Archives du mot-clé plan nord

Parti libéral : la trahison du libéralisme

 

Par Pierre-Guy Veer

Des élections auront lieu d’ici peu. Les nombreux partis officiellement reconnus solliciteront de toute part votre vote. Parmi ceux-ci se retrouve le Parti libéral de Jean Charest. Après neuf années au pouvoir, plusieurs personnes affirment dans les médias que le PLQ souffre de l’usure du pouvoir. C’est en parti vrai, puisque le programme[1] ne propose que du réchauffé, en plus de ne pas vraiment se distinguer des autres partis.

En effet, le langage du programme trahit les intentions collectivistes du Parti « libéral » : « nous avons créé des emplois », « pour le Québec », « unir nos efforts », etc. Ces mots devraient suffire pour convaincre quiconque connait le moindrement l’économie que le PLQ n’est PAS néolibéral. Au risque de me répéter[2], le « nous » en politique n’existe pas dans une société libérale (classique). Quand quelque chose est entrepris, c’est par les individus ou par un groupe d’individus qui s’unissent consensuellement. Un « nous » utilisé par le gouvernement implique toujours des débordements.

Une vision rose de l’économie

 

Ces débordements sont particulièrement évidents dans l’économie. Un gouvernement peut effectivement créer 250 000 emplois bruts, mais ça ne sera fort probablement pas 250 000 emplois nets. Considérant l’absence (ou le peu) de revenus autonomes d’un gouvernement, ce dernier doit donc les prendre de force avec les impôts et les taxes. Ceci diminue la richesse des contribuables, et donc les possibilités d’investissements, pierre d’assise de la richesse moderne et donc de l’emploi. On pénalise ainsi les meilleurs et empêche peut-être même des entreprises de se créer[3].

 

Ce manque qu’on ne voit pas passe encore plus inaperçu si on ne s’attarde qu’aux chiffres du chômage. Comme le jovialiste en chef du Québec, Jean-François Lisée, Jean Charest se vante que le Québec est meilleur qu’en Ontario ou aux États-Unis. Mais comme Lisée, Charest oublie de mentionner que le Québec est en milieu de peloton au niveau canadien pour le chômage, loin derrière l’Alberta et la Saskatchewan. Aussi oublie-t-il de mentionner que le taux d’activité de la main-d’œuvre – les personnes de 15 à 64 ans se cherchant activement un emploi – est au 7e rang canadien, derrière l’Ile-du-Prince-Édouard et à peine devant la Nouvelle-Écosse. Si le Québec avait un taux d’activité semblable à celui de l’Alberta (73,3% et non 64,5%), il y aurait donc près de 590 000 personne d’incluse, ce qui augmenterait le chômage à 21%.

 

Toujours dans la série vision sélective des choses, on affirme que le niveau de vie au Québec a augmenté plus vite qu’en Ontario ou aux États-Unis. Même si c’est vrai, il reste que la « compétition » a toujours un niveau de vie plus élevé que le Québec[4]. Idem pour le taux de pauvreté; en fait, le PLQ nous ment carrément avec seulement deux comparatifs, même si c’est seulement un an avant leurs prétentions[5].

 

Un gouvernement paternaliste

 

En plus de dire n’importe quoi sur ses « réalisations », le PLQ aime faire accroire qu’il a grandement aidé les entreprises, notamment en aidant la recherche et l’innovation, et en promettant d’aider les entreprises à s’étendre à l’étranger tout en bloquant les offres d’achat « hostiles », de favoriser le transfert d’entreprises familiale, de rechercher agressivement (mot actuel du programme) des investisseurs étrangers et de favoriser les domaines d’excellence.

 

Dans chacun des cas, l’aide gouvernementale est au mieux inutile. Je me répète, mais les politiciens refusent de comprendre : si un entrepreneur estime qu’il est de son avantage d’investir dans la recherche ou d’étendre son marché à l’étranger, il le fera. Sinon, Bombardier n’aurait pas fait long feu malgré toutes les subventions accordées. Idem pour l’innovation : c’est non seulement dans l’intérêt de l’entrepreneur de le faire, mais c’est même vital. S’il n’innove pas, il est condamné à périr, à moins que le gouvernement ne soit derrière lui pour empêcher qu’il ne perde sa position privilégiée avec la taxation[6]. Donc, si le secteur manufacturier veut survivre et se développer, il doit rivaliser d’imagination. Il doit également recevoir « l’aide » du gouvernement pour qu’il réforme les lois du travail et enlève du pouvoir aux syndicats, principal boulet de l’industrie[7].

 

Pour ce qui est du développement des domaines « d’excellence », ce n’est pas au gouvernement à décider quels sont-ils. L’excellence s’acquiert avec le temps et la réputation. Forcer le développement via l’aide gouvernementale empêche justement le développement « durable » de domaines d’excellence. Car une fois que l’aide se retire, l’entreprise se retrouve généralement devant rien et demande la mamelle de l’État, encore une fois. Ce n’est pas au gouvernement non plus de décider si une offre d’achat est bonne ou non. À moins qu’il ne m’en manque des bouts sur le monde des affaires, une compagnie n’est pas obligée d’accepter une offre d’achat, fût-elle au pied du mur. D’ailleurs, n’est-il pas paradoxal que ce même gouvernement veuille aussi encourager les entreprises québécoises à acquérir à l’étranger? Étranger d’ailleurs que l’on veut d’ailleurs fortement inciter à investir au Québec…

 

Une facilitation artificielle

 

Question de bien coordonner les investissements du gouvernement libéral, ce dernier propose de coordonner le marché de travail en conséquence.

Il propose notamment de créer de la formation à distance pour bien combler les besoins de son plan Nord. L’idée même de ce plan ne tient pas la route. Si les ressources du Grand Nord sont si merveilleuses, des entrepreneurs prendraient le risque d’y aller. Même si on admettait une participation du gouvernement comme le supposait Adam Smith, pour construire les routes notamment, ces dernières devraient néanmoins s’autofinancer. Présentement, le PLQ projette de construire à grand frais des infrastructures pour des projets qui ne semblent même pas s’être concrétisés. Bref, on nationalise les pertes et privatise les profits.

D’un point de vue plus général maintenant, le PLQ propose diverses mesures pour réinsérer les gens sur le marché du travail ou les y garder, s’ils sont plus vieux. Comme toujours, ces mesures sont au mieux inutiles. Avant de donner un incitatif aux jeunes de 21 ans et moins pour qu’ils reviennent sur le marché du travail, pourrait-on se questionner à savoir pourquoi ils reçoivent de l’aide sociale? Ce programme ne devrait même pas exister. Il encourage les gens type Bougon et pénalise les familles qui ont décidé de se retrousser les manches et se priver pour leurs enfants, comme l’ont fait mes parents pendant longtemps. Si les gens veulent recevoir de l’argent durant leurs période de chômage, qu’ils épargnent – quoi que présentement, c’est peu avantageux (mais ça, c’est un autre sujet). Aussi, pourquoi vise-t-on les personnes seules pour les réintégrer sur le marché du travail? Ont-elles tendance à profiter du BS plus que les autres?

Et que dire de ces mesures pour maintenir les travailleurs dits expérimentés (55 ans et plus) actifs? L’idée est bonne, mais pourquoi le gouvernement devrai intervenir pour qu’ils continuent à travailler? Peut-être qu’en abolissant certains avantages de la retraite (RRQ, régime de retraites « volontaires » obligatoires), les travailleurs continueraient leur emploi jusqu’à ce qu’ils ne puissent vraiment plus le faire. Mon grand-père a été policier à Ste-Foy et a pris sa retraite à 55 ans. Jusqu’à sa mort environ 20 ans plus tard, il semblait encore pétant de santé; n’aurait-il pas pu travailler, même moins intensément?

Il ne faut pas oublier non plus de nouvelles mesures pour faire venir les « bons » immigrants, ceux qui occupent des professions en demande à court terme selon des évaluations annuelles d’Emploi-Québec. Dans un monde libertarien – comme c’était relativement le cas avant la Première Guerre mondiale –, les gens étaient libres d’émigrer vers un autre pays. C’est ce qui a permis à l’Ouest du Canada et aux États-Unis de se peupler rapidement. Et l’immigration continuait jusqu’à ce que les perspectives dans un pays n’en vaillent plus la peine. Mais dans le monde libéral, c’est le gouvernement qui décide du type de personne à venir au pays. Le contrôle est tel qu’on veut même donner plus de « points » aux gens ayant 1) une offre d’emploi définitive et 2) qui veulent aller « en région ». Je n’ai rien contre la Gaspésie, mais serait-ce le premier choix d’un immigrant africain ou asiatique?

Enfin, le gouvernement accorderait des crédits d’impôts aux entreprises qui offriraient des services de garde. Comme toute autre projet d’intervention gouvernementale, celui-ci est inutile. Si une entreprise juge qu’il est dans son avantage d’en offrir, elle le fera.

Pour nuire au développement du Grand Nord

 

Pour en revenir au plan Nord, le PLQ annonce une panoplie de mesures pour ce projet démesuré et nuisible. Oui, nuisible : on propose de fermer complètement à toute activité industrielle 600 000 km2 de territoire, soit 39% du territoire total de la province et 50% du territoire du Grand Nord. L’intention est noble, certes, mais le moyen est ridicule. En fermant complètement l’exploitation des ressources qui s’y trouvent (ou pourraient s’y trouver), on ne verra pas la création d’industries créatrices de richesse. D’ailleurs, le meilleur moyen de protéger une ressource demeure sa privatisation, comme je l’ai déjà expliqué[8].

 

Aussi, toutes les énergies mises de l’avant pour développer le Nord avec ce plan ne sont qu’une tentative simpliste de dirigisme économique. Au risque de me répéter : ce n’est pas au gouvernement d’investir dans quelque développement économique que ce soit. D’ailleurs, si l’on se fie au programme du PLQ, chaque emploi coutera 160 000$… Et toujours selon le programme, on se vante d’exiger 28% plus de redevances que les autres provinces. Un autre clou dans la thèse du néolibéralisme de ce parti.

 

Ce dirigisme se transportera jusque dans l’éducation, où l’on créera un réseau universitaire pour le Grand Nord afin que ses habitants n’aient pas à se déplacer. Dans un monde libertarien, il y aurait des universités là où il y aurait une demande. Ainsi, si Rouyn-Noranda ni Natashquan n’ont d’université, c’est que ça ne serait pas rentable. Mais dans le monde libéral, surtout au Québec, on tient à « occuper le territoire ». Considérant les déficits constants des universités, on peut fortement douter de leur rentabilité[9]. De plus, si le Plan Nord offre de si bonnes perspectives, les universités vont se concurrencer pour offrir les programmes en conséquence.

 

Le dirigisme sera même présent dans l’industrie du bois. Et comme pour le plan Nord, ce n’est pas bon marché : 250 000$ par emploi « sauvé » dans la forêt. Évidemment, on ne parlera pas des autres emplois perdus ou non créés à cause de ce gaspillage éhonté dans une ressource qui, apparemment, ne passe pas l’épreuve des marchés. Car si elle l’avait fait – que ce soit pour les pâtes et papier, la biomasse ou la chimie « verte » – elle n’aurait pas « besoin » d’une béquille publique.

 

Pour nuire à toutes les régions

Ce même dirigisme se retrouve dans le développement des nombreuses régions du Québec, à commencer par la région de Québec. Après de très nombreux investissements couteux (Centre de foires, Centre des congrès) et inutiles – sans les subventions, qui comptent pour près de 70% du budget, le Musée national des beaux-arts ferait vite faillite[10] –, un gouvernement libéral s’engage à dépenser 330M$ de plus pour la région pour diverses infrastructures. Infrastructures qui se développeraient seules s’il y avait une demande (comme l’anneau de patinage couvert) et qui couteraient sans doute bien moins cher.

La même logique s’applique pour Montréal. En plus des nombreux dépassements de couts[11], les « investissements » qu’on y fait en infrastructures sont à la mauvaise place. En effet, la Place des arts affirme que 85% de ses revenus sont autonomes[12]; pourquoi n’est-elle pas capable de financer l’OSM seule? Aussi, ce n’est pas à un gouvernement (provincial, du moins) de souligner l’anniversaire d’une ville, si importante soit-elle et peu importe si ça coïncide avec d’autres évènements historiques importants. Non plus est-ce la responsabilité de quelque gouvernement que ce soit de dépenser autant d’argent pour le transport en commun. Comme toute chose, s’il y a un potentiel de faire du profit, le privé s’en occupe. D’ailleurs, avant la venue de la STM, les couts d’opération du transport en commun à Montréal étaient très bas[13].

Les « régions » non plus n’ont pas besoin d’aide pour développer leurs attraits. Si les propriétaires des infrastructures (hôtels et autres attractions) n’ont pas rénové/bien développé leur propriété, c’est qu’ils jugeaient le tout inutile ou trop couteux. Une subvention risque de gonfler la demande pour des deniers publics et ainsi augmenter encore plus les subventions dans le futur, tout comme c’est le cas avec la culture. Oh, il y a eu des films magistraux de réalisateurs québécois, mais plusieurs – Angélo, Fredo et Roméo, Les Dangereux, Laurence Anyways – n’auraient pas fait leurs frais sans subventions. Et peu importe le nombre d’emplois générés par la culture; creuser un trou à la cuillère et le remplir génèrerait aussi beaucoup d’emplois…

Pour nuire aux familles

La nuisance d’un futur gouvernement libéral ira jusque dans les familles. Comme si elles ne payaient déjà pas assez pour l’assurance parentale[14] et pour les garderies[15], voilà que le PLQ veut à peine indexer le cout des CPE. Qu’il les abolisse; ce n’est pas à l’État de fournir des services de garde.

Ce n’est pas à lui non plus d’encourager les parents à vivre avec leurs enfants ou d’offrir des crédits d’impôts pour les aidants naturels. Oui, ces actions peuvent permettre au système public de respirer… mais pourquoi y a-t-il un système public pour commencer? Ce trou sans fond qu’est la santé s’accaparera bientôt 50% du budget.

Pour nuire au système de santé

Et ce n’est certainement pas avec la panoplie de mesures proposées que les dépenses vont diminuer. Augmenter l’âge permis pour les soins dentaires « gratuits » ou tenter de planifier le transport d’urgence des patients (par air ou par terre) sera couteux et risque fortement de rencontrer de la résistance des spécialistes concernés. Même sans cartélisation de leurs professions, ils auraient pleinement le droit de refuser d’avoir à faire avec la bureaucratie publique, un monstre sans pareil[16].

Quant aux autres mesures – télésanté, listes d’attente comparées, améliorer les CHSLD –, elles ont du bon, je l’avoue. Mais comme c’est géré par le gouvernement, tout ira tout croche. L’informatisation des dossiers des patients dépasse déjà largement les couts initiaux[17]; une grande partie des listes d’attente pour voir un médecin est le résultat de l’étatisation des soins, et donc de leur rationnement pour contrôler les couts; et les CHSLD, s’ils étaient privés, auraient vite fermé leurs portes. Mais comme c’est gouvernemental, les gens semblent préférer regarder ailleurs[18]

Pour nuire à l’éducation

Comme si l’emprise de l’État en santé n’était pas suffisante, elle s’étendra encore plus sur l’éducation. Il y a d’abord cette mesure hyper opportuniste de donner 100$ non imposable aux parents pour aider à l’achat de matériel scolaire. Il fallait bien attendre les élections pour annoncer qu’on allait pouvoir acheter le matériel scolaire des enfants avec l’argent des autres…

Il y a également cette volonté de généraliser l’offre d’un cours de sensibilisation à l’entrepreneuriat, car le PLQ affirme que « le Québec est reconnu pour sa fibre entrepreneuriale. » Heu, non; c’est même le contraire[19]. Si le gouvernement veut vraiment aider les entrepreneurs en devenir, qu’il diminue la réglementation étouffante[20] et liberticide comme la loi 101 – par chance, le PLQ ne veut pas étendre sa portée – de même que les taxes et impôts. La mentalité « québécoise » de méfiance de la richesse[21] doit aussi changer. Mais ce n’est pas demain la veille que ça changera. Les utopies socialistes ont tellement pris le dessus que les libertariens devront faire de même s’ils veulent que leurs idées soient considérées[22]. Mais avec le PLQ, ça n’arrivera pas de sitôt.

Le parti à Jean Charest propose d’autres mesures nuisibles à l’éducation comme l’aide au devoir, le bénévolat « imposé » et l’augmentation de l’accessibilité aux études. Oui, ces mesures sont nuisibles : ce n’est pas au gouvernement de prendre l’argent des autres pour aider les élèves – les parents peuvent le faire ou, s’ils ne peuvent/veulent pas, demander de l’aide –; imposer du bénévolat ne peut que tanner les futurs citoyens de la chose, et ainsi garder le taux encore plus bas[23]. Toutefois, je dois admettre que la hausse des frais de scolarité (qui est conjointe avec l’augmentation des prêts et bourses) est une bonne idée… d’un point de vue étatiste (représenté par les carrés verts). Si le PLQ était « vraiment » libéral, alors ce serait un parti pas-de-carré, i.e. pour l’abolition pure et simple du ministère de l’Éducation. Cette institution standardise l’enseignement comme cela se faisait quand l’Allemagne était un pays autoritaire[24]. Ainsi, on ne laisse pas du tout place au développement de génies.

Pour nuire à l’environnement (et aux gens)

 

Un programme de parti politique au Québec ne serait pas complet sans une trainée de mesures pour contre le réchauffement/changement/dérangement climatique supposément catastrophique et anthropique. Et comme le PLQ a été au pouvoir longtemps, il a plusieurs « réalisations » dans ce domaine.

 

Il a notamment amendé la Charte des droits et liberté de la personne pour qu’un environnement sain soit un droit. Mais on ne mentionne évidemment pas que pour se faire, les droits de propriété doivent être respectés, ce qui n’est pas le cas – il semble être très facile d’exproprier quelqu’un[25]. Il a aussi calqué plusieurs mesures de luttes aux gaz à effet de serre (si tant c’est nécessaire) sur la Californie. Considérant l’état catastrophique des finances de cette juridiction[26] et les dépassements de couts à faire rougir les concepteurs du Stade olympique[27], les politiciens québécois savent donc à quoi s’attendre s’ils continuent de tricher le marché en subventionnant à fond des secteurs visiblement incapables de survivre par eux-mêmes.

 

Cela explique sans doute pourquoi il y a un nouveau crédit d’impôt pour la rénovation « verte » des maisons. En plus d’utiliser les mêmes vieux sophismes économiques – ça va « stimuler » l’économie –, on tente de changer le comportement des gens alors qu’ils le feraient eux-mêmes s’ils jugeaient que c’était rentable de le faire. Idem pour les véhicules électriques : considérant leur échec lamentable jusqu’à présent, avec la Leaf[28] ou la Volt[29], un « investissement » public pour des bornes de chargement ne sera qu’un vulgaire gaspillage d’argent.

 

En conclusion, le maintien au pouvoir du PLQ ne serait pas une bonne nouvelle pour la Belle province. On continuerait de saupoudrer l’argent des autres à gauche et à droite, laissant ainsi l’économie stagner puisque les gens ne peuvent pas profiter pleinement des fruits de leur travail. Toutefois – je n’aurais jamais cru dire ça –, le PLQ est mieux que le PQ car il ne veut pas restreindre encore plus nos droits avec la loi 101. Néanmoins, ne vous attendez pas à des changements radicaux si Jean Charest demeure Premier ministre.




[3]    Mises, Ludwig Von. « Human Action : A Treatise on Economics » Institut Ludwig Von Mises, Auburn, Alabama, 1998, p.802

[6]    Human Action, p.805

[22]  Hayek, F.A. The Intellectuals and Socialism, University of Chicago, 1949, p.22

Mathieu Roy: Le spectre de Malthus…

Aussi incroyable que cela puisse l’être, en 2011, un type peut se présenter sur le plateau d’un des émissions les plus regardées au Québec (Tout le Monde en Parle), affirmer (sans rire) que le progrès est une mauvaise chose et menace la survie de notre civilization tout en se faisant applaudir à tout rompre et encenser par l’animateur! Dès le départ, le ton de Guy A. Lepage nous annonce que l’entrevue ne sera pas critique. Il ne lui posa aucune question cherchant à nuancer la thèse du documentaire.

Je propose ici de ramener un peu de bon sens dans tout cela. Notez cependant que je n’ai toujours pas vu le film en question.

Roy se dit contre « l’idéologie de la croissance sans fin » et la surconsommation. Pour lui, « la consommation est un mal ».

Il oublie que le niveau de vie et la consommation sont intrinsèquement lié. Peut-être que Roy pense qu’un cellulaire ou une télé haute-définition sont des objets inutiles dont on pourrait se passer, mais il n’en demeure pas moins que ces objets améliorent notre niveau de vie. La croissance n’est pas sans fin. En fait, la population de la terre se régule d’elle-même et sa croissance est présentement en ralentissement.

D’ailleurs, une croissance économique positive ne signifie pas nécessairement que nous consommons plus de ressources ou que la population augmente. La croissance économique provient aussi de l’amélioration de la productivité grâce au développement. Même lorsque la population et la consommation d’énergie seront en décroissance (c’est déjà le cas dans les pays de l’OCDE), nous continuerons de voir notre niveau de vie s’améliorer constamment (c’est ce que nous observons).
En fait, si Mathieu Roy souhaite la simplicité volontaire, qu’il la pratique. Les choix de consommation sont des choix individuels. Qui est-il pour prétendre que je surconsomme? Ceci étant dit, les gouvernements nous orientent vers la surconsommation car ils veulent que leurs revenus fiscaux augmentent. Ainsi, ils subventionnent l’exploitation des ressources naturelles (e.g. le Plan Nord) et poussent la population à s’endetter pour consommer en abaissant les taux d’intérêt. Ils subventionnent les naissances pour contrer le vieillissement de la population. D’ailleurs, les déficits chroniques des gouvernements montrent que ce sont eux qui surconsomment et ils utilisent la création de monnaie pour financer leurs excès.

Ensuite, Roy va même jusqu’à affirmer que le Printemps Arabe représente un indice de l’indignation du peuple face au système actuel. Je lui rappellerais que ces révoltent ont débuté par l’immolation d’un marchand harcelé par les sbires d’un gouvernement autocratique et corrompu. Les Arabes veulent plus de liberté pour s’épanouir économiquement et atteindre le niveau de vie (et de consommation) des occidentaux. Ça ne va pas vraiment dans le sens de la thèse de son documentaire…

Les prix de la nourriture ont aussi engendré des révoltes populaires, mais encore là, la politique monétaire des grandes banques centrales y est pour quelque chose (voir ceci), tout comme les subventions gouvernementales sur l’éthanol de maïs.

Par la suite, Roy affirme que le Québec devrait imiter la Norvège et investir les redevances provenant de l’exploitation des ressources naturelles dans un fonds pour les générations futures. Puis-je signaler à ce pseudo-intellectuel que nous en avons déjà un: le Fonds des Générations! L’Alberta en a un aussi en passant (voir ceci).

Concernant l’Afrique, Roy affirme que « les banques occidentales enchaînent ces pays avec de la dette pour pouvoir mieux exploiter leurs ressources naturelles et alimenter notre surconsommation ». Premièrement, le FMI n’est pas une banque occidentale, c’est une coalition de gouvernements. C’est bien différent et c’est pour cette raison que moi non plus je n’aime pas le FMI. Deuxièmement, il a raison de souligner que le FMI « prête » de l’argent à des dirigeants corrompus, ce qui contribue à les garder au pouvoir. C’est pourquoi je m’oppose à l’aide internationale, mais ce n’est pas le cas de la gauche… Troisièmement, le problème de ces pays n’est pas qu’ils nous vendent des ressources naturelles, mais bien qu’ils sont incapables d’instaurer un État de droit protégeant adéquatement les droits de propriété, ce qui favoriserait l’essor économique et la création d’entreprises. Ainsi, ils pourraient peut-être nous vendre des cellulaires plutôt que de nous vendre seulement les métaux qu’ils contiennent (c’est ce que les Tigres Asiatiques sont arrivés à faire grâce à la liberté économique).

Il n’en fallait pas plus pour que Denise Robert saute dans la mêlée avec un argument sur l’obsolescence programmée! Selon elle, il est présentement impossible de trouver quelqu’un pour réparer son grille-pain lorsqu’il se brise. Donc, on le jette et on en rachète un autre. Mais dîtes-moi Madame Robert, quel prix seriez-vous prête à payer pour faire réparer votre grille-pain, en sachant que vous pourriez en acheter un neuf pour $50, au goût du jour et frais sorti de sa boîte? Disons $15. En supposant que le réparateur mette une heure à réparer le grille-pain et que ses coûts d’opération (loyer, pièces, fournitures, électricité, etc) représentent 50% de ses revenus, ça lui fait un profit net de $7.50! Est-ce que Madame Robert serait prête à travailler pour $7.50 de l’heure? Non! Et pas grand monde au Québec non plus. Ce que cet exemple démontre est que la valeur de notre temps de travail est si élevée et celle des matières premières si basse qu’il n’est pas justifié de gaspiller du temps à réparer un vieux grille-pain brisé plutôt que d’en acheter un neuf. C’est un signe de richesse. Lorsque les matières premières deviendront réellement rares, leur prix augmentera et à ce moment il deviendra plus avantageux de réparer plutôt que de jeter.

Ainsi, selon Mathieu Roy, l’excès de progrès menace notre civilisation (sic). Il mentionne s’inspirer de l’histoire pour affirmer cela. Un exemple? En voici un savoureux. Lorsque l’homme préhistorique arrive à tuer deux mammouths en une semaine plutôt qu’un seul, c’est un progrès. Mais lorsqu’il arrive à tuer un troupeau entier en les amenant à se jeter en bas d’une falaise, c’est un « trop grand progrès qui menace sa survie« , car les mammouths deviendront rare. Wow! Quelle éloquence. C’est plutôt une démonstration du syndrome de la tragédie des biens communs, qui montre que lorsque personne n’est propriétaire d’une ressource, elle risque d’être gaspillée. Lorsque les ressources sont la propriété de quelqu’un et qu’elles peuvent être transigées, le prix assure que la ressource ne soit pas gaspillée et indique le niveau de rareté de celle-ci. Qu’en est-il des prix des ressources? Comme le démontre le graphique ci-bas, ceux-ci sont sur une tendance baissière depuis fort longtemps. En fait, les ressources exploitables sont de moins en moins rare en raison de l’amélioration de nos technologies.

Autre exemple mentionné par Roy: les Sumériens seraient disparus à cause de l’épuisement de leurs ressources. C’est faux. Les Sumériens sont disparus parce qu’ils ont été conquis militairement. Leur territoire était particulièrement difficile à défendre.

Concernant les leçons historiques, permettez-moi de lui en adresser une à ce cher Mathieu Roy; celle de l’économiste britannique du 18e siècle Thomas Malthus. Malthus croyait que la terre n’avait pas suffisamment de ressources naturelles pour supporter plus de 1 milliard d’individus. L’erreur de Malthus a été de grandement sous-estimer le développement technologique et la capacité d’adaptation d’une économie libre. En 1968, l’auteur de l’ouvrage The Population Bomb, Paul Ehrlich, déclarait que la croissance de la population mondiale engendrerait des famines massives au cours des années 70 et 80. (voir ceci). En 1968, le Club de Rome arrivait à la conclusion que les réserves connues de pétrole seraient épuisées dès 1992. Sans même tenir compte des sables bitumineux, les réserves prouvées de pétrole ont augmenté de 46,7 % entre 1992 et 2010 (voir ceci).

En bref, la plupart des disciples de Malthus ont été ridiculisés au cours de l’histoire et Mathieu Roy ne fera pas exception à la règle. Son discours sensationnaliste et populiste fera vendre, mais il n’en demeure pas moins qu’il est complètement ignorant du fonctionnement d’une économie.

Plus récemment, le professeur Vaclav Smil de l’Université du Manitoba  (ayant participé au film) nous dit qu’il y aurait aujourd’hui 5 milliards d’être humains dont la satisfaction des besoins pourrait épuiser toutes les ressources et rendre la terre invivable, à moins que nous limitions nous-mêmes notre consommation d’énergie et de ressources. Comme le mentionne sarcastiquement Pierre Duhamel dans sa critique de Mathieu Roy, il faudrait qu’on s’appauvrisse pour permettre aux autres de s’enrichir. C’est d’ailleurs une solution proposée par Mathieu Roy: la simplicité volontaire (et éventuellement imposée). Comme dirait Peter Mcleod: « c’est de l’élevage de mongoles! » (mes excuses aux habitants de la Mongolie, il n’est pas question de vous ici).

Maintenant, pour être « fair » avec le documentariste, on pourrait affirmer que Roy n’est pas contre le progrès, mais plutôt contre « l’excès de progrès » (sic). Roy ne réalise pas que c’est le progrès qui permet de développer des technologies plus efficaces et, par conséquent, moins polluantes. Que c’est le progrès qui permet de créer la richesse nécessaire à financer ces avancées. Il ne peut y avoir d’excès de progrès, c’est un non-sens.

Finalement, Roy ne réalise pas que presque tous les problèmes environnementaux peuvent être résolus par une bonne définition et protection des droits de propriété. C’est plutôt pour cela qu’il devrait militer plutôt que de lutter contre le progrès!

Pour des lectures complémentaires, voir ceci, ceci et ceci. Par ailleurs, je vous conseille fortement de visionner l’excellent vidéo ci-bas au sujet du mythe de la surpopulation (il y a plusieurs parties).


Le Mythe de la Surpopulation Mondiale by tchels0o