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Qu’est-ce que le libertarianisme?

Par Philippe David

Le 3 octobre dernier, Steve Martineau et ses comparses m’ont  reçu à leur émission de radio « Tête à Queue », diffusée sur Radioshock.fm et nous avons discuté de la philosophie à laquelle j’adhère: le libertarianisme. Je vous invite à écouter cette entrevue, mais si vous n’avez pas 48 minutes de libre, je vais aussi vous en livrer un résumé par écrit. Puisque cette philosophie politique commence à émerger dans les médias de masse, j’ai pensé que ce serait une bonne idée de la définir pour nos lecteurs.

1   Définition

Les mots “libertarianisme” ou “libertarien” n’apparaissent pas dans les dictionnaires français. Ce sont des anglicismes qui n’ont pas été acceptés par l’académie de la langue française et qui ne sont utilisés dans la réalité qu’en Amérique du nord. Ce que nous appelons le libertarianisme ici est en fait le libéralisme classique. D’ailleurs, en France, on utilise encore le terme « libéral» plutôt que « libertarien ». Mais ici, le terme « libéral » n’a plus la même signification qu’en France. Un libéral au Québec est un social-démocrate, alors qu’un libéral en France est un disciple du libéralisme classique sur lequel est fondée la civilisation occidentale. C’est le libéralisme issu de penseurs comme John Locke, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat ou Thomas Jefferson. C’est la doctrine à l’origine de la déclaration d’indépendance des États-Unis  et de sa constitution. Incidemment, ce sont aussi  ces principes qui ont guidé les pères de la constitution canadienne de 1867. On pourrait donc dire que le libertarianisme est en quelque sorte un retour aux sources de la civilisation occidentale. Le libéralisme classique est fondé sur dix grands principes.

2   Dix principes du libéralisme classique

 

  • La vie d’un individu est une valeur morale universelle et absolue. La vie, liberté et propriété d’un individu non-agressif ne saurait être sacrifiée à aucun but.
  • Chaque individu est propriétaire de son propre corps, son esprit et de son labeur, incluant les objets physiques qui sont le fruit légitime de ce labeur. (Le droit de propriété)
  • Tout individu a le droit de poursuivre des activités nécessaires à l’amélioration de sa vie – incluant ses aspects matériels, intellectuels et émotionnels – en utilisant son propre corps et sa propriété, ainsi que la propriété d’autres personnes consentantes.
  • Les droits d’un individu à la vie, la liberté et la propriété sont inhérents à la nature de cet individu. Ils ne sont octroyés par d’autres  êtres humains et ne peuvent être enlevés par aucune entité. (Le concept de droits naturels)
  • L’initiation de la force physique ou la menace de l’usage de celle-ci ou la fraude contre tout individu n’est jamais permise – Peu importe le caractère ou la position de l’instigateur. Cependant, une force proportionnelle peut être utilisée pour se défendre de ou en réponse à une agression. (Le principe de non-agression)
  • Le seul rôle fondamental d’un gouvernement est de protéger les droits individuels en prenant des actions spécifiquement déléguées à ce gouvernement par ses citoyens. Le gouvernement n’est pas l’égal de la société et n’a pas le droit de sacrifier des individus non-agressifs pour avancer le bien-être des autres. (L’état de droit)
  • Chaque individu a le droit absolu de penser ou exprimer toute idée qu’il veut. La pensée ou la parole ne seront jamais l’équivalent de la force ou de la violence et ne devraient jamais être restreintes ou être sujettes à des pénalités coercitives. Spécifiquement la contrainte et la censure sur la base de religion ou d’idées politiques sont inacceptables en toute circonstance. (La liberté de conscience et d’expression)
  • Le commerce, la technologie et la science sont des forces libéralisantes désirables qui sont capables de soulager les maux historiques, d’améliorer la qualité de vie humaine et l’élever moralement l’être humain. La liberté complète d’échange, d’innovation et de pensée doivent être préservés et soutenus pour tous les êtres humains. (Capitalisme)
  • Les accidents de naissance, de géographie ou de généalogie ne définissent pas un individu et ne devraient jamais générer de restrictions imposées par autrui sur les droits ou les opportunités de cet individu. Chaque individu doit être jugé strictement selon ses qualités personnelles, incluant ses accomplissements, son caractère et ses connaissances. (L’égalité devant la loi)
  • Il n’existe aucune limite « naturelle » ou désirable au potentiel humain de faire le bien, et il n’existe aucun problème substantiel qui ne puisse être résolu par la connaissance humaine présente ou future, l’effort et la technologie. Il tient d’un impératif moral à tous les humains d’étendre leur maitrise de l’univers indéfiniment et de telle façon à assurer la survie et l’épanouissement de tous les individus non-agressifs.

3    Un monde libertarien

 

À quoi ressemblerait une société libertarienne? Certains vous diront que puisque nous voulons minimiser, voire éliminer l’état, qu’un monde libertarien serait la loi de la jungle et au plus fort la poche. Ce n’est pas du tout ça.

3.1  Le rôle de l’État

Pour le libertariens, l’état est la seule entité ayant le droit légal d’utiliser la force et son rôle est d’abord et avant tout de protéger les citoyens contre les agressions extérieures par la force militaire et intérieures par les forces policières et de résoudre les disputes en offrant un système légal. Pour les autres services, les libertariens considèrent que le secteur privé est généralement plus efficace que le gouvernement (ce que notre gouvernement est en train de prouver).

3.2  L’économie

Les libertariens croient que le gouvernement n’a pas à s’ingérer dans la vie économique des citoyens autrement que de punir la fraude et le vol. Le système légal normal devrait donc suffire à règlementer les marchés et prévenir que des gens soient floués dans leurs transactions. Les gens auraient donc le droit de transiger avec qui ils veulent, selon des termes mutuellement acceptables.

3.3  Le filet social

Les libertariens prônent la responsabilité sociale. Ce qui veut dire que nous sommes responsables d’abord et avant tout de nous-mêmes et de nos familles. Prendre soin de nos enfants et de nos ainés, par exemple, est notre responsabilité, pas celle de la société.  Il a été généralement démontré que plus une société est libre sur le plan économique et plus elle est prospère. Dans une société prospère, l’extrême pauvreté est un phénomène marginal et relève de la charité privée. Il est impensable d’utiliser l’État pour forcer les gens à être charitables contre leur gré. L’idée de faire une redistribution forcée de la richesse, comme nous le faisons présentement, est moralement  inacceptable pour un libertarien. Utiliser la force pour saisir la propriété d’autrui est un vol, même si c’est le gouvernement qui le fait avec la bénédiction de la majorité de ces citoyens. Si un citoyen n’a pas le droit d’utiliser la force pour saisir la propriété d’un autre, il ne peut pas déléguer ce pouvoir à son gouvernement, peu importe le nombre de citoyens qui seraient d’accord avec l’acte. La démocratie ne peut servir à violer les droits, seulement les préserver.

3.4  La vie sociale et la vertu

L’État n’a aucune place dans la chambre à coucher. Ce n’est donc pas sa place de dicter ce qui peut se faire ou ne pas se faire entre deux individus consentants. Ce n’est pas sa place également de dicter comment un individu dispose de son propre corps, tant que celui-ci en subit les conséquences et ne nuit pas à autrui. Ce n’est pas à l’état d’imposer une certaine moralité ou une idéologie à l’ensemble de la société par la force. Ce n’est pas à l’État d’imposer une langue d’usage. Sur un territoire, la langue s’impose d’elle-même quand une majorité des citoyens la parlent et transigent avec. L’usage de la force est donc inutile et superflue.

4  Conclusion

Le libertarianisme est l’incarnation nord-américaine du libéralisme classique et adhère à ses principes. C’est une vision de société qui est centrée autour du principe de non-agression et du  respect des droits individuels et de propriété. Le libertarianisme n’est en réalité ni à gauche et ni à droite. C’est la seule philosophie qui est cohérente vis-à-vis l’usage de la force de l’état. La gauche prône l’usage de la force de l’état pour promouvoir l’égalité sociale et la droite prône l’usage de la force pour promouvoir la vertu et la moralité Le libertarianisme condamne l’usage de la force universellement. Les libertariens choisissent de promouvoir le bien collectif par la responsabilité individuelle et la charité et la coopération volontaire.

 

En bonus, je vous offre aussi la vidéo que je mentionne à la fin de l’entrevue: La Philosophie de la Liberté.

La véritable nature des droits

 

Mon dernier article sur le droit à l’éducation m’a valu quelques réponses intéressantes auxquelles j’aimerais répliquer ici. En particulier, une personne m’a référé à la charte des droits et libertés du Québec pour montrer qu’il y a effectivement un « droit à l’éducation » dans cette charte. C’est juste. Aussi me faut-il préciser ce que j’entends par un « droit » et ce qui rend un droit légitime sur le plan éthique et moral.

Tout d’abord, il faut faire une distinction entre les droits juridiques et les droits naturels. Les droits juridiques vous sont attribués par le gouvernement et peuvent vous être retirés selon les humeurs des politiciens. En revanche, les droits naturels ne nous sont pas donnés par l’état. L’état peut même choisir de ne pas les reconnaitre. Ces droits nous appartiennent pourtant du fait de notre propre humanité. Certains diront même qu’ils nous ont été légués par notre créateur, peu importe comment ils choisissent de l’appeler. Ces droits sont fondamentaux et inaliénables, ce qui veut dire qu’aucune société qui se prétend libre en peut nier ces droits et se doit de les protéger. Donc, si nous voulons qualifier un droit « d’inaliénable », il faut donc que ce soit forcément un droit naturel.

Encore une fois, revenons sur la véritable nature d’un droit. Le premier droit fondamental est le droit à la vie. Ce droit à la vie signifie que j’ai le droit de vivre et que j’ai le droit de vivre ma vie comme je l’entend. En d’autre mots, que je suis propriétaire de ma propre personne. Est-ce que ça signifie que je peux faire tout ce que je veux? Non. Je ne peux pas par exemple tuer quelqu’un parce que ça porte atteinte au droit à la vie de ma victime. Je n’ai pas le droit non plus de la réduire en esclavage pour la même raison.

Un droit n’est donc légitime que si on peut l’exercer sans violer les droits des autres.

Un autre droit fondamental est le droit de propriété. Parce que je suis propriétaire de mon propre corps et de mon propre esprit, je suis aussi propriétaire de mes labeurs et donc du fruit de ces labeurs. J’ai donc un droit inaliénable de pouvoir jouir du fruit de mon labeur. Est-ce que vous contesteriez ce droit?

Pourtant, si vous fouillez les chartes canadiennes et québécoises des droits et libertés, je suis convaincu que vous ne trouverez mention de ce droit nulle part. Pourtant, il existe et c’est un droit qui est juste sur le plan moral. Nier qu’une personne ait droit au fruit de son labeur serait de la réduire littéralement à l’esclavage.

Le droit à la propriété est pourtant la raison pourquoi il est illégal de voler le bien d’autrui. Sans ce droit, le vol ne pourrait pas être un crime.

Or, tous les gouvernements de ce monde, depuis la nuit des temps, ont allègrement violé ce droit en s’appropriant de force ou par la menace de la force, la richesse matérielle de ses citoyens sous prétexte de fournir des services plus ou moins essentiels dont ils se sont attribué le monopole. Cette confiscation (notez que le mot confiscation a la même racine latine que le mot fiscalité, en passant) par la force n’est pourtant pas directement reliée à la dispensation de ces services.

Ramenons ça dans le plus concret. Une des choses que font la mafia et les gang de rues est de « vendre de la protection ». Ils viennent vous voir un jour et vous disent qu’à partir de maintenant, vous devez leur payer un certain montant à chaque semaine et ils vous protègeront. Refusez de payer, il il pourrait vous arriver malheur, ou à votre famille, ou votre commerce. Ce comportement, lorsque perpétré par la mafia est considéré comme illégal et ceux qui s’y adonnent sont passibles d’emprisonnement. Et c’est très juste.

Cependant, le gouvernement arrive et vous demande de payer un certain pourcentage de vos revenus pour ses services. Si vous refusez de payer, des hommes armés viendront saisir vos biens et vous mettront dans une cage. Je vous demanderais de me dire quelle est la différence entre la méthode du gouvernement et celle de la mafia?

Je ne voudrais pas trop vous égarer, alors je vais conclure en disant ceci:

Tout soit-disant « droit positif » requiert qu’un tiers paie pour ce droit par le biais du processus que je viens de décrire et donc viole grossièrement les droits de ce tiers. Donc comment ce « droit positif » peut-il être légitime dans une société qui se veut libre?

La raison pour laquelle le droit de propriété, tel que je l’ai décrit ne figure pas dans la charte des droits et libertés est simple: il remettrait en question la légitimité même du gouvernement.