
Photo: Walid Rifai/Contrepoids
Des photos de la manifestation en cours à Montréal cet après-midi, courtoisie d’une de mes collègues de travail

Photo: Walid Rifai/Contrepoids
Des photos de la manifestation en cours à Montréal cet après-midi, courtoisie d’une de mes collègues de travail
Le débat sur la hausse des frais de scolarité est de nouveau d’actualité au Québec. Au cours des prochaines semaines, une pléthore d’associations étudiantes collégiales et universitaires tiendront des votes de grève. Dans un premier temps, elles veulent tenir une journée de grève le 10 novembre afin de manifester en grand nombre à Montréal. Dans un deuxième temps, elles désirent avoir un mandat de grève générale illimitée pouvant être mis en application durant le mois de janvier. Cette mesure menacerait la session de tous les étudiants.
Alors que le consensus social québécois reconnaît enfin la nécessité de hausser substantiellement les frais de scolarité, une poignée de militants étudiants continue de vouloir faire la pluie et le beau temps sur les campus universitaires. Bien entendu, ces étudiants ont droit à leur opinion et ils ont le droit de l’exprimer. Toutefois, le problème est qu’ils se servent des associations étudiantes afin de se draper d’une légitimité représentative qu’ils n’ont que rarement.
La très grande majorité des étudiants universitaires québécois sont des gens sensés et raisonnables. Ils comprennent que l’éducation a un coût et ils acceptent d’y participer. Si payer plus leur donne un meilleur service, soit. Tous ne sont pas heureux de la hausse des frais de scolarité. Toutefois, l’obtention de leur diplôme et l’apprentissage sont plus importants que de perdre du temps à revendiquer. Leur objectif est de compléter leurs études et d’aller vers autre chose. Quand les frais d’immatriculation augmentent, ils ne vendent pas leur voiture. Quand les frais de scolarité sont majorés, ils n’abandonnent pas la moitié de leurs cours.
La majorité des étudiants comprennent que leur statut est transitoire et que l’école n’est qu’un tremplin vers autre chose. Payer une partie de leurs études est vu comme un investissement et non un frein à l’accessibilité. Bien sûr ils aimeraient payer moins cher, mais on peut dire la même chose pour tous les biens et services qu’ils consomment. Plusieurs étudiants travaillent, parfois même à temps plein, tout en poursuivant leurs études selon leurs moyens et contraintes (famille, travail, disponibilité, etc). Les cohortes actuelles dans nos universités sont tout sauf homogènes. Certains sont parents, d’autres habitent loin de l’Université, d’autres étudient le soir. Bref, presque chaque étudiant est désormais presque un cas unique.
Les étudiants qui travaillent ou qui ont d’autres obligations que les études sont souvent plus conscients de ce que la réalité du travailleur exige. En ce sens, ils sont peut être mieux préparés que ne le sont ceux qui ne font qu’étudier, dans un environnement clos dans lequel les études occupent toute la place. Les frais de scolarité très bas, en ce sens, ne rendent pas toujours service aux étudiants qui ont alors plus ou moins conscience de la valeur de leur formation.
Les associations étudiantes sont peu adaptées à cette réalité. Dans les faits, les exécutifs d’associations sont majoritairement investies de jeunes étudiants à temps plein qui ne travaillent pas et qui ont le temps de s’impliquer. Or, la plupart de ces personnes ne connaissent rien des réalités de vie de leurs collègues. Pour eux, une grève est un moment de manifester, de revendiquer. Ils ne se préoccupent pas de la perte de cours ou de temps puisque, de toute manière, ils sont là à temps plein et n’ont rien d’autre à faire que d’étudier. Pour les gens qu’ils disent représenter, par contre, une grève et un arrêt de cours posent plus de problèmes.
Une grève prolongée retarde la réussite des cours et l’attribution du diplôme tout en nuisant à la qualité de l’enseignement pour tous. En cas de grèves mineures, les professeurs doivent ajuster leurs cours, souvent au détriment de l’évaluation et de la quantité de matière enseignée. Si les associations étudiantes sont sérieuses, pourquoi ne font-ils pas leurs manifestations et leurs assemblées en dehors des heures de cours? Si elles sont sérieuses, pourquoi ne pas manifester la fin de semaine, comme la CSN vient de le faire? Ainsi, tout le monde pourrait y participer, sans perte de cours. C’est le monde à l’envers, les permanents des associations étudiantes font les manifs la semaine car ils travaillent la fin de semaine!
La même logique s’applique aux réunions étudiantes. Quels étudiants peuvent aller à une assemblée générale le mardi à 11h? Certainement pas ceux qui travaillent à temps plein ou qui suivent des cours du soir. La contribution à l’association est toutefois obligatoire. Les gens paient alors qu’on sait très bien qu’ils ne pourront jamais participer.
Malheureusement, les institutions d’enseignement se font complices de cette réalité. Elles laissent les étudiants parler de la grève au début des cours et permettent aux associations de distribuer leur propagande sur les heures de cours et dans les salles de classe. Cette situation est unique dans notre société au plan de la démocratie représentative. Bien entendu, aucun temps n’est accoré au point de vue opposé à celui des apparatchiks des associations.
Aucun syndicat qui se respecte ne procèderait ainsi. Si un syndicat agissait comme une association étudiante, il perdrait rapidement sa légitimité auprès de ses membres. Les activités de militantisme syndical qui ne sont pas des moyens de pression se tiennent hors des heures de travail et, bien souvent, hors des lieux de travail. Depuis quand ferme-t-on l’épicerie au complet pour discuter de ses problèmes avec le gérant? Depuis quand arrête-t-on une usine, ne serait-ce que quinze minutes, pour discuter de la convention collective? On ne le fait pas. Alors pourquoi tolérons-nous des processus semblables dans les universités?
L’université est un lieu d’apprentissage privilégié et un tremplin vers le monde professionnel. On dit souvent que l’éducation est la meilleure voie pour améliorer son sort et qu’elle représente un facteur important de mobilité sociale. En ce moment, une poignée d’étudiants veulent remettre en cause le parcours académique de leurs collègues au nom d’un idéal utopiste dépassé. Les étudiants ont droit à une formation correcte. Or, dispenser cette formation, nos universités ont besoin de plus de moyens.
En dollars constants, les études universitaires au Québec sont moins chères qu’en 1968, même avec la hausse de frais prévue. De plus, l’éducation au Québec coûte bien en deça de la moyenne canadienne. Enfin, le Québec a un généreux programme de prêts et de bourses qui permet aux jeunes moins fortunés d’étudier. Il est absurde de prétendre que l’accès à l’université est freiné par les coûts au Québec. Le Québec a les frais universitaires les plus bas et une fréquentation universitaire plus basse que le reste du pays. La gratuité n’est en aucun cas une garantie d’accessibilité.
Le citoyen surtaxé ne peut contribuer davantage et c’est au tour des étudiants de faire leur part. Après tout, ils seront les premiers à bénéficier de leur formation. La priorité des étudiants devrait être de compléter leurs études dans les temps. Il est inconcevable qu’un petit groupe d’activiste menace de paralyser le parcours scolaire de milliers d’étudiants qui ne demandent pas mieux que de terminer ce qu’ils ont entrepris et de pouvoir contribuer à l’ensemble de la société par leurs talents et connaissances.
Depuis plusieurs semaines déjà, des centaines de personnes campent à proximité de Wall Street, à New York, afin de dénoncer ce qu’ils perçoivent comme des abus de la part des politiciens et des financiers américains et internationaux.
Les médias ont sympathiquement relayé les images de cette occupation en plus de donner la parole à plusieurs manifestants. Encore une fois, nous avons eu droit à une longue litanie de récriminations contre des personnes et des organisations perçues essentiellement comme riches, égoistes et malveillantes.
Depuis le début du vingtième siècle, Wall Street est le plus puissant symbole américain de la finance et du développement des affaires. Il est aussi un bouc émissaire facile pour les gens ayant des difficultés économiques. Depuis la récession de 2008-2009 et la chute de quelques grosses institutions financières, il est de bon ton de casser du sucre sur le monde financier américain et ses employés. Il est vrai que plusieurs personnes ont perdu gros lors de la débâcle d’il y a quelques années et que certaines institutions ont abusé de leur position. Toutefois, il faut faire attention à ce que l’on choisi comme cible de son mécontentement. Il est certes plus facile de blâmer les autres, surtout quand il s’agit de corporations, que de se regarder soi-même.
Les manifestants de New York se plaignent que l’État, les banques, les agences de notation et je ne sais qui encore ne font rien pour eux et nuisent à leur situation économique. De plus, ils ajoutent que leurs concitoyens plus riches devraient être solidaires de leur situation précaireet que le système financier devrait leur remettre une plus grande part des revenus générés par son activité économique (via des taxes et impôts plus importants). Mais que font ces gens pour leurs prochains? Que font-ils pour s’aider eux-mêmes et aider leurs compatriotes? Qu’en est-il de leur responsabilité individuelle?
En ce moment, des centaines, parfois des milliers de personnes parfaitement aptes au travail utilisent leur temps pour manifester contre un ennemi virtuel et chimérique dans les rues de New York. Et après? Pourquoi ces gens n’utilisent-ils pas leur inventivité et leur talent pour améliorer leur propre sort et celui des autres? La ville de New York compte une myriade d’organisations sociales et communautaires venant en aide aux plus démunis. Pourquoi les manifestants ne vont-ils pas les aider au lieu de camper dans les rues?
La réponse est que le type d’occupation comme celle qui a lieu à Wall Street n’a que peu à voir avec de réelles demandes, de légitimes frustrations ou de vraies exigences démocratiques. La véritable motivation des manifestants, dont plusieurs sont des professionnels et n’ont aucun problèmes financiers, est de participer à un événement glamour et hip, à une sorte de fête de l’anticapitalisme au sein d’une des villes les plus libres et démocratiques du monde. Leur but est de pouvoir dire “j’y étais”, photos et page facebook à l’appui.
Le maire de New York a déclaré que les gens avaient le droit de manifester, qu’il trouverait de bonnes places dans sa ville pour que leur démonstration ait lieue. On ne parle certainement pas ici d’un régime répressif. En ce sens, le choix des organisateursde se référer au printemps arabe a quelque chose d’indécent et de choquant. Ce choix nous montre aussi queles jeunes manifestants s’accrochent plus au sens global de leur présence narcissique à l’occupation qu’à de réelles demandes ou exigences. On a l’impression qu’ils agissent plus par mimétisme qu’à partir d’un réel sentiment de révolte.
Au lieu de glorifier ces gens, nous devrions les considérer pour ce qu’ils sont. Des adolescents en mal de sensations fortes qui préfèrent blâmer les autres plutôt que d’accepter leur propre rôle et responsabilités dans le déroulement de leur vie.
Montréal – Une démonstration anti-corruption qui aurait dû être tout azimuth a été usurpé par la CSN. Plus tôt cette semaine, des négociations qui auraient vu des représentant de la gauche et de la droite côte à côte dans la revendication d’une commission d’enquête sur la corruption dans le domaine de la construction, ont achoppé après un volte-face des représentants syndicaux. Selon ce communiqué de l’animateur radio Jeff Plante:
« Nous avions conclu ce matin avec M Poirier, l’un des organisateurs, une entente afin de faire un rassemblement tout azimut pour, nous le croyions, faire front commun sur la situation qui accable le Québec présentement.
Nous avions convenus de nos deux porte paroles présent même si 6 des 8 autres porte parole sont identifiés à la gauche québécoise pro syndicale. Malgré les nombreuses critiques sur internet de l’omniprésence syndicale au niveau de l’organisation nous avions tout de même acceptés les termes de l’entente, car nous travaillons tous pour un meilleur Québec. Enfin c’est ce que nous pensions.
Malheureusement ce soir malgré la parole donnée et l’entente conclue, la petite politique partisane et corporatiste a repris le dessus et ces gens ont renié leur entente malgré la parole donnée.
Donc nous concluons que cette manifestation sera une manifestation d’une gauche québecoise exclusive et divisive.
Nous avons réellement agi de bonne foi nous n’avons même pas négocié qui parlerait du côté gauche, c’est pas de nos affaires. Nous faisons confiance en l’intelligence des gens. Il s’avère que c’était trop demander. »
L’entente aurait permis à des représentants de droite comme Jeff Plante et Éric Duhaime de s’adresser à la foule au côtés des leaders syndicaux. Plusieurs groupes de droite, en appellent au boycott de l’évènement.