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Non, ce n’est pas du capitalisme.

Par Philippe David

Difficile de ne pas réagir à l’obscénité de ces augmentations que se sont données les dirigeants de Bombardier, mais les raisons pourquoi je les qualifierais d’obscène sont probablement différentes de celles de la plupart des chroniqueurs dans les médias. C’est d’ailleurs monnaie courante pour ces chroniqueurs de blâmer le capitalisme comme l’ont fait Mathieu Bock-Côté, Antoine Robitaille ou même Richard Martineau.  C’est bien trop facile de toujours se servir du capitalisme comme bouc-émissaire comme si d’avoir un gouvernement qui subventionne les entreprises à gauche et à droite 365 jours par année avait quoique ce soit à voir avec du capitalisme!

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Les grands champions

Au fait, combien de grandes entreprises ne sont pas subventionnées au Québec? Pas beaucoup! En fait, le Québec est depuis longtemps le grand champion toute catégorie du BS corporatiste. Désolé de vous l’apprendre, mais très peu de nos soi-disant «fleurons québécois» ne seraient encore solvables s’ils n’étaient pas solidement accrochés aux mamelles de l’état et Bombardier est certainement un des pires.

Soyons clairs, Ce n’est pas ça le capitalisme!!!

Le capitalisme, ce sont des entrepreneurs qui bâtissent des entreprises en risquant leur propre argent et celui d’actionnaires qui investissent volontairement dans ses idées. Quand Armand Bombardier a conçu et mis en marché sa première motoneige, il n’était pas allé quémander au gouvernement pour des subventions. Il a convaincu des investisseurs privés de lui avancer les fonds parce qu’il savait qu’il avait une grande innovation et ces investisseurs l’ont vu aussi et ils sont tous devenus très riches. Cependant, je doute qu’Armand Bombardier aurait été très fier qu’aujourd’hui son entreprise se maintient à flot en quêtant constamment au gouvernement et encore moins que ses successeurs en profitent pour s’en mettre plein les poches. S’enrichir en mettant en marché des innovations et en risquant ses propres sous est une chose. S’enrichir en pillant littéralement les contribuables en est une autre.

Les pillards

Dans son roman «La Grève» (Atlas Shrugged), Ayn Rand avait un terme particulier pour désigner des dirigeants d’entreprise qui s’enrichissent non pas parce qu’ils fournissent quelque chose d’utile aux consommateurs, mais plutôt parce qu’ils quémandent continuellement aux gouvernements. Elle les appelait des «pillards» («looters» en anglais).  Je n’ai pas de problème avec des dirigeants d’entreprise qui gagnent leur argent honnêtement en créant de la richesse, mais le tétage de subvention n’a rien à voir avec un talent quelconque de l’entrepreneuriat. C’est plutôt pénaliser les entrepreneurs plus productifs au profit des mauvais gestionnaires en forçant les contribuables à investir contre leur gré dans des entreprises qui peinent à survivre autrement.

Aucune entreprise ne vaut la peine d’être sauvée par les contribuables

Cruel, me direz-vous, mais vrai quand même. En subventionnant des entreprises comme nous le faisons, nous encourageons la mauvaise gestion et nous plombons notre économie. Si une entreprise est incapable d’être profitable, elle devrait faire faillite et être rachetée par quelqu’un qui saura utiliser ses ressources de façon plus efficace, sinon c’est un gaspillage de ressources. Peut-être que vous me direz que les compétiteurs de Bombardier Aéronautique comme Boeing et Airbus sont subventionnés eux aussi; oui et alors? Parce qu’on taxe les américains, les français et les britanniques pour offrir des avions à plus bas prix à des compagnies de transport aérien, ne veut pas dire que les québécois veulent aussi être taxés au profit de ces compagnies. Rien ne nous oblige à avoir un fleuron dans l’industrie aéronautique s’il est incapable de voler de ses propres ailes. Nous pouvons très bien investir notre argent et créer des emplois dans un domaine qui est plus profitable et qui ne nécessitera pas d’être constamment maintenu sur le respirateur. Remarquez que le phénomène n’est pas seulement au Québec. Il y a de nombreuses compagnies qui auraient longtemps dû faire faillite tant dans le reste du Canada que les États-Unis, mais comme je l’ai mentionné plus tôt, le Québec est le champion toutes catégories en BS corporatif et un des pires endroits pour l’entrepreneuriat et l’investissement privé.

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Si subventionner tout ce qui bouge fonctionnait, il y a longtemps qu’on le saurait parce que nous serions la province la plus riche plutôt que la plus pauvre.

Sources:

Tableau BS corporatif: Statistique Canada: Tableau 384-0010
Tableau Entrepreneurs: Statistique Canada: Tableau 282-0012 et Tableau 051-0005
Tableau Investissements privés:  Statistique Canada: Tableau 032-0002

 

 

Comment tuer une société

Par Philippe David

«Lorsque vous voyez que les échanges sont faits, non par consentement, mais par la contrainte — quand vous voyez que pour produire, vous devez obtenir la permission de gens qui ne produisent rien. — lorsque vous voyez que l’argent coule vers ceux qui traitent non pas en biens, mais en faveurs — lorsque vous voyez que les hommes s’enrichissent plus par la corruption et l’influence que par le travail, et que vos lois ne vous protègent pas contre eux, mais les protègent contre vous — lorsque vous voyez la corruption récompensée et que l’honnêteté devient un sacrifice — vous saurez que votre société est condamnée.»

Ayn Rand, Atlas Shrugged (La Grève)

Quand Ayn Rand a écrit ces lignes quelque part dans les années 1950, nous étions loin de nous douter à quel point elles seraient prophétiques au Québec (et dans bien d’autres endroits aussi). Comment en est-on arrivé là? Qu’est-ce qui fait que le Québec traîne de la patte depuis des décennies?

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Le déclin constant du Québec en pourcentage du PIB canadien

Une des raisons possibles est ce que j’appellerais la culture du Québec Inc. Ce qui nous pousse à faire des pieds et des mains pour préserver et subventionner nos «fleurons». Saviez-vous qu’au Canada, le Québec est le champion du BS corporatif? De 1981 à 2009, le gouvernement du Québec a dépensé $115,5 milliards en BS corporatif. Pour mettre ça en perspective, c’est plus que l’Ontario, l’Alberta et la Saskatchewan réunis! Naturellement, nos politiciens tentent toujours de nous vendre l’idée que tout cet argent sert à «stimuler» notre économie, mais dans la réalité, il y a loin de la coupe aux lèvres. Malgré tous ces soi-disants «investissements», nous sommes devenus la province la plus pauvre et nous continuons de nous appauvrir. L’engouement de notre gouvernement, tous partis confondus, pour les leviers économiques depuis 65 ans est en train de tuer notre société à petit feu. Voici quelques raisons pourquoi:

  1. Les gouvernements en général sont de pauvres gestionnaires de capital. C’est vrai pour tous les gouvernements, et c’est certainement vrai au Québec. Le but d’une économie sera toujours de fournir aux consommateurs les biens et services qu’ils désirent le plus et non ce qui est politiquement payant. Lorsque les gouvernements s’immiscent dans la sélection de gagnants et perdants dans l’industrie, ils le font pour des raisons politiques plutôt qu’économiques. Pensons à quelques-uns des gros bénéficiaires de la manne de l’État québécois: La cimenterie de Port-Daniel qui n’a aucune raison d’exister puisque les cimenteries déjà existantes ne fonctionnent même pas à pleine capacité. La CSeries de Bombardier qui, malgré les beaux contrats récents, se permet de vendre ses avions à perte grâce à «l’investissement» de $2 milliards des poches du contribuable. Souriez! C’est vous qui payez pour que Delta puisse renouveler sa flotte à rabais! La Davie, qui vit depuis si longtemps sur le respirateur qu’elle a probablement plus de ressemblance avec les zombies de Walking Dead qu’à un fleuron de l’industrie. Et qui peut oublier les belles expériences de la Gaspésia et Tricofil?
  2. Gros coûts, peu de bénéfices. Le Québec subventionne presque trois fois plus que l’Ontario et pourtant nous sommes la province la plus pauvre. Cherchez l’erreur. Si ça fonctionnait, il y a longtemps qu’on le saurait.

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  3. Des dés pipés. Le BS corporatif favorise les gros joueurs au détriment des petits. Les grosses corporations ont beaucoup plus les moyens d’embaucher une armée de lobbyistes pour retirer le maximum des mamelles de l’État. Elles ont aussi beaucoup plus de poids pour faire du chantage pour éviter des pertes d’emplois massives. C’est un transfert de richesse des entreprises les plus petites aux plus grosses, des plus pauvres vers les plus riches, des plus productifs aux plus gaspilleurs et mieux connectés.
  4. Une relation incestueuse. Le BS corporatif a toujours créé une relation incestueuse avec le monde des affaires et le gouvernement. Ce qui favorise la corruption, les retours d’ascenseur et les enveloppes brunes. Quand la manne est aussi grande qu’elle l’est au Québec, il ne faut pas se surprendre que la Belle Province ait la réputation d’être la province la plus corrompue.
  5. Le BS corporatif est anti-consommateur. La raison d’être d’une entreprise est de bien servir ses clients. Si elle remplit bien son rôle, elle sera récompensée par des profits, sinon elle sera punie par des pertes et éventuellement, la faillite. Ce système fait en sorte que les ressources limitées vont vers les entreprises qui ont le plus de succès à satisfaire les désirs des consommateurs. Le gouvernement ne peut rien donner qu’il n’a pas d’abord pris à d’autres. Lorsqu’il finance des entreprises peu profitables au nom de la préservations des emplois, le gouvernement prive les entreprises plus profitables de ces précieuses ressources afin de maintenir les autres, moins adeptes à combler les désirs du consommateur, sur le respirateur. C’est un gaspillage de précieuses ressources limitées qui prive le consommateur des biens et services qu’il préférerait avoir et favorise la production de biens et services dont il ne veut pas. Ça crée une rareté qui fait que le consommateur doit payer plus cher ce qu’il veut pour subventionner ce qu’il ne veut pas. De façon très concrète, ça oblige le contribuable à « acheter » des produits et services dont il ne veut pas. Lorsque le gouvernement donne $7000 par voiture électrique aux fabricants d’automobiles, il force littéralement les contribuables à payer une partie du prix de l’auto électrique de leur voisin.  Ça crée aussi un aléa moral. Pourquoi se casser la tête à servir les clients quand on peut tout simplement se faire subventionner et faire du n’importe quoi plutôt que ce que les consommateurs veulent vraiment? Ce qui m’amène au point suivant.
  6. Plus de lobbying, moins d’innovation. Lorsque les entreprises sont motivées à satisfaire les besoins des consommateurs, elles ont un gros incitatif à innover, investir dans la recherche et le développement et être plus productives et concurrentielles. Pour continuer à demeurer profitables, elles doivent toujours trouver des meilleurs moyens de satisfaire les demandes de leur clientèle. Lorsque que des entreprises sont financées ou autrement protégées des aléas de la concurrence par le gouvernement, elles cessent d’innover. Ça devient plus payant d’embaucher des lobbyistes que d’investir en recherche et développement.
  7. Des permis pour tout et rien sans permis. Au Québec, il est impossible d’entreprendre quoi que ce soit sans permis. C’est presqu’à se demander si ça prend un permis pour respirer. Un permis, c’est quand le gouvernement vous vole votre droit d’entreprendre et vous le revend. Le prétexte est généralement la protection du consommateur, mais c’est un faux prétexte. A-t-on vraiment besoin d’être «protégés» d’une mauvaise coupe de cheveux? Le permis du coiffeur est-il vraiment une garantie d’une belle mise-en-plis? Durant la controverse des taxis vs Uber, on s’est rendu compte qu’aucune vérification des antécédents criminels des chauffeurs de taxi n’était faite. Pour la protection du consommateur, on repassera. En réalité, les permis sont une façon de limiter artificiellement l’offre de biens ou services dans le but de gonfler les prix et favoriser le producteur au détriment du consommateur. Le permis ne protège pas le consommateur contre les abus d’un producteur, il protège plutôt les producteurs des consommateurs en limitant la concurrence.

 

Ayn Rand avait raison

Quand vous êtes forcés à travers la taxation et le BS corporatif de payer pour des produits et services dont vous ne voulez pas. Quand pour entreprendre, vous êtes à la merci de bureaucrates. Quand les lois protègent les corporations plutôt que les consommateurs. Quand c’est plus payant pour un entrepreneur de faire du lobbying plutôt que de faire de son mieux pour satisfaire les besoins de ses clients. Quand l’innovation est sacrifié au nom de la protection d’industries obsolètes. Quand la corruption et le trafic d’influence deviennent la norme comme l’a démonté la Commission Charbonneau. Doit-on être surpris que notre société va de mal en pis et que nous soyons de plus en plus pauvres?

 

Sources des graphiques:

Graphique PIB:  Statistique Canada – Produit intérieur brut aux prix courants, 1961-1993 et Comptes économiques des provinces et des territoire et Tableau 051-0005 et ISQ – Diffusion des Comptes économiques du Québec

Graphique BS corporatif: Statistique Canada: Tableau 384-0010



Le monde des affaires d’Alexandre Taillefer

simard et belzile

Pierre Simard et Germain Belzile

Alexandre Taillefer intensifie sa campagne de dénigrement. Après avoir mené une fructueuse quête de privilèges auprès du gouvernement pour Téo Taxi, voilà maintenant qu’il accuse les défenseurs d’Uber « d’une profonde malhonnêteté intellectuelle ». Il va même jusqu’à les pointer du doigt :

 « Quand je lis le soutien que donne une institution Montréalaise (sic) bien en vue à Uber ou un chargé de cours des Hautes Études Commerciales (sic)[1], je vois le monde des affaires d’hier. »  (A. Taillefer)[2]

Avouons qu’il faut de l’audace pour accuser les défenseurs d’Uber de professer un monde des affaires d’hier, quand le but de Téo Taxi est de reconduire un système de gestion de l’offre à bout de souffle et dépassé. Une industrie du taxi qui, depuis des décennies, offre un service médiocre aux consommateurs et exploite ses chauffeurs en les forçant à acheter la permission de travailler.

Il faut également une bonne dose d’estime de soi pour se présenter en libérateur des travailleurs du taxi, tout en voulant les garder sous son dictat. Celui qui se présente comme un visionnaire devrait pourtant savoir que l’époque du propriétaire de champs de coton est chose du passé; qu’il ne suffit pas de proposer à des esclaves une faible augmentation de leur pitance pour les libérer de leur servitude.

Pourquoi les travailleurs du taxi devraient-ils se contenter des 15 $ de l’heure de Téo? Pourquoi ne pourraient-ils pas s’émanciper de ces privilégiés de l’État qui veulent toujours l’obliger à louer ou à acheter un permis pour travailler? Pourquoi un travailleur autonome ne pourrait-il pas gérer lui-même son temps de travail et sa propre voiture, et ce, tout en satisfaisant les besoins et les attentes des consommateurs?

Nous sommes désolés, mais remplacer des voitures à essence par des voitures électriques n’a rien de vraiment innovateur. Il ne suffit pas de remplacer une fournaise à l’huile par des plinthes électriques pour rendre un taudis salubre.

Taillefer nous invite à choisir entre « #JeSuisUber ou #NousSommesTéo ». Notre choix est fait. Nous préférons un marché libre à l’écoute des besoins des usagers et à l’affut des opportunités économiques; un Uber qui, pour survivre, ne réclame pas du gouvernement des permis pour soi et des interdits pour les autres.

Non, nous ne sommes pas Téo. Le monde des affaires d’hier, comme se plait à le décrire M. Taillefer, nous a enseigné qu’un projet capable de satisfaire efficacement les attentes des consommateurs peut se passer de l’État et de l’argent des contribuables.

Nous déplorons que la Caisse de dépôt, Investissement Québec et autres fonds syndicaux, qui sont financés en tout ou en partie par nos impôts, servent à financer une entreprise qui perpétue un modèle d’affaires obsolète ne pouvant survivre sans la coercition de l’État.

[1] M. Taillefer réfère sans doute à HEC Montréal, anciennement l’École des hautes études commerciales de Montréal.

[2] http://quebec.huffingtonpost.ca/alexandre-taillefer/teo-taxi_b_9806980.html



Cessons de blâmer le capitalisme

Par Philippe David

Je vais probablement en choquer plusieurs par mes propos, mais nous devrions cesser de blâmer nos problèmes économiques sur le capitalisme. Le capitalisme n’existe pas. S’il a déjà existé,  il est mort au tournant du XXe siècle quand les États de ce monde ont commencé à prendre le contrôle de leur économie. Au XIXe siècle, rares étaient les États qui comptaient pour plus de 15% de leur PIB, maintenant, rare sont ceux qui sont en-dessous de 35%. Malgré tout, on semble vouloir tout blâmer sur le même bouc émissaire: le capitalisme. Pourtant, notre système actuel est tout sauf capitaliste. Permettez-moi de vous expliquer.

La danse des «ismes»

Là ou la confusion règne, c’est dans la mauvaise compréhension de ce qu’est vraiment le capitalisme. Contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas parce que la plupart des industries sont aux mains du secteur privé que vous vivez dans une économie capitaliste. C’est une définition beaucoup trop simpliste. S’il ne suffisait que d’avoir une partie de l’industrie consistant d’entreprises privées, la Chine pourrait être qualifiée de capitaliste. Y en a-t-il qui ce font des illusions là-dessus?

Nous avons trop tendance à définir le capitalisme en opposition au socialisme et au communisme. Par définition, le socialisme et le communisme sont caractérisés par la «socialisation» des moyens de production. C’est à dire le contrôle direct de l’économie par l’État. Donc nous voyons toute économie qui n’est pas sous le contrôle direct de l’État comme étant une économie capitaliste. C’était certainement le point de vue prévalent pendant la soi-disant «Guerre Froide». C’est ce qui nous a mené à croire que le fascisme et le nazisme étaient des idéologies de droite. En réalité, ce point de vue est inexact, c’est plutôt le contraire. La caractéristique qui définit vraiment le capitalisme  n’est pas que les moyens de production soient ou non entre des mains privées, mais plutôt si l’économie est dirigée centralement ou non. Dans une économie capitaliste, le gouvernement, s’il doit y jouer un rôle, est limité au rôle d’arbitre pour faire respecter les contrats et punir le vol et la fraude. Il n’intervient d’aucune autre façon. Là où l’état exerce une influence autre que le respect des contrats, il ne s’agit plus de capitalisme. Notre système économique actuel est dirigé et centralement planifié, ce n’est donc pas du capitalisme, même s’il y intègre une forme d’économie de marché. C’est plutôt du corporatisme.

Le «coporatisme»? Kossé ça mange en hiver?

Le corporatisme est confondu avec le capitalisme parce qu’il incorpore une économie de marché et que les entreprises sont largement privées, mais c’est là que s’arrêtent les similitudes Dans une économie corporatiste, l’État ne se contente plus du simple rôle d’arbitre, il devient un des joueurs et il contrôle l’économie à plusieurs niveaux. Il monopolise et contrôle des grands pans de l’économie. Alors que dans une économie socialiste classique l’État contrôle directement l’économie en s’appropriant toutes les industries, le contrôle de l’État corporatiste est beaucoup plus subtil et beaucoup plus sournois.  Pour tout dire, c’est une version «soft» du fascisme. Mais alors que le fascisme orientait son contrôle de l’économie surtout vers la production pour satisfaire les ambitions d’un État guerrier dictatorial (comme l’Italie de Mussolini ou l’Allemagne nazie), le corporatisme sert plus à satisfaire les besoins d’un État-nounou avec une façade démocratique.

Dans une économie corporatiste, il existe une sorte de symbiose entre l’État et divers acteurs dans l’économie. Par symbiose, j’entends une relation qui est mutuellement bénéfique entre l’hôte et un parasite. Comme vous pourrez le constater, cette description est plutôt bien choisie. Comme je l’ai mentionné, il incorpore de l’économie de marché, mais contrôle les marchés par la règlementation, les subventions et l’attribution de contrats lucratifs à certaines entreprises choisies au détriment des autres. Il crée aussi des monopoles et des oligopoles qui lui permettent de contrôler des secteurs complets de l’économie. Le secteur le plus important étant la monnaie et le secteur bancaire.

 La monnaie et les banques.

«Quiconque contrôle la quantité d’argent dans ce pays est le maître absolu de toute l’industrie et de tout le commerce… Et si vous savez que le système tout entier est facilement contrôlable, d’une façon ou d’une autre, par quelques hommes tout puissants, pas besoin de vous expliquer quelle est l’origine des périodes d’inflation et de dépression»

James A. Garfield, ancien Président des États-Unis.

Comme l’a dit si bien James Garfield dans la citation ci-haut, quiconque contrôle la monnaie, contrôle toute l’économie. Ce que ce genre de contrôle signifie ne peut pas être banalisé. Puisque le capitalisme n’est pas planifié centralement, il ne pourrait y exister un système monétaire contrôlé. C’est la preuve ultime que nous ne vivons pas dans un système capitaliste. Dans le système actuel, la monnaie a été pervertie et plutôt que de représenter une valeur d’échange, elle représente une dette.

Cette vidéo donne une très bonne explication, incluant un historique du système bancaire. Je vous conseille vivement de la visionner. Vous ne pouvez absolument pas comprendre ce qui se passe dans notre économie si vous ne comprenez pas comment fonctionne le système monétaire.

J’émettrais un petit bémol sur la vidéo. Je l’utilise ici pour expliquer comment la monnaie est créée et contrôlée, mais si je suis d’accord avec les effets pervers que déplorent ses auteurs, je ne suis pas d’accord avec les solutions qu’ils proposent, en particulier en se qui a trait aux intérêts que je considère comme nécessaires. Cependant, je ne veux pas entrer dans ces détails ici. Je me propose d’y revenir dans un autre article.

En attendant, voici quelques points que j’aimerais que vous reteniez de cette vidéo:

  • La monnaie est créée par les banques sous forme de dette, mais la devise est contrôlée par l’État. C’est l’État qui décide quelle(s) devise(s) peut être utilisée sur son territoire.
  • La banque centrale (comme la Banque du Canada) a des actionnaires privés, mais elle est créée par le gouvernement et ses dirigeants sont nommés par lui. Au Canada, c’est le Ministre des Finances qui nomme le Gouverneur de la Banque du Canada.
  • C’est aussi l’État qui règlemente les réserves fractionnaires et légalise de facto un système de fraude généralisée.
  • C’est l’État également qui décide qui peur ouvrir une banque ou pas  et qui les organise en cartel sous le contrôle de la banque centrale.
  • En retour de ces pouvoirs, la banque centrale et les banques fournissent à l’État un financement quasi-illimité en achetant des bons du trésor avec de l’argent créé à partir de rien.
  • La banque centrale contrôle les taux d’intérêts, un important levier économique.

Si vous voulez avoir un exemple des effets néfastes de ce contrôle monétaire, l’économiste Friedrich Hayek a gagné le Nobel d’économie en 1974 en établissant le lien entre la manipulation des taux d’intérêts et de la masse monétaire par les banques  aux cycles économiques de boums et récessions faussement attribués au capitalisme. Sa théorie est connue sous le nom de théorie autrichienne des cycles économiques est bien documentée dans la littérature économique mais vous n’en entendrez probablement pas beaucoup parler dans notre système d’éducation (contrôlé par l’État, bien entendu).

Les corporations.

Une corporation est une entité fictive créée par l’état pour une et une seule raison: dissocier les actions de la corporation de ses propriétaires et dirigeants, les dégageant de toute responsabilité civile. La corporation agit comme une personne distincte  et endosse ainsi toutes les responsabilités.

Dans l’économie corporatiste, il existe également une symbiose entre les corporations et l’État. Les corporations aident les politiciens à se faire élire que ce soit financièrement ou par influence. En retour, les politiciens font des retours d’ascenseur sous forme de contrats gouvernementaux très lucratifs, attribution de monopoles, cartellisation légale (comme les taxis, par exemple), de subventions ou encore en limitant la concurrence par règlementations coûteuses favorisant les joueurs existants, ou par l’attribution de permis, etc. Toutes ces interventions donnent au gouvernement la possibilité de déterminer les gagnants et les perdants selon des impératifs politiques. Cela permet à certaines entreprises peu compétitives de survivre artificiellement alors que d’autres plus performantes voient leur développement freiné. Inutile de dire que cela a un impact plutôt important et néfaste sur l’économie.

Pourquoi la planification centrale ne fonctionne pas.

Je ne devrais même pas avoir à démontrer que la planification centrale d’une économie de marché ne fonctionne pas. Les exemples historiques abondent. Il nous suffit d’observer tous les endroits où les gouvernements tentent de pousser ce contrôle aux extrêmes (URSS, Corée du Nord et Venezuela, pour ne citer que ces exemples) pour constater les effets pervers que ce contrôle apporte. Les contrôles de prix qui apportent tantôt des pénuries, tantôt des surplus. Les famines, les tracteurs rouillés dans les champs, chômage élevé, rationnement perpétuel, etc. sont tous des réalités de le vie dans une économie planifiée. Pourquoi? L’explication est pourtant simple et elle vient également de Friedrich Hayek.

L’économie moderne est extrêmement complexe. Beaucoup trop complexe pour être comprise par un seul homme ou un groupe d’hommes. Elle comprend des centaines de milliards d’échange à chaque jour et même les ordinateurs les plus puissants ne pourraient vous donner un tableau complet de tout ce qui se passe. Toutes les bureaucraties du monde n’arriveraient jamais à obtenir les informations qu’ils auraient besoin pour déterminer ce qui doit être produit, comment, en quelle quantité et à quel prix. C’est tout simplement impossible. Pourtant, tous les jours, des millions d’entrepreneurs arrivent à se coordonner pour produire tout du simple crayon à mine au téléphone intelligent sans qu’aucune intervention gouvernementale soit requise.

Cessez donc de blâmer le capitalisme pour tous les déboires de l’économie. Il n’y est pour rien. Blâmez plutôt les apprentis sorciers qui prétendent pouvoir contrôler l’économie. Ce sont eux qui nous mettent dans la merde.

 

 

La nature de la politique

Par Philippe David

Je n’écris plus souvent  ces temps-ci. Je trouve la scène politique plutôt déprimante. Cependant, il y a des moments où je ne peux faire autrement que de sauter sur mon clavier. Ce qui s’est produit avant-hier est un bon exemple. Ce n’est pas que j’ai été surpris outre mesure par le fait que le gouvernement Couillard ait décidé d’investir $1 milliard US ($1,3 milliards CAN) dans Bombardier en mon nom et celui de tous les contribuables, prenant ainsi possession de 49% d’une compagnie formée pour assurer le développement (très risqué, cela va sans dire) du C Series de Bombardier alors que la journée même, Bombardier montrait des états financiers qui accusaient une perte de $4,9 milliards. Ça devrait me choquer, comme ça semble choquer tout le monde, mais non. Pas vraiment. Ce qui me choque plus dans cette affaire est le refus des gens de voir que ce genre de chose est monnaie courante en politique et que tant et aussi longtemps qu’on considérera comme normal de se faire confisquer près de la moitié de son revenu par le gouvernement pour ensuite voir cet argent gaspillé de façon outrageuse dans des projets dans lesquels nous n’aurions jamais mis une taule de notre propre chef, ce genre de chose se produira encore et encore.

Ce n’est pas d’hier que les politiciens récompensent leurs amis et leur font des faveurs. Les corporations dépensent des millions en lobbying pour obtenir des contrats ou une réglementation qui leur est favorable au détriment de leurs concurrents, ou tout simplement pour de l’argent. Comme par hasard, le lobbyiste de Bombardier est un certain ex-ministre des finances libéral. Peut-on être plus incestueux que ça? Tout le monde s’indigne, tempête et rouspète, mais personne ne veut vraiment s’attaquer à la vraie cause du problème: les politiciens contrôlent des sommes faramineuses d’argent qu’ils soutirent par la force des contribuables qui n’ont mot à dire que lorsqu’ils votent à tous les cinq ans.

Un «investissement», vraiment?

Laissez-moi vous faire part d’une réalité trop souvent oubliée: le gouvernement ne peut rien vous donner qu’il n’a pas pris par la force à quelqu’un d’autre. Si ce quelqu’un d’autre avait pu garder son argent plutôt que d’être forcé à le donner au gouvernement, il l’aurait peut-être utilisé à des fins plus productives (ou pas, mais c’était SON argent).  Ce sur quoi on peut compter c’est qu’il l’aurait dépensé ou investit selon ses propres intérêts personnels dans le but d’améliorer sa qualité de vie. Lorsque c’est le gouvernement qui choisit quoi faire avec cet argent, c’est une toute autre chose.

Les gens qui croient que le gouvernement agit pour le «bien commun» sont probablement les mêmes qui ont coulé leurs cours d’Histoire à l’école. Parce qu’au contraire, le gouvernement est composé d’individus qui ont naturellement leur propre intérêt personnel en tête. Dans le cas des politiciens, leurs deux premières préoccupations sont de se faire élire et de se faire ré-élire. Vos préoccupations, ils n’en ont rien à cirer, à moins que celles-ci les aident dans leurs deux préoccupations personnelles. Donc, naturellement, les soit-disant «investissements» que les politiciens font avec votre argent ont rarement quelque chose à voir avec votre bien-être (tout bienfait que les petites gens en retirent, sont le plus souvent accidentels).

Donc, lorsqu’on vous raconte qu’on doit sauver telle ou telle compagnie pour le bien commun, à cause des pertes d’emploi ou des dommages à l’économie, n’en croyez pas un mot. Dans la réalité, si une compagnie n’est pas assez bien gérée pour être profitable et attirer des investissements privés, elle ne mérite pas non plus d’être capitalisée de force par le contribuable. 

Donner 1,3 milliards à Bombardier signifie qu’on prive toutes les autres entreprises (qui sont profitables, puisqu’elle paient de l’impôt) de capitaux et des intérêts pour un projet dont le retour sur investissement est si douteux qu’aucune banque ou investisseur privé ne veut le toucher avec un bâton de dix pieds (et je travaille présentement pour une banque d’investissement, vous pouvez imaginer les discussions autour de la machine à café…).

L’économiste français Frédéric Bastiat parlait souvent de ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. On voit facilement les emplois perdus si on laissait Bombardier à elle-même, qui incidemment, seraient bien moindres que ce qu’on peut penser, comme l’explique Vincent Geloso dans son récent blogue, mais ce qu’on ne voit pas ce sont tous les autres emplois qui auraient été créés si les autres entrepreneurs avaient eu  accès à ces capitaux. Encore une fois, le gouvernement ne peut rien donner aux uns sans priver les autres. Et dans la plupart des cas, le gouvernement prive ceux qui produisent au profit des cancres.

La nature de la politique

C’est pourquoi les fameux «investissements» du gouvernement sont rarement profitables au sens économique, ils ne profitent en fait qu’à un nombre restreint d’individus au détriment de tous les autres,  mais ils sont politiquement rentables pour les politiciens.

Les politiciens le feront toujours. Ils ne peuvent pas ne pas le faire, en fait. Sinon on pourrait commencer à croire qu’ils sont inutiles et en réalité ils sont carrément nuisibles. On lance souvent à la blague que la politique est le deuxième métier le plus vieux du monde. Le premier étant la prostitution. On va même jusqu’à dire qu’il y a peu de différences entre une prostituée et un politicien. Je vais vous en nommer une plutôt fondamentale. La prostituée rend un service bénéfique à sa clientèle alors que dans la balance, c’est loin d’être le cas des politiciens.

C’est une des raisons pourquoi j’abhorre la politique. Parce que sa véritable nature ne consiste pas à améliorer le sort de tous mais plutôt à prendre ce que certains ont durement gagné pour le redonner à d’autres qui ne le méritent pas. Cette intervention envers Bombardier n’en est qu’un autre exemple.

L’histoire de votre asservissement

 molyneux

Par Stéphan Molyneux

(traduit de l’anglais par Philippe David)

NDLR – Je vous reproduis ici une traduction libre de la narration d’une vidéo de Stephan Molyneux (ci-bas). Vous trouverez certainement sa description de la société actuelle très cynique, mais essayez, si vous le pouvez, de réfuter son triste constat.

Ceci est l’histoire de votre asservissement; comment ça c’est produit, et comment vous pouvez finalement être libre.

Comme tous les animaux, les êtres humains veulent dominer et exploiter les ressources autour d’eux.

Au début, nous chassions, pêchions et vivions surtout de la terre – mais quelque chose de magique et terrible est survenu à notre esprit.

Nous sommes devenus les seuls, parmi les animaux, à craindre la mort, et les pertes futures.

Et ce fût le début d’une grande tragédie, et une possibilité encore plus grande.

Voyez-vous, lorsque nous avons commencé à craindre la mort, les blessures et l’emprisonnement, nous sommes devenus contrôlables — et si précieux — d’une façon qu’aucune autre ressource ne pourrait l’être.

La plus grande ressource à contrôler pour tout être humain n’est ni les ressources naturelles, ou les outils, ou la terre — mais plutôt les autres humains.

Vous pouvez effrayer un animal, parce que les animaux ont peur de la douleur dans le moment, mais vous ne pouvez l’intimider avec une perte de liberté, ou la menace de torture ou d’emprisonnement dans le futur, parce que les animaux ont peu de notion du lendemain.

Vous ne pouvez pas menacer une vache de torture ou un agneau de mort. Vous ne pouvez frapper un arbre avec une épée et hurler pour qu’il produise plus de fruits, ou tenir un flambeau près d’un champs et exiger plus de blé.

Vous ne pouvez obtenir plus d’oeufs en menaçant une poule – mais vous pouvez forcer un homme à vous donner ses oeufs en le menaçant.

L’élevage humain a été l’occupation la plus profitable — et destructrice — de toute l’histoire, et c’est maintenant en voie d’atteindre sa conclusion destructrice.

La société humaine ne peut être comprise rationnellement avant d’être vue pour ce qu’elle est: une série de fermes où des fermiers humains possèdent du bétail humain.

Certaines personnes deviennent confuses parce que les gouvernements fournissent des soins de santé, de l’eau potable, de l’éducation et des routes, et donc s’imaginent qu’il y a une certaine bénévolence à l’oeuvre.

Rien ne saurait être plus loin de la réalité.

Les fermiers pourvoient des soins de santé, de l’irrigation et de l’entraînement pour leur bétail.

Certaines personnes sont confuses parce qu’on nous donne certaines libertés, et donc s’imaginent que notre gouvernement protège nos libertés.

Mais les fermiers plantent leurs plants avec un certain écart pour augmenter leur rendement — et accorderont à certains animaux des enclos et des champs plus grands si ça veut dire qu’ils produiront plus de viande et de lait.

Dans notre pays, notre ferme de taxe, votre fermier vous accorde certaines libertés non pas parce qu’il s’en soucie, mais parce qu’il veut augmenter ses profits.

Commençez-vous à voir la nature de la cage dans laquelle vous êtes né?

« Quand vous regardez une mappemonde, vous ne voyez pas des pays, vous voyez des fermes. Certaines libertés vous sont permises – propriété privée limitée, liberté de mouvement, liberté d’association et d’occupation – non pas parce que votre gouvernement approuve ces droits en principe – puisqu’il les viole constamment – mais plutôt parce que le bétail en pâturage libre est beaucoup moins dispendieux et plus productif. Il est important de comprendre la réalité des idéologies. Le capitalisme d’état, le socialisme, le communisme, le fascisme, la démocratie – ce sont toutes des méthodes de gestion de bétail. » – Stéphan Molyneux

Il y a quatre grandes étapes dans l’élevage humain.
 

La première étape, dans l’Égypte antique, était la compulsion humaine directe et brutale. Les corps humains furent contrôlés, mais la productivité créative de l’esprit humain demeurait hors de portée du fouet, du fer à marquer et des chaînes. Les esclaves demeurent déplorablement improductifs et requièrent d’immenses ressources pour les contrôler.

La seconde étape fût le modèle romain, où une certaine capacité de liberté, d’ingéniosité et de créativité fût accordée aux esclaves, ce qui augmenta leur productivité. Ceci augmenta la richesse de Rome, et donc des revenus de taxes du gouvernement romain – et avec cette richesse additionnelle, Rome devint un empire, détruisant les libertés économiques qui ont alimenté son pouvoir, et s’écroula.
 

Je suis sûr que ceci ne vous est pas tout à fait étranger.

Après la chute de Rome, le modèle féodal a introduit le concept de propriété du bétail et de taxation. Plutôt que d’être possédés directement, les paysans cultivaient la terre et pouvaient la conserver tant qu’ils payaient le seigneur de guerre local. Ce modèle s’effondra à cause de la subdivision continuelle des terres productives, et fût détruite par le mouvement des Enclosures, lorsque la terre fût consolidée et des centaines de milliers de paysans furent chassés de leurs terres ancestrales parce que les nouvelles méthodes de culture ont rendu les grandes fermes plus productives avec moins de gens.

Cette productivité accrue vers la fin du moyen âge créa l’excédent de nourriture nécessaire à l’expansion des villes et cités, qui à son tour a donné lieu au modèle démocratique moderne de propriété humaine.

Alors que les paysans déplacés ont envahi les villes, un grand stock de capital humain à bas prix devint disponible aux industrialistes en expansion – et la classe dirigeante des fermiers humains réalisa qu’elle pouvait faire plus d’argent en laissant leur bétail choisir sa propre occupation.

Sous le modèle démocratique, la propriété directe d’esclaves fût remplacée par le modèle mafieux. La mafia possède rarement des compagnies directement, elle envoie plutôt des gros bras une fois par mois pour voler les « propriétaires » de compagnies.

Il vous est donc maintenant permis de chosir votre propre occupation, ce qui augmente votre productivité – et donc les taxes que vous pouvez payer à vos maitres.

Vos quelques libertés sont préservées parce qu’elle sont profitables à vos propriétaires.

Le grand défi du modèle Démocratique est que l’augmentation de richesse et de liberté menace les fermiers. La classe dominante profite initialement d’un marché relativement libre en capital et main d’oeuvre, mais alors que leur bétail s’accoutume à ses libertés et sa richesse croissante, ils commencent à se demander pourquoi ils ont besoin de maitres en premier lieu.

Eh bien. Personne n’a jamais dit que l’élevage humain était facile.

Garder le bétail de taxe en sécurité dans les enclos de la classe dirigeante est un procedé en trois phases.

La première est d’endoctriner les jeunes à travers l’éducation gouvernementale. Alors que la richesse des pays démocratiques s’accroissait, les écoles du gouvernement furent universellement infligées afin de contrôler les pensées et les âmes du bétail.

La seconde est de retourner ses citoyens les uns contre les autres à travers la création de bétail dépendant.
Il est plutôt difficile de régner sur des êtres humains directement par la force — et là où ça peut être accompli, ça demeure déplorablement improductif, comme on peut le constater en Corée du Nord. Les êtres humains se reproduisent mal et ne produisent pas efficacement en captivité directe.

Si les êtres humains croient qu’ils sont libres, ils produiront plus pour leurs fermiers. La meilleure façon de maintenir cette illusion de liberté est de mettre quelques têtes de bétail à la solde du fermier. Ces vaches qui deviennent dépendantes de la hiérarchie existante attaqueront toutes les autres vaches qui pointent du doigt la violence, l’hypocrisie et l’immoralité de la propriété d’humains.

La liberté est l’esclavage, et l’esclavage est la liberté.

Si vous pouvez convaincre les vaches de s’attaquer mutuellement aussitôt que quelqu’un aborde la réalité de leur situation, alors vous n’avez pas à dépenser autant que pour les contrôler directement.

Ces vaches qui deviennent dépendantes des largesses volées du fermier opposeront violemment le questionnement de la vertu de la propriété d’humains — et les classes intellectuelles et artistiques, toujours et perpétuellement dépendantes des fermiers — diront, à quiconque réclamera l’affranchissement de l’esclavage: « Vous causerez du tort aux autres vaches. »

Le bétail est gardé captif en déplaçant la responsabilité morale pour la destructivité d’un système violent à ceux qui réclament une vraie liberté.

La troisième phase consiste à inventer continuellement des menaces extérieures, pour que le bétail effrayé s’accroche à la « protection » des fermierS.
 
Ce système d’élevage humain tire à sa fin.

La terrible tragédie du système américain moderne s’est produite non pas en dépit de, mais à cause des libertés économiques passées.

L’augmentation massive de la richesse américaine pendant le 19e siècle est le résultat de la liberté économique — et c’est justement cette augmentation qui a nourri la taille et le pouvoir de l’état.

Chaque fois que le bétail devient exponentiellement plus productif, vous obtenez une augmentation proportionnelle des fermiers et leurs dépendants.

La croissance de l’état est toujours proportionnelle aux libertés économiques antécédentes.

La liberté économique crée la richesse et la richesse attire plus de voleurs et de parasites politiques, dont la cupidité détruit ensuite la liberté économique.

En d’autre mots, la liberté génère les métastases du cancer qu’est l’état.

Le gouvernement qui commence le plus petit finira toujours par être le plus gros.

C’est pourquoi il ne peut y avoir d’alternative fiable et soutenable à une société véritablement libre et paisible.

Une société sans dirigeants politiques, sans asservissement humain, sans la violence de la taxation et de l’étatisme.

D’être véritablement libre est autant très facile, et très difficile.

Nous évitons l’horreur de notre asservissement parce qu’il est trop douloureux de le regarder directement.

Nous dansons autour de la violence de notre système mourant parce que nous craignons les attaques des autres vaches.

Mais nous ne pouvons seulement être gardés dans des cages que nous refusons de voir.

Réveillez-vous…

Voir la ferme, c’est la quitter.

 

Parti libéral : la trahison du libéralisme

 

Par Pierre-Guy Veer

Des élections auront lieu d’ici peu. Les nombreux partis officiellement reconnus solliciteront de toute part votre vote. Parmi ceux-ci se retrouve le Parti libéral de Jean Charest. Après neuf années au pouvoir, plusieurs personnes affirment dans les médias que le PLQ souffre de l’usure du pouvoir. C’est en parti vrai, puisque le programme[1] ne propose que du réchauffé, en plus de ne pas vraiment se distinguer des autres partis.

 

En effet, le langage du programme trahit les intentions collectivistes du Parti « libéral » : « nous avons créé des emplois », « pour le Québec », « unir nos efforts », etc. Ces mots devraient suffire pour convaincre quiconque connait le moindrement l’économie que le PLQ n’est PAS néolibéral. Au risque de me répéter[2], le « nous » en politique n’existe pas dans une société libérale (classique). Quand quelque chose est entrepris, c’est par les individus ou par un groupe d’individus qui s’unissent consensuellement. Un « nous » utilisé par le gouvernement implique toujours des débordements.

 

Une vision rose de l’économie

 

Ces débordements sont particulièrement évidents dans l’économie. Un gouvernement peut effectivement créer 250 000 emplois bruts, mais ça ne sera fort probablement pas 250 000 emplois nets. Considérant l’absence (ou le peu) de revenus autonomes d’un gouvernement, ce dernier doit donc les prendre de force avec les impôts et les taxes. Ceci diminue la richesse des contribuables, et donc les possibilités d’investissements, pierre d’assise de la richesse moderne et donc de l’emploi. On pénalise ainsi les meilleurs et empêche peut-être même des entreprises de se créer[3].

 

Ce manque qu’on ne voit pas passe encore plus inaperçu si on ne s’attarde qu’aux chiffres du chômage. Comme le jovialiste en chef du Québec, Jean-François Lisée, Jean Charest se vante que le Québec est meilleur qu’en Ontario ou aux États-Unis. Mais comme Lisée, Charest oublie de mentionner que le Québec est en milieu de peloton au niveau canadien pour le chômage, loin derrière l’Alberta et la Saskatchewan. Aussi oublie-t-il de mentionner que le taux d’activité de la main-d’œuvre – les personnes de 15 à 64 ans se cherchant activement un emploi – est au 7e rang canadien, derrière l’Ile-du-Prince-Édouard et à peine devant la Nouvelle-Écosse. Si le Québec avait un taux d’activité semblable à celui de l’Alberta (73,3% et non 64,5%), il y aurait donc près de 590 000 personne d’incluse, ce qui augmenterait le chômage à 21%.

 

Toujours dans la série vision sélective des choses, on affirme que le niveau de vie au Québec a augmenté plus vite qu’en Ontario ou aux États-Unis. Même si c’est vrai, il reste que la « compétition » a toujours un niveau de vie plus élevé que le Québec[4]. Idem pour le taux de pauvreté; en fait, le PLQ nous ment carrément avec seulement deux comparatifs, même si c’est seulement un an avant leurs prétentions[5].

 

Un gouvernement paternaliste

 

En plus de dire n’importe quoi sur ses « réalisations », le PLQ aime faire accroire qu’il a grandement aidé les entreprises, notamment en aidant la recherche et l’innovation, et en promettant d’aider les entreprises à s’étendre à l’étranger tout en bloquant les offres d’achat « hostiles », de favoriser le transfert d’entreprises familiale, de rechercher agressivement (mot actuel du programme) des investisseurs étrangers et de favoriser les domaines d’excellence.

 

Dans chacun des cas, l’aide gouvernementale est au mieux inutile. Je me répète, mais les politiciens refusent de comprendre : si un entrepreneur estime qu’il est de son avantage d’investir dans la recherche ou d’étendre son marché à l’étranger, il le fera. Sinon, Bombardier n’aurait pas fait long feu malgré toutes les subventions accordées. Idem pour l’innovation : c’est non seulement dans l’intérêt de l’entrepreneur de le faire, mais c’est même vital. S’il n’innove pas, il est condamné à périr, à moins que le gouvernement ne soit derrière lui pour empêcher qu’il ne perde sa position privilégiée avec la taxation[6]. Donc, si le secteur manufacturier veut survivre et se développer, il doit rivaliser d’imagination. Il doit également recevoir « l’aide » du gouvernement pour qu’il réforme les lois du travail et enlève du pouvoir aux syndicats, principal boulet de l’industrie[7].

 

Pour ce qui est du développement des domaines « d’excellence », ce n’est pas au gouvernement à décider quels sont-ils. L’excellence s’acquiert avec le temps et la réputation. Forcer le développement via l’aide gouvernementale empêche justement le développement « durable » de domaines d’excellence. Car une fois que l’aide se retire, l’entreprise se retrouve généralement devant rien et demande la mamelle de l’État, encore une fois. Ce n’est pas au gouvernement non plus de décider si une offre d’achat est bonne ou non. À moins qu’il ne m’en manque des bouts sur le monde des affaires, une compagnie n’est pas obligée d’accepter une offre d’achat, fût-elle au pied du mur. D’ailleurs, n’est-il pas paradoxal que ce même gouvernement veuille aussi encourager les entreprises québécoises à acquérir à l’étranger? Étranger d’ailleurs que l’on veut d’ailleurs fortement inciter à investir au Québec…

 

Une facilitation artificielle

 

Question de bien coordonner les investissements du gouvernement libéral, ce dernier propose de coordonner le marché de travail en conséquence.

 

Il propose notamment de créer de la formation à distance pour bien combler les besoins de son plan Nord. L’idée même de ce plan ne tient pas la route. Si les ressources du Grand Nord sont si merveilleuses, des entrepreneurs prendraient le risque d’y aller. Même si on admettait une participation du gouvernement comme le supposait Adam Smith, pour construire les routes notamment, ces dernières devraient néanmoins s’autofinancer. Présentement, le PLQ projette de construire à grand frais des infrastructures pour des projets qui ne semblent même pas s’être concrétisés. Bref, on nationalise les pertes et privatise les profits.

 

D’un point de vue plus général maintenant, le PLQ propose diverses mesures pour réinsérer les gens sur le marché du travail ou les y garder, s’ils sont plus vieux. Comme toujours, ces mesures sont au mieux inutiles. Avant de donner un incitatif aux jeunes de 21 ans et moins pour qu’ils reviennent sur le marché du travail, pourrait-on se questionner à savoir pourquoi ils reçoivent de l’aide sociale? Ce programme ne devrait même pas exister. Il encourage les gens type Bougon et pénalise les familles qui ont décidé de se retrousser les manches et se priver pour leurs enfants, comme l’ont fait mes parents pendant longtemps. Si les gens veulent recevoir de l’argent durant leurs période de chômage, qu’ils épargnent – quoi que présentement, c’est peu avantageux (mais ça, c’est un autre sujet). Aussi, pourquoi vise-t-on les personnes seules pour les réintégrer sur le marché du travail? Ont-elles tendance à profiter du BS plus que les autres?

 

Et que dire de ces mesures pour maintenir les travailleurs dits expérimentés (55 ans et plus) actifs? L’idée est bonne, mais pourquoi le gouvernement devrai intervenir pour qu’ils continuent à travailler? Peut-être qu’en abolissant certains avantages de la retraite (RRQ, régime de retraites « volontaires » obligatoires), les travailleurs continueraient leur emploi jusqu’à ce qu’ils ne puissent vraiment plus le faire. Mon grand-père a été policier à Ste-Foy et a pris sa retraite à 55 ans. Jusqu’à sa mort environ 20 ans plus tard, il semblait encore pétant de santé; n’aurait-il pas pu travailler, même moins intensément?

 

Il ne faut pas oublier non plus de nouvelles mesures pour faire venir les « bons » immigrants, ceux qui occupent des professions en demande à court terme selon des évaluations annuelles d’Emploi-Québec. Dans un monde libertarien – comme c’était relativement le cas avant la Première Guerre mondiale –, les gens étaient libres d’émigrer vers un autre pays. C’est ce qui a permis à l’Ouest du Canada et aux États-Unis de se peupler rapidement. Et l’immigration continuait jusqu’à ce que les perspectives dans un pays n’en vaillent plus la peine. Mais dans le monde libéral, c’est le gouvernement qui décide du type de personne à venir au pays. Le contrôle est tel qu’on veut même donner plus de « points » aux gens ayant 1) une offre d’emploi définitive et 2) qui veulent aller « en région ». Je n’ai rien contre la Gaspésie, mais serait-ce le premier choix d’un immigrant africain ou asiatique?

 

Enfin, le gouvernement accorderait des crédits d’impôts aux entreprises qui offriraient des services de garde. Comme toute autre projet d’intervention gouvernementale, celui-ci est inutile. Si une entreprise juge qu’il est dans son avantage d’en offrir, elle le fera.

 

Pour nuire au développement du Grand Nord

 

Pour en revenir au plan Nord, le PLQ annonce une panoplie de mesures pour ce projet démesuré et nuisible. Oui, nuisible : on propose de fermer complètement à toute activité industrielle 600 000 km2 de territoire, soit 39% du territoire total de la province et 50% du territoire du Grand Nord. L’intention est noble, certes, mais le moyen est ridicule. En fermant complètement l’exploitation des ressources qui s’y trouvent (ou pourraient s’y trouver), on ne verra pas la création d’industries créatrices de richesse. D’ailleurs, le meilleur moyen de protéger une ressource demeure sa privatisation, comme je l’ai déjà expliqué[8].

 

Aussi, toutes les énergies mises de l’avant pour développer le Nord avec ce plan ne sont qu’une tentative simpliste de dirigisme économique. Au risque de me répéter : ce n’est pas au gouvernement d’investir dans quelque développement économique que ce soit. D’ailleurs, si l’on se fie au programme du PLQ, chaque emploi coutera 160 000$… Et toujours selon le programme, on se vante d’exiger 28% plus de redevances que les autres provinces. Un autre clou dans la thèse du néolibéralisme de ce parti.

 

Ce dirigisme se transportera jusque dans l’éducation, où l’on créera un réseau universitaire pour le Grand Nord afin que ses habitants n’aient pas à se déplacer. Dans un monde libertarien, il y aurait des universités là où il y aurait une demande. Ainsi, si Rouyn-Noranda ni Natashquan n’ont d’université, c’est que ça ne serait pas rentable. Mais dans le monde libéral, surtout au Québec, on tient à « occuper le territoire ». Considérant les déficits constants des universités, on peut fortement douter de leur rentabilité[9]. De plus, si le Plan Nord offre de si bonnes perspectives, les universités vont se concurrencer pour offrir les programmes en conséquence.

 

Le dirigisme sera même présent dans l’industrie du bois. Et comme pour le plan Nord, ce n’est pas bon marché : 250 000$ par emploi « sauvé » dans la forêt. Évidemment, on ne parlera pas des autres emplois perdus ou non créés à cause de ce gaspillage éhonté dans une ressource qui, apparemment, ne passe pas l’épreuve des marchés. Car si elle l’avait fait – que ce soit pour les pâtes et papier, la biomasse ou la chimie « verte » – elle n’aurait pas « besoin » d’une béquille publique.

 

Pour nuire à toutes les régions

 

Ce même dirigisme se retrouve dans le développement des nombreuses régions du Québec, à commencer par la région de Québec. Après de très nombreux investissements couteux (Centre de foires, Centre des congrès) et inutiles – sans les subventions, qui comptent pour près de 70% du budget, le Musée national des beaux-arts ferait vite faillite[10] –, un gouvernement libéral s’engage à dépenser 330M$ de plus pour la région pour diverses infrastructures. Infrastructures qui se développeraient seules s’il y avait une demande (comme l’anneau de patinage couvert) et qui couteraient sans doute bien moins cher.

 

La même logique s’applique pour Montréal. En plus des nombreux dépassements de couts[11], les « investissements » qu’on y fait en infrastructures sont à la mauvaise place. En effet, la Place des arts affirme que 85% de ses revenus sont autonomes[12]; pourquoi n’est-elle pas capable de financer l’OSM seule? Aussi, ce n’est pas à un gouvernement (provincial, du moins) de souligner l’anniversaire d’une ville, si importante soit-elle et peu importe si ça coïncide avec d’autres évènements historiques importants. Non plus est-ce la responsabilité de quelque gouvernement que ce soit de dépenser autant d’argent pour le transport en commun. Comme toute chose, s’il y a un potentiel de faire du profit, le privé s’en occupe. D’ailleurs, avant la venue de la STM, les couts d’opération du transport en commun à Montréal étaient très bas[13].

 

Les « régions » non plus n’ont pas besoin d’aide pour développer leurs attraits. Si les propriétaires des infrastructures (hôtels et autres attractions) n’ont pas rénové/bien développé leur propriété, c’est qu’ils jugeaient le tout inutile ou trop couteux. Une subvention risque de gonfler la demande pour des deniers publics et ainsi augmenter encore plus les subventions dans le futur, tout comme c’est le cas avec la culture. Oh, il y a eu des films magistraux de réalisateurs québécois, mais plusieurs – Angélo, Fredo et Roméo, Les Dangereux, Laurence Anyways – n’auraient pas fait leurs frais sans subventions. Et peu importe le nombre d’emplois générés par la culture; creuser un trou à la cuillère et le remplir génèrerait aussi beaucoup d’emplois…

 

Pour nuire aux familles

 

La nuisance d’un futur gouvernement libéral ira jusque dans les familles. Comme si elles ne payaient déjà pas assez pour l’assurance parentale[14] et pour les garderies[15], voilà que le PLQ veut à peine indexer le cout des CPE. Qu’il les abolisse; ce n’est pas à l’État de fournir des services de garde.

 

Ce n’est pas à lui non plus d’encourager les parents à vivre avec leurs enfants ou d’offrir des crédits d’impôts pour les aidants naturels. Oui, ces actions peuvent permettre au système public de respirer… mais pourquoi y a-t-il un système public pour commencer? Ce trou sans fond qu’est la santé s’accaparera bientôt 50% du budget.

 

Pour nuire au système de santé

 

Et ce n’est certainement pas avec la panoplie de mesures proposées que les dépenses vont diminuer. Augmenter l’âge permis pour les soins dentaires « gratuits » ou tenter de planifier le transport d’urgence des patients (par air ou par terre) sera couteux et risque fortement de rencontrer de la résistance des spécialistes concernés. Même sans cartélisation de leurs professions, ils auraient pleinement le droit de refuser d’avoir à faire avec la bureaucratie publique, un monstre sans pareil[16].

 

Quant aux autres mesures – télésanté, listes d’attente comparées, améliorer les CHSLD –, elles ont du bon, je l’avoue. Mais comme c’est géré par le gouvernement, tout ira tout croche. L’informatisation des dossiers des patients dépasse déjà largement les couts initiaux[17]; une grande partie des listes d’attente pour voir un médecin est le résultat de l’étatisation des soins, et donc de leur rationnement pour contrôler les couts; et les CHSLD, s’ils étaient privés, auraient vite fermé leurs portes. Mais comme c’est gouvernemental, les gens semblent préférer regarder ailleurs[18]

 

Pour nuire à l’éducation

 

Comme si l’emprise de l’État en santé n’était pas suffisante, elle s’étendra encore plus sur l’éducation. Il y a d’abord cette mesure hyper opportuniste de donner 100$ non imposable aux parents pour aider à l’achat de matériel scolaire. Il fallait bien attendre les élections pour annoncer qu’on allait pouvoir acheter le matériel scolaire des enfants avec l’argent des autres…

 

Il y a également cette volonté de généraliser l’offre d’un cours de sensibilisation à l’entrepreneuriat, car le PLQ affirme que « le Québec est reconnu pour sa fibre entrepreneuriale. » Heu, non; c’est même le contraire[19]. Si le gouvernement veut vraiment aider les entrepreneurs en devenir, qu’il diminue la réglementation étouffante[20] et liberticide comme la loi 101 – par chance, le PLQ ne veut pas étendre sa portée – de même que les taxes et impôts. La mentalité « québécoise » de méfiance de la richesse[21] doit aussi changer. Mais ce n’est pas demain la veille que ça changera. Les utopies socialistes ont tellement pris le dessus que les libertariens devront faire de même s’ils veulent que leurs idées soient considérées[22]. Mais avec le PLQ, ça n’arrivera pas de sitôt.

 

Le parti à Jean Charest propose d’autres mesures nuisibles à l’éducation comme l’aide au devoir, le bénévolat « imposé » et l’augmentation de l’accessibilité aux études. Oui, ces mesures sont nuisibles : ce n’est pas au gouvernement de prendre l’argent des autres pour aider les élèves – les parents peuvent le faire ou, s’ils ne peuvent/veulent pas, demander de l’aide –; imposer du bénévolat ne peut que tanner les futurs citoyens de la chose, et ainsi garder le taux encore plus bas[23]. Toutefois, je dois admettre que la hausse des frais de scolarité (qui est conjointe avec l’augmentation des prêts et bourses) est une bonne idée… d’un point de vue étatiste (représenté par les carrés verts). Si le PLQ était « vraiment » libéral, alors ce serait un parti pas-de-carré, i.e. pour l’abolition pure et simple du ministère de l’Éducation. Cette institution standardise l’enseignement comme cela se faisait quand l’Allemagne était un pays autoritaire[24]. Ainsi, on ne laisse pas du tout place au développement de génies.

 

Pour nuire à l’environnement (et aux gens)

 

Un programme de parti politique au Québec ne serait pas complet sans une trainée de mesures pour contre le réchauffement/changement/dérangement climatique supposément catastrophique et anthropique. Et comme le PLQ a été au pouvoir longtemps, il a plusieurs « réalisations » dans ce domaine.

 

Il a notamment amendé la Charte des droits et liberté de la personne pour qu’un environnement sain soit un droit. Mais on ne mentionne évidemment pas que pour se faire, les droits de propriété doivent être respectés, ce qui n’est pas le cas – il semble être très facile d’exproprier quelqu’un[25]. Il a aussi calqué plusieurs mesures de luttes aux gaz à effet de serre (si tant c’est nécessaire) sur la Californie. Considérant l’état catastrophique des finances de cette juridiction[26] et les dépassements de couts à faire rougir les concepteurs du Stade olympique[27], les politiciens québécois savent donc à quoi s’attendre s’ils continuent de tricher le marché en subventionnant à fond des secteurs visiblement incapables de survivre par eux-mêmes.

 

Cela explique sans doute pourquoi il y a un nouveau crédit d’impôt pour la rénovation « verte » des maisons. En plus d’utiliser les mêmes vieux sophismes économiques – ça va « stimuler » l’économie –, on tente de changer le comportement des gens alors qu’ils le feraient eux-mêmes s’ils jugeaient que c’était rentable de le faire. Idem pour les véhicules électriques : considérant leur échec lamentable jusqu’à présent, avec la Leaf[28] ou la Volt[29], un « investissement » public pour des bornes de chargement ne sera qu’un vulgaire gaspillage d’argent.

 

En conclusion, le maintien au pouvoir du PLQ ne serait pas une bonne nouvelle pour la Belle province. On continuerait de saupoudrer l’argent des autres à gauche et à droite, laissant ainsi l’économie stagner puisque les gens ne peuvent pas profiter pleinement des fruits de leur travail. Toutefois – je n’aurais jamais cru dire ça –, le PLQ est mieux que le PQ car il ne veut pas restreindre encore plus nos droits avec la loi 101. Néanmoins, ne vous attendez pas à des changements radicaux si Jean Charest demeure Premier ministre.



[3]    Mises, Ludwig Von. « Human Action : A Treatise on Economics » Institut Ludwig Von Mises, Auburn, Alabama, 1998, p.802

[6]    Human Action, p.805

[22]  Hayek, F.A. The Intellectuals and Socialism, University of Chicago, 1949, p.22

La nouvelle droite et la question nationale

Par Philippe David

Nombreux sont les intellectuels souverainistes qui perdent leur latin devant le désintéressement général des membres de ce que certains appellent « la nouvelle droite » pour la question nationale et la protection de la langue. Sans pouvoir parler pour tous les individus qui composent la droite québécoise, je crois pouvoir y apporter un peu de lumière.

Libéralisme 101

S’il est faux de dire que la droite québécoise est essentiellement libertarienne, elle est certainement libérale, du moins dans le sens classique du terme. Les libertariens sont effectivement représentés, mais je dirais qu’elle contient une plus grande part de conservateurs fiscaux et de libéraux classiques. Des gens pour qui l’état reste un mal nécessaire, mais qui croient que celui-ci devrait se limiter à des fonctions restreintes et bien définies et qui croient que l’état devrait se substituer le moins possible à la liberté de choix des individus.

Pour les membres de la nouvelle droite, ce qui importe c’est une moins grande ingérence de l’état dans leurs vies personnelles et dans l’économie. Ce qu’ils veulent entendre, c’est qui réduira la dette. Qui coupera dans la bureaucratie gargantuesque de notre état-providence. Qui remettra en question le panier de services offerts par le gouvernement, de façon à offrir moins de services, mais d’améliorer la qualité de ce qui est offert. Qui réformera le code du travail de façon à donner moins de pouvoir aux syndicats du secteur public?. Qui libéralisera l’éducation de façon à remettre les choix dans les mains des parents et des étudiants?. Qui réformera la santé pour y introduire un système mixte, comme ils ont en Europe et bien d’autres endroits dans le monde, de façon à introduire de la concurrence au grand bénéfice des patients?. Qui osera sabrer dans les subventions directes, indirectes et totalement indécentes, consenties à des compagnies qui ne pourraient se maintenir à flot par elles-mêmes? Qui réformera le système largement déficitaire des garderies?  Qui mettra fin aux monopoles gouvernementaux inefficaces comme la SAQ?

Toutes des préoccupations légitimes et probablement beaucoup plus urgentes à régler que le sempiternel débat constitutionnel et linguistique.

Le monopole du micro

Qu’avons-nous à la place? La même vielle cassette qui tourne depuis un demi-siècle. Le grand péril du français et la souveraineté. Pendant ce temps, le navire coule et nous voulons réorganiser les chaises sur le pont.  Nous ne nous sommes même pas posé de questions sur la dépendance que nous développions pour cet état tentaculaire qui est le nôtre, comme si ça allait de soi. Nous étions tellement obnubilés par la souveraineté et la langue que nous ne nous sommes jamais posés quant aux vrais choix de société que nous faisons. Nous avons perdus cinq décennies à débattre de la langue et de la souveraineté alors que nous nous appauvrissions progressivement et nos infrastructures pourrissaient sous nos pieds. Nous ne cessons de planifier le prochain référendum pendant que les groupes d’intérêt de toute sorte s’enrichissent  à nos dépens, que les contribuables croulent sous le fardeau des taxes et que nous amassons une dette que trois générations ne suffiront probablement pas à payer. Eh bien nous en avons marre!

Nous avons marre des lois liberticides destinées à nous enfermer dans un moule culturel uniforme. Nous avons marre des référendums et des éternelles chicanes avec le reste du Canada. Nous avons marre de la culture de revendication et de mendicité que nous maintenons envers les autres provinces. Nous avons marre du nationalisme économique qui maintient des cancres industriels sur le respirateur et étouffe l’entrepreneuriat en accaparant les ressources. Nous avons marre des apprenti-sorciers qui établissent des programmes qui doivent constamment être réformés, tellement ils sont mal conçus. Nous avons marre de payer trois fois le prix pour tous les projets entamés par le gouvernement. Nous en avons marre de passer des heures interminables à l’urgence et de crever sur les listes d’attentes quand nous savons que les solutions existent mais qu’aucun politicien ne veut les appliquer.

Alors excusez-nous, Ô intellectuels souverainistes, de croire qu’il est  plus urgent de réparer les torts de votre débat stérile que de partager votre fixation idéologique d’un pays qui s’écroulerait de toute façon sous son propre poids. Nous en avons tout simplement assez que vous ayez le monopole du micro.

Les pillards, les quêteux et les agneaux sacrificiels

Dans son livre Atlas Shrugged, maintenant disponible en français, Ayn Rand identifie 3 types de personnages: les pillards (looters), les quêteux (moochers) et ceux qui sont compétents et travaillent.

Les pillards

Le pillards, ce sont les banquiers de Wall Street, les grandes corporations, les groupes d’intérêts et les politiciens, qui ne cessent de manigancer pour utiliser le pouvoir de l’État à leur avantage et s’enrichir en s’attribuant une part toujours plus grande des deniers publics ou ne faisant voter des lois qui les favorise au détriment de leurs compétiteurs et les politiciens corrompus qu’ils achètent en finançant leurs campagnes électorales et qui sont plus qu’heureux de retourner l’ascenseur une fois élus. Ce sont eux les grands responsables de la situation actuelle et tant qu’ils resteront près du pouvoir, les choses ne feront qu’empirer.

Les quêteux

Les quêteux, ce sont ces gens qui campent sur Wall Street pour protester contre les pillards. Non pas pour rétablir la justice, mais plutôt parce qu’ils aimeraient tout simplement avoir leur part du butin et ils veulent que l’État leur donne. Pour eux, un emploi et un train de vie confortable n’est pas quelque chose qui se mérite, c’est un dû. Ils réclâment qu’on leur donne un revenu minimum garanti, peu importe leur situation d’emploi (un chausson avec ça?). À quoi bon travailler si on a un revenu garanti? Ils veulent un salaire minimum de $20/heure!

Ils veulent des études universitaires gratuites. Ça vaut quoi un diplôme gratuit? Demandez aux cubains qui font $20 par mois, qu’ils aient fait leurs études universitaires, ou pas. Moi je dirais comme le disait le chroniqueur Bernard Mooney, lors du récent forum du RLQ sur l’éducation:

« Si on ne veut pas payer pour son éducation, c’est qu’on accorde aucune valeur à l’éducation »

Les quêteux veulent également que ce soit les autres qui paient pour leurs soins de santé. Ils réclâment un système de santé gratuit et universel. Peut-être devrait-on les envoyer visiter l’urgence d’un hôpital à Montréal quand ils se feront tabasser par les flics. Question de voir ce que ça donne un système de santé universel gratuit.

Ils veulent des barrières protectionnistes contre tous les produits importés, mais il veulent des frontières ouvertes pour migrer et travailler où ils veulent (le beurre, l’argent du beurre et le cul de la fermière en bonus).

Ils veulent également qu’on pardonne toutes les dettes, souveraines et personnelles, qu’on soit en défaut de paiement ou non. Bien sûr! Et pourquoi pas un petit bonus avec ça tant qu’a y être, juste pour vos beaux yeux! Ça sert à quoi de gérer son crédit responsablement? Suffit de « maxer » sa carte de crédit et dire aux banques de se mettre leur état de compte quelque part où le soleil ne brille pas, non?

Bref, ils croient que tout leur est dû par le fait même de leur piètre existence sur cette planète et qu’ils n’ont donc pas à lever le petit doigt pour se le mériter.

Les agneaux

L’autre groupe se fait maintenant appeler les 53% (ici, ce serait les 40%). Ce sont les agneaux sacrifiels qui se font saigner par le biais des taxes et impôts au profit des pillards et des quêteux. Ce sont ceux qui payent plus de 90% des impôts. Ils travaillent dur, bâtissent des commerces et créent des emplois ou ils ont deux ou trois emplois. Ils travaillent 50, 60, 70 heures par semaine. Ils payent leur dettes, ils payent leurs études et leurs soins de santé. Ils ne comptent sur personne d’autre qu’eux-même pour subvenir à leurs besoins. Ils assurent eux-même leur propre réussite et leur confort, pour se voir confisquer le fruit de leur travail et se faire traiter d’égoïstes de vouloir le garder. Étrangement, personne ne traite d’égoïste, ceux qui cherchent à s’approprier le bien d’autrui.  En voici quelques-uns:

 « J’ai trois emplois. J’ai une maison que je suis incapable de vendre. Les coûts d’assurances pour ma famille sont outrageux. Je ne blâme pas Wall Street. Avalez, les pleurnichards! Je suis le 53% qui vous subventionne que vous puissiez camper sur Wall street et vous plaindre. »  « J’ai 20 ans et j’ai quitté l’université en 2009 pour démarrer ma propre entreprise. J’emploie des gens qui ont deux fois mon âge. Je paie mes dettes moi-même. Je paie mes taxes et celles de mon entreprise. Je travaille plus de 70 heures par semaine. Je n’ai pas d’assurance-santé. Je n’ai jamais rien demandé à personne. Je n’ai pas encore beaucoup d’argent. Je n’ai pas eu 3 journées de congé consécutives depuis 2009. Je ne blâme pas Wall st. Je blâme les politiciens de carrière élitistes. Je suis le 53% »
   
 « Je suis propriétaire d’une petite entreprise. J’ai déjà tout perdu et ça pourrait se reproduire. Je prend des risques pour que mes enfants aient une vie meilleure, pas pour que vous puissiez vous asseoir sur votre cul à mes dépens. Je suis le 53% »  « J’ai été élevée par une mère monoparentale. J’ai travaillé à 2 emplois pendant le secondaire. J’ai été la première de ma famille à aller à l’université. J’ai travaillé pendant toutes mes études universitaires. Après mes études j’avais 3 emplois. 1 à temps-plein et 2 à temps partiel. J’ai commencé à payer pour mon assurance-santé à 21 ans. Écrasez la racaille gauchiste et Dieu bénisse l’Amérique. Je suis Brittney et je suis le 53% »

 

Pour ma part, j’ai un emploi à temps plein et je travaille au moins 20 heures par semaine à éditer un journal qui dénonce la corruption des politiciens, des corporations, des syndicats et autre groupes d’intérêts qui têtent constamment les mamelles de l’État. Mon nom est Philippe et je fais partie du 40% qui paie pour faire vivre 60% de mes concitoyens. Et comme eux, j’en ai marre de me faire saigner.