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Intervention militaire contre l’EI : Une très mauvaise idée

Par Philippe David

S’il y a un temps où on peut observer un grand clivage entre libertariens et conservateurs, c’est lorsqu’il est  question de guerre. Par moment, j’ai une grande difficulté à supporter l’attitude générale des conservateurs à ce sujet. Je réalise qu’ils ne sont pas tous comme ça,  mais il y en a qui sont carrément agaçants. À les entendre parler d’aller « exterminer la vermine » de l’EI, on croirait qu’il y a les hordes d’Attila le hun qui sont massés à nos portes pour nous submerger. Pourtant, quand il s’agit de justifier le casus belli, leurs arguments deviennent parfois risibles. Ce n’est pas que j’affectionne l’EI, loin de là, mais l’EI est en réalité le résultat de la somme des interventions occidentales et d’imaginer qu’encore plus de bombes occidentales vont régler le problème est totalement stupide.

L’EI ne pourra pas être vaincue du haut des airs

L’EI n’a pas de véritable armée. Ce sont des terroristes et des guérillas qui iront vite se cacher parmi la population locale où il est impossible de distinguer amis et ennemis du haut d’un F-18 filant à haute-vitesse. Nous en viendront inévitablement à une situation où notre aviation restera impuissante et incapable de cibler quoi que ce soit, où elle causera des milliers de victimes collatérales, augmentant le ressentiment local contre nous. Il faudra donc inévitable ment des troupes au sol pour débusquer les jihadis.

Une menace pas si terrible

On semble un petit peu hystérique sur la nécessité des gouvernements occidentaux d’agir dans cette région. Pourtant l’hystérie a toujours été mauvaise conseillère. Personne ne dispute le fait que les sbires de l’EI se sont montrés brutaux et barbaresques. Mais ils ne sont certainement la menace mondiale qui est dépeinte dans les médias traditionnels et les médias sociaux. On y fait même des comparaisons avec l’Allemagne nazie, ce qui est complètement absurde. En 1939, l’Allemagne avait des milliers de tanks, d’avions de combat et une des marines les plus puissantes du monde. L’EI, lui, n’a qu’une quarantaine de tanks capturés de l’armée irakienne, quelques Hummvees et des pick-ups armés et au mieux, 30 000 hommes.  Point de vue strictement militaire, c’est loin d’être terrible, malgré ses succès. C’est certainement très loin de la menace que posait l’Allemagne nazie en 1939. Cessons donc de prétendre que seuls les États-Unis et ses alliés sont à la hauteur pour disposer de ce groupe. C’est faux. Quant à la menace terroriste, c’est l’affaire des services de renseignement et de la police, pas de l’armée.
 

Le cœur et la raison

L’aspect le plus important dans un affrontement contre une armée irrégulière, qui pratique la guérilla et se fond dans la population locale, c’est de gagner les cœurs et les esprits de cette population. L’EI a beau être tyrannique et brutal, mais si leurs opposants  n’arrivent pas à gagner la confiance de la population, ceux-ci pourraient préférer coopérer avec les hommes de l’EI plutôt qu’avec des soldats étrangers qui ne connaissent ni leur langue, ni leurs coutumes. De plus, à bien des égards, les États-Unis et ses alliés n’ont pas bonne réputation dans cette région. Il ne faut pas être grand clerc pour savoir que gagner le cœur et la raison des irakiens et des syriens sur les territoires de l’EI risque d’être plutôt difficile.

Si c’est pas nous, qui?

C’est drôle que la plupart de ceux avec qui j’ai discuté de la question semblent oublier qu’il y a encore des opposants régionaux à l’EI. Quoique passablement affaibli, le gouvernement syrien existe encore et dispose encore d’une armée. Le gouvernement irakien est encore là et bien que leur armée éprouve un problème de moral et souffre de nombreuses désertions, elle compte encore plus de 200 000 hommes et est très bien équipée. Leurs meilleures unités sont présentement à Bagdad pour bloquer l’avance de l’EI. De plus, le gouvernement Irakien, dominé par des chiites qui n’ont aucune sympathie pour l’EI qui est sunnite, a demandé l’aide de l’Iran qui a envoyé deux unités de la garde révolutionnaire en renfort à Bagdad. Mais ce n’est pas tout. Les kurde d’Irak contrôlent une région autonome de l’Irak et ont leur propre armée qui compte près de 200 000 hommes et qui est bien équipée. À eux quatre, ces forces devraient avoir bien plus d’hommes et d’équipement qu’il en faut pour expédier les jihadis de l’EI à leurs 72 vierges (ou en enfer, c’est selon…). Alors, pourquoi ne pas les laisser faire?

Sortez le popcorn

Je ne comprends pas l’attitude que certains ont. Même si on déteste les islamistes, on devrait pourtant apprécier la chance de se faire du popcorn, s’installer confortablement au bord du ring et de laisser les différentes factions se tabasser entre eux plutôt que de vouloir planter des bombes chez nous. À mon sens, c’est une occasion en or. Sommes-nous vraiment obligés de résoudre tous les problèmes de la planète alors que nous sommes  incapables de résoudre les nôtres?

(Crédit photo : Gouvernement du Canada)

EIIL : La grande menace?

 

Par Philippe David

« Méfiez-vous du chef qui frappe les tambours de guerre afin de fouetter les citoyens dans une ferveur patriotique. Le patriotisme est en effet une arme à double tranchant. Il enhardit à la fois le sang, tout comme il rétrécit l’esprit.

Et quand les tambours de guerre ont atteint un paroxysme et que le sang bouille de haine et que l’esprit s’est refermé, le chef n’aura pas besoin de saisir les droits des citoyens. Au contraire, l’ensemble des citoyens, infusé par la  crainte et aveuglé par le patriotisme, offrira jusqu’à la totalité de leurs droits au chef avec joie. »  – Caius Julius Caesar

 

Jusqu’ici, j’ai résisté la tentation d’écrire à propos de l’EIIL. J’ai débattu de la question un peu sur Facebook, aussi je crois que mon opinion en la matière ne sera certainement pas trop populaire auprès de certains de mes amis de la droite, mais je vais l’émettre quand même. Il y en a qui, en ce moment, clament pour que les démocraties de l’occident, incluant le Canada, entrent en guerre avec l’EI. J’ai vu le verbe « éradiquer » utilisé à plusieurs reprises. Je trouve cette rhétorique imbibée de testostérone complètement imbécile. Alors voyons si je peux en amener certains à raisonner avec autre chose que leurs testicules.

Au-delà des images…

Nous avons été témoins d’images plutôt choquantes émanant, semble-t-il, de l’EI. La décapitation de deux journalistes postée sur Youtube, d’autres vidéos de chrétiens et yazidis exécutés à plat-ventre dans le désert, des photos très graphiques de têtes décapitées, et j’en passe. Si on en croit ces images, il semblerait que l’EI s’adonne présentement à une campagne de terreur et de génocide. Face à cela, j’ai deux questions à poser :

Comment savons-nous que ces images sont authentiques? Vous n’avez pas encore assez vu d’images photoshoppées et d’effets spéciaux hollywoodiens  pour ne pas au moins questionner si ces images sont réelles ou pas? Les corps des journalistes décapités ont-ils été rapatriés et correctement identifiés? Vous croyez que les scènes d’exécution ont été filmées à l’insu des exécuteurs, qui auraient aussi négligemment laissé filer les caméras et montrer au monde quels monstres lâches ils sont? Ce questionnement est légitime. Autant l’internet peut être un excellent outil d’information, il peut être un outil formidable de désinformation.

Qui profite le plus de la diffusion de ces images? Est-ce que l’EI a vraiment avantage à diffuser des images qui pourraient faire pencher l’opinion publique en occident en faveur d’une intervention militaire en Irak et en Syrie? L’estimation des forces de l’EI varie beaucoup selon les sources,  de 5000 à 30 000 hommes et ils sont légèrement armés. Ils n’ont aucune aviation, artillerie ou blindés. Face aux armées de l’OTAN, ils auraient grand peine à survivre et le terrain désertique de l’Irak n’est pas très propice à la guérilla. Les sources de chaleur sont facilement repérables avec des capteurs infra-rouge dans le froid nocturne du désert. Des proies faciles pour les hélicoptères de l’OTAN. Si elle veut établir un califat mondial, l’EI a-t-elle vraiment intérêt à s’attirer les foudres des États-Unis et de ses alliés? À moins que ses leaders ne soient complètement imbéciles, et si c’est le cas, seraient-ils vraiment une menace crédible? Donc, pourquoi subissons-nous une campagne de peur et de démonisation?

Une menace mondiale? Vraiment?

Dans les médias et les réseaux sociaux, nous assistons présentement à une véritable campagne de terreur envers l’EI. À les lire et à les entendre, on croirait que des dizaines de milliers d’hommes masqués en noir se massent déjà à nos frontières, prêts à nous envahir. Mais dans le vrai monde, l’EI va avoir de la peine à consolider ses propres positions actuelles face aux forces déjà en présence en Irak. Il est fort douteux qu’ils ne puissent déborder du territoire qu’ils occupent déjà. Comme je l’ai déjà mentionné, peu importe la source, l’EI n’a guère plus que 30 000 hommes à son actif (probablement beaucoup moins) et ne possède que de l’armement léger. Ils ressemblent plus à un gang criminel qu’une armée.

En revanche, l’armée irakienne a plus de 200 000 hommes, des chars, des blindés, des hélicoptères et des avions. Les kurdes, eux, en ont 90 000, également bien équipés. L’Iran, dont la majorité de la population est chiite, est également prête à entrer dans la mêlée contre l’EI qui est sunnite. Des unités de la garde révolutionnaire ont déjà été envoyées à la frontière. Ça semble un combat plutôt inégal, non? Pourquoi donc essaye-t-on de nous faire peur avec ça? Malgré ses succès, c’est plutôt douteux que l’EI arrive à s’étendre bien plus loin et les forces locales alignées contre eux ont déjà amplement la capacité de les expédier à leurs 72 vierges. La puissance de l’EIIL est grossièrement surestimée. Elle est peut-être une sérieuse menace au niveau régional (et encore!), mais elle ne l’est pas du tout pour les États-Unis ou leurs alliés.

Déjà vu

Quand je vois la rhétorique envers l’EI, je ne peux m’empêcher de penser aux fameuses armes de destruction massive de Saddam Hussein. On avait fait grand cas, à l’époque, de l’extrême danger que représentaient ces armes dans les mains d’un dictateur comme Hussein. Nous connaissons tous la suite. Les armes de destruction massive ne se sont jamais matérialisées et il s’est avéré qu’elles ne furent qu’un prétexte pour monter une invasion de l’Irak. Mais ça a fonctionné. George W. Bush a ordonné son invasion avec l’appui de la majorité des américains. J’ai l’impression que maintenant, on nous sert les mêmes salades. On nous manipule à appuyer une intervention que nous allons probablement regretter plus tard, tout comme nous regrettons celles de l’Afghanistan et de l’Irak.

Ces interventions américaines dans cette région ont toujours causé plus de tort que de bien et si le Moyen-Orient est aujourd’hui une poudrière, c’est bien parce que l’occident a toujours succombé à cette irrésistible envie de « civiliser » cette région. Seulement, ils ne veulent pas de notre civilisation. Nos tentatives de les faire rentrer dans notre moule ne font qu’envenimer les choses.

Je sais qu’en regardant les images de journalistes décapités et de génocide, la tentation est forte de réclamer que nos gouvernements fassent quelque chose. Mais plus nous intervenons et plus les choses s’enveniment. Il vaut donc mieux laisse les forces locales s’en occuper.

D’ailleurs, n’avez-vous pas déjà remarqué comment on essaie constamment de nous faire peur? La guerre froide, le terrorisme, la grippe H1N1, l’Ébola… Il semble que nous sommes constamment en état de crise. Les politiciens, eux, aiment les crises. Ils aiment que nous les suppliions de faire quelque chose. N’importe quoi! C’est comme ça qu’ils augmentent leur pouvoir. Essayez d’y réfléchir et de prendre ces terreurs avec un petit grain de sel.