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Qu’est-ce qui cloche avec l’idée du revenu universel?

Par Philippe David

« Non vraiment j’y tiens la meilleure façon de tuer un homme
C’est de le payer à ne rien faire. »

– Félix Leclerc, « Les 100 000 façons de tuer un homme »

Le concept d’un revenu universel n’est pas nouveau. Il existe depuis plusieurs décennies déjà et aucun état ne l’avait jusqu’alors implémentée complètement, mais récemment, il y a eu un certain regain d’intérêt pour cette idée. La Finlande en particulier, vient de l’introduire et on commence à y penser sérieusement dans plusieurs pays, incluant le Canada. Notamment, le gouvernement fédéral sous Justin Trudeau et le gouvernement du Québec sous Philippe Couillard sont tous deux en train d’explorer la question. À première vue, l’idée d’un revenu universel peut paraître intéressante, mais j’ai personnellement de fortes raisons de croire qu’il s’agit d’une autre fausse bonne idée.

Le revenu universel, c’est quoi?

Il existe plusieurs variantes, mais grosso modo, l’idée est que l’état attribue à chaque individu un revenu minimum qui est jugé suffisant  pour subvenir aux premières nécessités. Du coup, ça éliminerait en théorie tous les aléas de la pauvreté. Tous les membres de la société seraient assurés d’au moins avoir un toit sur leurs têtes,  de quoi manger et se vêtir, peu importe s’il a un emploi ou non.  Si quelqu’un travaille mais qu’il fait moins que de revenu universel, on comblerait la différence.  Si son revenu d’emploi excède  le revenu universel, alors il ne reçoit plus d’allocation.  En revanche, le gouvernement éliminerait une panoplie de programmes existants.   Si vous commencez à dire que tout ça paraît trop beau pour être vrai, vous avez le bon réflexe.  Voyons pourquoi.

Un programme très coûteux.

Selon ce que rapportait le Journal de Montréal récemment,  un expert a évalué le coût d’un tel programme à $56 milliards, mais le programme actuel de sécurité du revenu coûte $30 milliards, ce qui veut dire que  qu’il faudrait que le gouvernement coupe un autre  $26 milliards d’autres programmes d’assistance pour équilibrer le coût. Plus si on espère faire des économies. Puisqu’au Québec tout programme d’allocation est une vache sacrée assuré par une petite armée de fonctionnaires syndiqués à l’os et défendus par une autre armée de groupe sociaux qui ne manqueront pas de descendre à la rue pour défendre leurs bonbons particuliers. Soyez donc assurés qu’il ne sera absolument pas évident comment le revenu universel finira par nous épargner quoique ce soit. Mon impression est qu’avec l’inefficacité  légendaire du gouvernement et la résistance populaire à laisser les programmes se faire remplacer,  c’est plutôt une explosion des coûts qui est à prévoir… Et plus d’impôts pour les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord.

 

Combattre la pauvreté.

Mais c’est quoi d’être pauvre au Québec et c’est quoi la meilleure façon d’aider ceux qui se retrouvent au bas de l’échelle des revenus? Peut-on résoudre ce problème simplement en envoyant un chèque à chaque mois?

La pauvreté a toujours été l’état «par défaut » de l’humanité. La richesse n’existe pas d’elle-même. Elle n’est pas juste présente par petit tas à attendre de se faire approprier par le plus fort, elle doit être créée et la seule façon de créer cette richesse est de satisfaire les besoins d’autrui. Ceux qui créent la richesse sont ceux qui utilisent les moyens que leur fournit la nature et les transforment en quelque chose d’utilisable ou désirable à autrui, que ce soit des produits de base comme de la nourriture, où plus complexe comme de la machinerie lourde ou des téléphones intelligents. C’est ce travail de production et d’échange et d’accumulation de capital qui a permis de hausser le niveau de vie de la race humaine au-delà de la simple subsistance. Aujourd’hui, il n’y a plus que 10% des habitants de cette planète qui vivent encore dans l’extrême pauvreté. Il  y a 200 ans, c’était plus de 90%. Ce qu’on considère comme  de la pauvreté au Québec n’a d’ailleurs aucune commune mesure avec cette pauvreté extrême.

Dans le cas du Québec et du Canada,  la pauvreté est un tout autre problème.  Il faut savoir au départ qu’il n’y existe que très peu de gens y vivent dans un état de pauvreté perpétuel. La grande majorité sont des gens qui commencent leur carrière dans des emplois précaires et peu payés et qui avec l’éducation, le travail, l’expérience et les promotions, grimpent l’échelle et atteignent un plus haut niveau. Selon une étude faite au Canada entre 1990 et 2009, de ceux qui ont débuté dans le quintile de plus bas revenu, 87% ont fini dans un quintile de revenu de revenu supérieur.  C’est donc dire que très peu de canadiens vivent dans un état de perpétuelle pauvreté.  La bonne nouvelle est que ceux qui veulent vraiment s’en sortir, s’en sortent effectivement. Mais que faire avec ceux qui n’y arrivent pas? Et est-ce vraiment une bonne idée de dire que pour aider cette infime proportion de canadiens dans une pauvreté perpétuelle, il faut s’inventer un système universel? Ou ne serait-il pas plus sage, et surtout moins gaspilleur de cibler notre aide vers ceux qui en ont réellement besoin? Et surtout, puisque ces gens reçoivent déjà un chèque d’aide sociale à chaque mois, vous croyez vraiment que si on décide d’envoyer un chèque  plus gros à tout le monde, ça va les aider à s’en sortir? Pas nécessairement. Si quelqu’un est emprisonné dans la pauvreté perpétuelle des années durant, c’est probablement que cette personne a besoin de plus qu’une pitance à chaque mois. Elle a besoin d’un soutien moral. Ce soutien moral, qui va leur donner? Certainement  pas le gouvernement pour qui ils ne sont que des numéros.

L’utopie naïve

C’est plutôt naïf de croire qu’il ne suffit que de faire pleuvoir de l’argent pour éradiquer la pauvreté sans aucun coût social. L’argent doit provenir de quelque part. Au final, il proviendra certainement des poches des plus riches. Le hic, c’est qu’au Québec, nous sommes très pauvres en riches pour financer les coûts additionnels d’un tel programme.  Mais pire encore est l’idée sordide que c’est le rôle de l’état d’assurer une subsistance à chacun de ces citoyen pour le simple fait d’exister. De facto, si vous travaillez, tous ceux qui ne travaillent pas ont un droit de regard inaliénable sur le fruit de votre labeur.  À quoi bon travailler alors? Inévitablement, tous ceux qui gagnent moins que l’allocation minimum ou même un petit peu plus, seront tentés de se laisser vivre. Plus il y aura de gens qui préféreront vivre sur le revenu minimum, plus les coûts du programme seront élevés, ce qui signifie que les impôts devront être augmentés en compensation et plus les contribuables plus riches modifieront leur comportement en conséquent (Trop d’impôt finit par tuer l’impôt, selon Arthur Laffer). Nous nous retrouverons alors avec le paradoxe socialiste. Tôt ou tard, nous finissons par manquer de l’argent des autres.



Vive les inégalités!

vive les inégalités

Par Philippe David

Un sophisme persistant

S’il existe un sophisme particulièrement persistant  dans la rhétorique politique depuis très longtemps, c’est bien celui des inégalités de richesse.  Ce sophisme, car s’en est vraiment un,  pointe vers l’écart de revenu entre les riches et les pauvres pour dire que les riches deviennent plus riches pendant que les pauvres s’appauvrissent. Le but étant de stimuler la jalousie des pauvres envers les riches et leur donner le sentiment d’être exploités par ceux-ci. Cette argumentation repose donc sur la lutte des classes de Marx.  

Ce sophisme est utilisé fréquemment dans les médias pour justifier la demande populaire de « taxer les riches ».  On a même inventé in indice: le coefficient GINI pour mesure ces inégalités et établir des comparaisons d’une juridiction à une autre. Ces comparaisons sont inutiles et fallacieuses.  Je me propose donc de vous le démontrer.

La marée fait monter tous les navires, même si ce n’est pas également

Récemment, on apprenait par la plume de Francis Vailles de La Presse, que les inégalités de richesses augmentent constamment au Canada depuis 30 ans.  Il essaie ensuite d’en expliquer les raisons, supposément parce que la rémunération des PDG d’entreprises est trop élevée, et conclut que de hausser les impôts ne serait pas une solution viable au Québec. Pourtant, il suffit de comparer la situation des pauvres au Québec, la moins inégalitaire des provinces, avec celle des pauvres d’Alberta et d’Ontario, des provinces plus inégalitaires, pour se rendre compte que ces inégalités n’ont guère d’importance.  Vincent Geloso, auteur du livre « Du Grand Rattrapage au Déclin Tranquille » a publié sur son blogue la semaine dernière, une série de billets très intéressants sur la pauvreté au Québec, comparé à l’Ontario et l’Alberta. De ces billets, ressortent les points suivants:

  •  Le 20% le plus pauvre de la population québécoise est 33,7% et 44,1% plus pauvre que le même segment en Ontario et en Alberta. (1)  
  • Les québécois pauvres doivent consacrer une plus grosse part de leur revenu sur l’alimentation que leurs homologues de l’Ontario et de l’Alberta (2)  
  • Les québécois doivent aussi travailler plus d’heures en moyenne pour obtenir le même panier de denrées alimentaires que les Ontariens et les Albertains (3)  
  • Les québécois plus pauvres ont aussi des logements moins grands et de moindre qualité que ceux de l’Ontario et de l’Alberta (4)  

 Par ailleurs, on apprend que le Québec se classe au 9e rang sur 10 au Canada au niveau revenu du revenu disponible des ménages après impôts et transferts. Malgré nos généreux programmes sociaux, les plus généreux au Canada, faut-il le rappeler, les familles québécoises se retrouvent avec beaucoup moins d’argent à dépenser, épargner ou investir que ceux de toutes les autres provinces au Canada, sauf l’Île du Prince-Édouard et il s’en est fallu de peu puisque la différence n’est que de $232! Si toute l’idée de taxer les riches afin de redistribuer la richesse vers les pauvres fonctionnait, on le saurait, mais l’évidence dit tout le contraire. D’ailleurs, avec tous les scandales de corruption dont nous sommes témoins depuis le début de la Commission Charbonneau, permettez-moi de sérieusement douter que la redistribution de richesse se fait vraiment à ceux qui en ont le plus besoin. D’après vous, où au Canada vaut-il mieux être pauvre? Dans le Québec égalitaire riche en pauvres et pauvre en riches ou dans la très inégalitaire Alberta? Importe-t-il vraiment pour les pauvres albertains que l’écart entre riches et pauvres soit plus grand, compte tenu que là où l’écart est moindre, les pauvres sont plus pauvres? Est-ce que le fait que les québécois riches soient moins riches a aidé les québécois pauvres à être moins pauvres?  

La mobilité sociale

 L’autre raison pourquoi l’écart de richesse est un sophisme est que pour en venir à cette conclusion, nous divisons la population en quintiles de revenu et nous comparons l’écart de revenus entre les différents quintiles comme s’il s’agissait de groupes statiques. Pourtant, la plupart des gens commencent leur  carrière en ayant très peu d’actifs à leur nom et peut-être même avec des dettes. Mais au fil des ans, en travaillant, en acquérant plus d’expérience et en économisant, ils passent du quintile le plus bas à un quintile plus élevé. Ça s’appelle la mobilité sociale. Seul un relativement faible pourcentage d’individus reste au premier quintile toute leur vie.  Ces quintiles ne représentent pas des « classes » fixes, mais des groupements dynamiques d’individus qui s’enrichissent ou s’appauvrissent au fil des ans.

Sachant cela,  est-ce que de comparer le quintile le plus pauvre au quintile le plus riche est une comparaison valable? Pas vraiment.

La philosophie de l’échec, le credo de l’ignorance et l’évangile de l’envie 

Nul n’a mieux décrit le socialisme que Winston Churchill dans cette citation:

« Le socialisme est une philosophie de l’échec, le credo de l’ignorance et l’évangile de l’envie. »

 Le sophisme des inégalités de richesse compte effectivement sur votre ignorance pour attiser l’envie envers les plus riches. On s’indigne, par exemple, qu’aux États-Unis, la part de richesse accaparée par le 1% le plus riche a grimpé de 13% à 17% de 1989 à 2009, mais on néglige de vous dire que leur économie a crû de 42% dans la même période, ce qui fait que le 99% se partage un plus faible pourcentage, c’est vrai, mais d’une beaucoup plus grosse tarte. Ce sophisme est utilisé profusément par la gauche pour justifier une taxation toujours plus lourde accompagnée de programmes sociaux toujours plus onéreux.   Bien que leurs intentions soient peut-être honorables, leurs efforts de réduire les inégalités de richesse se soldent inévitablement par un nivellement par le bas qui n’enrichit personne. Dans la réalité, Ils répartissent la pauvreté, pas la richesse.

 Ceux qui déplorent continuellement les inégalités entre les pauvres et les riches se soucient-ils vraiment du sort des pauvres? Non. Comme le disait si bien Margaret Thatcher, ils préfèrent que les pauvres soient plus pauvres, pourvu que les riches soient moins riches. Pour ma part, je me fous que les riches soient plus riches, pourvu que les pauvres soient moins pauvres. Vous voulez aider les pauvres? Suivez l’exemple de l’Alberta plutôt que celui du Québec.

 

Joyeux Noël et Bonne Année à tous!

CLASSÉ : un manifeste hyper prévisible

 

Par Pierre-Guy Veer

Tel un enfant gâté qui continue sa « crise du bacon » jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut, la CLASSÉ veut continuer son boycott des cours jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle veut. Et ce qu’elle veut, elle l’a récemment exprimé dans un manifeste[1]. Mais les « revendications » qu’on y trouve ne font que trahir le fond socialiste de la CLASSÉ, et donc du danger qu’il représente pour les citoyens québécois.

 

Tout d’abord, le manifeste regorge de la première personne du pluriel. « Nous sommes avenir »; « notre vision »; « notre démocratie »; « nous sommes le peuple ». Ce sont des mots bien forts, je le concède, mais il y a un seul ennui : il n’y a pas de « nous ». La société, c’est les individus qui la composent, pas un groupe impersonnel et homogène. Seuls les individus pensent et agissent, disait Ludwig Von Mises, et il a entièrement raison. Durant une élection, ce ne sont pas les Québécois qui élisent tel ou tel parti; ce sont les électeurs individuels qui votent. Ce ne sont pas les Québécois qui choisissent un système de santé entièrement public; ce sont des politiciens élus (et souvent les démarcheurs) qui prétendent agir « pour notre bien » qui prennent de telles décisions sans en considérer les impacts (listes d’attente, corruption et patronage pour obtenir une meilleur place).

 

Donc, quand une personne/un groupe de personnes prétend agir « pour notre bien » ou « pour la collectivité », ce n’est ni plus ni moins que son/leur intérêt personnel qui est présenté. Même quand il s’agit d’un groupe, ce sont ses membres individuels, avec des gouts semblables, qui présentent leur intérêt personnel, comme on voit présentement avec la CLASSÉ.

 

Une fausse démocratie

 

Parmi ces intérêts personnels, on trouve un goût de la victoire à tout prix, fusse à l’encontre de la démocratie qu’elle chérit tant. En effet, il semble être très facile de voter dans certaines assemblées étudiantes, même si on n’étudie pas dans ledit établissement[2]. Aussi, bien qu’on prétende vouloir laisser la parole aux gens qu’on n’entend jamais, ces derniers seront copieusement hués s’ils osent demander un vote secret[3] ou exprimer un point de vue différent de « nous »[4]. Même les présidents d’assemblée semblent tous pencher du même côté[5]. Et si les membres d’une assemblée osent penser le contraire de « nous », ils vont le regretter amèrement[6]. Évidemment, les regrets se feront aussi sentir si une loi/injonction qui ne plait pas fait son apparition, pouvant aller jusqu’au vandalisme[7]. Enfin, le chantage[8], les menaces[9], les insultes gratuites[10] et les perturbations[11] sont aussi un bon moyen de vouloir faire passer son message.

 

Vivre aux dépends des autres

 

Toutefois, le plus fort de ces intérêts dépasse largement la hausse des frais de scolarité. « Si on nous dépossède des droits les plus fondamentaux en mettant nos établissements scolaires sur le marché, il en va aussi des hôpitaux, d’Hydro-Québec, de nos forêts, de notre sous-sol. ». Et alors? Quel est le problème? Tout ce qui a été énuméré est au moins contrôlé en partie par le gouvernement, et ça se reflète par son inefficacité.

 

Les universités québécoises sont terriblement sous-financées, ce qui se reflète dans leur solde budgétaire[12]. Malgré ce manque à gagner, la moindre hausse des frais de scolarité est vue comme taboue… Mettre plus de fonds publics ne servira à rien; aux États-Unis, les sommes fédérales pour l’éducation générale (jusqu’en 12e année) ont augmenté exponentiellement depuis 40 ans avec, au mieux, une stagnation des résultats[13]. Une privatisation pourrait permettre une meilleure compétition (et de meilleurs prix) ainsi que l’abolition de départements aux débouchés… limités, puisque les étudiants devraient payer le vrai prix de leurs études. Ce n’est certainement pas avec une « école égalitaire » qu’on va encourager le dépassement de soi; on risque plutôt d’avoir une société apathique qui finira comme 20th Century Motors[14]

 

Ce n’est guère mieux pour les hôpitaux. Les temps d’attente à l’urgence sont toujours longs, et voir un spécialiste prend une éternité[15]. En comparaison, les chiens peuvent se faire voir le même jour par un vétérinaire[16]. Oui, j’ose comparer les animaux domestiques et les humains; les premiers se font soigner dans un système où le libre-marché règne et la vitesse des traitements est phénoménale. Les humains, eux, à moins d’avoir d’excellents contacts – ma grande-tante infirmière a eu quelques passe-droit – doivent prendre leur mal en patience. Sans compter que la présence d’assurances privées – fortement encouragée via des crédit d’impôts aux États-Unis[17] – rend les gens insensibles aux prix de leurs traitements, ce qui fait exploser les couts[18]. Introduire un élément de privé pourrait très bien aider le système de santé, comme cela a été le cas en Allemagne[19].

 

Hydro-Québec, la plus sacrée des vaches dans la Belle Province, montre également la faiblesse d’une administration publique dans ce qui devrait être privé. La Société d’État a versé son premier dividende près de 20 ans après sa gigantesque nationalisation[20]. Aussi, elle a plus que doublé son nombre d’employés en 40 ans; elle a proportionnellement plus d’employés par clients que d’autres compagnies d’énergie comparables en Nouvelle-Angleterre. Mais « la population » peut se consoler d’avoir les plus bas tarifs en Amérique du Nord, plaidera-t-on. Oui, certes. Mais si HQ avait été une compagnie privée, elle aurait vite été accusée de concurrence déloyale. Deux poids, deux mesures. Privatiser HQ permettrait donc de payer le vrai prix de son électricité – et ainsi avoir un encouragement pour l’économiser – et même de se sortir de l’aumône fédérale nommée péréquation[21].

 

Enfin, en ce qui concerne « nos » ressources naturelles, elles sont mal exploitées (et certainement exploitées sauvagement, tel que dépeint par le manifeste) à cause du gouvernement. Dans le domaine forestier, les compagnies ne sont que locataires; elles ont donc intérêt à exploiter au maximum la terre avant que le bail n’échoit. Cet intérêt est attisé si le gouvernement décide de nationaliser une terre, comme ce fut le cas avec la Seigneurie du Triton[22]. Quant à d’autres ressources, comme l’uranium[23] et le gaz de schiste[24], des groupes de personnes se sont avancés et ont réussi à bloquer toute exploitation, grâce à la complicité du gouvernement qui a imposé des moratoires. Si on veut éliminer tout risque, on peut toujours revenir à l’âge de pierre : de la nourriture uniquement bio, de l’eau et de l’air purs, des animaux élevés en petits troupeaux, beaucoup d’exercice… et une espérance de vie de 30 ans. Sérieusement, en éloignant le gouvernement de l’exploitation des ressources naturelles, et surtout en améliorant les droits de propriété – le propriétaire d’une maison n’a pas droit aux ressources qui pourraient se trouver sous sa propriété –, on inciterait l’exploitation intelligente des ressources, car il est de l’intérêt du propriétaire d’une ressource quelconque d’en profiter le plus longtemps possible.

 

Ces pauvres femmes sans défense

 

Le dernier intérêt des membres de la CLASSÉ qui ressort est celui de défendre la veuve et l’orphelin (principalement la première). Selon leur manifeste, les femmes sont encore et toujours victimes de discrimination injuste, notamment par des emplois moins valorisés où elles sont majoritaires.

 

Je suis obligé de leur donner en partie raison sur ce point. Il est vrai qu’une infirmière ou une enseignante gagnent moins qu’un médecin… mais est-ce vraiment à cause du sexe? Nonobstant le fait que les femmes soient majoritaires dans les facultés de médecine[25], le médecin a généralement plus de tâches et de stress que l’infirmière (surtout s’il doit opérer). Sans compter, ne leur en déplaise, que la loi de l’offre et de la demande entre en jeu quand vient le temps de négocier un salaire. Même s’il n’y avait pas d’ordres professionnels, il y aurait toujours moins de médecins que d’infirmières parce que les études sont plus longues, et le métier nettement plus stressant; ils gagnent donc plus. Aussi, si tant de femmes se tournent encore vers l’enseignement, n’est-ce pas parce que leur absence en cas de grossesse ne les handicapera pas[26]?

Par ailleurs, il n’y a absolument rien, il me semble, qui empêche une femme d’étudier en chimie (comme ma sœur et quelques unes de ses amies) ou en génie (comme une cousine). Si elles ne sont pas assez représentées dans des domaines à majorité masculine, elles n’ont que leur désintérêt ou leur manque de volonté à blâmer.

 

En conclusion, le manifeste de la CLASSÉ peut se résumer à ce diction célèbre : « Si tu n’es pas socialiste à 20 ans, tu n’as pas de cœur; si tu n’es pas capitaliste à 40 ans, tu n’as pas de tête. » La plupart de ses membres sont très jeunes, et surtout ignorant du fonctionnement de la société. Espérons seulement qu’ils finiront par apprendre que l’argent ne pousse pas dans les arbres, que hausser les impôts et les dépenses publiques est contre-productif[27], que la charité à la pointe d’un fusil perd sa noblesse[28] et que tous les décrets 10-289[29] du monde ne peuvent absolument rien pour sauver l’économie. S’ils continuent de croire que le gouvernement est la solution et non le problème, alors Atlas risque de s’hyperventiler à force de voir le Léviathan étendre de plus en plus ses tentacules…



[14]  Rand, Ayn. Atlas Shrugged, p.323

[29]           Atlas Shrugged, p.538

Les temps sont durs pour les défenseurs du modèle québécois

En effet, Martin Coiteux, professeur d’économie aux HEC , a publié une étude qui démontre bien que non seulement il existe un écart important entre le Québec et les provinces les plus riches, mais que cet écart va en s’élargissant, alors que l’écart que nous avons avec les provinces plus pauvres s’amenuise.  C’est un triste constat qui confirme l’échec des politiques des 40 dernières années.

Le diagnostic

Le diagnostic que Martin Coiteux pose est peu reluisant. Il  résume en 4 points les causes:

  1. Le Québec est en train de se faire distancer par les provinces les plus riches et de se faire rattraper par les provinces les plus pauvres. Si cette tendance se maintient, le Québec sera bientôt la province la plus pauvre du Canada. Le tableau suivant illustre ce point.
  2. Le coût de la vie plus faible au Québec permet de compenser partiellement son écart avec les provinces les plus riches, mais celui-ci a commencé à rattraper celui des autres provinces, de telle façon qu’il compense de moins en moins. La tendance de l’appauvrissement des québécois s’accélèrera au fur et à mesure que l’écart de coût de la vie avec les autres provinces se rétrécira.  L’étude appuie ce point avec ce tableau.
  3. Non seulement est-ce que les québécois travaillent moins d’heures et pendant moins d’années, mais ils gagnent moins par heure travaillée que dans les autres provinces, ce qui est un grave symptôme des problèmes de notre système d’éducation (décrochage scolaire, trop de jeunes décrochant des diplômes dans des concentrations moins payantes où il y a moins de demande). Ce troisième tableau illustre les écarts avant impôts et transferts.
  4. Les québécois étant plus pauvres, ils payent moins d’impôt au fédéral et reçoivent plus de transferts personnels (à ne pas confondre  avec les transferts aux provinces) du gouvernement fédéral. Nous avons développé une dépendance dangereuse envers ces transferts qui ira en s’accentuant au fur et à mesure que nous nous appauvrissons. L’étude utilise ces graphiques pour illustrer les écarts avec l’Ontario et l’Alberta.

Conclusion

Contrairement à certains néo-jovialistes aux lunettes roses, je considère qu’il est inutile de se bercer d’illusions et que ce n’est pas une preuve d’amour pour le Québec que de nier l’évidence que le modèle social et économique que nous suivons depuis un demi-siècle ne fonctionne tout simplement pas. Plutôt que de nous rendre plus prospère, il ne fait que nous appauvrir. Pire encore, nous nous laissons bercer par le mirage que nous sommes riches alors que nous nous payons des conforts dont nous n’avons pas les moyens à crédit. Imaginez un père de famille qui dépense année après année plus d’argent qu’il ne doit et ne fait que les paiements minimum sur ses cartes de crédit. Est-ce un comportement responsable? En supposant qu’il serait possible à un père de famille de s’endetter de la sorte sans en subir les conséquences inévitables de la faillite, est-il éthique ou moral de vivre  au-dessus de ses moyens pour ne laisser qu’un amoncellement de dettes à ses successeurs?

Un récent sondage montre que les québécois sont majoritairement contre une hausse de l’âge de retraite de 65 à 67 ans. Dans ce déni de réalité, ils démontrent la même mentalité de protection des acquis que les grecs. La triste réalité est que nous prenons déjà notre retraite trop tôt alors que nous n’en avons absolument pas les moyens et la plupart d’entre-nous n’auront pas le choix que de retourner au travail pour arrondir nos fins de mois, si nous ne voulons pas nous retrouver dans un état de pauvreté extrême. Seuls quelques privilégiés auront droit à une retraite confortable, dans certains cas payée par ceux qui n’auront pas cette chance, les jeunes.

Ce n’est pas de haïr sa patrie que de poser un tel diagnostic et de vouloir y apporter une solution.  La haïr serait plutôt de faire le contraire et de la laisser dépérir à petit feu tout en se vautrant dans l’illusion que la finalité est d’être heureux comme peuple, alors que le « bonheur » et le « confort » dont nous jouissons a été acheté à crédit sur le dos de nos enfants. Nous devons rappeler constamment à nos politiciens leurs responsabilités par tous les moyens

Référence

L’étude complète

Les inconvénients de la redistribution de la richesse.

 

Selon le Conseil National du Bien-être Social, dans son rapport déposé cette semaine, nous pourrions sauver des millions en éradiquant la source de la pauvreté. Naturellement, il va sans dire que pour le Conseil, ça passe par une plus grande redistribution de la richesse. Le Conseil veut que nous considérions ça comme un « investissement » et que cet investissement nous économisera de l’argent à la longue.

Malheureusement, ça ne fonctionnera pas. La raison la plus évidente est que la pauvreté est une condition relative et que tant et aussi longtemps qu’il existera des disparités de revenus dans la société, il y aura des gens qui seront relativement riches et d’autres que seront relativement pauvres. Il est donc illusoire de penser que nous puissions éradiquer la pauvreté, à moins de vouloir suivre le modèle économique de la Corée du Nord et encore, nous ne serions pas égaux dans la richesse, mais égaux dans la misère.

Une autre raison est que pour une majeure partie des gens, la pauvreté est une phase transitoire. La plupart des « pauvres » ne le restent pas toute leur vie. Ils finissent par s’enrichir, puisque la grande majorité des gens faisant partie du quintile le plus pauvre de la population dont des jeunes, des étudiants et des nouveaux immigrants qui se joignent au marché du travail en quête de leur premier emploi et que lorsqu’ils en ont trouvé un et acquièrent de l’expérience, leurs revenus augmentent. Ils n’ont donc pas réellement besoin d’aide.

Finalement, contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, nos programmes sociaux sont loin « d’éradiquer » la pauvreté. Au contraire, ils engendrent de la pauvreté et la cultivent. Voici quelques raisons:

  1. Les taxes récoltées pour financer nos programmes sociaux découragent le travail et la création de richesse. À quoi bon travailler plus si la moitié du surplus qu’on fait nous est retiré en taxes de toutes sortes. Puisque nous travaillons moins que nous ne le ferions autrement, nous produisons moins de biens et services et la société entière est appauvrie.
  2. Les transferts de richesse découragent les bénéficiaires à se trouver du travail ou se perfectionner pour améliorer leur sort. Si vous diminuez le coût de ne pas travailler, vous réduisez l’incitatif au travail et aussi à la quête de perfectionnement qui est la clef de la mobilité sociale.
  3. Les bénéficiaires des transferts deviennent également plus dépendants de l’aide gouvernementale et moins aptes à s’aider eux-mêmes.
  4. Les bénéficiaires de l’aide, quand celle-ci persiste trop longtemps, donnent le mauvais exemple aux autres membres de leur famille, en particulier leurs enfants, qui voient qu’il est possible de subsister sans travailler, créant une culture de dépendance.
  5. Puisque les paiements sont inégaux pour divers groupes de bénéficiaires, il se crée du ressentiment et une compétition malsaine entre ces groupes. Ainsi, les jeunes reçoivent beaucoup moins que les plus vieux, par exemple.
  6. S’il existe des tensions entre divers groupes de bénéficiaires des largesses de l’État, il en existe de même entre les différents groupes de contribuables. Ainsi, les contribuables plus jeunes seront révoltés d’apprendre que tout ce qu’ils paient au régime des rentes va presque directement dans les poches des plus vieux et qu’ils auront à payer beaucoup plus leur vie durant pour avoir droit aux mêmes prestations que leurs parents ou leurs grand-parents, qui sont pourtant plus riches qu’eux.
  7. Le résultat des deux derniers points est une fracture de plus prononcée des liens communautaires pour être replacée par un affrontement de groupes d’intérêts.
  8. Anciennement, il existait de nombreux groupes communautaires dont le but était d’aider les moins fortunés à réacquérir leur indépendance. Maintenant que le gouvernement s’en charge, ces groupes ont graduellement disparu pour être remplacés par une enveloppe et un chèque, mais aucune aide morale.
  9. Il en est de même pour les organisme de charité privés qui reçoivent de moins en moins de dons, plus le gouvernement s’ingère.
  10. Plus les gens abandonnent les organismes de charité et de bienfaisance communautaires et se fient au gouvernement et plus ils deviennent aptes à accepter des ingérences futures, augmentant d’autant plus la dépendance.
  11. Le haut niveau et la complexité de la taxation engendrent des coûts astronomiques juste pour se conformer aux lois de l’impôt, par exemple. Les gens doivent engager des comptables et des fiscalistes pour s’y retrouver. Toutes ces ressources ne sont pas utilisées à produire des biens et services qui ont une valeur pour les consommateurs et par conséquent, la société en est encore appauvrie.
  12. Autant les contribuables doivent mobiliser des ressources pour s’éviter de payer trop de taxes et se conformer aux lois trop complexes, autant les bénéficiaires doivent également mobiliser des ressources, organiser des groupes de pression, etc. afin de maintenir ou augmenter ce qu’ils reçoivent. Ces ressources ne sont pas engagées à la production et par conséquent, cette richesse est également perdue par la société.

Je pourrais certainement continuer à vous réciter d’autres coûts sociaux d’une distribution de la richesse excessive, mais je préfère vous épargner une longue litanie. Suffise de dire que ces coûts excèdent largement leurs bénéfices. Au final, les seuls qui y gagnent au change sont les politiciens et bureaucrates.