We are perishing for want of wonder, not for want of wonders]. »

Moi, le crayon, aussi simple que je paraisse, je mérite votre émerveillement et votre respect, une affirmation que je vais essayer de prouver. En fait, si vous pouvez me comprendre — non, c’est trop demander à quelqu’un — si vous pouvez prendre conscience du caractère miraculeux que je symbolise, vous pourrez sauver la liberté que l’humanité est si malheureusement en train de perdre. J’ai une profonde leçon à enseigner. Et je peux l’enseigner mieux qu’une automobile, un avion ou un lave-vaisselle parce que — eh bien, parce que je suis en apparence si simple.

Simple ? Et pourtant, pas une seule personne à la surface de cette terre ne sait comment me fabriquer. Ceci semble invraisemblable, non ? Particulièrement quand on se rend compte qu’on produit chaque année un demi milliard de mes semblables aux Etats-Unis.

Prenez-moi et regardez-moi, que voyez-vous ? On ne voit pas grand-chose : il y a du bois, de la laque, la marque imprimée, la mine, un peu de métal et une gomme.

D’innombrables antécédents

Tout comme vous ne pouvez pas remonter votre arbre généalogique très loin, il m’est impossible de nommer et d’expliquer tous mes antécédents. Mais je voudrais en suggérer suffisamment pour bien vous faire comprendre leur richesse et leur complexité.

Mon arbre généalogique commence avec ce qui est bel et bien un arbre : un cèdre de l’espèce qui pousse en Californie du Nord et en Oregon. Réfléchissez maintenant avec attention à toutes les scies, à tous les camions, à toutes les cordes et aux innombrables autres équipements utilisés pour obtenir et transporter les rondins de cèdre vers les voies de chemin de fer. Pensez à toutes les personnes et aux compétences innombrables qui ont participé à leur fabrication : l’extraction du minerai, la fabrication de l’acier et sa transformation en scies, haches et moteurs ; la culture du chanvre et toutes les étapes aboutissant à une corde grosse et lourde ; les campements d’exploitation du bois avec leurs lits et leurs mess, la culture et la cuisine de toute la nourriture. Tiens, un nombre incalculable de milliers de gens ont joué un rôle dans chaque tasse de café que boivent les bûcherons !

Les rondins sont envoyés vers une fabrique à San Leandro, en Californie. Pouvez-vous imaginer les individus qui ont créé les wagons-plateforme, les rails et les locomotives, et ceux qui ont construit et installé les moyens de communication qu’ils supposent. Ces légions font partie de mes antécédents.

Réfléchissez au travail à San Leandro. Les rondins sont coupés en petites lames, de la longueur d’un crayon et d’une épaisseur inférieure à 6 millimètres. Celles-ci sont séchées dans un four et teintées pour la même raison qu’une femme met du rouge sur son visage. Les gens préfèrent que je sois joli, plutôt que d’un blanc pâle. Les lames sont cirées et à nouveau séchées en four. Combien de savoir-faire entrent dans la fabrication des teintes et des fours, ou dans la fourniture de la chaleur, de la lumière et de l’énergie, des courroies, des moteurs et des autres choses que réclame une fabrique ? Des balayeurs de la fabrique parmi mes ancêtres ? Oui, et aussi les hommes qui ont versé le béton du barrage d’une centrale hydraulique de la Pacific Gas and Electric Company qui approvisionne la fabrique en énergie.

N’oubliez pas les ancêtres actuels et lointains qui ont aidé à transporter soixante voitures de lames d’un côté à l’autre du pays.

Une fois dans l’usine à crayons — 4 millions de dollars de machines et de bâtiments, capital entièrement accumulé par des parents à moi — chaque lame se voit donner huit rainures par une machine complexe, après quoi une autre machine place une mine dans une lame sur deux, met de la colle et dispose une autre lame au-dessus — un sandwich à la mine pour ainsi dire. Sept frères et moi sommes mécaniquement taillés dans ce sandwich de bois.

Ma mine elle-même est complexe. Le graphite est extrait à Ceylan. Pensez à ces mineurs, à ceux qui ont fabriqué leurs nombreux outils ou les sacs en papier dans lesquels on transporte le graphite ou encore la ficelle qui permet d’attacher ces sacs, à ceux qui les ont mis à bords des bateaux et à ceux qui ont fabriqué ces bateaux. Même les gardiens de phare le long de la route ont aidé à ma naissance — et aussi les pilotes des ports.

Le graphite est mélangé à de l’argile du Mississipi dont on utilise l’hydroxyde d’ammonium pour le processus d’affinage. Puis des agents mouillants sont ajoutés, comme du suif sulfoné — des graisses animales ayant réagi avec de l’acide sulfurique. Après être passé au travers de nombreuses machines, le mélange se présente finalement comme une extrusion sans fin — comme pour une machine à saucisses — découpée à la dimension voulue, séchée et cuite pendant plusieurs heures à environ 1000 °C. Pour accroître leur résistance et leur aspect lisse, les mines sont alors traitées avec un mélange chaud qui comprend de la cire du Mexique, de la paraffine et des graisses naturelles hydrogénées.

Mon cèdre reçoit six couches de laque. Connaissez-vous tous les ingrédients de la laque ? Qui penserait que les éleveurs de graine de ricin et les raffineurs d’huile de ricin en font partie ? C’est le cas. Tiens, même les processus qui permettent d’obtenir la belle couleur jaune de la laque nécessitent les savoir-faire de plus de personnes que l’on n’en pourrait dénombrer !

Regardez la marque. C’est un film formé en chauffant du charbon noir mélangé avec des résines. Comment faites-vous pour obtenir des résines et, je vous le demande, qu’est ce que le charbon noir ?

Mon bout de métal — la virole — est en laiton. Pensez à toutes les personnes qui extraient le zinc et le cuivre et ceux qui savent faire une feuille brillante de laiton à partir de ces produits de la nature. Ces anneaux noirs sur ma virole sont en nickel noir. Qu’est-ce donc, et comment est-il mis en place ? L’histoire complète qui explique pourquoi le centre de ma virole n’est pas recouvert de nickel prendrait des pages.

Il y a ensuite mon plus grand triomphe, inélégamment appelé dans le métier « la bonde » [the plug], la partie que l’homme utilise pour effacer les erreurs qu’il commet avec moi. C’est un élément appelé « factice » qui permet d’effacer. Il s’agit d’un produit semblable à du caoutchouc fabriqué en faisant réagir de l’huile de colza des Indes néerlandaises avec du chlorure de soufre. Le caoutchouc, contrairement à l’idée courante, ne sert que pour assurer la liaison. Il y a ensuite de nombreux agents de vulcanisation et d’accélération. La pierre ponce vient d’Italie ; et le pigment qui donne sa couleur à la gomme est du sulfure de cadmium.

Personne ne sait

Quelqu’un veut-il remettre en doute mon affirmation selon laquelle pas une seule personne au monde ne saurait comment me fabriquer ?

En fait, des millions d’êtres humains participent à ma création, et aucun d’entre eux n’en connaît plus que quelques autres. Bon ! Vous allez dire que j’exagère en disant que ma création est liée au cueilleur de baies de café dans le lointain Brésil et aux cultivateurs de nourriture, que c’est une position extrême. Je réitère mon affirmation. Il n’y a pas une personne, parmi ces millions, y compris le président de l’entreprise de crayons, qui contribue plus qu’un tout petit peu, de façon infinitésimale, aux compétences requises. Du point de vue des savoir-faire, la seule différence entre le mineur qui extrait le graphite à Ceylan et le bûcheron de l’Oregon est le type de compétence. On ne peut se passer ni du mineur ni du bûcheron, pas plus que du chimiste de la fabrique ou de l’ouvrier du champ de pétrole — la paraffine étant un dérivé du pétrole.

Voilà un fait étonnant : ni l’ouvrier du champ de pétrole, ni le chimiste, ni le mineur extrayant le graphite ou l’argile, ni aucun de ceux qui équipent ou fabriquent les bateaux, les trains ou les camions, ni aucun de ceux qui font fonctionner la machine assurant le moletage de mon bout de métal, ni le président de la compagnie ne remplissent leur tâches parce qu’ils me veulent. Chacun me désire moins, peut-être, qu’un écolier. En fait, il y en a dans cette multitude qui n’ont jamais vu de crayon et qui ne saurait pas s’en servir. Leur motivation est autre chose que moi. C’est peut-être quelque chose comme ça : chacun parmi ces millions voit qu’il peut ainsi échanger son petit savoir-faire contre des biens et des services qu’il désire ou dont il a besoin. Je peux ou non faire partie de ces articles.

Pas d’esprit organisateur

Il y a quelque chose d’encore plus étonnant : c’est l’absence d’un esprit supérieur, de quelqu’un qui dicte ou dirige énergiquement les innombrables actions qui conduisent à mon existence. On ne peut pas trouver trace d’une telle personne. A la place, nous trouvons le travail de la Main Invisible. C’est le mystère auquel je me référais plus tôt.

Il a été dit que « seul Dieu pouvait créer un arbre. » Pourquoi sommes-nous d’accord avec ça ? N’est-ce pas parce que nous comprenons que nous ne pourrions pas en fabriquer un nous-mêmes ? En fait, pouvons-nous décrire un arbre ? Non, sauf dans des termes superficiels. Nous pouvons dire, par exemple, qu’une certaine configuration moléculaire se présente comme un arbre. Mais quel esprit humain pourrait même noter, sans même parler de diriger, les changements constants des molécules qui se produisent au cours de la vie d’un arbre ? Un tel exploit est totalement impensable !

Moi, le crayon, je suis une combinaison de miracles : un arbre, du zinc, du cuivre, du graphite, etc. Mais, à ces miracles qui existent dans la Nature, s’ajoute un miracle encore plus extraordinaire : la configuration des énergies créatrices humaines — des millions de tout petits savoir-faire se réunissant naturellement et spontanément en réponse à la nécessité et au désir humains et en l’absence de tout esprit organisateur ! Comme seul Dieu peut créer un arbre, j’insiste pour dire que seul Dieu pourrait me créer. L’homme ne peut pas plus diriger ces millions de savoir-faire pour me donner vie qu’il ne peut assembler les molécules pour faire un arbre.

Tout ceci est ce que je veux dire quand j’écris : « Si vous pouvez prendre conscience du caractère miraculeux que je symbolise, vous pouvez aider à sauver la liberté que l’humanité est si malheureusement en train de perdre. » Car si l’on se rend compte que ces savoir-faire s’organiseront naturellement, oui, automatiquement en modèles créateurs et productifs permettant de répondre aux nécessités et aux désirs humains — c’est-à-dire en l’absence de gouvernement ou de tout autre esprit organisateur coercitif — alors on possède un ingrédient absolument essentiel de la liberté : une foi dans les gens libres. La liberté est impossible sans cette foi.

Une fois que le gouvernement a un monopole de l’activité créatrice, comme c’est le cas, par exemple, pour la livraison du courrier, la plupart des individus vont croire que le courrier ne pourrait pas être efficacement distribué par des gens libres. En voici la raison :chacun reconnaît qu’il ne sait pas lui-même toutes les choses qui impactent la livraison du courrier. Il reconnaît aussi qu’aucun autre individu ne pourrait le savoir. Ces suppositions sont correctes. Aucune personne ne possède assez de connaissances pour s’acquitter de la distribution du courrier d’un pays, tout comme personne ne possède assez de connaissances pour fabriquer un crayon. Or, sans la foi dans les gens libre — dans l’ignorance que, naturellement et miraculeusement, des millions de petits savoir-faire se formeraient et coopéreraient pour satisfaire ce besoin — l’individu ne peut s’empêcher d’arriver à la conclusion erronée que le courrier ne peut être distribué que grâce à l’esprit organisateur d’un gouvernement.

Des témoignages à la pelle

Si moi, le crayon, j’étais le seul point qui témoigne de ce que les hommes et les femmes peuvent faire lorsqu’ils sont libres d’essayer, alors les gens de peu de foi auraient des arguments. Il y a cependant pléthore de témoignages ; ils sont partout autour de nous. La livraison du courrier est très simple comparée, par exemple, à la fabrication d’une automobile, d’une calculatrice, d’une moissonneuse-batteuse, d’une machine de moulage ou de dizaines de milliers d’autres choses. La livraison ? Eh bien, dans le domaine où les gens ont été libres de distribuer la voix humaine autour de la terre en moins d’une seconde, ils fournissent visuellement et avec le mouvement dans le foyer de tout un chacun un événement lorsqu’il se produit. Ils permettent à 150 passagers de voyager de Seattle à Baltimore en moins de quatre heures. Ils fournissent du gaz du Texas à un fourneau de New York pour des prix très bas et sans subventions. Ils livrent un quart de la production de pétrole du Golfe persique sur notre Côte Est — la moitié d’un tour du monde — pour moins cher que le gouvernement ne facture la livraison d’une lettre de 30 grammes pour l’autre côté de la rue.

La leçon que je veux enseigner est la suivante : laissez libres toutes les énergies créatrices. Organisez juste la société pour qu’elle agisse en harmonie avec cette leçon. Que l’appareil légal de la société élimine tous les obstacles du mieux qu’il le peut. Permettez à tous ces savoirs créateurs de se répandre librement. Ayez foi dans les hommes et les femmes libres qui répondent à la main invisible. Cette foi sera fortifiée. Moi, le crayon, aussi simple que je sois, offre le miracle de ma création comme témoignage de cette foi pratique, pratique comme le soleil, la pluie, un cèdre ou la bonne terre.

Qu’est-ce que tout ça veut dire? Notre prospérité ne vient pas d’un accident. Elle ne vient pas des gouvernements. La prospérité vient de l’innovation créée quand des individus échangent des idées entre eux et quand ils coopèrent paisiblement entre eux pour produire ce que nous avons tous besoin.

La vérité choque

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Comme chaque année, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) publie son Bulletin de la prospérité du Québec1. Puisque cette analyse jette un regard sombre sur ledit « modèle » québécois, la gauche s’est vite empressée de diminuer la portée du document2. Mais comme il fallait s’y attendre, la contre-analyse emploie la même superficialité dont elle accuse le rapport du CPQ…

 

En effet, on ridiculise le rapport parce qu’il ramène «  la définition de la prospérité d’un État à sa capacité à créer un environnement favorable au développement des affaires ». Un tel commentaire montre une profonde ignorance de l’économie. Cette dernière ne peut véritablement prospérer que si des entrepreneurs prennent des risque pour augmenter leur richesse personnelle et, au bout du compte, celle des autres. Le gouvernement ne peut que rediriger la richesse; il n’en crée pas.

Et pour encourager les entrepreneurs, il faut avoir un bon environnement : réglementation réduite au plus simple, salaires flexibles, fardeau fiscal allégé, etc. Et malheureusement, sur chacun de ces points, le Québec est médiocre : les lois du travail favorisent indûment les syndicats, ces derniers rendent les salaires rigides (et donc augmentent le cout de la main-d’œuvre), et même le plus bas taux d’imposition est plus haut que le palier le plus élevé des autres provinces (sans compter toutes les taxes et autres frais, aussi plus élevés). Et n’en déplaise à M. Bérubé, le salaire minimum a un effet très négatif sur l’emploi. D’ailleurs, sa création à quelques endroits avait justement comme but de créer du chômage pour certains groupes3

Toutefois, créer un environnement propice pourrait ne pas être suffisant. La culture entrepreneuriale au Québec est en perte de vitesse par rapport à l’Ontario4. Il faut croire que le vieux fond catholique de méfiance de la richesse est encore dans les parages…

 

Ignorer quand on est désavantagé

 

Autre point qui ressort dans « l’analyse » du Devoir : la citation d’un rapport de IRIS, un institut d’analyse de gauche, qui affirme que « la prospérité d’une société n’est pas qu’une affaire de production de biens et services, qu’une mesure de PIB ». En effet, ne tenir compte du PIB « risque de nuire directement à d’autres objectifs sociaux légitimes, comme la cohésion sociale et la protection de l’environnement »5. Nonobstant que cette analyse montre que la gauche ne peut pas voir la vérité en face – que le PIB est un facteur nettement plus déterminant que l’écart de richesse pour mesurer la santé d’un peuple6 –, les deux objectifs sus mentionnés nuisent définitivement à n’importe quel juridiction (province, pays, ville, peu importe).

 

En effet, tenter de créer une supposée « cohésion » entre les membres d’une société sous-entend nécessairement une violation des droits individuels à l’avantage des droits collectifs. On n’a qu’à regarder le Québec pour en voir les effets. Au nom du droit au français

  • tout enfant n’ayant pas eu une éducation anglaise ailleurs au Canada est tenu d’être éduqué dans une école française (exception faite des « écoles passerelles », qu’un enfant doit quand même fréquenter trois ans)

  • tout affichage doit avoir le français plus gros que n’importe quelle autre langue

  • Toute entreprise de plus de 50 employés doit mettre en place un environnement où le français domine.

Nul besoin de dire que cette dernière mesure a précipité le déclin de Montréal pour alimenter Toronto. Mais peu importe : le français est vigoureux!

 

De plus, n’en déplaise à IRIS, le capitalisme est le meilleur système de préservation de l’environnement. En effet, quand les droits de propriété sont bien définis, une atteinte trop grande à ces derniers (déversement de pétrole, déchets nucléaires) force la compagnie fautive à verser compensation aux personnes touchées. Sans aucune intervention du gouvernement, les compagnies ont donc intérêt à limiter au maximum l’impact qu’elles ont sur leurs voisins.

Toutefois, l’analyse de l’IRIS va plus loin. Il considère encore comme crédible le GIEC, le bras de propagande environnementale de l’ONU, et son analyse catastrophique du futur de la planète. Il accepte béatement que les rapports du GIEC soient remplis de rapports de bacheliers, d’activistes environnementaux ou de membres en règle de Greenpeace7. Et peu importe si Climategate a montré la magouille outrancière parmi certains scientifiques pour truquer les données sur le climat, ou même si une étude du CERN a montré la très grande influence du rayonnement cosmique, par rapport au CO2, sur le climat8.

Mais non. On en rajoute en montrant un graphique, qui affiche une corrélation positive entre la taille de l’économie (PIB) et l’émission de gaz à effet de serre. Je ne nie pas la corrélation, mais si on regarde les pays avec une empreinte de carbone plus faible, on trouve le Ghana, le Mali, l’Éthiopie, la Somalie… Des pays qui ne polluent presque pas, mais dont la population a à peine de quoi subsister. Est-ce ce que l’IRIS veut?

 

Enfin, l’auteur de la critique dans Le Devoir s’imagine que les programmes sociaux (« capitalisme redistributif ») est ce qui a aidé le plus le Québec à traverser la présente crise. Je suis obligé de lui accorder un demi-point là-dessus : il est vrai que les nombreuses dépenses publiques au Québec ont sans doute aidé la Belle Province à tomber moins durement. Malheureusement, il néglige de dire que ces dépenses ont fait que le Québec avait moins haut chuter comparativement aux provinces populeuses – Ontario, Alberta et Colombie-Britannique. Il n’était donc pas difficile de remonter la pente de l’avant-crise. Maintenant, il faut monter la pente de la croissance, et elle sera on ne peut plus à pic à cause justement des trop nombreuses dépenses publiques.

 

En conclusion, si l’on veut rattraper les provinces riches du pays, il y a du pain sur la planche. Il faudra que le gouvernement Charest – ou peu importe qui lui succèdera d’ici 2013 – tienne compte du bulletin du CPQ. N’en déplaise au Devoir, il brosse un portrait très fidèle – et donc plutôt sombre – de la situation économique du Québec. Sans une amélioration substantielle des points négatifs (fardeaux fiscal et réglementaire, notamment), alors même les provinces Maritimes risquent d’avoir une économie plus vigoureuse. L’IPÉ et la NÉ ont d’ailleurs des soldes budgétaires plus respectables que le nôtre.

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