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Fouille raisonnable ou déraisonnable?

Par Philippe David

Comme beaucoup de parents, j’ai été stupéfié autant par le fait qu’une adolescente a été contrainte à enlever tous ses vêtements derrière un drap dans le cadre d’une fouille à son école que de la façon cavalière qu’Yves Bolduc a commenté la chose. Fort heureusement,  le Premier Ministre Couillard a remis les pendules à l’heure en disant que ce genre de pratique dans nos écoles devrait cesser. 

Cependant, une question demeure dans mon esprit et celle-ci sera peut-être répondue si la famille de l’adolescente maintient sa poursuite contre l’école. Ce genre de fouille est-il excessif au sens légal de la chose? Jusqu’où une direction d’école peut aller? La cause M.R.M. c. Sa Majesté la Reine,  qu’on m’a cité en exemple comme jurisprudence établit effectivement que le milieu scolaire dispose d’une plus grande latitude d’exécuter une fouille sans mandat, tant que le personnel a une raison suffisante de croire que l’élève est en possession de drogues ou d’une arme. Cependant, il ne définit pas vraiment ce qui constitue une fouille raisonnable ou à quel point elle peut être invasive. Dans la cause en question, l’étudiant n’a été assujetti qu’à une fouille sommaire où il a dû vider ses poches, relever ses jambes de pantalons, etc. En aucun temps n’a-t-il dû retirer ses vêtements.

Donc, contraindre un étudiant à se déshabiller est-il vraiment nécessaire? N’est-ce pas un tantinet trop invasif et humiliant pour un milieu scolaire, même si l’étudiant est caché derrière un drap? Si c’était à moi d’en décider, je pencherais définitivement dans le sens que c’est excessif.  Et considérant qu’aucune drogue n’a été trouvée sur l’élève, on peut effectivement questionner la fiabilité des informations qui ont mené à cette fouille.  Il sera donc intéressant de voir ce que les juges en diront.

C’est drôle, mais lorsque j’étais au secondaire, j’avais toujours été frappé par les similarités entre un établissement scolaire et un établissement carcéral. En tant qu’adulte, je reconnais que la plupart des mesures auxquelles j’ai été assujetties à l’école ont été raisonnables (je n’ai jamais subi de fouille cependant). Cet événement n’aide certainement pas à évacuer cette impression que les jeunes ont parfois de vivre dans une prison.

Mon corps, mon choix.

Par Philippe David

C’est un débat éthique très intéressant. Devrait-on forcer les gens à donner leurs organes?  La famille de Marie-Ève Fontaine de Windsor croit que oui. Marie-Ève Fontaine est en attente d’une greffe de poumons. Je compatis avec elle, mais ce n’est pas si simple. Il y a beaucoup de considérations éthiques en jeu. La première est l’intégrité de la personne, un droit garanti par nos deux chartes des droits et libertés.

Simplement dit, nous sommes tous propriétaires de notre corps et de notre esprit. C’est la première condition de la liberté et c’est de là que découlent tous nos autres droits. Que d’autres personnes soient propriétaires de votre personne signifierait que vous êtes esclave de ces personnes et cela leur confère le droit de contrôler votre vie.  Sans l’auto-propriété, dites au revoir à la liberté d’expression, de religion, etc. puisque votre vie ne vous appartient plus. Mais comment cela s’applique-t-il aux dons d’organes?  Si vous êtes le propriétaire de votre corps, ça veut dire que vous êtes également propriétaire de ses composantes tout comme les vêtements que vous portez, ou votre maison et tout son contenu, ou votre voiture. Qu’arriverait-il si on venait vider votre maison de tout ces meubles sans votre consentement? Ce serait du vol, n’est-ce pas? Et si vous étiez mort, cela donnerait-il le droit à n’importe qui d’aller se servir dans vos biens? Bien sûr que non! Est-ce que ça fait une différence si on vole vos biens pour aider des nécéssiteux? Moralement, non. Un vol est un vol, peu importe les motivations du voleur. Alors d’où prenons-nous cette idée qu’il serait moral et éthique de confisquer vos organes sans votre consentement explicite?

Mais des gens meurent faute d’avoir des organes à greffer!

Oui, c’est vrai, mais le fait d’avoir un besoin ne vous donne pas le droit d’aller voler le bien d’autrui pour le satisfaire. Ce genre de comportement, c’est la loi de la jungle où le plus fort prend ce qu’il veut par la force et au diable les autres. Dans une société libre, la propriété des autres doit être respectée. Donc, que quelqu’un consente à faire don de ses organes est une chose, mais de prélever les organes sans son consentement en est une autre entièrement.

Et si on assumait que vous consentez à moins d’avis contraire?

Beaucoup de pays fonctionnent avec le principe du consentement implicite. C’est l’idée que plutôt que de signifier votre consentement explicitement en signant une carte de donneur (au Québec, c’est à l’endos de votre carte de la RAMQ), on assume que vous y consentez, à moins que vous ne signiez un refus. «Mais quelle différence ça fait?», me demanderez-vous. Une très grosse différence. Imaginez si on faisait une loi disant que vous léguez tous vos biens au gouvernement à votre mort, à moins de signer un papier quelconque pour que ceux-ci aillent à votre succession. Seriez-vous d’accord? Moi pas!  Alors pourquoi voudriez-vous qu’on fasse la même chose pour vos organes? Y aviez-vous seulement réfléchi?

Y a-t-il une autre alternative?

Nous arrivons encore à la conclusion que le seul choix éthique pour obtenir des organes est un consentement volontaire explicite. Mais n’y aurait-il pas un moyen d’inciter plus de gens à consentir à se qu’on prélève leurs organes après leur mort? Bien sûr, on pourrait sensibiliser les gens au besoin criant pour ces organes et les encourager à signer mais après on fait quoi? Y aurait-il un moyen plus efficace que de compter sur l’altruisme?

Et si on pouvait vendre nos organes? «Quoi?!?» dites-vous avec indignation, «Marchandiser nos organes? Mais c’est immoral!!»

Vraiment? Si j’offre mes reins volontairement et que quelqu’un voulait payer un certain montant pour les rendre disponible à des gens qui ont besoin d’une greffe et qu’on signe un contrat détaillant toutes les modalités, nous aurions une entente qui est mutuellement bénéfique aux deux parties. Quelqu’un obtiendrait un rein qu’il a besoin et moi, ou plus probablement ma succession, obtiendrait une compensation financière. Puisque c’est complètement volontaire, qu’est-ce qu’il y a de si immoral là-dedans, comparativement à prélever les organes de de force ou avec le consentement implicite qui est tout aussi douteux, côté éthique? N’ai-je pas le droit de disposer de mon corps comme je le veux ou est-ce que ça ne s’applique qu’aux partisans de l’avortement?

Cette approche, bien qu’elle rebutterait certaines personnes, serait un incitatif autant pour le donneur, qui pourrait être motivé par autre chose que par pur altruisme, et pour sa famille qui souvent résiste, même si le donneur a consenti.

Entre la carotte et le bâton, moi je préfère la carotte, pas vous?

Polygamie: L’art de tout mélanger

Cette semaine, en Colombie-Britannique, s’appuyant sur le cas d’une secte mormone à Bountiful, la cour provinciale de C-B a réaffirmé la légitimité des lois anti-polygamie du Canada, disant que celles-ci étaient nécessaires afin de protéger les droits des femmes et des enfants dans de tels mariages.

À mon avis, le tribunal mélange tout et dans le cas spécifique de la secte de Bountiful, le problème ne vient pas du mariage polygame, il provient de la secte. Cette secte encourageait le mariage d’hommes d’âge mur avec de jeunes adolescentes. Or ce comportement serait répréhensible et immoral même si le mariage était monogame, alors en quoi serait-ce pire si c’est un mariage polygame?

Le jugement du tribunal fait état de dommages faits aux femmes et enfants de telles unions, ainsi qu’à l’institution du mariage monogame. En revanche, le tribunal ne voit aucun inconvénient à ce que des adultes consentants cohabitent dans une relation polyamoureuse, tant que ceux-ci ne tentent pas de formaliser leur union. Pouvez-vous m’expliquer la différence? En quoi la dernière est moins dommageable pour les femmes et les enfants parce que les participants ne sont pas mariés?

La réalité est qu’il n’y a aucune différence et que les « dommages » n’existent pas plus dans un cas ou dans l’autre si les membres de la relation polyamoureuse sont des adultes consentants. Le jugement de la Cour tourne donc autour du concept du mariage comme tel et non du réel bien-être des participants. Il repose sur le fait que certains éléments de notre société refusent de considérer l’institution du mariage comme autre chose que l’union monogame d’un homme et d’une femme. Au fond, l’argument est le même pour le mariage gai. Il s’agit ici d’un segment de la société qui impose, par le biais de la force de l’état, son sens de la moralité au reste de la société, sans égard à ceux qui désirent volontairement vivre autrement.

Ce qui me mène à la question: en quoi est-ce le rôle de l’état de définir le mariage? De quel droit l’état dicte-t-il à des individus comment ils peuvent s’associer? Aucun individu n’aurait le droit de le faire, donc, si un gouvernement n’a de pouvoir que ceux qui lui sont délégués par les individus qui forment la société, il serait impossible d’hériter de tels pouvoirs, puisque la collectivité ne devrait pas avoir plus de pouvoirs que les individus qui la composent. Ce droit que l’état se donne à dicter comment des adultes peuvent définir comment formaliser volontairement leur union est complètement illégitime.