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Élections générales du 4 septembre : une victoire empoisonnée pour le PQ, le maintien du vote libéral et une déception pour la CAQ :

Par Simon Leduc

Après neuf ans de purgatoire, le Parti québécois a remporté les élections générales et formera le prochain gouvernement. Malgré un gouvernement libéral impopulaire, Pauline Marois n’a pas obtenu ce qu’elle voulait : un gouvernement majoritaire. Elle a fait élire seulement quatre députés de plus que les libéraux. C’est un résultat très décevant pour le parti souverainiste car il ne pourra pas mettre en place ses idées identitaires et linguistiques. Les troupes de Jean Charest ont déjoué les pronostics en allant chercher une récolte respectable de cinquante sièges et elles formeront l’opposition officielle. La CAQ de François Legault pouvait espérer terminer deuxième devant le PLQ mais elle a dû se contenter de la troisième place. Ces résultats électoraux auront quelles conséquences sur les principales formations politiques? Allons voir cela de plus prêt.

Le résultats de la CAQ prouve une chose : les Québécois ne veulent pas de changement :

Au déclenchement des élections, le parti de François Legault était loin derrière le PQ et le PLQ dans les sondages et il ne pouvait pas espérer mieux que la troisième place. François Legault a fait une très bonne campagne car il a su imposer ses enjeux de prédilection (l’intégrité et le changement), de s’entourer d’une équipe compétente et crédible et il a offert une bonne performance lors des Face à Face. Ces trois éléments ont permis à la CAQ de se présenter comme une alternative crédible au gouvernement libéral sortant. Les troupes caquistes pensaient sérieusement terminer deuxième et former l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. Malheureusement, la CAQ a terminé troisième avec une faible récolte de 19 députés malgré un score honorable de 27% des voix. Comment peut-on expliquer le résultat décevant de ce nouveau parti? Le chef de la CAQ a martelé pendant 35 jours que le Québec avait besoin de changement et qu’il allait faire le ménage dans l’appareil étatique. Je crois que les Québécois sont très réfractaires aux changements brusques. Une majorité d’entre eux tient au modèle québécois et elle ne veut pas que l’on le réforme même si celui-ci est à bout de souffle depuis une dizaine d’années. Le peuple québécois adore ses vieilles pantoufles et il ne veut pas les changer pour une autre paire qui serait moins confortable les premières années. Le Québec a peur du changement et le résultat électoral de la CAQ le prouve bien. Je crois que François Legault aura fort à faire pour convaincre une majorité de Québécois du bien fondé de ses réformes. Malheureusement, les Québécois ne semble pas réaliser que la province s’en va dans la mauvaise direction. Il y a une chose que j’ai réalisé le soir du 4 septembre est le fait que le Québec n’est pas réformable. Dans le futur, tous les partis politiques qui vont offrir de faire le ménage dans le modèle québécois vont subir des échecs électoraux comme l’ADQ en 2008 et la CAQ en 2012.

Le PQ : une courte victoire empoisonnée :

Tout d’abord, après plus de trente ans de vie politique, Pauline Marois a finalement réalisé son rêve : devenir le première femme PM du Québec. Tout d’abord, il faut féliciter Mme Marois pour sa victoire. Elle a réussi à survivre à plusieurs tentatives de putsch de la part de son aile radicale et elle a imposé son leadership à un parti qui est traditionnellement ingouvernable. Elle a gagné son parti et il faut le souligner. Par contre, c’est une victoire amère pour le Parti québécois. Malgré un gouvernement sortant très impopulaire, les péquistes ont seulement élu quatre députés de plus que les libéraux. On ne peut pas dire que les Québécois ont eu un élan d’enthousiasme pour le parti souverainiste. La cheffe du PQ va diriger un gouvernement minoritaire très faible. Elle ne pourra pas mettre en place ses politiques identitaires et linguistiques et déclencher un référendum sur la souveraineté. Cela risque de déplaire énormément au trio de caribous (Jean-François Lisée, Pierre Duchesne et Bernard Drainville). La plus grosse menace pour la nouvelle la première ministre va provenir de son propre camp. Les purs et durs ne seront pas patients et ils pourraient être tentés de saboter le travail de Mme Marois pour pouvoir mettre un des leurs à la tête du parti : Jean-François Lisée. La députée de Charlevoix est au pouvoir mais elle aura fort à faire pour se démarquer dans un parlement minoritaire. En tout cas, la courte victoire péquiste est un cadeau empoisonné pour sa cheffe.

Ensuite, il faut souligner la faiblesse économique du Parti québécois. Celui-ci a toujours su s’appuyer sur des ténors d’une qualité rare : Jacques Parizeau, Bernard Landry, François Legault, Rodrigue Biron, Joseph Facal, etc. Le PQ version 2012 n’a aucun député qui a l’étoffe de ses prédécesseurs sur ce plan. Cela devrait inquiéter les Québécois car l’économie devrait être la priorité numéro un du gouvernement québécois à cause des turbulences européennes. Il faut constater que cet enjeu est le dernier des soucis du nouveau gouvernement. Les questions sociales (l’annulation de la hausse des frais de scolarité, le gel des tarifs, etc.), linguistiques (la nouvelle loi 101) et identitaires (la charte de la laïcité) seront au cœur du programme de Mme Marois. Le Parti québécois n’est plus un parti centriste comme dans le temps de Lucien Bouchard. Sous la gouverne de Pauline Marois, il a fait un virage dangereux vers la gauche afin de séduire Québec solidaire. Comment le nouveau gouvernement va se comporter sur le plan économique? On le saura rapidement mais ceux qui se préoccupent de la santé économique de la province risquent d’être vraiment déçus.

Le PLQ : Jean Charest laisse la maison libérale en ordre :

Jean Charest a échoué dans sa tentative d’obtenir un quatrième mandat gouvernemental mais celui-ci a fait quand même bonne figure malgré l’usure du pouvoir. Le Parti libéral du Québec a terminé deuxième avec seulement un pourcent de moins que le PQ dans le vote populaire. Les sondages d’opinion ont réellement sous-estimé le vote libéral. Le PLQ est une institution au Québec et son électorat naturel est fidèle à lui. Les libéraux seront dans la course lors des prochaines élections et avec un nouveau chef solide et charismatique, ils pourraient reprendre rapidement le pouvoir.

Le lendemain du scrutin, Jean Charest a démissionné de ses postes de premier ministre et de chef du PLQ. Tout d’abord, il faut saluer l’engagement politique de Jean Charest. Celui-ci a sacrifié 28 ans de sa vie pour servir les Québécois et les Canadiens. Quel est le moment fort de la carrière de l’ancien chef libéral? Lors du référendum de 1995, M. Charest a bien défendu le camp fédéraliste québécois et sa prestation lui a valu le surnom de Capitaine Canada. Dans ce domaine, on va se souvenir de lui comme un grand fédéraliste. Je trouve que l’ancien chef libéral a un bilan mitigé à la tête du Québec. Celui-ci avait été élu en 2003 pour faire le ménage dans la fonction publique (la réingénierie) et il n’a pas eu le courage de se tenir debout devant les syndicats et les groupes de pression. L’ancien premier ministre aurait pu être le catalyseur du changement mais il a défendu le statu quo et c’est cela que l’on va se souvenir de son règne de premier ministre.

Qui sera le successeur de Jean Charest à la tête du PLQ? Les militants libéraux pourraient opter pour la continuité en choisissant son chef dans la députation actuelle : Raymond Bachand, Sam Hamad, Lise Thériault ou Pierre Moreau. Je crois que le Parti libéral doit se renouveler après les années tumultueuses de Jean Charest. Le prochain chef du parti doit provenir de l’extérieur. Le nom de Philippe Couillard circule et il serait un bon chef de parti. C’est un homme expérimenté et talentueux qui pourrait rapidement ramener le PLQ au pouvoir.

Un chroniqueur politique a écrit un papier qui a énormément fait réagir les internautes québécois. M. Duhaime souhaite que le prochain chef libéral soit Mario Dumont. L’auteur affirme que M. Dumont est l’homme politique le plus talentueux de sa génération et que c’est le temps pour lui de revenir au bercail libéral. Il ne faut jamais oublier que l’ancien chef de l’ADQ est un libéral dans l’âme et que son mentor est Robert Bourassa. Le chroniqueur affirme que le Parti libéral pourrait faire un virage vers un nationalisme de centre-droit avec M. Dumont à sa tête. Selon Duhaime, les Québécois veulent du changement et il pense que M. Dumont pourrait rallier une majorité afin de mener le Québec vers la prospérité économique. Je suis d’accord avec Éric Duhaime. Le Québec ne va nulle part et il a besoin d’un leader de la trempe de Mario Dumont. Il ne fait aucun doute que celui-ci ferait un bon premier ministre pour la Belle province. On a besoin de Mario Dumont mais celui-ci a clairement indiqué sur Twitter qu’il ne ferait plus jamais de politique active : « Rumeurs sur moi: fini la politique les amis. Pas maintenant, pas plus tard, pas au féd, pas au prov, pas au municipal. Ca me paraît clair…» . On peut bien rêver mais je crois que c’est très peu probable que M. Dumont fasse le saut car à ses yeux, il a déjà assez donné pour le Québec et je le comprend bien.

Le Parti québécois a obtenu une faible minorité. La CAQ et le PLQ vont bloquer toutes les idées controversées des troupes de Mme Marois et celle-ci n’aura pas la marge de manœuvre nécessaire pour gouverner à sa guise. On risque de se retrouver rapidement en élection. Le rêve de la première ministre pourrait se transformer en cauchemar car les caquistes et les libéraux vont revenir en force afin de la chasser du pouvoir. Je pense que le PLQ sera le favori pour gagner le prochain scrutin s’il choisi un bon chef comme Philippe Couillard ou Mario Dumont. Si ce n’est pas le cas, François Legault aura le champ libre. C’est à suivre…

Léo Bureau-Blouin au PQ, l’agenda caché de Pauline Marois et des élections estivales le 4 septembre :

Par Simon Leduc

Léo-Bureau Blouin est pour le gel des frais de scolarité, vraiment? :

L’ancien leader de la FECQ s’est fait connaître lors du conflit étudiant qui a dominé l’actualité politique pendant près de quatre mois. Les talents de communicateur de M. Bureau-Blouin ont beaucoup impressionné le mouvement progressiste québécois. Plusieurs le voyait comme candidat vedette lors des prochaines élections générales. C’est le PQ qui a gagné la loterie Bureau-Blouin. Celui-ci sera candidat du Parti québécois dans le comté de Laval-Des-Rapides qui est détenu par le ministre libéral Alain Paquet. Tout d’abord, il faut saluer l’engagement politique du jeune homme. Ce n’est pas facile de faire de la politique et il faut respecter ceux qui ont le courage et les convictions de se présenter aux élections. Ensuite, on peut questionner l’engagement militant de Léo Bureau-Blouin à la FECQ. Comme leader étudiant, il a combattu la hausse des frais de scolarité décrétée par le gouvernement Charest. Le gel des frais de scolarité était un principe sacré pour lui afin de maintenir l’accessibilité aux études supérieures. L’ancien étudiant portait fièrement le carré rouge durant tout le conflit : le symbole par excellence du statu quo étudiant. Sûrement à la demande de Mme Marois, le nouveau candidat a enlevé son carreau rouge. S’il est porté au pouvoir, le PQ s’engage à les hausser mais de façon moins importante que les libéraux. Est-ce que cela veut dire qu’il est maintenant pour le dégel des frais de scolarité? Est-ce que la vedette péquiste défendait vraiment les intérêts de ses membres ou plutôt ses propres intérêts personnels? Ces questions se posent. En tout cas, je souhaite bonne chance à Léo Bureau-Blouin et il en aura besoin parce qu’il va affronter une vedette montante du PLQ Alain Paquet. Si M. Blouin est un candidat vedette, comment se fait-il que Mme Marois n’ait pas trouvé une circonscription sûre pour lui?

Le PQ au pouvoir : le retour des chicanes constitutionnelles :

Malgré ce que prétend Pauline Marois, si le Parti québécois prend le pouvoir aux prochaines élections, sa seule priorité sera la souveraineté du Québec. Une fois au gouvernement, les troupes péquistes vont entamer une lutte agressive et féroce contre le gouvernement Harper. Tout d’abord, Mme Marois va demander que le fédéral accorde les pleins pouvoirs à la Belle province dans les domaines suivants : l’immigration, les communications, l’assurance-emploi, la culture et l’économie régionale. Ensuite, l’éventuel gouvernement séparatiste va quêter de l’argent du gouvernement conservateur pour pouvoir payer tous nos merveilleux programmes sociaux déficitaires. Devant le refus d’Ottawa, la chef péquiste va pouvoir dire aux Québécois que le régime fédéral ne fonctionne pas et qu’il faut se séparer et devenir un pays souverain. Ce n’est pas moi qui affirme cela mais bien le candidat péquiste Bernard Drainville. Lors d’une entrevue au quotidien anglophone The Globe and Mail, celui-ci a dit : “I don’t see how we can lose,” Bernard Drainville, a PQ MNA and lead party spokesman on constitutional issues, said in an interview. “If Quebec wins, it becomes stronger. If Quebec is rebuffed, the demonstration is made that there is a limit to our ability to progress in this country.” Quelle attitude irresponsable de la part du Parti québécois. Depuis quarante ans, celui-ci est incapable de convaincre une majorité de Québécois du bien-fondé de l’indépendance. L’économie mondiale est très fragile et le Québec n’est pas protégé contre une éventuelle récession. Et qu’est-ce que veut faire le PQ s’il est porté au pouvoir? La réponse est de créer de l’instabilité politique et économique afin de faire mousser son projet de pays. Les Québécois ont refusé à deux reprises l’indépendance, ils n’en veulent pas. Est-ce c’est clair? Le Québec est rendu ailleurs. Il faut s’occuper de l’économie, de la santé et de l’éducation et non pas recommencer le débat constitutionnel stérile.

Les élections générales le 4 septembre :

À la demande du premier ministre, le lieutenant gouverneur Pierre Duchesne a dissout le 39e législature et les Québécois sont convoqués aux urnes le 4 septembre. On doit s’attendre à une campagne électorale très négative ou les débats d’idées ne voleront pas la vedette. Peut importe l’issue du scrutin, le Québec va continuer tranquillement sa route vers la faillite dans l’indifférence totale de la classe politique. Aucune formation politique qui aspire au pouvoir ne promet des changements structurels (réduction de la taille de l’État, la mixité en santé, la fin de la réforme scolaire, le remboursement de la dette, des coupures de dépenses publiques, etc.) pour sortir la société québécoise de sa torpeur. Lors de cette consultation démocratique, les Québécois vont encore voter pour le mieux pire, la routine quoi.