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La grande hallucination

Par Philippe David

Beaucoup de gens se croient libres. C’est surtout parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’est la liberté. La liberté c’est être propriétaire de soi-même. Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que personne n’a le droit de prendre des décisions à votre place. Ça implique aussi  que si vous désirez rester libre,  vous devez, pour le meilleur ou pour le pire, prendre ces décisions par vous-même et en subir les conséquences autant qu’en récolter les bienfaits.  Si vous abandonnez vos choix à une autre personne ou un groupe de personnes appelé «gouvernement», vous n’êtes plus libre, vous êtes dépendant. Vous ne gérez plus votre propre vie, elle est désormais la propriété de quelqu’un d’autre.  Vous êtes désormais un esclave en quelque sorte et plus vous abandonnez de vos choix au gouvernement, moins vous serez libre. Est-ce vraiment ce que vous voulez?

Au Québec, certains ne cessent de nous rabattre les oreilles avec l’idée que le «peuple» québécois devrait être «maitre de sa destinée», mais c’est vide de sens! Le mot «peuple» n’est qu’une abstraction pour représenter plusieurs personnes vivant dans un même espace et partageant certains traits. Vous pouvez voir et toucher les individus qui le composent, mais vous ne pouvez pas voir ni toucher le «peuple». Le peuple ne peut pas raisonner, ni réfléchir. Il ne peut pas agir à l’unisson.  Il n’est donc responsable de rien et il n’est maître de rien non-plus. Mais que diriez-vous d’être maître de vous-mêmes plutôt? Pourquoi croyez-vous que vous serez plus libre si seulement le bon parti était au pouvoir et qu’une majorité mette une croix sur la case «oui» d’un référendum? Ou serez-vous libre le jour où vous pourrez dire que vous allez garder tout le fruit de votre travail et décider par vous-même quoi en faire plutôt que de laisser Justin Trudeau ou Philippe Couillard ou [insérez le chef de votre parti préféré ici.] décider comment le gaspiller dépenser pour vous?

Personne n’a de droit légitime de prendre ces décisions pour vous. Ce n’est qu’une illusion. Vous n’y consentez que parce qu’on vous dit que ça ne peut pas fonctionner autrement. Que parce que nous sommes méchants et cupides de nature, nous devons avoir des gens tout aussi méchants et cupides que nous mais qui, par la vertu d’avoir gagné un concours de popularité, se sont transformés en saints altruistes, pour nous protéger des autres personnes méchantes et cupides. En nous contrôlant pas la force et la coercition. Vous trouvez que ça a du sens vous? Moi pas! Je ne vois pas l’utilité d’avoir une bande d’individus qui me font les poches sous la contrainte sous prétexte de me fournir des services dont je n’ai pas nécessairement besoin et  pour me protéger de d’autres bandes d’individus qui veulent me faire les poches sous la contrainte. Je veux seulement payer volontairement pour les services dont j’ai besoin.

La prémisse derrière la raison d’être du gouvernement est absurde. La seule chose qui différencie le gouvernement de la mafia est une croyance qu’on vous martèle depuis votre plus jeune âge: que le gouvernement représente une autorité légitime. Les pires atrocités de l’histoire on été commises par des despotes psychopathes simplement parce que ces millions d’individus ont eu l’hallucination collective de voir ces tyrans comme détenteurs d’une autorité légitime. Par eux-même, les Hitler, Staline, Mao, Pol Pot ou Pinochet n’auraient jamais pu causer tant de dommages. Ce n’est que cette petite croyance religieuse en leur autorité qui a fait que des millions les ont appuyés dans leur folie sanguinaire.

Ceux qui ne cessent de réclâmer toujours plus de pouvoir pour le gouvernement peuvent être mus par de bonnes intentions, mais ils ne réalisent pas à quel point ce pouvoir est dangereux. Jusqu’au moment où, inévitablement, un tyran viendra retourner ce pouvoir contre eux. Alors il y aura des pleurs et des grincements de dents

 

Ô Pierre-Karl, conduis-nous vers la terre promise!

Par Philippe David

Depuis la fondation du PQ en 1968, ses militants recherchent la terre promise d’un Québec indépendant, tel les israélites dans le désert du Sinaï. Ça fait maintenant 47 ans qu’ils errent de cette façon sans jamais y parvenir. Nombreux sont les prophètes qui ont tenté de les y mener, nombreux sont-ils encore qui ont été crucifiés par leurs propres fidèles. Pierre-Karl Péladeau a choisi une position franchement très périlleuse. Une fonction avec un siège éjectable et il y a toujours quelqu’un dans les coulisses avec un doigt sur le bouton. 

Le nouveau messie

Pierre-Karl Péladeau arrivera-t-il à mener ses fidèles en terre de Canaan là où les René Lévesque, Jacques Parizeau, Bernard Landry, Lucien Bouchard et al. ont échoué? Rien n’est moins sûr. Beaucoup ont tenté de réunir les « conditions gagnantes » depuis 1995 et ils s’y sont tous plantés. Pierre-Karl Péladeau représente sans doute le dernier espoir des fidèles avant que la génération des boomers ne rende l’âme. Dans l’exode, Yahvé avait attendu que toute la génération qui avait péché contre lui [au Mont Sinaï] ne meure avant de les laisser entrer dans la terre promise. Cette fois-ci,  cette génération n’a presque pas de relève. Le rêve d’un pays mourra probablement avec elle. C’est la dernière chance, ils le savent et ils n’ont plus de patience. Beaucoup de pression attend le nouveau messie.

La grande illusion

Aujourd’hui, ils l’acclament tous comme un sauveur, mais la vérité est qu’il ne s’avérera peut-être pas l’homme de la situation et il y a fort à parier que dans le fond, il est hautement surestimé. En dehors des rangs du PQ, il n’est peut-être pas si apprécié. Déjà, Québec Solidaire le boude. Ils veulent la souveraineté, mais pas à tout prix et pas avec PKP.  Il va falloir que Péladeau pédale fort pour les convaincre. Il en va de même pour quiconque a un  penchant vers la droite. Pierre-Karl Péladeau à beau répéter que l’indépendance ne se fera ni à gauche, ni à droite, son discours dit tout le contraire quand il dit vouloir défendre le modèle québécois, qui, contrairement à ses prétentions, ne nous fait pas briller dans le monde mais nous embourbe plutôt de plus en plus. À l’entendre parler d’empêcher les fleurons québécois de quitter et de protéger notre culture dans son discours de victoire, laisse présager que son projet de pays consiste à se renfermer sur nous-même et devenir un petit village gaulois isolé entouré de méchants anglos néo-libéraux qui ne cherchent qu’à piller nos ressources. Certainement pas le message que la droite québécoise veut entendre. Rassembleur, vous dites? Il a encore bien des croûtes à manger.

Pierre-Karl Péladeau est aussi un novice en politique. Ça ne fait que quelques mois qu’il a été élu député et le voilà propulsé au statut de chef de l’opposition avec tous les périls que cela comporte et il a déjà démontré qu’il a autant de finesse qu’un éléphant dans un magasin de cristal. S’il croyait que les journalistes étaient harcelant pendant sa campagne au leadership, il n’a encore rien vu. C’est bien beau l’indépendance, mais il n’y a pas que ça comme sujets à traiter et dans le vrai monde, le quidam lambda n’a vraiment rien à foutre de la souveraineté. Il se soucie bien plus de nourrir sa famille et franchement, les choses étant comme elles sont, avec l’économie qui bat de l’aile, il voit mal comment la souveraineté va aider les choses. Au contraire, l’idée du pays a certainement l’heur de plaire aux « caribous », mais pour les autres, c’est beaucoup plus porteur de perturbations et d’instabilités dont on pourrait bien se passer. Ce n’est pas parce que PKP est à la barre du PQ que cette réalité va s’effacer et le radicalisme jusqu’au-boutiste de Péladeau risque de lui nuire plus qu’autre chose.

L’empire

Beaucoup s’inquiètent du fait que Pierre-Karl Péladeau possède le plus grand empire médiatique au Québec et évidemment, ça pose effectivement un problème d’éthique. La tentation pourrait être forte pour un politicien qui contrôle 40% des médias de s’en servir comme outil de propagande à ses propres fins. Il y a effectivement un danger que cela puisse se produire. Mais c’est aussi une arme à double-tranchant. Ça pourrait aussi engendrer une méfiance des électeurs qui pourront facilement imaginer le pire. Chose que les adversaires du PQ n’ignorent pas et c’est la raison qu’ils continuent d’attaquer sur ce point. Tout ce qui sera rapporté par les médias de Québécor pourra devenir suspect, en particulier s’ils divergent trop des autres médias en faveur de leur patron.  Mais cet épineux problème risque d’être résolu d’une façon comme d’une autre d’ici aux prochaines élections.

Conclusion

En se présentant pour devenir chef du PQ, Pierre-Karl Péladeau semble s’être investi d’une mission. Celle de faire du Québec un pays. Y arrivera-t-il? Rien n’est moins sûr. À mon avis, beaucoup de bien meilleurs hommes encore plus charismatiques y ont échoué. Le rêve du pays se fait vieux et qui-plus-est, il vieillit mal. De plus en plus de québécois réalisent l’échec de la Révolution tranquille et du modèle socio-économique qu’on s’est donné. Alors qu’au début des années 1960, le Québec figurait parmi les leaders dans les provinces canadiennes et qu’il était permis de rêver d’en faire un pays indépendant et prospère, il est s’est depuis enlisé dans le marasme économique le rêve se fait de plus en plus distant. Plutôt que de s’affranchir du reste du Canada, le Québec s’est enfoncé de plus en plus dans une dépendance dont il n’arrivera pas à se défaire facilement. Avant de couper les liens définitivement, il faudrait bien qu’il tente de se tenir debout sans cette béquille et je doute fort que Pierre-Karl Péladeau, avec son discours nationaliste rétrograde arrive à faire croire aux gens qu’il puisse renverser la situation en continuant à défendre un modèle désuet et dépassé. Quand PKP a levé le poing pendant la dernière campagne électorale, le PQ est passé d’une majorité probable dans les sondages aux pires résultats électoraux qu’il ait connu depuis les années 70. L’obsession du pays n’est pas nécessairement une stratégie gagnante.

Pierre-Karl Péladeau a bien du pain sur la planche et pas beaucoup de temps. Les caribous veulent la terre promise et ils n’ont que peu de patience. J’entends déjà les couteaux s’affûter et il y aura bientôt un autre messie dans les coulisses s’il ne livre pas la marchandise rapidement. Le PQ n’a jamais été tendre envers ses chefs. Je doute que PKP fasse exception.