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Un autre quatre ans… d’incompétence

Par Philippe David

Ce mardi, les américains ont choisi. Ils ont choisi de poursuivre les politiques qui les gardent dans le marasme économique et une dette astronomique. Ils ont choisi de garder un président qui a haussé leur dette d’autant en quatre ans que son prédécesseur l’a fait en huit. Si Obama poursuit les mêmes politiques, la dette américaine dépassera certainement 20 billions avant la fin de son deuxième terme.

Les chiffres ne mentent pas. Les politiques économiques d’Obama ont été un retentissant échec. Le seul secteur en croissance a été le gaz de shale et le secteur public, mais même le gaz de shale ne suffit pas et le secteur public n’est pas une richesse, c’est un parasite qui vampirise l’économie américaine. Même si  l’IPC ne le montre pas tellement, l’inflation est bien là. Elle fait monter les carburants et les denrées alimentaires en flèche. Comme par hasard ces prix sont exclus de l’IPC. Je me demande pourquoi?  En fait, non, je sais exactement pourquoi. Pour la même raison que les statistiques de chômage ne reflètent pas la réalité non plus. Pourquoi importuner la population avec la vérité que peu importe celui qui siège dans le bureau ovale, c’est en réalité Goldman Sachs et la Réserve Fédérale qui gouvernent le pays. Les assouplissements quantitatifs (QE1, QE2, QE3, etc.) n’ont enrichi que les banquiers de Wall Street. Combien de billions de billets verts vont-ils imprimer avant de réaliser que d’imprimer des billets ne crée aucune richesse et qu’au contraire, ça ne fait que dilapider les maigres économies des retraités et de la classe moyenne?

Apparemment, quatre années de croissance anémique et d’appauvrissement n’ont pas suffi pour convaincre les américains qu’un véritable changement de cap s’impose. Ça prendra probablement une autre guerre contre un autre ennemi imaginaire pour les réveiller. Il n’y a rien comme une bonne guerre pour camoufler une dépression. C’est ce que FDR a prouvé. Surplus de chômage? Il n’y a qu’à envoyer plein de soldats outre-mer pour servir de chair à canon et détourner la production industrielle vers la production de bombes pour donner une illusion de prospérité, sans dire au bon petit peuple que la destruction n’enrichit que les marchand d’armes, pour l’économie, détruire et rebâtir a toujours été une perte nette.

Mitt Romney aurait-il pu faire mieux? Pas sûr. Mais quand je regarde les chiffres, je me dis qu’il aurait difficilement pu faire pire. C’est malheureux pour les américains, mais apparemment, leur calvaire ne fait que commencer

L’incompris

Dans la campagne pour l’investiture républicaine qui est en cours aux États-Unis, s’il y a une constante, c’est l’incompréhension complète qui règne autour de la plateforme et des politiques de Ron Paul. Dans tous les médias et l’élite politique, autant de gauche que de droite, on le traite de fou dangereux. Et pourtant, les sondages démontrent qu’un segment grandissant de l’électorat apprécient son message. Voyez-vous, il n’y a pas qu’au Québec que l’élite est déconnectée de l’électorat. Depuis que Paul est devenu un des meneurs pour le caucus de l’Iowa qui a eu lieu hier, et après avoir longtemps ignoré des médias, l’intelligentsia américaine (et même canadienne) a entrepris une campagne de salissage dans une vaine tentative de le discréditer.  Cependant, ceux qui l’attaquent, autant démocrates que républicains, ne font que démontrer le peu de différence idéologique qui existe entre les deux partis.  Les républicains font bien semblant d’être pour la libre-entreprise et une réduction de l’état, mais dans les faits, en aucun moment, sous la gouverne des républicains, y a-t-il eu une réduction du poids de l’état sur l’économie, même sous Ronald Reagan. La réalité est que le bipartisme est un mythe aux États-Unis. Les républicains préfèrent dépenser sur le militaire et le BS corporatif et les démocrates préfèrent dépenser sur des programmes sociaux, mais les deux s’entendent parfaitement sur la taille de l’état: le plus obèse possible. Ron Paul est le seul qui veut sérieusement s’attaquer à la taille de l’état. Alors voyons qu’est-ce qu’il y a de si fafelu dans ses idées, en commencant par ce que plusieurs considèrent son talon d’achille.

Ron Paul et les affaires étrangères.

C’est là que Ron Paul se fait le plus traiter de fou furieux et il faut admettre que du point de vue étatiste, ses idées sont irrecevables. Cependant si on s’arrête à y réfléchir vraiment sous l’angle des vrais problèmes qui affligent les États-Unis présentement, on réalise que Ron Paul n’est pas aussi fêlé que ses critiques voudraient le faire croire. Prenons par exemple sa position sur les attentats du 9/11.  Ses critiques s’exclament haut et fort que Ron Paul croit que le gouvernement américain, par le biais de la CIA, a exécuté l’attentat. Ce n’est absolument pas sa position. La position de Paul est que les États-Unis sont indirectement les artisans de leurs propres malheurs; dû aux conséquences inattendues de leurs interventions au Moyen-Orient. Un bref coup d’oeil à l’histoire lui donnerait raison.

Le concept de « blowback »

« Blowback » est un terme utilisé par la CIA qui désigne des conséquences inattendues issues de leurs opérations secrètes et qui ne peuvent être connectées à l’opération originale. Depuis la chute de l’Empire Ottoman, les puissances colonisatrices que sont la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis (entre autres) ont taillé les frontières du Moyen-Orient à leur guise, causant bien des injustices. Un exemple patent fût le sort des kurdes qui se retrouvèrent apatrides et persécutés dans quatres états-nations. Un autre remaniement frontalier mal avisé fût la création de l’état d’Israël. Je ne conteste pas personnellement son existence, mais force est d’admettre que pour les arabes, ce fût un grave affront et une source éternelle de ressentiment evers l’Occident.

Depuis le début de la guerre froide, les États-Unis ont multiplié leurs interventions dans la région pour tenir le communisme en échec et défendre leurs intérêts dans les ressources pétrolières de la région du Golfe Persique. En 1953, la CIA et le Mi-6 ont orchestré un coup d’état qui a relevé le premier ministre Mossadegh de ses fonctions et restauré le Shah Mohammed Reza Pahlevi, en exil après une tentative d’assassinat avortée contre Mossadegh. Ce coup d’état, en plus d’enlever du pouvoir un politicien très populaire, a transformé la gouvernance de l’Iran de monarchie constitutionnelle à une brutale dictature. Une fois restauré au pouvoir, le Shah entendait bien y rester. Il a donc institué, avec l’aide de la CIA et du Mossad, une police secrète, la SAVAK, dont la mission était de réprimer sauvagement toute opposition et toute critique. La SAVAK avait tous les pouvoirs d’arrêter, détenir, torturer et même assassiner quiconque osait critiquer le Shah et s’est largement servi de ses privilèges. Il est rapporté que le règne du Shah a été tout aussi sanglant que celui de Pinochet, alors il est difficile de le considérer comme une belle époque de l’histoire iranienne, même si la révolution islamique qui l’a suivie n’est guère mieux. Il n’est donc pas trop surprenant que les iraniens ne portent pas les américains dans leur coeur.

Comme si ce n’étais pas assez, il ne faut pas oublier que ce fût le gouvernement américain qui a également mis Saddam Hussein au pouvoir et lui a fourni ses armes chimiques qu’il a ensuite utilisé contre les iraniens, les kurdes et des dissidents irakiens. Ajoutons à cela l’embargo contre l’Irak pendant les années 1990 qui a coûté la vie à un minimum d’un demi million d’enfants irakiens de maladies diverses dûes à la malnutrition et le manque de sanitation que cet embargo a causé. Ajoutons encore le soutien américain de plusieurs dictateurs au Moyen Orient tel que les Sabah et les Saud ou Sadate et Moubarak, sans compter leur soutien inconditionnel d’Israël et ils s’imaginent que les arabes les haïssent parce qu’ils sont libres et prospères et qu’ils en sont jaloux, ou encore par fanatisme religieux. Pourtant, il serait beaucoup plus difficile pour les islamistes de trouver un terreau aussi fertile pour leur jihad, si l’oncle Sam cessait de piétiner sur eux. Mais, je vais certainement me faire accuser d’anti-américanisme primaire pour vous avoir informé de ces faits. Est-il donc surprenant que la présence continue de troupes américaines en Arabie Saoudite pendant les années 90 et l’occupation subséquente de l’Irak et de l’Afghanistan en ait excité plus qu’un? Si on s’arrête à penser ce qui a bien pu motiver Oussama Ben Laden à commettre les attentats du 9/11, on a l’embarras du choix, sans même considérer le fanatisme religieux. Tout ce que Ron Paul a fait est de mettre le nez des américains dans leur propre caca et leur montrer les conséquences des actes de leur propre gouvernement. Sa thèse est plutôt simple, si tu marches à travers les bois en renversant des nids de guêpes au passage, tu vas éventuellement te faire piquer. Le remède est de simplement éviter de renverser les nids de guêpes.

Les opposants de Ron Paul vivent dans le déni et l’illusion. Le déni que par leur impérialisme, leur pays ait antagonisé beaucoup de régions à travers le monde et l’illusion qu’avec plus de 15 billions (trillions en anglais) de dettes, l’oncle Sam a encore les moyens d’agir en policier du monde. En réalité, l’oncle Sam est en faillite et il devra faire des choix difficiles. Seul Ron Paul semble vouloir faire ces choix.

Je vous invite à y réfléchir en regardant cette vidéo.