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Pourquoi United Airlines mérite de se faire tabasser

 

Par Philippe David

Tabasser au sens figuré, bien sûr!

Si vous n’étiez pas au courant, une nouvelle a fait un véritable tabac sur les médias sociaux cette semaine. En effet, pendant que les américains s’apprêtaient à larguer la mère de toutes les bombes (MOAB) sur l’Afghanistan, United Airlines a commis la mère de toutes les bourdes en termes de relations publiques et de service à la clientèle et ça va probablement leur coûter très cher.

Les faits…

Dimanche dernier (9 avril), l’équipage d’un vol United Airlines en partance de Chicago vers Louisville au Kentucky a fait évacuer un passager manu militari hors de l’avion parce que celui-ci refusait de céder son siège à un de quatre employés de UA que la compagnie voulait envoyer à Louisville. Apparemment, après qu’une offre d’incitatifs financiers pour des volontaires n’ait pas trouvé de preneurs parmi les passagers, on aurait choisit au hasard quatre passagers auxquel on aurait demandé de libérer leur siège. Si les trois premiers passagers ont choisi de quitter l’avion sans faire d’histoires, un passager du nom de David Dao a refusé de quitter son siège et l’équipage a demandé à la police de l’aéroport Ohare de le chasser de force de l’avion. M. Dao a été bon pour quelques ecchymoses et lacération en récompense de sa résistance passive aux policiers. Il aurait ensuite réussi à retourner brièvement dans l’avion pour y être chassé de nouveau.

Monnaie courante

C’est monnaie courante de voir les compagnie aériennes vendre plus de sièges qu’il n’y en a dans l’avion (de toute évidence, elles ne sont pas trop ferrées en math) mais normalement le problème est réglé en empêchant les passagers en trop de monter dans l’avion et en leur offrant une compensation. Cette fois-ci cependant, les passagers étaient déjà tous embarqués dans l’avion quand les employés de United ont appris que quatre collègues avaient besoin de sièges à bord. Si c’est monnaie courante d’empêcher l’accès à l’avion aux passagers en trop et le contrat de transport entre UA et ses passagers le stipule clairement (règle 25), faire débarquer des passagers qui ont déjà embarqué et ont gagné leur siège ne l’est pas. Demander à des passagers qui ont payé leur billet et qui sont déjà installés dans leur siège à bord de l’avion pour céder la place à des employés de la compagnie est plutôt inhabituel en fait et il n’y a aucune provision à la règle 25 pour ça.

UA a bien une autre règle qui permet de forcer un client turbulent ou violent de débarquer de l’avion, le problème est que simplement protester et résister de quitter l’avion pour céder la place à un autre ne qualifie pas comme un comportement turbulent. Si turbulence il y a, elle a lieu c’était parce que les membres de l’équipage tentaient justement de forcer le passager à débarquer contre son gré. Il n’y avait aucune turbulence de la part de M. Dao avant cela.

Un fiasco

Dans ma vie professionnelle, les contacts avec les clients font partie de la vie de tous les jours et s’il existe une règle d’or dans ce domaine, c’est «le client a toujours raison»! Pourquoi? Parce que si vous êtes en affaires, c’est pour faire un profit et le meilleur moyen de faire un profit est de bien satisfaire vos clients pour qu’ils reviennent encore et encore. Si vous êtes chanceux, un client satisfait vous recommandera peut-être à un ou deux de leurs amis. Si vous offusquez un client, soyez assurés que tous leurs amis le sauront (et même les amis de leurs amis). Même si vous croyez que le client a tort, gagner un argument contre lui sera peut-être bon pour votre ego, mais il coûtera cher à votre portefeuille. Ultimement, c’est toujours le client qui gagne.

Imaginez que vous êtes à un restaurant avec votre tendre moitié et que vous attendez votre assiette principale quand le maitre d’ vient vous voir et vous dit: «Désolé monsieur, mais nous avons accepté trop de réservations ce soir et j’ai un autre couple qui attend pour cette table. Je suis vraiment navré, mais je dois vous demander de libérer votre table immédiatement ou je devrai demander à la sécurité de vous escorter.» Comment réagiriez-vous? Reviendriez-vous manger à ce restaurant? Probablement pas, n’est-ce pas? Être propriétaire du restaurant, je me serais profusément excusé auprès des clients  qui attendent leur table, je les aurait installés au bar et je leur aurait offert un verre aux frais de la maison et probablement un rabais substantiel sur leur repas. Ou, encore mieux, je tâcherais d’éviter de me retrouver dans ce genre de situation en premier lieu.

Qu’a fait United Airlines? Tout le contraire! Le PDG de la compagnie, Oscar Munoz ne s’est excusé du bout des lèvres d’avoir dû «ré-accommoder» les clients. Pas fort!

UA Munoz re-accommodate

Je doute fort que M. Dao soit très satisfait de ces excuses, et pas plus de la façon qu’il a été ré-accommodé. La réaction du public a été cinglante aussi. Toute la semaine nous avons été bombardés de méchants mèmes sur les médias sociaux (j’en ai partagé quelques-uns moi-même, hilarants!!)

Ce n’est qu’après cette réaction virulente et une chute marquée du titre de United Airlines que Munoz a finalement fait des excuses dignes de ce nom. Trop peu. trop tard. United Airlines aura fort à faire pour contrôler les dommages. Cependant la réaction à cet incident devrait donner de quoi réfléchir à ceux qui doutent de la capacité des marchés de s’auto-réguler. United Airlines s’est fait sévèrement rosser et n’est pas prêt de récupérer de ce fiasco. Je doute fort qu’ils refassent cette gaffe à l’avenir. C’est à souhaiter en tout cas.

C’est ça l’auto-régulation. Tu fais une gaffe et quand les consommateurs l’apprennent, ils te punissent. C’est comme ça que ça devrait toujours être. C’est ce qui garde les compagnies honnêtes bien plus que les réglementations de l’État.

La mort du rêve américain

Par Philippe David

Rien ne symbolise le succès de la civilisation occidentale autant que le rêve américain. Malheureusement, ce rêve est sur le point de s’évanouir. Il y a des choses auxquelles nul ne peut échapper. On peut dire que les lois de l’économie font partie de ces choses et à force de les ignorer, on finira inévitablement par frapper un mur. De mon vivant, j’ai vu l’économie de nombreuses nations s’écrouler à force d’ignorer ces lois. L’Histoire recèle encore plus d’exemples d’arrogance économique qui se sont mal terminées et si vous croyez que la civilisation occidentale est exempte de ces règles, vous péchez par ignorance.  Je m’attends pleinement à être témoin de son effondrement inévitable, à moins qu’un profond changement ne s’opère, et je doute que ce coup de barre n’arrive à temps.

Pour comprendre le comment et le pourquoi la déchéance de notre civilisation va se produire, il faut bien comprendre ce qui est le sang de toute économie : la monnaie

Qu’est-ce que la monnaie?

Ce n’est pas une question banale. Peu de gens de nos jours comprennent vraiment ce qu’est la monnaie. Je vais donc vous en faire un bref historique. Commençons par le fait que tous les êtres humains ne sont pas égaux en capacité. Quel est le rapport avec la monnaie? Eh bien, personne ne peut être productif en toute chose. Certains n’entre nous ont plus de dextérité et ont plus d’affinité pour les travaux manuels. D’autres sont plus fins penseurs et ont plus de talent pour inventer et concevoir. Bref aucune personne n’est auto-suffisante  et n’a la capacité de produire tout ce dont elle peut avoir besoin de façon efficace. Il est donc beaucoup plus sensé que chacun se concentre à faire ce pourquoi il a la plus grande affinité et ensuite échanger entre nous pour obtenir les autres choses dont on a besoin. Originalement, nous faisions cela par le troc. Cependant, le troc a ses limites. Si vous fabriquez des chaussures et que moi j’élève des poules pondeuses,  nous pouvons peut-être nous entendre à échanger un certain nombre d’œufs pour une paire de chaussures. Mais qu’arrive-t-il si vous n’avez pas besoin d’œufs? Que vous préfèreriez obtenir du beurre à la place? Pour obtenir ma paire de chaussures, il me faudrait trouver quelqu’un qui voudra me donner du beurre en échange de mes œufs, puis je pourrais alors obtenir des chaussures en échange du beurre. On voit donc comment les choses peuvent se compliquer.

Cependant. À tout problème on trouve éventuellement une solution et la solution à ce problème particulier fût de trouver une denrée quelconque désirée par tous pour effectuer des échanges. Au cours des siècles, plusieurs matières ont tenu ce rôle, mais avec le temps, ce sont des métaux précieux comme l’or et l’argent qui ont eu la cote comme les médiums d’échange les plus populaires.  C’est de cette façon que nous en sommes venus à utiliser ces métaux comme monnaie d’échange. La monnaie est donc ni plus ni moins qu’une denrée qu’on choisit d’utiliser comme médium d’échange.

La différence entre une monnaie-denrée et une monnaie fiduciaire.

Toutes les monnaies sont basées sur la confiance. La certitude de pouvoir échanger la monnaie contre n’importe quel bien ou service. Dans le cas d’une monnaie-denrée, c’est la qualité du médium qui est en jeu et ce médium est choisi spontanément par les acteurs du marché. L’or et l’argent ne sont pas devenus monnaies par le décret  d’une autorité quelconque mais parce que les acteurs du marché en sont venus à valoriser ces métaux plus que toute autre denrée comme médium d’échange.

Dans le cas d’une monnaie fiduciaire, la «confiance» repose sur une garantie de l’état que cette monnaie est échangeable contre biens et services. Une monnaie fiduciaire n’est donc pas une monnaie qui a été choisie par les acteurs du marché, mais qui leur est imposée comme ayant cours légal. Nous verrons un peu plus loin en quoi cette distinction est importante.

Une autre différence importante est la quantité de monnaie en circulation. Dans le cas d’une monnaie-denrée, la quantité de cette monnaie ne peut pas excéder la quantité disponible de la denrée en question. En d’autres mots, si nous voulons utiliser l’or comme monnaie, la quantité de monnaie ne peut pas excéder la quantité d’or disponible à un moment donné. La masse monétaire ne peut donc pas fluctuer grandement. En revanche,  la monnaie fiduciaire n’a aucune limite et peut être produite à l’infini à partir de rien.

Le contrôle de la monnaie

Le problème est le contrôle que l’état exerce que la monnaie à travers les lois du cours légal et l’oligopole bancaire qu’il a créé. Il a commencé en s’attribuant le monopole de la fabrication des pièces de monnaie, puis lui a donné un nom pour la dissocier de la denrée qui en était la base. À l’origine, dollar, franc, livre sterling étaient en réalité des mesures de poids d’or ou d’argent. Le dollar, c’était une mesure qui équivalait à 1/20e d’once d’or, mais en l’appelant dollar, on en oublie la matière sur laquelle il repose.  L’état  a ensuite légalisé la fraude que représentent les réserves fractionnaires, permettant aux banques d’émettre des billets de banque excédant (de loin) la quantité d’or qu’elles ont en main, ce qui de facto les rend insolvables si tous les déposants venaient à réclamer leur or. De même, il a également permis que les banques puissent  périodiquement refuser de convertir leurs billets en or, reniant de ce fait leurs obligations.  Puis il a créé une banque centrale qui permet entre autre chose de coordonner l’émission des billets de banque (et donc la masse monétaire) centralement, puis finalement, il a abandonné tout lien à l’or. Donc le système carbure maintenant sur une monnaie qui ne repose sur aucune valeur concrète, hormis la garantie de l’état et l’obligation légale à tout commerçant ou créancier de l’accepter en paiement pour des biens et services ou en remboursement de dette.

Le problème avec ce système est qu’il n’est pas soumis à la discipline de marché.  C’est quoi la discipline de marché?  C’est que l’objectif premier du marché doit être de fournir des biens et services selon les désirs du consommateur et que donc, toute transaction doit répondre au jeu de l’offre et de la demande et même la quantité de monnaie et son pouvoir d’achat, doivent être régis par ces règles. Par exemple, il n’y a pas de problème à faire croitre la masse monétaire en autant que celle-ci croit en réponse à une demande des consommateurs et non de façon arbitraire. Si la masse monétaire croit trop rapidement, ça cause une diminution du pouvoir d’achat de chaque unité monétaire, ce qu’on appelle de l’inflation. Si elle croit plus lentement, l’inverse se produit et le pouvoir d’achat de chaque unité augmente. Ce qu’on appelle la déflation. Une légère inflation ou une légère déflation n’est pas un gros problème en soit, quoique je préfère voir mon pouvoir d’achat augmenter plutôt que diminuer.   Une inflation ou une déflation prononcée sont définitivement néfastes.  Les gens ont beaucoup de difficulté à saisir les impacts d’une augmentation ou d’une diminution du pouvoir d’achat de la monnaie. Lorsqu’il y a déflation, par exemple, beaucoup s’imaginent plus pauvres parce que leurs salaires semblent  stagner nominalement ou même diminuer. Ils ne réalisent pas que chaque dollar qu’ils gagnent achète plus. De la même façon, lorsqu’il y a inflation, ils voient leurs salaires augmenter sans réaliser que leur pouvoir d’achat s’effrite.  Ça semble banal à court-terme, mais à long-terme on constate que le dollar américain, qui valait 1/20e d’once d’or lorsque la Réserve Fédérale fût créée en 1913 et  1/35e d’once d’or en 1971 lorsque Richard Nixon a complètement abandonné tout lien à l’or; ne vaut même plus un millième d’once d’or de nos jours.  «À long-terme, nous sommes tous morts» disait Lord Keynes, un des plus grands défenseurs de ce système frauduleux. Nous sommes maintenant dans le long-terme de Keynes et nous payons tous pour sa vision à courte vue.

Une taxe cachée au profit de l’élite

Ce n’est pas un hasard que l’état cherche à contrôler de plus en plus la monnaie et divorcer celle-ci de toute denrée. Si on contrôle la monnaie, on contrôle toute l’économie.

«I care not what puppet is placed upon the throne of England to rule the Empire on which the sun never sets. The man that controls Britain’s money supply controls the British Empire, and I control the British money supply.»

– Baron Nathan Mayer Rothschild

S’il est vrai que ce système donne énormément de pouvoir aux banquiers, il est faux de dire qu’il ne profite pas au pantin (qui conserve encore le pouvoir de fermer le robinet aux banquiers, il faut le mentionner) qui dirige l’état. L’économiste Murray Rothbard a souligné que l’inflation créée par ce système d’argent de Monopoly était en réalité une taxe cachée qui redistribue la richesse des plus pauvres qui ne reçoivent le nouvel  argent qu’après l’augmentation des prix qu’il provoque,  à l’état, aux banques et aux corporations qui en bénéficient avant que les prix  n’augmentent.

Cette taxe sert à financer les guerres et une bureaucratie toujours plus lourde et privilégiée. Elle permet aux politiciens d’acheter les votes des gens en leur donnant une fraction de ce qu’ils leur ont volé sous forme de programmes sociaux.  Elle permet aux États d’accumuler des dettes astronomiques au nom de leurs citoyens et de la rembourser avec une monnaie dont la valeur ne cesse de diminuer jusqu’au jour où cette dette devient mathématiquement impossible à payer et alors la monnaie ne vaut plus rien et les gens perdent confiance et préfèrent faire n’importe quoi avec les billets de banque autre que de les garder dans leurs poches. C’est arrivé maintes fois dans le passé lorsque les nations ont expérimenté avec la monnaie fiduciaire. C’est arrivé à la France avec la monnaie de papier de John Law et les assignats, c’est arrivé à l’Allemagne de Weimar où en 1923, ça prenait 4,2 billions de marks pour acheter un seul dollar américain et que les gens se promenaient avec dans les rues avec des brouettes de billets en se souciant plus de se faire voler leur brouette que les billets qu’elle contenait. Plus récemment, ça s’est produit en Argentine, au Zimbabwe et s’est en train de se produire au Venezuela.  Mais, bien sûr, un peu comme le communisme, on nous dira que toutes ces fois où cela n’a pas fonctionné, c’est que ça n’a pas été géré comme il faut et que cette fois-ci, nous sommes plus malins et ça va fonctionner! Mais chaque nouvelle expérience mène habituellement  à ce que Ludwig von Mises a baptisé le «crack up boom». L’effondrement de l’économie par la destruction de la monnaie. Ce jour viendra bientôt pour les États-Unis, mais alors que la plupart des épisodes d’hyperinflation de l’Histoire affectaient principalement la nation en question, cette fois-ci, les États-Unis risquent fort d’entrainer l’économie mondiale par le fond. La question n’est plus si ça va se produire, mais quand? Impossible à prédire, mais probablement bientôt.

Conclusion

Si vous cherchez à blâmer le capitalisme pour ce qui se produit, vous faites gravement erreur. Le marché-libre a désigné l’or et l’argent comme monnaies et ce sont les seules monnaies vraiment capitalistes, mais depuis la nuit des temps l’état a triché. Il s’est approprié la monnaie et l’a manipulée. Il a rogné les pièces de monnaies. Il les a refondues pour réduire leur taille tout en maintenant leur valeur nominale. Il a créé des pièces de monnaie en alliages où la teneur en or ou en argent diminuait constamment et finalement en la remplaçant  complètement par du papier sans valeur.  Le marché-libre nous a fourni une monnaie qui non-seulement  maintient bien sa valeur, mais qui souvent gagne de la valeur avec les gains de productivité. Les politiciens et les banquiers l’ont remplacée par une fausse-monnaie frauduleuse qu’ils manipulent à volonté et  avec laquelle ils peuvent vous voler à votre insu. Tant que les prix du marché sont évalués en gramme ou en onces d’or ou d’argent,  tout est transparent et la fraude est improbable, c’est lorsque l’état s’approprie la monnaie que la monnaie devient opaque et que la fraude devient possible et vous vous retrouvez détroussé, une fois de plus, par ceux-là même que vous croyiez étaient supposé vous protéger des voleurs.