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Rapport Godbout: C’est pour mieux vous piller, mes enfants…

Par Philippe David

Cette semaine, un rapport a été remis au gouvernement par le fiscaliste Luc Godbout proposant une réforme de notre système fiscal. La principale proposition serait de hausser la TVQ à 11% et baisser l’impôt sur le revenu. En principe, ça se défend. La plupart des économistes sont d’accord pour dire que taxer la consommation est un moindre mal comparativement à taxer les revenus.  Mais il y a un os, ou même plusieurs os selon moi.

Une habile diversion

Pendant que nous discutons de quel mode de taxation est le meilleur, peu de gens réaliseront que nous sommes encore à discuter de la colonne des revenus plutôt que de regarder la colonne des dépenses. Or ce n’est pas un problème de revenus que nous avons, c’est un problème de dépenses. Les québécois sont encore et toujours les plus taxés d’Amérique du Nord. Trouver des nouvelles façons de presser leur citron ne produira pas bien plus de jus. En fait, ça pourrait même en produire moins puisque les gens changeront leurs comportements pour  payer moins de taxes.

Pour éviter de payer plus de TVQ, ceux qui sont proches de l’Ontario, par exemple, choisiront d’aller faire leurs achats de l’autre côté de la rivière aux Outaouais. Pourquoi aller magasiner à Gatineau quand on n’a qu’à traverser un pont pour économiser sur les taxes? D’autres feront certains achats en ligne, etc. Le résultat pourrait être que le gouvernement se retrouvera avec moins de revenus au bout de la ligne. C’est le principe qui avait été mis de l’avant par l’économiste Arthur Laffer avec sa fameuse courbe. Il vient un point où toute augmentation de taxe a un effet négatif. Nous avons déjà atteint ce point. On pouvait le constater quand lorsque Nicolas Marceau était ministre des finances, son ministère n’a jamais réussi à atteindre les cibles de revenus espérées dans son budget pour réduire le déficit.

 Le problème n’est donc pas dans la colonne de revenus, il est dans la colonne des dépenses. Il est dans chaque cent dépensé dans des programmes dépassés qui n’ont plus leur raison d’être. Il est dans chaque cent dépensé en salaires et avantages sociaux consentis aux employés publics et politiciens dont ne bénéficient pas la grande majorité des travailleurs du privé. Il est dans chaque cent dépensé en gaspillages  de toute sorte. Il est dans chaque cent perdu en corruption (et nous ne voyons que la pointe de cet iceberg) endémique au pouvoir. Il est aussi dans chaque cent dépensé en BS corporatif, où nous dépensons trois fois plus que l’Ontario, pourtant beaucoup plus populeuse que le Québec. Il est aussi dans chaque cent dépensé dans des services onéreux et frivoles offerts par notre gouvernement, qui ne sont offerts par aucune autre administration publique en Amérique du Nord.

Taxer, c’est voler

Je ne le répéterai jamais assez, mais fondamentalement, la taxation est un prélèvement par la force. Si vous ne le croyez pas, tentez l’expérience de refuser de payer et voyez combien ça prendra de temps pour que des gens armés viennent frapper à votre porte. Nous ne payons pas de taxes, ils nous prennent les taxes. Il y a dans cette phrase une importante distinction.

S’approprier la propriété d’autrui par la force est la définition même du vol. Que ce vol soit perpétré par des politiciens  au nom d’un soi-disant « bien commun » ne change rien à la donne.  Quand la mafia envoie des hommes dans des commerce pour prélever des frais pour leur « protection », personne ne se fait d’illusions sur la moralité de la chose, et pourtant, c’est exactement la même chose que font tous les gouvernements du monde.

On dit que le plus grand accomplissement du Diable fût de nous faire croire qu’il n’existait pas. Le plus grand accomplissement de l’État fût de vous faire croire que la façon qu’ils se finance à vos dépens est morale, légitime et surtout, nécessaire. Pourtant il n’y a que ce type d’organisme au monde qui ne vit pas d’échanges volontairement consentis.

Mais… mais… nous avons un contrat social!

Ou est-il ce contrat? Je ne l’ai jamais vu, encore moins signé. Et vous? Par définition, un contrat détaille exactement ce qui est fourni comme biens et services et quel prix est exigé en retour. Il définit exactement quel niveau de service est aussi offert et quelles sont les obligations des deux parties. Or qu’en est-il du fameux contrat social?

Certains prétendent que les taxes et impôts sont le paiement pour les services rendus par l’état, mais c’est de la foutaise. Le gouvernement décide très arbitrairement de quel montant vous devriez payer et vous n’avez aucun pouvoir de négociation autant sur le montant à payer que sur quels services sont offerts et quel niveau de service vous obtenez pour ce que vous payez.  Vous ne pouvez pas non plus choisir pour quels services vous désirez payer ou ne pas payer. C’est tout ou tout. Nous ne pouvons pas dire tout ou rien, parce que vous ne pouvez même pas opter pour le rien.

Je travaille dans un domaine ou la définition de « niveau de service » est capitale. Si mon employeur ne remplit pas ses obligations en ce qui a trait au niveau de service spécifié dans son contrat, il doit payer des pénalités.

Dites-moi, quand avez-vous vu le gouvernement rembourser qui que ce soit quand la qualité de ses services était inacceptable? Obtenons-nous une compensation quand nous devons poireauter 20 heures à l’urgence ou attendre un an dans la souffrance en attendant une chirurgie orthopédique ou qu’un être cher meurt sur la liste d’attente pour une chirurgie cardiaque?

Obtenons-nous un remboursement lorsque nos enfants sortent des CEGEPs et des universités et ne maitrisent toujours pas leur langue maternelle, encore moins une langue seconde? Sommes-nous aussi remboursés lorsque des motards sont remis en liberté faute de ne pas avoir obtenu un procès dans des délais raisonnables?

Ne voyez-vous donc pas l’absurdité de dire que tous ces impôts et taxes que nous payons sont un paiement légitime pour des services qu’au bout de la ligne nous ne recevons pas ou dont la qualité est tellement médiocre que nous courrions dans les bras d’un compétiteur s’il y en avait un?

Alors, excusez donc mon manque d’enthousiasme pour un rapport qui ne fait que chercher des moyens de nous piller plus efficacement, alors qu’aucun effort n’est fait pour améliorer le rapport qualité/prix de ce que nous recevons supposément en retour.

La grande illusion

Par Philippe David

 

C’est toujours intéressant de voir deux études apparemment contradictoires sortir quasi-simultanément. La semaine dernière, une étude de Martin Coiteux aux HEC démontrait que l’écart de richesse entre le Québec et les provinces plus riches au Canada s’agrandissait pendant que celui qui sépare la « Belle Province » des provinces plus pauvres s’amenuisait. En même temps, une étude par Luc Godbout et Marcelin Joanis pour Cirano, classe le Québec dans le top 3 des endroits où il fait mieux vivre, avec le Canada et l’Australie.

Selon MM. Godbout et Joanis, bien que le Québec soit plus pauvre, sa meilleure répartition des richesses, ses politiques publiques et sa cohésion sociale font que le Québec arrive à faire plus avec moins. Puisque mieux vivre requiert un minimum de richesse, comment expliquer que le Québec traine au 20e rang de l’OCDE en termes de richesse et en troisième place en termes de qualité de vie? C’est là que l’étude de MM. Godbout et Joanis perd en crédibilité. Elle néglige certains facteurs qui expliquent pertinemment que le Québec ne fait pas plus à partir de moins, mais qu’au contraire, il se donne une certaine qualité de vie en parasitant sciemment envers les générations futures et les autres provinces du Canada.

Nulle part dans l’étude de MM.  Godbout et Joanis est-il mentionné que ce que le Québec fait, il le fait au prix d’un endettement excessif et d’une dépendance aux transferts fédéraux. Le Québec est comme un enfant velcro qui continue de vivre sous le toit de ses parents et se sert allègrement dans leur frigo alors qu’il se paie toute sorte de petits gadgets hors de ses moyens à crédit. Il est certain qu’une personne menant  ce genre de train de vie peut sembler heureuse et confortable… Jusqu’à ce que les huissiers viennent frapper à sa porte pour reposséder ses meubles et que ses parents le mettent à la porte.

La dette du Québec, 5e parmis les pays industrialisés selon le Ministère des Finances, est une taxe sur les générations futures. On ne le dira jamais assez, semble-t-il. Ce sont nos enfants et petits-enfants qui finiront par payer pour notre bien-être artificiel. De même, nous profitons du fait que le Canada est un pays prospère pour nous attribuer sans gêne une partie de ses richesses et nous payer des programmes qu’aucune autre province au Canada ne se paye. Le fait que le Canada soit dans le top 2 au niveau du bien-être signifie que la majorité des autres provinces ont aussi une qualité de vie égale ou supérieure au Québec. C’est donc dire que la note du Québec n’a rien d’exceptionnel par rapport au reste du Canada. Cessons donc de nous faire des illusions.

Certaines personnes semblent tenter désespérément de défendre le modèle québécois et d’entretenir l’illusion qu’il s’agit là d’un modèle soutenable et juste. Ces gens devraient avoir honte. Non seulement ce modèle est-il insoutenable, mais il est aussi profondément injuste envers les générations futures et les autres contribuables canadiens.  Ce n’est pas de rendre service aux québécois que de vouloir à tout prix préserver un tel modèle, ça relève au contraire d’un égoïsme profond. Un égoïsme qui semble dire « au diable les autre, tant que j’ai mes propres conforts. » Peu importe que ces conforts sont payés à la sueur du front d’un autre. Je n’arrive pas à croire qu’au Québec nous souffrions d’un tel manque de moralité que nous puissions accepter le parasitisme comme choix de société. Il faut cesser de vivre cette grande illusion que nos choix passées et présents représentent la justice sociale. Ce n’est pas justice que de vivre au dépens des autre.