Archives par mot-clé : Charte des valeurs québécoises

Les enfirouapés

Par Philippe David

Suite à la révélation la semaine dernière qu’il n’a jamais existé d’avis légal formel  sur le projet de loi 60. Certains chroniqueurs qui ont défendu cette charte bec et ongle se retrouvent dans une bien fâcheuse position.

D’un côté, Mathieu Bock-Côté continue de défendre l’indéfendable. Disant que ces avis sont sans importance. On s’en balance de la charte des droits de Trudeau. La nôtre, on peut la modifier comme on veut. Ce qui comptait, c’était la volonté du peuple. Eh bien justement, le peuple a vu à travers le jeu des péquistes  et il a choisi de les foutre à la porte, incluant la première elle-même. Je crois que c’était plutôt clair. Mais M. Bock-Côté est resté fidèle à lui-même. Après-tout, il était un des principaux cerveaux derrière le virage identitaire du PQ et son principal propagandiste.  Dommage pour lui, mais en continuant de défendre le PQ de la sorte, il se discrédite lui-même.

De l’autre côté, Richard Martineau déclare s’être fait entubé, cocufier et roulé dans la farine par le PQ. Vraiment M. Martineau? Admettez-vous avoir été à ce point aveugle que vous ne pouviez pas voir tous les signes? Quand le Barreau du Québec et la Commission des droits de la personne du Québec nous disaient que ce projet de loi ne passerait pas le test, les aviez-vous écoutés?  Quand les Pineault-Caron ont été admis pour faire leur témoignage ridicule et ignorant en commission parlementaire, alors que Drainville faisait semblant de bêtement boire leurs paroles, vous n’aviez pas un petit malaise? Quand Bernard Drainville refusait tout compromis avec la CAQ et menaçait d’en faire un enjeu électoral, vous n’aviez pas un peu la puce à l’oreille? Vous n’aviez pas cliqué avant que Pauline Marois déclenche des élections? (À l’encontre de la propre loi de son parti sur les élections à date fixe,  faut-il le rappeler?)

Pourtant, bien d’autres chroniqueurs et blogueurs avaient vu venir Drainville et le PQ de très loin! Même des petits insignifiants comme moi et des moins insignifiants comme Johanne Marcotte, Lise Ravary, Denise Bombardier et Jérôme Lussier, pour ne nommer que quelques-uns, ont écrit en long et en large que cette charte n’était qu’une tactique électoraliste. Avec l’amateurisme du gouvernement Marois, c’est à se demander comment il se fait que vous ayez refusé de regarder la vérité en face pendant si longtemps! Comme si avec ce projet de loi, le PQ était soudainement devenu crédible et compétent alors qu’ils avaient agi comme des clowns pendant les douze mois précédents! Ils étaient pourtant plus que transparents!

Un projet de loi aussi controversé nécessitait non seulement une évaluation juridique complète par le Ministère de la Justice pour s’assurer de sa constitutionalité, mais il y aurait dû y avoir des études produites pour démontrer que le port de symboles religieux ostentatoires était bien un problème assez sérieux pour justifier une restriction des droits de liberté religieuse. Comme les avis juridiques, de telles études ont toujours été inexistantes. La charte de laïcité n’a jamais été qu’un show de boucane, sinon le gouvernement aurait pris soin de tout boucler pour s’assurer qu’elle passerait le test des tribunaux.

Pourquoi? Parce que les droits individuels sont supposés être une valeur capitale de toutes les démocraties libérales digne de ce nom. Parce que le non-respect de ces droits sans de sérieuses raisons nous relègue à l’état d’une vulgaire république bananière. Ce genre de gouvernement piétinent les droits fondamentaux sans justification, mais nous sommes supposés être mieux que ça.

Désolé, mais si vous vous êtes fait enfirouapé de la sorte par le PQ avec tous ces signes sous le nez, vous ne méritez aucune compassion.

Infâme!

Par Philippe David

Ça fait déjà quelques jours depuis qu’il a été dévoilé qu’il n’existe aucun avis juridique émis par le Ministère de la Justice au sujet de la fameuse charte de la laïcité du PQ et je crois que peu de personnes en apprécient la totale infâmie.

Imaginez un instant que cette loi ait été passé par un gouvernement péquiste majoritaire et qu’elle ait été contestée, ce qui aurait été inévitable. Le gouvernement péquiste se serait retrouvé à défendre sa position devant la Cour Suprême sans aucune documentation à l’appui. Aucun avis juridique validant la constitutionalité de la charte et aucune recherche justifiant la nécessité de cette loi non plus.  Imaginez la bisbille que cela aurait causé, l’émoi et je n’ose même pas penser au coût au contribuable. Sans compter que cette charte modifiait de facto la charte québécoise des droits et libertés pour en faire une travestie!

Évidemment, le plan du PQ a toujours été d’utiliser la popularité de l’idée d’une charte de laïcité, la peur de l’intégrisme religieux et cette zizanie qu’allait inévitablement causer la charte avec le gouvernement fédéral, pour faire avancer son agenda souverainiste. Pour le PQ, afin de réaliser cet objectif, la fin justifie tous les moyens et toutes les tromperies. Nous le savons tous, depuis que Parizeau a sorti l’euphémisme de la cage à homard, que le PQ ne s’arrêtera devant rien pour littéralement « piéger » les québécois à accepter son projet de société, par la fourberie, si nécessaire.

Nous voyons maintenant que fourberie, il y a eu et il était pratiquement impossible qu’un membre du conseil des ministre ait pu ignorer le fait que le projet de loi 60 ne reposait sur aucune fondation juridique et constitutionnelle. Bernard Drainville et Pauline Marois ont sciemment menti au peuple québécois et ils le savaient tous.

Mme Marois en a déjà payé le prix. Elle passera dans l’histoire non pas pour avoir été la première femme au poste de Premier Ministre du Québec, mais comme ayant été le pire Premier Ministre de l’histoire de cette province. Pour cela, le peuple québécois l’a renvoyée à grands coups de pied au derrière. Cependant, d’autres ont échappé au jugement comme Drainville et Lisée, qui, je soupçonne, était un des cerveaux. S’il leur reste une parcelle d’intégrité, ils devraient démissionner de leur siège, car ils sont vraiment indignes de la confiance de la population. Pour leur part dans cette infâmie, je crois sincèrement que les autres anciens membres du conseil des ministres devraient en faire autant.

P.S.  Je me demande comment tous les pro-chartistes qui ont débattu avec moi tout ce temps et qui ont tourné le dos à plusieurs amis à cause de cette supercherie doivent se sentir maintenant?

Le voile se lève

Par Philippe David

Comme si la sortie de Janette Bertrand d’hier n’était pas assez pour notre tension artérielle, la journée d’hier  nous apporte quelques intéressantes révélations. Tout d’abord, un papier de Vincent Marissal dans La Presse d’hier nous apprend que le virage identitaire du PQ et sa charte de laïcité se trament depuis assez longtemps et que outre Bernard Drainville et Jean-François Lisée, les cerveaux derrière cette charte incluent Mathieu Bock-Côté, Éric Bédard, Jacques Beauchemin… et Pierre-Karl Péladeau!

Il apparait de plus en plus évident que les personnes ci-haut planifient le virage identitaire du PQ depuis belle lurette et que ce fût dès le début, comme je l’avais dit, une tactique purement électoraliste visant à instrumentaliser la peur des «étranges» pour éventuellement servir de «levier» pour la souveraineté, puisque les péquistes savent bien qu’ils sont incapables de vendre leur salade sur ses propres mérites. Il leur faut donc un subterfuge quelconque pour essayer de convaincre la majorité d’entre nous que le Canada est une menace à notre liberté.  Comment maintenant prendre au sérieux le démenti d’au moins un des membres  de ce brain trust que ce n’était pas effectivement une diversion?

Je gruge, tu gruges, il gruge …

Si Janette Bertrand s’inquiète que nos droits et libertés soient grugés petit à petit par les méchants islamistes, j’aimerais attirer son attention sur un danger bien plus immédiat. La charte de la laïcité brime les droits fondamentaux de liberté de religion et liberté d’expression et pas seulement pour les islamistes, mais aussi pour tous les autres qui ont le malheur de vouloir exprimer leur appartenance religieuse, qu’ils soient juif, sikhs ou même catholiques. Qu’on-t-ils fait, eux, pour justifier qu’on brime leurs droits? Une question que le gouvernement ne veut pas répondre et pour laquelle il n’est même pas foutu de présenter une justification quelconque. 

Si vous cherchez une entité dans notre société  qui « gruge » les libertés, vous devriez mettre notre gouvernement en tête de liste. Et maintenant que Pauline Marois a annoncé son intention d’utiliser la clause dérogatoire pour protéger la charte des contestations, le PQ montre définitivement ses couleurs en utilisant la plus grosse massue dans son arsenal législatif pour abroger sans aucune justification la liberté religieuse de milliers de ses citoyens.

Si vous croyez que puisque la clause dérogatoire existe, il n’y a aucun mal à l’utiliser, j’aimerais attirer votre attention sur ce petit extrait du livre « La Route de la Servitude » de Friedrich Hayek (probablement un des meilleurs essais sur le totalitarisme):

«Rien ne distingue plus clairement  les conditions dans un pays libre de celles d’un pays sous un gouvernement arbitraire que l’observance  dans le premier  du grand principe  connu sous le nom de la règle de droit.  Dénuée de tout technicalités, cela veut dire que le gouvernement, dans toutes ses actions est lié par des règles fixes et annoncées d’avance – des règles qui permettront de prévoir avec un certain degré de certitude comment l’autorité utilisera ses pouvoirs coercitifs dans des circonstances données et de planifier nos affaires individuelles sur la base de cette connaissance  (…)»

(H/T Germain Belzile)

En utilisant la clause dérogatoire avec autant de désinvolture, le PQ nous signale que nous ne sommes désormais plus dans un pays libre mais sous le joug d’un gouvernement arbitraire qui se permet de modifier les règles comme bon lui semble. Si jamais le PQ réalisait son objectif de faire du Québec un pays indépendant, lui qui se donnerait la tâche de rédiger la constitution de ce pays, peut-on douter que ce pays ne vaudra guère mieux qu’une république bananière dans la protection de vos droits? Surtout quand un des intellectuels du brain trust péquiste a écrit sans gêne que :

«Malgré ses limites et ses excès, une des vertus de la Charte québécoise comparée à la Charte canadienne tient justement dans le fait qu’on peut l’amender sans procédure constitutionnelle exceptionnelle, ce qui limite, justement, la prétention qu’ont certains à la faire surplomber le débat public à la manière d’un texte sacré dont ils se veulent souvent les seuls interprètes légitimes. Le politique, autrement dit, peut reprendre ses droits.»

Traduction: vos droits individuels ne comptent pour rien face à ceux de l’état.  C’est ce que pensent les intellectuels qui guident l’agenda du PQ.

C’est ça le pays que vous voulez? C’est ça leur grand projet de société? Un pays où le gouvernement peut changer les règles du jeu à sa guise et où vous n’avez aucun recours et aucune protection contre lui? Maintenant vous savez pourquoi je parlais récemment de « tyrannie québécoise« .

Le voile est levé. On voit maintenant le visage derrière le niqab de la soi-disant charte de la laïcité. Voter pour le PQ est voter pour avoir un pays avec un gouvernement totalitaire. Tenez vous-le pour dit, la plus grande menace à vos droits et libertés n’est pas l’islamisme, mais votre propre gouvernement. À vous de leur montrer si votre liberté personnelle vous importe.

Le moindre crosseur

Par Philippe David

Mardi matin on a entendu un grand soupir de soulagement collectif avec les résultats du plus récent sondage de Léger Marketing qui, avec un échantillonnage qui ne laisse qu’une faible marge d’erreur, confirme que le PQ est en chute libre et le PLQ pourrait remporter une majorité. Soupir de soulagement, non pas parce qu’un gouvernement libéral est bien meilleur qu’un gouvernement péquiste, mais parce que bien peu d’entre nous veulent vraiment avoir à supporter l’incertitude et la bisbille constitutionnelle inhérente de tout régime péquiste, et aussi l’incompétence patente que l’équipe de Pauline Marois a démontré depuis les derniers dix-huit mois.

Le spectre de la souveraineté et du référendum

Les partisans du PQ parlent toujours de campagne de peur, chaque fois que les autres partis brandissent le référendum comme épouvantail, et dans une certaine mesure, ils ont raison. Mais ils ne peuvent pas nier non-plus que la souveraineté et la possibilité d’un autre  référendum amène une bonne dose d’incertitude qui affectent les calculs des entrepreneurs et des investisseurs. Si vous vous demandez pourquoi l’emploi et l’investissement privé ont stagné pendant toute l’année 2013, demandez-vous quelle personne saine d’esprit irait risquer des millions là où le régime politique est instable et hostile au développement économique? Risqueriez-vous vos propres économies à démarrer une entreprise pendant que Pauline Marois et Nicolas Marceau sont à la barre de notre économie? Moi pas.

Veut, veut pas, la souveraineté aura toujours un coût économique en termes de peur du changement et d’incertitude de régime. L’entrepreneuriat et la création de la richesse sont des choses qui se planifient sur le long-terme et on ne peut faire ça lorsque la stabilité politique n’est pas au rendez-vous. Si nos élus s’amusent à tout faire pour créer des conflits entre les différents paliers de gouvernement pour tenter d’influencer l’opinion publique, les entrepreneurs et investisseurs mettront leurs projets en veilleuse et laisseront la poussière retomber avant de décider quoi faire. C’est naturel.

Pour en finir avec la charte de laïcité

Cette charte a toujours été un calcul électoraliste de part du PQ et un mauvais calcul en plus. Le PQ a tenté de jouer sur les peurs et l’ignorance de bien des québécois envers l’islamisme et l’immigration afin de se poser en grand défenseur de « l’identité québécoise ».  Tout d’abord, si vous croyez que baliser les accommodements religieux et bannir le port de signes religieux par les employés de l’état va résoudre le problème de la montée de l’islamisme et de l’intégrisme religieux, vous avez de sérieuses délusions. Alors à quoi bon essayer de nous l’enfoncer dans la gorge. D’autant plus, que nous savons d’avance, de l’avis du Barreau du Québec et de la Commission des Droits de la Personne, que ce projet de loi sera rejeté par la Cour Suprême. Donc, la seule raison de vouloir persister et refuser tout compromis sur un projet de loi qu’on sait déjà inconstitutionnel, et d’en faire un enjeu électoral, c’est simplement pour l’instrumentaliser pour gagner une majorité et créer de la zizanie avec le fédéral pour mousser la popularité de la souveraineté. Parce que Dieu sait que les souverainistes sont incapables de de vendre leur projet sur ses propres mérites. Le PQ a fait le pari que les électeurs seraient  si totalement hypnotisés et hébétés par le débat sur la charte pour tout oublier l’incompétence de son gouvernement. Heureusement, les gens ne sont pas aussi stupides.

Les crosseurs

Maintenant, des voix s’élèvent pour aller questionner l’intégrité des libéraux. Je serai certainement le dernier à les défendre, mais d’un autre côté, même si la Commission Charbonneau n’a pas encore dévoilé autant d’incidents impliquant le PQ, elle n’a encore que gratté la surface de la relation entre le PQ et les syndicats, je ne suis pas prêt à dire que le PQ est vraiment plus vertueux sur le plan éthique. N’oublions pas que Mme Marois a déclenché des élections en contravention de sa propre loi sur des élections à date fixe, alors qu’elle et son conjoint étaient convoqués à comparaitre en commission parlementaire pour expliquer le fameux « deal » avec la FTQ. Ça remet certainement en question l’éthique de Mme Marois. J’aurais tendance à croire qui si le PLQ n’est pas tout blanc, le PQ n’a certainement pas de supériorité morale à ce chapitre. Le pouvoir a corrompu également les deux partis, et la seule raison que les autres puissent revendiquer n’avoir aucun squelette dans leur placard, est qu’ils n’y ont jamais gouté.

Donc, si votre choix se limite strictement au tandem PQ-PLQ qui s’échange le pouvoir depuis 1976, vous pouvez peut-être croire que vous votez pour le moins crosseur, mais vous allez inévitablement voter pour un crosseur. Ce n’est pas un terriblement bon incitatif, si vous voulez mon avis. Peut-être que vous devriez considérer voter pour quelqu’un d’autre.

La souveraineté : Parce que la tyrannie québécoise a bien meilleur goût…

Par Philippe David

Avec l’annonce de la candidature de Pierre-Karl Péladeau à Saint-Jérôme, le chat souverainiste est sorti du sac. On voit encore PKP, le poing en l’air, proclamant qu’il veut « un pays ». Si le PQ a un seul talent, c’est celui de diviser. Que ce soit la souveraineté ou la charte, ces débats qu’il engendre ont le don de nous inciter à nous sauter à la gorge. Et pourquoi au juste? À cause que certains pensent que la notion abstraite d’une « nation » ou d’un « peuple » leur donne le droit d’imposer leur façon de vivre et de penser aux autres qui vivent sur ce qu’ils considèrent « leur » territoire.

Il est parfaitement normal d’éprouver un  lien émotionnel envers le lieu de notre naissance ou celui où nous avons passé la plus grande partie de notre vie. C’est le lieu où vivent notre famille et tous ceux qui nous sont chers. Lorsqu’il est attaqué, il est normal de vouloir le défendre, même au prix de notre vie, parce que ce que nous défendons réellement, ce sont nos familles et nos amis, pas un territoire délimité par des lignes arbitraires sur une carte ou le gouvernement qui le contrôle. Ce sentiment, c’est ce que nous appelons le patriotisme. Le patriotisme ne se préoccupe pas de la foi religieuse ou de l’orientation sexuelle, ou du genre, ou de l’appartenance politique de vos voisins. Il se préoccupe de ce qui nous unit, pas ce qui nous divise. Le nationalisme, c’est tout autre chose

La plaie nationaliste

Comprenez-moi bien. Dans toute notre histoire, il n’y a probablement jamais eu de pire fléau que l’idéologie du nationalisme. Elle divise le genre humain depuis l’aube de son existence, motivant guerres et conquêtes. Son histoire est écrite avec le sang de ses victimes et nous n’avons toujours pas réussi à nous en débarrasser.  C’est l’idéologie du « nous » et du « eux », groupes définis selon les critères du jour.  Sa seule optique est de pointer les différences qui nous divisent plutôt que les points que nous avons en commun. Son seul objectif est de diaboliser et rejeter ce qui est « différent ». Poussée à l’extrême, elle nous pousse à vouloir soumettre ou exterminer ceux qui sont différents de nous.  Elle est le motif de tous les génocides de l’histoire.

Le nationalisme n’est pas du patriotisme, c’est le transfert du sentiment patriotique vers un groupe défini, centré autour d’une ethnie ou une langue ou une culture quelconque. Naturellement, ça implique que si vous ne partagez pas ces caractéristiques, même si vous vivez en dedans des mêmes lignes imaginaires, vous ne pouvez faire pleinement partie du groupe. Vous serez toujours un des « autres », parfois toléré, mais jamais accepté. Au Québec, faire partie de la « nation » québécoise ne veut pas dire vivre au Québec. Ça veut dire être blanc, francophone, catholique et avoir un arbre généalogique qui s’étend jusqu’avant la conquête britannique. Il tolère ceux qui ne sont pas blancs, pas catholiques mais chrétiens quand même et de descendance plus récente, tant qu’ils sont francophones, mais ne sont pas membres du club à part égale. Si vous êtes anglo ou non-chrétien, vous êtes tolérés, mais vous ne ferez jamais partie du « nous » québécois. Tough luck! Pour les nationalistes, vous êtes des citoyens de seconde classe si vous vivez au Québec. Si vous faites partie de ce groupe dans le reste du Canada, vous êtes « l’ennemi ».

Tyrannie québécoise ou tyrannie « canadian »

Les nationalistes québécois considèrent le fédéralisme canadien comme l’oppresseur. En quelque sorte, une tyrannie envers sa minorité francophone, mais pourtant,  avec des lois comme la loi 101 et la fameuse charte des valeurs, ils se sont montré tout aussi ou même plus tyranniques envers les minorités que la fédération canadienne. Le Canada ne m’impose pas de parler anglais ou d’afficher en priorité dans cette langue. Au contraire, il contraint les anglophones à parler français lorsqu’ils travaillent au gouvernement fédéral,  qualification qu’il serait sans doute utile d’avoir là où le nombre de francophones le justifie, mais pas nécessairement dans un coin de pays où il n’y en a aucun. Le nationaliste cherche non-seulement à imposer le français sur tout le territoire du Québec, mais il réprouve l’usage de l’anglais (ou toute autre langue d’ailleurs, même le créole), même si c’est dans un secteur majoritairement anglophone (comme l’ouest de Montréal, par exemple). Donc, ils s’offusqueront de se faire approcher avec un bonjour-hi par un vendeur dans un magasin, même si ce magasin est situé au Centre Fairview à Pointe-Claire, ou même au centre-ville où statistiquement, les chances soient à peu près égales au vendeur d’avoir affaire à un client anglophone que francophone. Oui, le français est la langue de la majorité au Québec, mais il y a une marge entre préserver une langue et être complètement intolérant des autres.

Maintenant, avec la charte des valeurs, on monte d’une autre coche dans l’intolérance. Il ne suffit plus maintenant de parler français pour être toléré par les nationalistes, il faut maintenant que vous cachiez votre appartenance religieuse. Encore une fois, c’est l’apanage du nationalisme de rejeter ce qui est différent.

La souveraineté du Québec, c’est en réalité le choix entre deux tyrannies. La tyrannie nationaliste québécoise et la tyrannie relativement plus « soft » du fédéralisme canadien. Et dire que les nationalistes s’étonnent que ceux qui sont attachés au libéralisme, comme le sont une grande partie de la droite québécoise, n’embarquent pas. Désolé de vous décevoir. Si ce n’était que de moi, j’abolirais les deux, mais si je dois choisir une ou l’autre, le choix n’est pas trop difficile. Je choisirai celle des deux qui est la plus tolérante.

Comment battre le PQ à son propre jeu

Par Philippe David

Maintenant que Pauline Marois nous a plongé en élections, malgré le fait que son parti avait voté une loi sur les élections à date fixe spécifiquement pour empêcher que le gouvernement puisse déclencher des élections par pur opportunisme politique (comme quand les sondages disent que ton parti pourrait gagner une majorité, par exemple); il faut que les partis qui opposent le PQ trouvent une stratégie gagnante pour les battre. C’est clair que le PQ mise surtout sur la charte pour le mener à la victoire et oblitérer tous les autres enjeux. Quoiqu’on puisse penser de la charte, c’est effectivement l’enjeu sur lequel le Parti Québécois est le plus fort et il a effectivement eu du succès a faire complètement oublier son incompétence des dix-huit derniers mois  grâce à elle.  Si les autres partis veulent avoir l’ombre d’une chance de contrer le PQ, ils doivent adresser le problème de front. 

 Je ne suis pas un stratège politique, mais si j’en était un, j’aurais quelques idées comment battre le PQ à son propre jeu. 

Tout d’abord, force est de reconnaitre que de simplement dénoncer  la charte ou d’essayer de l’ignorer en disant que c’est un problème inventé de toutes pièces à des fins électoralistes ne fonctionne pas.  La majorité des électeurs croient qu’un problème existe et on ne les convaincra pas du contraire. En fait, côté identitaire, il se trouve qu’un grand nombre de québécois sont inconfortables avec ceux qui sont, commen dire, différents? Réflexe compréhensible, il faut le dire. Cet inconfort est l’instrument démagogique avec lequel le PQ joue en ce moment.  Le truc, c’est de montrer aux gens qu’on peut faire mieux que le PQ.

Si vous discutez avec les pro-charte, la plupart vous diront que selon eux, la charte ne vas pas assez loin. Je suis partiellement d’accord. Partiellement parce que selon moi, la charte ne fait absolument rien, mis-à part d’aliéner les gens, en particulier l’interdiction du port de symboles religieux par les employés de l’état. Nous savons tous que le véritable problème est la montée de l’intégrisme islamique et non les symboles religieux comme tel. En bannissant tous les symboles religieux  pour tous les employés de l’état, nous nous aliénons des gens qui autrement seraient des alliés naturels pour combattre l’islamisme, comme les juifs, par exemple. Mais l’état ne pourrait pas viser que les voiles sans perdre sa neutralité, pas vrai? De plus, côté juridique, il y de fortes chances que cette partie de la charte ne passe pas le test à la Cour Suprême. Super si notre motivation est de créer de la zizanie avec Ottawa, mais pas si votre but est de freiner la montée de l’islamisme. À quoi sert une loi qui sera vouée à être invalidée dès le départ? 

Cependant, il y a beaucoup de mesures que le gouvernement pourrait prendre qui seraient beaucoup plus efficaces que l’interdiction des symboles religieux, qui n’est somme-toute qu’une mesure cosmétique. Voici donc les mesures que les partis opposés au PQ devraient promettre afin de dérailler le train identitaire du PQ:

  1.  Refuser tout accommodement religieux à l’encontre de nos valeurs, y compris l’égalité des sexes, dans toutes les institutions publiques.
  2.  Améliorer les critères de sélection des immigrants en fonction de leur compatibilité à nos valeurs et leurs compétences professionnelle, plutôt que la langue.  
  3. Améliorer les services d’intégration des immigrants pour la reconnaissance des compétences, l’intégration à l’emploi et l’apprentissage du français.  
  4. Améliorer les services d’aide aux femmes victimes de violence et faire un suivi particulier après des femmes immigrantes pour prévenir les crimes d’honneur.  
  5. Interdire du port de tout vêtement couvrant le visage à tous les employés de l’état et interdire du port de signes religieux ostentatoire aux employés de l’état en position d’autorité seulement.  
  6. Abolir toute subvention aux écoles à caractère religieux  
  7. Abolir le cours d’Éthique et Culture religieuse à tous les niveaux du système d’éducation publique.

Si vous êtes sérieux au sujet de la protection de nos valeurs et de l’intégration des immigrants à notre culture, vous devez reconnaître que ces mesures vont beaucoup plus loin que la charte péquiste  et seront beaucoup plus efficaces contre la montée de l’islamisme, mais contrairement à la charte, ces mesures ont de bien meilleures chances de passer le test constitutionnel. Les entorses aux droits et libertés sont minimes et plus facilement justifiables puisqu’elles ont été suggérées par la Commission Bouchard-Taylor.

Elles adressent aussi bon nombre de problèmes que la charte n’adresse même pas et limitant l’influx de musulmans, en assurant une meilleure intégration à l’emploi et en prévenant les crimes d’honneur.

En vendant bien cette solution, on pourrait finalement mettre le débat identitaire de côté et parler des autres enjeux un peu.

 

Une question de priorités

Par Philippe David

Quand vous regardez les journaux, qu’est-ce qui vous préoccupe le plus? Êtes-vous inquiets de la situation dans le système de santé? Du taux de décrochage et du nombre alarmant d’illettrés fonctionnels. Êtes-vous inquiets des témoignages de corruption que nous entendons tous les jours à la Commission Charbonneau? Êtes-vous concernés par le fait que le Québec soit en peloton de queue au niveau de l’emploi, de l’investissement privé ou de la croissance économique, mais en tête dans les dépenses gouvernementales et la dette publique. Vous inquiétez-vous de l’intégrisme religieux et des accommodements? Puisque les ressources sont limitées, quels de ces problèmes sont plus urgents à régler?

Tout est une question de priorités, n’est-ce pas? Certainement que la montée de l’intégrisme est inquiétante et qu’il faut adresser ce problème, mais est-ce que ça devrait avoir priorité sur une réforme possible du système de santé?  Ou du système d’éducation? Ou l’économie? Qu’est-ce qui  affecte le plus votre quotidien? Que certains groupes religieux prennent plus de temps à s’intégrer et fassent des demandes d’accommodement (que nous ne sommes absolument pas obligés d’accepter d’ailleurs) ou que nous perdions des emplois alors que les autres provinces en créent et que le climat d’affaires au Québec est considéré par un grand nombre d’investisseurs comme étant aussi hostile que le Kazakhstan, ce qui fait que beaucoup trop d’entre nous vivent dans une plus grande pauvreté que dans le reste du Canada? Ou que si vous vous présentez à la salle d’urgence d’un hôpital, vous devrez attendre en moyenne 17 heures avant d’être vu par un médecin? Qu’est-ce qui est vraiment pressant et qu’est-ce qui devrait être reporté à plus tard? Qu’est-ce qui vous procurera le plus de satisfaction? Des baisses d’impôts et taxes qui vous laisseraient avec plus d’argent dans vos poches à dépenser ou épargner pour vos vieux jours ou d’avoir les symboles religieux bannis  pour tous les  employés de l’état?

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il serait plus important d’avoir plus d’argent dans mes poches, de ne plus attendre 17 heures à l’urgence, que mes enfants reçoivent une éducation de qualité, que je n’aie pas à me soucier que l’argent de mes impôts soit dilapidé et se retrouve entre les mains de la mafia et que le Québec figure parmi les provinces les plus prospères plutôt qu’être parmi les plus pauvres. Peut-être ai-je tort?

L’équation identitaire

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Par Philippe David

On m’a récemment confié que la droite, comptable et rationnelle, n’adressait pas adéquatement le problème identitaire.  Soit! Je vais y consacrer un papier. Pas uniquement pour vous parler de la charte, mais de l’identitaire tout court. Pour ce faire, je vais me référer à la vision identitaire de Mathieu Bock-Coté, sans contredit une autorité en la matière. Il a justement publié un papier là-dessus cette semaine.

Réarranger les chaises sur le pont du Titanic

M. Bock-Côté accorde en effet beaucoup d’importance à l’identitaire, mais son idée de la place accordée à celui-ci dans le débat politique n’est définitivement pas la mienne.  Mais nous avons tous le droit de diverger d’opinion, n’est-ce pas? Dans sa chronique, M. Bock-Côté monte une défense admirable de la stratégie identitaire du PQ. Bien entendu, il considère que le débat identitaire actuel est primordial, tout autant que l’économie ou le débat sur la corruption.

Il dément bien que pour le PQ de jouer la carte identitaire au point où il l’a fait, n’était absolument pas un complot pour servir de diversion. Quelle coïncidence quand même que le PQ ait présenté son projet de charte de laïcité au moment où on apprenait que nous perdions des emplois par dizaines de milliers et que la commission Charbonneau commençait à examiner les relations entre les syndicats et les partis politiques! Quelle coïncidence également qu’il se soit arrangé pour étirer le débat le plus longtemps possible de façon à ce qu’il oblitère tout autre sujet pendant plus de six mois! Quelle chance, tout de même,  que ce débat a virtuellement oblitéré tous les autres enjeux à cause de son caractère émotionnel! Qui pourrait croire que ce « timing » n’était pas tout à fait innocent? Important ce débat? Pour le PQ, c’est assurément  sa bouée de sauvetage, pour le reste d’entre nous, ça ressemble plus à réarranger les chaises sur le pont du Titanic. Le débat identitaire aurait facilement pu attendre qu’on renfloue le navire économique un peu, la situation économique du Québec commence à se faire plus urgente.

Ainsi, que le PQ choisisse de générer un débat autour de l’identitaire, au moment même où la soupe chaude se fait sentir sur ses deux plus gros talons d’Achille semble bien plus qu’une simple coïncidence. D’ailleurs, mon expérience m’a depuis longtemps appris que les coïncidences n’existent pas en politique. Je crois que M. Bock-Coté le sait aussi. On ne pourra jamais reprocher au PQ d’avoir un manque de talent pour le calcul politique. Les annonces récentes de « nananes » politiques en témoignent. Malheureusement, c’est le seul domaine où ils ont du talent.

Identité? Quelle identité?

Mais parlons quand même de la racine du débat, en supposant que ce soit le temps de le faire alors que la maison brûle autour de nous. C’est quoi au juste l’identité québécoise? Pourquoi y a-t-il tant d’immigrants qui semblent refuser de l’adopter? Pourquoi semble-t-il nécessaire d’utiliser la force (car c’est exactement de ça qu’on parle quand il s’agit de passer une loi) pour imposer cette identité quand ça devrait aller de soi pour les immigrants d’adopter l’identité de la société d’accueil? Est-ce à cause d’un individualisme rampant qui a perdu le sens du nous, comme le prétend M. Bock-Côté? Pourtant, je ne connais pas de pays plus fièrement individualiste que les États-Unis. Ont-ils vraiment eu de crise identitaire? Ont-ils perdu le sens de leur histoire? Demandez même aux immigrants musulmans aux États-Unis et la majorité vous dira être américains d’abord.  Pourquoi n’est-ce pas le cas au Québec? Je ne crois pas non plus que ce soit le multiculturalisme qui en soit la cause non-plus.  Ce serait plutôt un symptôme à mon avis.

Notre hymne national dit « Notre histoire est une épopée des plus brillants exploits » mais je serais curieux d’interroger des passants dans les rues pour voir combien seraient capables de m’en nommer. Car, à part pour les chapitres sur la colonisation française, la conquête britannique et la révolte des patriotes, assez grossièrement déformés par le prisme nationaliste, qu’avons-nous vraiment retenu des époques précédant  1960?

Voyez-vous, le problème serait bien plus que nous avons perdu notre identité. Nous l’avons renié collectivement quand nous avons virtuellement oblitéré notre histoire d’avant la révolution tranquille et nous l’avons baptisée « La grande noirceur ».  Nous l’avons perdue quand nous avons renié notre religion et évacué complètement son existence et les œuvres que l’Église menait dans les institutions publiques pour instaurer la religion du « tout état » à sa place.  Nous avons sciemment choisi d’oublier toutes les contributions qu’on fait les communautés religieuses dans notre société.  Pourtant, si nous avions un système de santé et un système d’éducation et un filet social dignes de ce nom dans les années ’60, c’est bien grâce au travail acharné de ces communautés. Si la séparation de l’état et de la religion et de l’état allait de soi, cela voulait-il dire qu’il fallait évacuer toutes les contributions des religions dans notre société? Car, il ne faut pas oublier que si l’Église catholique a largement dominé notre patrimoine, il n’en demeure pas moins que les communautés protestantes et juives ont aussi fait des contributions importantes. Contrairement à 80% de mes compatriotes, j’ai coché la case « athée » au recensement, mais je suis à même de reconnaître l’apport de notre religion à notre identité mieux que beaucoup de ceux qui cochent la case « catholique ».

Nous avons pris l’arbre de notre identité, nous l’avons déterré et tronçonné les racines pour ne pratiquement garder que la langue, que nous châtions à qui mieux mieux; et nous l’avons replanté dans l’espoir ou l’illusion que repousseront de nouvelles racines. Maintenant, nous sommes surpris que l’arbre se soit desséché et ne porte plus de fruit. Nous sommes à la dérive, ne sachant plus quoi communiquer à notre postérité que nous n’enfantons plus par ailleurs.   Nous sommes partout et nulle part. Nous avons tout oublié de qui nous étions et maintenant choqués que les immigrants n’adoptent pas nos « valeurs » et notre « identité ». Mais que voulez-vous qu’ils adoptent?

Notre histoire n’est définitivement pas une page blanche, comme le dit si bien Mathieu Bock-Côté,  mais  au nom de la modernité, nous avons définitivement choisi d’avoir la mémoire très sélective. Et d’où est provenue cette idée? Qui nous a amené à cette profonde rupture avec notre passé? Est-ce par hasard notre nouveau clergé? Celui-là même qui veut maintenant imposer une version aseptisée et homogénéisée de notre identité? Car la sombre réalité est que s’il y a eu une telle rupture, c’était probablement parce que certaines élites ont cherché à substituer notre identité par une autre.

 

Entre état de droit et tyrannie

Là où la chronique de Mathieu Bock-Côté devient vraiment dangereuse, c’est quand il commence à vous entretenir de sa conception des chartes de droits. Car voyez-vous, M. Bock-Côté les déteste. Il déteste qu’elles créent une barrière au pouvoir exécutif et législatif du gouvernement. Selon lui, elles sont une entrave à la volonté du peuple. Cette volonté étant exprimée par une majorité simple de 50%+1. Il exalte d’ailleurs les vertus de la charte québécoise, du fait qu’elle soit beaucoup plus facilement modifiable, par la seule Assemblée Nationale par un vote à majorité simple, contrairement à la charte canadienne qui nécessite un amendement constitutionnel. Ce qu’il néglige de vous dire c’est pourquoi c’est ainsi et pourquoi ça doit l’être.

Pour Mathieu Bock-Côté, un droit n’est pas une protection de l’individu, mais un privilège accordé ou révoqué au gré de l’état. Cette interprétation est fausse, mais très consistante avec la mentalité collectiviste pour laquelle le groupe, qu’on l’appelle « société » ou « nation » ou « patrie » est plus important que les individus qui le composent. Pourtant, que serait le groupe sans les individus? Il y a une raison pourquoi tous les gouvernements dans la civilisation occidentale sont inspirés du libéralisme classique. C’est que le libéralisme reconnait les failles de la démocratie et reconnait que même l’état le plus démocratique n’est pas à l’abri des abus et peut aisément sombrer dans la tyrannie et le meurtre de de masse. S’il y a une leçon que nous devrions tirer de l’histoire du XXe siècle, c’est bien ça. Il suffit seulement de se rappeler comment la République de Weimar a très démocratiquement basculé aux mains d’un des pires dictateurs de l’histoire et ce que cela a coûté en vies humaines.  C’est pour cette raison qu’un contrepoids est nécessaire au pouvoir législatif et exécutif d’un gouvernement. Ce contrepoids fait la différence entre un état de droit libre et démocratique et une république bananière du tiers-monde.

Un droit n’est pas un privilège accordé par l’état, c’est pourquoi on appelle ça un « droit ». Le droit vous appartient du simple fait que vous êtes un être humain, un individu unique, et le rôle de l’état n’est pas de vous les octroyer vos droits, encore moins de les révoquer, c’est de les protéger. La charte des droits est bien plus qu’un texte sacré, c’est un contrat entre vous et l’état qui garantit que la seule entité de notre société qui a le monopole légal de l’usage de la violence ne pourra pas aisément retourner ses fusils contre vous lorsque certaines personnes malveillantes tenteront de manipuler l’opinion publique en votre défaveur et c’est votre seule et unique garantie. Or, que vaut un contrat ou une garantie si le commerçant peut aisément en modifier les clauses sans votre consentement? C’est pourquoi une charte de droit est un document à caractère constitutionnel et qu’il ne doit être modifié qu’avec une très grande prudence et strictement observée. C’est votre seule protection contre une entité qui, l’histoire l’a maintes fois prouvé, a la capacité de tuer à coup de millions. Sans cette protection, la démocratie n’est ni plus ni moins qu’un viol collectif ou 50,1% de la population se donne le droit de victimiser l’autre 49.9%. C’est aussi pourquoi, si jamais le Québec accède à l’indépendance. Il devra lui aussi intégrer sa charte de droits à sa constitution et la rendre tout aussi difficile à modifier que la charte canadienne. À moins, bien sûr, que le projet de société souverainiste soit justement d’établir une république bananière qui s’octroie tous les droits au détriment de ses citoyens. Si c’est le cas, ils pourront le faire, mais sans moi.

Le « Cirque Drainville » est en ville

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Par Philippe David

Jour après jour, la commission parlementaire sur le projet de loi 60 prend de plus en plus les allures d’un cirque où on présente sans gêne des phénomènes de foire. Oubliez le témoignage absurde et ignorant des Pineault-Caron, ce n’était qu’un réchauffement. Accueillez la plus récente addition à notre « freak show » national, cette dame qui en a contre…. les manifestations de zombies. (Non, malheureusement, je ne blague pas.)

 

 Aidez-moi quelqu’un! Je croyais que le projet de loi 60 était supposé baliser les accommodements religieux et le port de symboles religieux par les employés de l’état. Qu’est-ce que les zombies viennent faire là-dedans?!? J’avoue, je suis bouche-bée. Au fait, cette dame est-elle pro ou anti-charte? Je n’en suis pas trop sûr!

Mais quel est donc le but de ce cirque payé par nos impôts et taxes?!? Est-ce de faire du Québec la risée du monde? Le ministre Drainville le fait-il par exprès? Ou est-il vraiment inconscient? Est-ce que le but est de décrédibiliser la charte pour s’assurer qu’elle ne passera pas et provoquer une élection? Décidément, pour faire passer les québécois pour des idiots en tout cas, c’est réussi! La vidéo, mise en ligne le 30 janvier, dépasse les 112 000 visionnements. Bravo M. Drainville!

Au fait, je me demande ce que les Bock-Coté et Martineau en pensent. Ils brillent par leur mutisme.

Le Barreau du Québec me donne raison!

 charte

Par Philippe David

Ce matin, un article dans La Presse rapporte qu’ils ont mis la main sur le mémoire du Barreau du Québec, présenté à la commission parlementaire sur le projet de loi 60. Ce mémoire de 30 pages pourfend littéralement les provisions d’interdiction du port de signes religieux par les employés publics. Les arguments  mis de l’avant par le Barreau sur la neutralité de l’état et la liberté religieuse sont quasi-identiques à ce que j’écrivais dans ma dernière chronique.

Sur la neutralité de l’état :

«Selon l’ordre professionnel, «la neutralité religieuse de l’État n’équivaut pas à « l’invisibilisation » de tout signe de croyance religieuse chez les membres de son personnel, dans l’exercice de leurs fonctions, au contraire».

[…] Ce principe de neutralité «signifie que l’État ne peut prendre parti en faveur d’une religion aux dépens d’une autre». Aussi, «la neutralité religieuse de l’État n’est pas un objectif dont la réalisation s’apprécie au détriment de l’expression de la liberté de conscience et de la religion. La neutralité de l’État favorise au contraire la manifestation harmonieuse des consciences et des croyances individuelles», écrit le Barreau. Pour la Cour suprême, la neutralité de l’État est atteinte quand celui-ci «ne favorise ni ne défavorise aucune conviction religieuse». 

[…]Comme employeur, Québec doit viser à ce que la fonction publique «reflète dans toute la mesure du possible la diversité ethnoculturelle du Québec», il doit mettre en œuvre des mesures favorisant l’intégration, et «certaines propositions du projet de loi pourraient compromettre l’atteinte de l’objectif d’une plus grande représentativité au sein de la fonction publique». Ces dispositions apportent «une restriction déraisonnable à l’accès à des emplois rémunérateurs dans la fonction publique, dans les réseaux scolaires, hospitaliers et les services sociaux […] ce qui paraît difficilement conciliable avec l’obligation de neutralité religieuse de l’État».»

Sur la restriction du port de signes religieux par les employés publics :

« le gouvernement contreviendrait aux chartes des droits en interdisant le port de signes religieux. Le Barreau croit même que le port de signes religieux est acceptable pour les juges ou les policiers, contrairement à ce que préconisent la Coalition avenir Québec et la commission Bouchard-Taylor.

[…] le Barreau estime que les interdictions prévues au projet de loi «seraient difficilement conciliables avec certaines libertés fondamentales protégées par la Charte québécoise et la Charte canadienne». Québec pourrait amender la Charte québécoise des droits pour inclure la laïcité de l’État, mais cet ajout devrait rester un «arrangement institutionnel» et non se traduire par une limite aux droits et libertés. »

Sur le manquement du gouvernement de présenter des études pour documenter le besoin de telles restrictions :

« À maintes reprises, le Barreau souligne que le gouvernement Marois n’a aucune donnée précise, aucune étude scientifique sur le port de signes religieux chez ses employés. Pour le Barreau, à défaut de «données probantes», «il nous apparaît déraisonnable d’adhérer à une prémisse selon laquelle « le port de signe ostentatoire revêt en soi un aspect de prosélytisme passif ou silencieux incompatible avec la neutralité de l’État, le bon fonctionnement de ses institutions et leur caractère laïque »», l’argument de base du ministre Bernard Drainville. Au surplus, les services gouvernementaux sont de plus en plus accessibles en ligne, les «contacts visuels» diminuent, «le port de signes religieux par ces employés du service public n’est nullement de nature à compromettre l’image de neutralité religieuse de l’État», »

Sur l’idée d’étendre les restrictions aux fournisseurs et sociétés subventionnées :

« L’idée d’étendre l’interdiction aux employés des fournisseurs ou des sociétés subventionnées est jugée inacceptable. «Il s’agit là d’une mesure déraisonnable du simple fait que l’État n’est généralement pas le véritable employeur» de ces salariés. »

Le dernier clou

Logiquement, une opinion si dévastatrice du Barreau devrait être le dernier clou dans le cercueil du projet de loi 60, du moins au niveau de l’interdiction des signes religieux. Il sera intéressant de voir, maintenant que ce mémoire a été dévoilé, si le ministre Bernard Drainville sera plus réceptif aux demandes de mettre de l’eau dans son vin.

Chose certaine, s’il persiste et signe malgré les objections du Barreau et de la Commission des Droits de la Personne, il rendra la position du gouvernement parfaitement claire sur les véritables objectifs de ce projet de loi. Il ne peut y avoir qu’une raison pour la soumission d’un projet de loi voué à  l’avance à être contesté par les tribunaux et qui, par un manque volontaire de documentation qui enverra les avocats se battre en Cour Suprême sans fusils, sera voué à être invalidé; par un parti dédié à faire l’indépendance du Québec :  Créer une crise constitutionnelle dans l’option de mousser suffisamment le soutien au projet souverainiste  pour pouvoir faire un référendum. Ajoutez à cela une gestion minable de l’économie et l’écœurement des groupes ethniques envers la charte pour favoriser un exode de l’opposition au souverainisme (l’argent et le vote ethnique, comme disait M. Parizeau), et vous avez un plan des plus machiavéliques. Tellement que j’ai des doutes personnels sur la capacité des péquistes à la fomenter, mais il faut se rendre à l’évidence.

Je me demande comment les Richard Martineau, Mathieu Bock-Côté et tous les autres pro-chartistes vont pouvoir continuer à défendre l’indéfendable sans se discréditer.