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L’ADQ et l’omerta

Par Julie Thibault,

En 2007, l’ADQ est passé à deux doigts du pouvoir avec ses idées de droite, en 2008, 700 000 de leurs électeurs se sont abstenus, déçus de leur prise de positions et du rôle qu’ils ont joué à l’opposition  les rayant pratiquement de la carte électorale.

 

Aujourd’hui, n’ayant toujours pas compris l’électorat, l’ADQ persiste à vouloir recentrer le parti, allant jusqu’à conclure une entente avec la gauche efficace. Ce parti est prêt à troquer ses idéaux pour prendre le pouvoir. Les méthodes prisent pour concrétiser cette union contre nature est digne des libéraux desquels l’ADQ ne semble plus rien avoir à apprendre.

 

Depuis l’annonce de l’assimilation de l’ADQ par la CAQ, de nombreuses révélations nous sont faites par les acteurs de cette mauvaise comédie. En commençant par Claude Garcia, membre de l’exécutif national dans un article de Denis Lessard, en passant par Denis Claveau, de la commission jeunesse, qui à même révélé qu’après leur prise de position contre la fusion, ils ont reçu un blâme se voyant même menacer de se faire enlever le droit de vote à ceux qui «trahissent la position officielle» du parti

 

De plus, Denis Lessard dans son article «François Legault et Gérard Deltell: les drôles de compagnons» publié le 17 décembre 2011, dévoilait les dessous des procédures qui ont amené à cette fusion. Malgré les nombreuses déclarations de Gérard Deltell voulant  qu’aucune négociation n’avait été entrepris, il semblerait que dès le printemps, alors que les membres étaient réussis à Trois-Rivière, les proches de Legault réussissaient, par l’entremise de M. Allaire, à faire échouer certaines propositions acceptées par ce dernier quelques jours auparavant. Proposition qu’ils jugeaient trop à droite, alors que pour bien des observateurs en attente d’un signal clair que le parti s’engageait maintenant à proposer des changements significatifs pour le Québec, ce n’était que le strict minimum.

 

Il n’est donc pas étonnant que le congrès prévu cet automne fût annulé. Congrès qui devait avoir comme sujet le privé en santé, un des points les plus litigieux entre les deux formations. La position des membres aurait pu compromettre, voire même faire échouer un mariage déjà consommé.

 

Pourtant, il faut vraiment faire des contorsions intellectuelles pour réussir à voir une similitude entre les deux partis. L’ADQ défend des idées de liberté et de responsabilité de la part des individus, dans un État dégraissé et une gestion responsable du gouvernement.  La CAQ ne remet aucunement le sacro-saint modèle québécois en question, elle veut d’un état fort en injectant plus d’argent notamment dans l’éducation et dans les arts. De plus, la coalition veut jouer avec l’argent du bas de laine des Québécois en utilisant ce fond pour les investir dans des entreprises à risques, mais «québécoises» mettant ainsi en péril la retraite des Québécois.

 

À la lumière de toutes ces révélations, plusieurs membres ont déjà commencé à reconsidérer leur appui à cette fusion, voyant maintenant poindre la possibilité d’un véritable parti de droite nettoyé de ceux qui depuis la course à la chefferie semble avoir tout fait pour détruire ce parti, beaucoup plus préoccuper par le pouvoir et le financement que par la promotion de leurs idéaux qui leurs avait apportés le succès en 2007.

 

 

Mais où étaient-ils?

Le 27 décembre, dans une lettre ouverte, Raymond Francoeur, vice-président de l’ADQ, ancien député et cosignataire de la dette du parti dénoncent le peu d’empressement des gens à donner des dons et à s’impliquer au sein du parti. «… Mais où étaient-ils? Pourquoi maintenant?…»

Les véritables questions qui se posent aujourd’hui sont: où était Raymond Francoeur? Que faisait-il lors du dernier congrès en mai? Et que disait-il aux membres lors des réunions de conté?  S’il avait été un peu moins occupé à écouter Legault, il aurait peut-être entendu les membres s’inquiéter et dénoncer cette fusion.

Ces questions s’adressent également aux membres de l’exécutif. Depuis combien de mois Mario Charpentier fait la promotion pour la CAQ sur les réseaux sociaux sans jamais que sont chef ne démentisse ses propos? L’a-t-on menacé de perdre son droit de vote s’il «trahissait la position officielle» du parti?

 

Quand l’équipage magouille ouvertement pour couler le bateau, faut être culotté pour faire la morale à ceux qui ne veulent pas embarquer.

 

(NDLR: à lire également: « Les membres ignorés » de Caroline Pageau, ex-attachée politique de Mario Dumont en réponse à Raymond Francoeur)

CAQ-ADQ – Partis politiques et mouches à miel

Pour moi, il n’y a rien de plus motivant qu’un article bâclé d’un journaliste biaisé. Aujourd’hui, c’est Robert Dutrizac qui s’est fait complètement remplir et qui n’a probablement même pas tenté de valider les propos absolument mensongers de l’académicien Guy Laforest, ancien président de l’ADQ de 2002 à 2004.

Selon cet “expert” de la question nationale, du fédéralisme canadien et des relations entre le Québec et Ottawa, “les libertariens ont tenté de prendre le contrôle du parti à deux reprises”, soit en 2002 avec Léon Courville et Paul Daniel Muller, puis aujourd’hui avec Claude Garcia, Adrien Pouliot et les “X” du Réseau Liberté-Québec.

Premièrement, suggérer l’idée que des libertariens ont tenté dans les dernières années de faire quoique ce soit à l’Action démocratique du Québec est absolument loufoque et trahit une méconnaissance flagrante de la vie interne du parti des dernières années. Je ne sais pas si Robert Dutrizac a lu le livre des Courville/Muller intitulé Place à l’initiative, mais je vous assure qu’il n’y a rien  pour faire peur aux sociaux-démocrates dans cet essai. En fait, qualifier la vision proposée par les auteurs de “libertarienne” traduit bien davantage l’ignorance en matière de philosophie politique, à la fois de l’académicien et du journaliste qui reprend à son compte l’expression dans la conclusion de son article.

Mais depuis quand un journaliste se doit de s’intéresser aux idées, vous me direz? Ne raconte-t-on pas la politique comme on raconte une joute de hockey?

Pour ce qui est de l’influence des Garcia et Pouliot – qui se se joints cette année à la Commission politique de l’ADQ à la demande d’un chef que l’on croyait conservateur… – cela traduit bien la peur du noyau fondateur du parti envers ceux qui ont tenté, à quelques reprises, de réactualiser l’offre politique de l’ADQ en fonction des préoccupations d’une classe moyenne surtaxée et surimposée plutôt que sur leur lubie nationaliste. En effet, rappelons-le, l’ADN de l’ADQ repose sur le Rapport Allaire. Ce n’est qu’en 2006 que le chef Mario Dumont positionnait plus clairement le parti au centre-droit de l’échiquier politique.

Ils ne l’ont jamais accepté.

La vérité lorsqu’il s’agit des influences qui se sont exercées sur le chef adéquiste et qui ont fait évoluer son offre politique, elle est tout autre. Elle est dans le fait que l’influence réformatrice,

  • elle s’exerce non pas par un “courant libertarien doctrinaire”, mais par des citoyens dévoués qui y sont dans ses pires moments.
  • elle s’exerce aux lendemains de 2003 et aux lendemains de l’élection de 2008 lorsque l’ADQ est au plus bas des sondages.
  • elle s’exerce par ceux qui restent aux lendemains d’une cuisante défaite alors que les grands penseurs, eux, s’éclipsent.
  • elle s’exerce par des gens de conviction à des moments où l’opportuniste n’y voit aucun gain personnel.
  • elle s’exerce par des bénévoles qui n’espèrent pas davantage que de contribuer à améliorer leur espace de liberté
  • par des bénévoles qui se voient écartés le lendemain d’une victoire inespérée pour se faire remplacer par la troupe des fondateurs, les Stéphane Le Bouyonnec et carriéristes politiques qui girouetteront jusqu’à faire lever le coeur des militants qui avaient osé croire en leur compétence et en leur professionalisme.
  • et oui, cette influence, elle s’exercera par des jeunes, parents et aînés qui sacrifieront soirées et fins de semaine pour garder en vie le parti jusqu’à ce qu’un contexte électoral avantage ceux qui ne rêvent que d’asseoir leur joli derrière sur un banc de l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, Guy Laforest s’improvise historien et juge du haut de sa chaire universitaire les influences de ces gens qu’il ose qualifier de “doctrinaires”, ce Guy Laforest que je n’ai seulement jamais rencontré durant toutes les années où j’ai milité à l’ADQ (2002-2009). Ce Guy Laforest, et sûrement quelques autres fondateurs sur lesquels se base un journaliste qui peine à faire la différence entre la droite fiscale dont l’ADQ se réclamait et une droite libertarienne qui a compris depuis des lunes que la politique n’est que le produit d’une lutte entre intérêts corporatistes.

Un parti politique au sommet des sondages n’a rien à craindre pour ce qui est de l’influence de gens qui ont véritablement à coeur de réformer le modèle québécois. Opportunistes et carriéristes politiques s’y agglutineront comme des mouches à miel. Ensemble, ils feront appel aux meilleurs spécialistes de communications pour vendre le rêve, l’illusion et des promesses qu’on sait ne pouvoir tenir.

Vous voilà réconfortés, dirigeants de la CAQ-ADQ. Pour un certain temps, vous n’aurez rien à craindre des gens qui ont véritablement à coeur de réformer le Québec. Profitez-en bien.

L’opéra n’est pas terminé…

Les américains se plaisent souvent à dire « The opera ain’t over ’til the fat lady sings » (L’opéra n’est pas terminé avant que la grosse dame chante). Dans le cas de la fusion entre l’ADQ et la CAQ, il semble que beaucoup ont déjà vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué et l’ours est de très mauvaise humeur. Mais trêve de métaphores.

Plusieurs, moi y compris, se sont donné beaucoup de peine pour démontrer comment ce mariage est contre-nature. Si vous interrogez un grand nombre de militants adéquistes et j’ai passé une part de mes temps libres à échanger avec un grand nombre d’entre eux sur Facebook depuis l’annonce des détails de l’entente de fusion, le feeling est que l’ADQ a vendu son âme. Les militants avec qui j’ai jasé sont pour la plupart amers et enragés. Beaucoup d’entre eux croyaient encore que l’ADQ était encore un véhicule viable pour faire avancer les idées de droite. Même que depuis que Gérard Deltell s’est retrouvé chef du parti et qu’il est allé recruter Claude Garcia et Adrien Pouliot pour présider la commission politique, l’ADQ avait remonté dans les sondages, les militants commençaient à revenir au bercail, Gérard Deltell avait donné un retentissant discours lors du premier rassemblement du RLQ et lors du dernier congrès, 78 pourcent des propositions de la commission politique, résolument à droite, ont été adoptées. L’ADQ semblait avoir retrouvé son âme et sa direction. Puis François Legault est arrivé sur la scène et il semblait que le Québec entier consentait littéralement à lui donner le bon Dieu sans confession.

Flairant une chance de sécuriser leur réélection, certains députés adéquistes se trouvaient attirés vers la CAQ comme des mouches à un tas de fumier. Les membres de l’exécutif aussi ont décidé d’accrocher leur chariot à la locomotive de Legault par pur opportunisme. Je vais laisser le bénéfice du doute à Gérard Deltell. On m’a dit qu’il était très réticent et qu’on lui a tordu le bras. Toujours est-il que les rumeurs de fusion des deux formations, alimentées par le silence de Deltell, ont totalement tué la remontée que l’ADQ avait amorcée. Certains disent que l’ADQ n’allait nulle part, c’est peut-être vrai aujourd’hui, grâce à ceux qui ont sciemment sabordé le parti avec ces rumeurs, mais ça ne l’était certainement pas avant cette histoire de fusion. Et on était surpris de la déconfiture dans Bonaventure? Pourquoi voter pour un parti qui n’existera plus bientôt?

Le pire dans cette histoire est que le caucus et l’exécutif ont « vendu » le parti pour une bouchée de pain. Ils n’ont pour ainsi dire, rien obtenu en retour. Ce n’est pas une fusion où les deux parties y trouvent leur compte, mais une prise de contrôle hostile ou un avale l’autre et ce qui est encore lus ahurissant, c’est le parti qui vient d’être fondé et qui n’a seulement jamais fait ses preuves qui avale celui qui existait depuis 14 ans.

Mais il y a une chose sur laquelle le caucus et l’exécutif n’ont pas compté, c’est la résistance des militants. Lors du vote de l’exécutif, Claude Garcia et Adrien Pouliot ont voté contre, sans surprise, mais Mikey Colangelo Lauzon et Denis Claveau de la commission des jeunes ont ausi voté contre et ont appelé tous les membres à faire de même. Je sens que la résistance s’organise et je ne serais pas surpris que d’ici au 18 janvier, beaucoup de coups de téléphone se passeront pour convaincre le plus grand nombre de militants possibles à voter contre la fusion. Ce sera intéressant de voir s’ils réussiront à contrer les projets de l’exécutif. S’ils réussissent, l’exécutif n’aurait plus le légitimité, qu’arrivera-t-il? Ça reste à voir