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Ces grands défenseurs incohérents de la liberté

Par Philippe David

C’est étonnant les incohérences que nous pouvons relever lorsque nous comme confrontés à des débats concernant les droits et les libertés .

Prenons par exemple l’attentat contre Charlie Hebdo et le débat sur la charte qui faisait rage il y a environ un an. Il y a quelques jours, Mathieu Bock-Côté se faisait un devoir de nous faire la leçon dans son texte Liberté d’expression 101 dans lequel il défend la liberté de Charlie Hebdo d’imprimer tout se qu’il veut. Ce n’est pas que je sois en désaccord avec son texte, loin de là, mais je me demande si sa redécouverte soudaine des vertus des droits et libertés veut dire qu’il a changé d’avis sur la charte qu’il défendait si ardemment l’an dernier? Lui qui fustigeait tous ceux qui argumentaient pour les droits des croyants d’exprimer leur foi par des symboles religieux. ( Il m’a d’ailleurs rayé de sa liste d’amis Facebook pour cette raison et il n’a pas été le seul, d’ailleurs )

Inversement, je vois maintenant bien des gens qui ont combattu contre la charte à mes côtés, mais qui maintenant disent que Charlie Hebdo ne devrait pas imprimer des caricatures incendiaires. Que la retenue, la politesse et la courtoisie envers les croyants devraient être «obligatoires» (par une loi?).  Autrement dit, la liberté d’expression est correcte quand elle n’est pas trop controversée, mais si par hasard l’opinion nous rebiffe, alors là…

Les amis, je suis désolé d’avoir à vous le dire, mais si vous croyez avoir le droit de  libre-expression pour afficher votre foi, Charlie Hebdo a parfaitement le droit de faire des caricatures provocantes. Ce sont deux côtés de la même pièce. Nous ne pouvons refuser à l’un ce que nous permettons à l’autre et ce n’est pas parce qu’il s’agit de religion que vous êtes exempts. J’ai personnellement vu autant d’énormités dites ou écrites par des prédicateurs religieux de toutes les croyances que celles contenues dans Charlie Hebdo.

Dans mon cas, je me range derrière George Orwell qui a écrit «Si la liberté d’expression existe pour une raison, c’est pour pouvoir dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre.» La liberté d’expression n’existe pas pour échanger des banalités ou parler de météo. Elle existe pour pouvoir débattre de sujets controversés. Si vous voulez qu’on respecte votre point de vue, ayez la politesse de respecter celui des autres.

De plus, les droits individuels sont le seul rempart entre vous et un état totalitaire. Vous l’ignorez probablement, mais il est déjà mal en point. Si vous voulez que votre descendance grandisse un jour dans un pays similaire à la Corée du Nord, je vous en prie, continuez de réclamer à grands cris que l’état vous «protège» en les effritant davantage.

La plume et l’épée

Par Philippe David

Depuis toujours, les caricaturistes se donnent pour mission de ridiculiser les conneries de ce monde et le monde est certainement une source intarissable de bêtises. C’est leur job!  Dépassent-ils occasionnellement les limites du bon goût? Assurément! Mais il faut parfois choquer les gens pour les faire réfléchir. L’humour est souvent une source d’introspection. Du moins, pour ceux qui en sont capables (une infime minorité, j’en conviens).

C’est, je crois, ce que Charlie Hebdo faisait. Ses auteurs et caricaturistes poussaient la limite du bon goût et brassaient les cages afin de réveiller les gens et pour eux, aucun sujet n’était tabou. Ils s’attaquaient autant à des figures politiques, des célébrités et toutes les religions.  Ils débusquaient sans aucune gêne la connerie, où qu’elle se trouve.

Pourtant, de tous les groupes qu’ils ont piqué de leurs plumes, un seul a tenté par deux fois de les réduire au silence par la violence. Certains disent que Charlie Hebdo est l’artisan de ses propres malheurs. «Qui sème le vent récolte la tempête», disent-ils. «Ils ont été beaucoup trop incendiaires, ils sont allés trop loin!» Vraiment? N’est-ce pas comme dire qu’une femme mérite d’être violée parce que sa tenue dévoile un peu trop de peau au goût de certains?  L’insulte et le ridicule ne sont pas les crimes, mais le meurtre et l’intimidation, eux, le sont. Devrions-nous plier l’échine et laisser des barbares nous dicter ce que nous pouvons et ne pouvons pas publier dans un journal à coup de kalachnikov? C’est inacceptable! Si un journal publie quelque chose qui vous déplaît ou qui vous offense, vous pouvez envoyer une lettre à l’éditeur, faire une plainte, protester, dénoncer mais VOUS NE POUVEZ PAS TUER!!!!  Suggérer que les gens de Charlie Hebdo ont mérité ce qu’il leur est arrivé, c’est cautionner que la violence est une réponse légitime à leurs écrits et leurs dessins.

Ce n’est pas d’hier…

Ce n’est pas d’hier que ce genre de chose se produit. Comme Mario Roy,  ancien éditorialiste de La Presse nous le rappelle sur son blogue, L’occident a la chienne depuis 15 ans.   Souvenons-nous des émeutes suite à la publication des caricatures de Mahomet dans le quotidien danois  Jyllands-Posten, des batailles légales d’Ezra Levant et Mark Steyn contre les diverses commissions des droits canadiennes et tous les assassinats commis en criant «Allahu ackbar».  Tous des actes de barbarie abjecte.

Il est étonnant de voir à quel point les médias sont complaisants.  Vous pouvez critiquer ou même ridiculiser toutes les religions, sauf une: l’islam. La foi des musulmans est-elle si fragile qu’elle ne supporte aucune critique? Je ne peux pas concevoir que dans une société civilisée, nous tolérons qu’un groupe se conduise en brute de cour d’école à chaque fois que quelqu’un critique sa religion. C’est intolérable.

Encore aujourd’hui,  un imam à Ottawa déclarait que de faire des caricatures de leur prophète devrait être illégal. Je l’inviterais à utiliser la liberté dont il jouit au Canada pour déménager ses pénates dans un pays qui concorde mieux avec son idéologie (l’EI, par exemple)  parce qu’il n’y a aucune bonne raison d’avoir une telle loi ici au Canada.  Non seulement cautionne-t-il les attaques contre les médias, mais il voudrait utiliser la force de notre gouvernement contre nous-même. Quel culot tout de même! Si tous les musulmans s’indignaient des conneries faites au nom de leur religion la moitié de ce qu’ils s’indignent pour les caricatures, Charlie Hebdo aurait beaucoup moins de matériel à se mettre sous la dent! Ce n’est pas parce que Charlie Hebdo fait des caricatures que les islamistes font des conneries, c’est parce que les islamistes sont cons que Charlie Hebdo fait des caricatures.

Les canards du kiosque de tir

Un autre aspect de ce drame que peu de chroniqueurs québécois ou français  vont mentionner est que les employés du Charlie Hebdo auraient pu tout aussi bien se promener avec une cible peinturée dans le dos.  Comment est-ce possible que des hommes puissent débarquer au milieu d’un quartier affluent de Paris avec des kalachnikovs à la main? Ces armes ne sont-elles pas interdites en France? Car, voyez-vous, pour ceux qui veulent aller commettre un acte terroriste, les interdiction contre les armes à feu sont le cadet de leurs soucis. Nous avons pourtant vu de nombreuses vidéos des tueurs. Et si ces gens avaient été armé d’autre chose que des caméras, les tueurs auraient-il pu faire  autant de victimes?  Nous ne le sauront jamais.

Toujours est-il que ces interdictions ont transformé les citoyens ordinaires en canards de kiosque de tir.

La plume et l’épée

Vous pouvez tuer un caricaturiste, un éditorialiste ou un chroniqueur, un autre prendra leur place. Les idées sont à l’épreuve des balles. La plume demeurera plus puissante que l’épée tant que nous ne nous laisseront pas intimider par des barbares.  Après tout, si des millions publient ces caricatures, ils ne peuvent pas tous nous tuer. Même si Charlie est un canard de gauche, je me battrai jusqu’à la mort pour son droit d’exister et de s’exprimer.

Le droit d’offenser

Un des droits que je considère les plus sacrés est la liberté d’espression.  Ce droit comprend le droit d’offenser. Ceci doit être une choc pour certains, mais il n’existe aucun droit de ne pas être offensé, ou de ne pas être critiqué. Offenser quelqu’un n’est pas un crime et notre système judiciaire ne pourrait pas tolérer qu’il le devienne parce qu’il ne pourrait pas absorber le nouvel influx de poursuites qui en résulterait.  Insulter n’est pas poli, mais ce n’est pas criminel.

Ce qui est criminel, c’est de réagir avec violence à une insulte ou à une critique. Qu’il s’agisse de coups, d’attaque à main armée ou au cocktail molotov, ce genre d’acte est effectivement proscrit par la loi.  Au moment de lire ces lignes, vous aurez probablement entendu parler de l’attaque contre les locaux de Charlie Hebdo en France.  Nous ne devons pas céder devant ce genre d’intimidation et espérons que les coupables seront trouvés et poursuivis.

Désolé pour les musulmans, mais aucune religion n’est à l’abris des critiques et même de railleries et si une religion mérite des railleries de nos jours, c’est bien l’Islam. Quand une religion prescrit à ses fidèles comment tout faire dans leur vie, à aller jusqu’à comment déféquer, il est impossible de ne pas pouvoir en rire.  Les adeptes de la plupart des religions savent généralement composer avec de telles critiques sans violence, les musulmans devraient donc apprendre à faire de même. Sinon, il peuvent toujours exercer leur droit d’aller vivre à un endroit où ils serons certains de ne pas être offensés, comme l’Arabie Saoudite par exemple…