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Pourquoi le collège électoral?

Par Philippe David

La récente élection américaine a relancé le débat sur le collège électoral et pourquoi le Président et le Vice-Président des États-Unis ne sont-ils pas élus par le vote populaire? Pour connaitre la réponse il faut découvrir ce que les pères fondateurs américains avaient en tête quand ils ont écrit la constitution américaine.

Premièrement, il faut d’abord se souvenir que les États-Unis n’ont pas été fondés comme étant un seul état, mais plutôt une union de plusieurs états indépendants. C’est un aspect très important de leur constitution. Durant toute l’expansion subséquente des États-Unis, ce sont les gouvernements des différents états qui prenaient la décision finale de se joindre à l’Union. Aussi fallait-il garantir que les intérêts particuliers des états puisse être respectés.

Deuxièmement, il faut aussi savoir qu’avant d’écrire leur constitution, les pères fondateurs avaient aussi étudié la démocratie à travers l’histoire et avaient aussi à coeur de ne pas répéter les erreurs du passé. Aussi avaient-ils un profond dédain de la démocratie pure qu’ils considéraient comme une tyrannie de la majorité. Bien qu’ils désiraient ardemment que le peuple ait une voix, ils croyaient aussi qu’il était nécessaire d’incorporer les contrepoids à la volonté populaire de façon à protéger les minorités. Ils ont donc intégré plusieurs mesures dans la constitution pour assurer ce contrepoids: les fameux «checks and balances».

Comme vous le savez probablement, le premier de ces contrepoids est la séparation des pouvoir entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Le second fût le système électoral. Le gouvernement fédéral américain comporte trois groupes principaux qui sont élus: La chambre des Représentants et le Sénat qui constituent le Congrès et le Président et Vice-Président qui représentent la branche exécutive. La Chambre des Représentants, comme la Chambre des communes, représente le «Peuple». Dans cette chambre, le nombre de représentants de chaque état varie selon sa population et assure que les intérêts du peuple soient entendues. Le Sénat, en revanche, représente les intérêts des différents états et comporte deux sénateurs par état, peu importe son poids démographique. Cela assure que les intérêts de chaque état soient représentés, peu importe sa taille et sa population. Ça assure aussi un certain équilibre entre les états plutôt citadins et les régions rurales.

Pour la Présidence et la Vice-Présidence, les pères fondateurs ont décidé que ces postes devraient être tributaires des états de façon à représenter la plus grande surface géographique possible, peu importe la densité, puisque le développement démographique était plutôt imprévisible. De plus, c’était un incitatif à de futurs états qui voudraient se joindre à l’Union, qui à l’origine étaient peu populeux et qui donc n’auraient pas fait le poids devant les états mieux établis de la côte est. Ça donnait une voix égale aux nouveaux états dans l’élection du Président et Vice-Président qui autrement n’aurait eu aucune chance de déterminer quoique ce soit. C’est pour ça que le collège électoral fût créé. Dans la carte ci-haut, les zones en bleu correspondent aux régions les plus populeuses des États-Unis. Elles représentent approximativement 50% de la population des État-Unis. Les zones grises seraient toutes les régions qui n’auraient aucune voix au chapitre si le Président et le Vice-Président étaient élus au suffrage universel. Remarquez aussi qu’historiquement, il est plutôt rare que le collège électoral diverge du vote populaire.

Les pères fondateurs américains étaient de grands philosophes libéraux qui avaient combattu une régime tyrannique dans l’intention d’assurer une plus grande liberté à leur postérité. Ayant une bonne connaissance de ce qu’est la tyrannie, ils ont pris des quantités de mesures dans leur constitution afin de préserver cette liberté qu’ils ont durement gagnée. Malheureusement, ils ont échoué car au final, la constitution n’est qu’un bout de papier que trop de leurs successeurs ont choisi d’ignorer. Sacrifier le système de collège électoral ne serait qu’un autre pas dans la direction d’une dictature de la majorité.

 

De bleu à orange. Quand l’Alberta vire à 180 degrés.

Par Philippe David

Doit-on être surpris des résultats des élections d’hier en Alberta? Pas vraiment! Après 45 ans au pouvoir, les conservateurs étaient déjà usés à la corde, puis ils ont convaincu la cheffe du Wild Rose à déserter son parti et je crois que les albertains ne l’ont certainement pas apprécié. S’ils comptaient réunir la droite albertaine en faisant ça, c’est complètement raté et ça leur est retombé sur le nez. Les conservateurs ont opté pour une élection hâtive et ont payé le prix de leur témérité et leur manque de transparence. 

Est-ce qu’on assiste à un virage permanent de l’Alberta vers la gauche? Je ne crois pas. Les albertains sont fièrement conservateurs, mais puisque le Wild Rose n’était pas encore remis de la désertion de Danielle Smith, ça a permis au néo-démocrates de se faufiler. Les albertains voulaient détrôner les conservateurs, mais je doute qu’ils cessent d’être conservateurs pour autant.

Le NPD albertain n’est pas vraiment prêt au pouvoir et une grande proportion de ses candidats étaient des « poteaux ». Tenter de gouverner une province avec une bande de néophytes ne sera pas de tout repos et leur programme n’aura pas un accueil si enthousiaste. Je suis prêt à parier que lorsque leur compte de taxe augmentera (inévitablement avec une parti dépensier comme le NPD) et qu’ils verront leurs surplus budgétaires fondre comme neige au soleil et être remplacés par des déficits et une dette croissante comme les autres provinces, on verra les albertains déchanter bien assez tôt. La lune de miel risque d’être plutôt courte. Je ne serais pas trop surpris que ce soit le tour du Wild Rose aux prochaines élections s’ils jouent bien leurs cartes.

En attendant, les politiques que veulent implémenter les néo-démocrates vont très probablement réduire la richesse relative de cette province dans l’ensemble du Canada et c’est une bonne nouvelle pour la droite québécoise.

Dans un premier temps, nous serons au premières loges pour pouvoir observer l’effet NPD sur l’économie albertaine. Ce sera probablement comme le passage de Bob Rae en Ontario. Ceci apportera un peu d’eau au moulin de ceux qui voudraient un peu plus de liberté économique au Québec. En boni, la péréquation risque de se retrouver amputée au Québec et nous pourrons aussi constater à quel point notre belle province en est dépendante.

J’ai hâte de voir comment réagira notre gouvernement devant ce gros manque à gagner. Augmenter les taxes et impôts ou pelleter sur la dette en retombant en déficit sont des solutions qui risquent de ne pas être trop populaires. Le gouvernement n’aura que deux autres choix, débloquer l’exploitation des ressources qu’on se refusait à exploiter avant pour ne pas se salir les mains et regarder les albertains de haut pendant que nous parasitions gaiement les revenus de leurs ressources sales, et créer un peu de richesse à taxer (bien sûr); ou bien de sabrer dans tous ces beaux services que les autres provinces ne se paient pas et que nous n’aurons pas les moyens de payer sans notre sempiternel chèque de BS.

Les deux cas feront grand plaisir à la droite québécoise, qui verra tous ses voeux réalisés. Qui sait, peut-être que ça pavera le chemin à l’élection d’un parti plus à droite au Québec. On peut toujours rêver…

Élections générales du 4 septembre : une victoire empoisonnée pour le PQ, le maintien du vote libéral et une déception pour la CAQ :

Par Simon Leduc

Après neuf ans de purgatoire, le Parti québécois a remporté les élections générales et formera le prochain gouvernement. Malgré un gouvernement libéral impopulaire, Pauline Marois n’a pas obtenu ce qu’elle voulait : un gouvernement majoritaire. Elle a fait élire seulement quatre députés de plus que les libéraux. C’est un résultat très décevant pour le parti souverainiste car il ne pourra pas mettre en place ses idées identitaires et linguistiques. Les troupes de Jean Charest ont déjoué les pronostics en allant chercher une récolte respectable de cinquante sièges et elles formeront l’opposition officielle. La CAQ de François Legault pouvait espérer terminer deuxième devant le PLQ mais elle a dû se contenter de la troisième place. Ces résultats électoraux auront quelles conséquences sur les principales formations politiques? Allons voir cela de plus prêt.

Le résultats de la CAQ prouve une chose : les Québécois ne veulent pas de changement :

Au déclenchement des élections, le parti de François Legault était loin derrière le PQ et le PLQ dans les sondages et il ne pouvait pas espérer mieux que la troisième place. François Legault a fait une très bonne campagne car il a su imposer ses enjeux de prédilection (l’intégrité et le changement), de s’entourer d’une équipe compétente et crédible et il a offert une bonne performance lors des Face à Face. Ces trois éléments ont permis à la CAQ de se présenter comme une alternative crédible au gouvernement libéral sortant. Les troupes caquistes pensaient sérieusement terminer deuxième et former l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. Malheureusement, la CAQ a terminé troisième avec une faible récolte de 19 députés malgré un score honorable de 27% des voix. Comment peut-on expliquer le résultat décevant de ce nouveau parti? Le chef de la CAQ a martelé pendant 35 jours que le Québec avait besoin de changement et qu’il allait faire le ménage dans l’appareil étatique. Je crois que les Québécois sont très réfractaires aux changements brusques. Une majorité d’entre eux tient au modèle québécois et elle ne veut pas que l’on le réforme même si celui-ci est à bout de souffle depuis une dizaine d’années. Le peuple québécois adore ses vieilles pantoufles et il ne veut pas les changer pour une autre paire qui serait moins confortable les premières années. Le Québec a peur du changement et le résultat électoral de la CAQ le prouve bien. Je crois que François Legault aura fort à faire pour convaincre une majorité de Québécois du bien fondé de ses réformes. Malheureusement, les Québécois ne semble pas réaliser que la province s’en va dans la mauvaise direction. Il y a une chose que j’ai réalisé le soir du 4 septembre est le fait que le Québec n’est pas réformable. Dans le futur, tous les partis politiques qui vont offrir de faire le ménage dans le modèle québécois vont subir des échecs électoraux comme l’ADQ en 2008 et la CAQ en 2012.

Le PQ : une courte victoire empoisonnée :

Tout d’abord, après plus de trente ans de vie politique, Pauline Marois a finalement réalisé son rêve : devenir le première femme PM du Québec. Tout d’abord, il faut féliciter Mme Marois pour sa victoire. Elle a réussi à survivre à plusieurs tentatives de putsch de la part de son aile radicale et elle a imposé son leadership à un parti qui est traditionnellement ingouvernable. Elle a gagné son parti et il faut le souligner. Par contre, c’est une victoire amère pour le Parti québécois. Malgré un gouvernement sortant très impopulaire, les péquistes ont seulement élu quatre députés de plus que les libéraux. On ne peut pas dire que les Québécois ont eu un élan d’enthousiasme pour le parti souverainiste. La cheffe du PQ va diriger un gouvernement minoritaire très faible. Elle ne pourra pas mettre en place ses politiques identitaires et linguistiques et déclencher un référendum sur la souveraineté. Cela risque de déplaire énormément au trio de caribous (Jean-François Lisée, Pierre Duchesne et Bernard Drainville). La plus grosse menace pour la nouvelle la première ministre va provenir de son propre camp. Les purs et durs ne seront pas patients et ils pourraient être tentés de saboter le travail de Mme Marois pour pouvoir mettre un des leurs à la tête du parti : Jean-François Lisée. La députée de Charlevoix est au pouvoir mais elle aura fort à faire pour se démarquer dans un parlement minoritaire. En tout cas, la courte victoire péquiste est un cadeau empoisonné pour sa cheffe.

Ensuite, il faut souligner la faiblesse économique du Parti québécois. Celui-ci a toujours su s’appuyer sur des ténors d’une qualité rare : Jacques Parizeau, Bernard Landry, François Legault, Rodrigue Biron, Joseph Facal, etc. Le PQ version 2012 n’a aucun député qui a l’étoffe de ses prédécesseurs sur ce plan. Cela devrait inquiéter les Québécois car l’économie devrait être la priorité numéro un du gouvernement québécois à cause des turbulences européennes. Il faut constater que cet enjeu est le dernier des soucis du nouveau gouvernement. Les questions sociales (l’annulation de la hausse des frais de scolarité, le gel des tarifs, etc.), linguistiques (la nouvelle loi 101) et identitaires (la charte de la laïcité) seront au cœur du programme de Mme Marois. Le Parti québécois n’est plus un parti centriste comme dans le temps de Lucien Bouchard. Sous la gouverne de Pauline Marois, il a fait un virage dangereux vers la gauche afin de séduire Québec solidaire. Comment le nouveau gouvernement va se comporter sur le plan économique? On le saura rapidement mais ceux qui se préoccupent de la santé économique de la province risquent d’être vraiment déçus.

Le PLQ : Jean Charest laisse la maison libérale en ordre :

Jean Charest a échoué dans sa tentative d’obtenir un quatrième mandat gouvernemental mais celui-ci a fait quand même bonne figure malgré l’usure du pouvoir. Le Parti libéral du Québec a terminé deuxième avec seulement un pourcent de moins que le PQ dans le vote populaire. Les sondages d’opinion ont réellement sous-estimé le vote libéral. Le PLQ est une institution au Québec et son électorat naturel est fidèle à lui. Les libéraux seront dans la course lors des prochaines élections et avec un nouveau chef solide et charismatique, ils pourraient reprendre rapidement le pouvoir.

Le lendemain du scrutin, Jean Charest a démissionné de ses postes de premier ministre et de chef du PLQ. Tout d’abord, il faut saluer l’engagement politique de Jean Charest. Celui-ci a sacrifié 28 ans de sa vie pour servir les Québécois et les Canadiens. Quel est le moment fort de la carrière de l’ancien chef libéral? Lors du référendum de 1995, M. Charest a bien défendu le camp fédéraliste québécois et sa prestation lui a valu le surnom de Capitaine Canada. Dans ce domaine, on va se souvenir de lui comme un grand fédéraliste. Je trouve que l’ancien chef libéral a un bilan mitigé à la tête du Québec. Celui-ci avait été élu en 2003 pour faire le ménage dans la fonction publique (la réingénierie) et il n’a pas eu le courage de se tenir debout devant les syndicats et les groupes de pression. L’ancien premier ministre aurait pu être le catalyseur du changement mais il a défendu le statu quo et c’est cela que l’on va se souvenir de son règne de premier ministre.

Qui sera le successeur de Jean Charest à la tête du PLQ? Les militants libéraux pourraient opter pour la continuité en choisissant son chef dans la députation actuelle : Raymond Bachand, Sam Hamad, Lise Thériault ou Pierre Moreau. Je crois que le Parti libéral doit se renouveler après les années tumultueuses de Jean Charest. Le prochain chef du parti doit provenir de l’extérieur. Le nom de Philippe Couillard circule et il serait un bon chef de parti. C’est un homme expérimenté et talentueux qui pourrait rapidement ramener le PLQ au pouvoir.

Un chroniqueur politique a écrit un papier qui a énormément fait réagir les internautes québécois. M. Duhaime souhaite que le prochain chef libéral soit Mario Dumont. L’auteur affirme que M. Dumont est l’homme politique le plus talentueux de sa génération et que c’est le temps pour lui de revenir au bercail libéral. Il ne faut jamais oublier que l’ancien chef de l’ADQ est un libéral dans l’âme et que son mentor est Robert Bourassa. Le chroniqueur affirme que le Parti libéral pourrait faire un virage vers un nationalisme de centre-droit avec M. Dumont à sa tête. Selon Duhaime, les Québécois veulent du changement et il pense que M. Dumont pourrait rallier une majorité afin de mener le Québec vers la prospérité économique. Je suis d’accord avec Éric Duhaime. Le Québec ne va nulle part et il a besoin d’un leader de la trempe de Mario Dumont. Il ne fait aucun doute que celui-ci ferait un bon premier ministre pour la Belle province. On a besoin de Mario Dumont mais celui-ci a clairement indiqué sur Twitter qu’il ne ferait plus jamais de politique active : « Rumeurs sur moi: fini la politique les amis. Pas maintenant, pas plus tard, pas au féd, pas au prov, pas au municipal. Ca me paraît clair…» . On peut bien rêver mais je crois que c’est très peu probable que M. Dumont fasse le saut car à ses yeux, il a déjà assez donné pour le Québec et je le comprend bien.

Le Parti québécois a obtenu une faible minorité. La CAQ et le PLQ vont bloquer toutes les idées controversées des troupes de Mme Marois et celle-ci n’aura pas la marge de manœuvre nécessaire pour gouverner à sa guise. On risque de se retrouver rapidement en élection. Le rêve de la première ministre pourrait se transformer en cauchemar car les caquistes et les libéraux vont revenir en force afin de la chasser du pouvoir. Je pense que le PLQ sera le favori pour gagner le prochain scrutin s’il choisi un bon chef comme Philippe Couillard ou Mario Dumont. Si ce n’est pas le cas, François Legault aura le champ libre. C’est à suivre…