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Des élections provinciales ce printemps?

Par Charles-Étienne Bélisle

Les signes ne mentent pas, Jean Charest sera de la prochaine élection. Le lancement de son Plan Nord, l’annonce de la hausse du salaire minimum et ses critiques virulentes envers la Coalition avenir Québec de François Legault. Or, même si les libéraux traînent de la patte dans les sondages, il ne faut pas les tenir pour morts. Ils ont plus d’un tour dans leur sac. Et surtout, c’est eux qui décident du moment du déclenchement des élections, ce qui leur donne un avantage marqué. On peut se plaindre pendant des heures du principe plus ou moins démocratique de l’exercice, mais malheureusement, ça ne changera pas la réalité, du moins pour le moment.

Jean Charest a donc dans sa tête deux scénarios en vue des élections, qui comportent à la fois des avantages et des désavantages. Il est difficile de déterminer pour l’instant son choix avec certitude.

Élections au printemps?

En prenant de court la Coalition avenir Québec, encore peu organisée et aux prises avec de la drogue dans les rangs de la possible ex-ADQ, Jean Charest s’assure d’avoir un avantage. De plus, il ne donne pas le temps au PQ d’aller chercher Gilles Duceppe, probable successeur de Pauline Marois. Il ne faut pas perdre de vue la Commission sur la construction, qui n’aura toujours pas commencé.

Par contre, si les sondages demeurent très favorables à la troupe de François Legault, c’est-à-dire autour de 40 %, Jean Charest ne sera pas tenté de se jeter dans la gueule du loup. Il pourrait attendre à l’automne, peut-être même au printemps prochain, s’il voit que la CAQ maintient la faveur populaire.

Que dire de l’automne?

Le premier ministre déclenchera des élections à l’automne s’il sent ou espère que la CAQ s’essoufle, ou que Pauline Marois quitte le navire péquiste pour se consacrer à ses terres charlevoisiennes. Quant à la commission, elle n’aura pas fait tellement de dégâts, car elle doit s’organiser, filtrer les témoins, écouter des témoignages en huit clos, puis viendra le temps du spectacle en public, qui pourrait n’être qu’en 2013. De plus, les conclusions ne viendront qu’en 2015, qui pourrait être rendu au mi-mandat du prochain gouvernement. Autant dire que Jean Charest n’est pas trop pressé. En outre, le « grand bâtisseur » a besoin d’une session parlementaire pour démolir l’équipe Legault, comme il l’a fait avec succès dans les cas d’André Boisclair, de Mario Dumont et de Pauline Marois. Il aura certes l’avantage de pouvoir dénigrer François Legault à chaque question, ce dernier étant chef de l’opposition officielle auprès des médias et des sondages, sans toutefois avoir une grosse équipe à l’Assemblée nationale. Même si la Coalition ratisse large en oeillant des ténors fédéralistes, elle ne compte pour l’instant que des péquistes et des adéquistes, ce qui facilitera le travail de Jean Charest.

Je penche donc plus pour des élections à la fin de la présente année, sauf évidemment si la Coalition avenir Québec plonge, ou si Pauline Marois quitte la vie politique.

Les indignés de Québec

Depuis quelque temps, des militants de la grande région de Québec occupent le terrain de l’Université du Québec dans la Vieille-Capitale. Ils campent pour protester contre le monde financier, en lien avec le mouvement de New York « Occupy Wall Street ». Mais contrairement à eux, ils n’ont pas vraiment de revendications précises, du moins, elles ne se rendent pas à mes oreilles de façon intelligible et coordonnée. Si les protestataires sont surtout composés de la clientèle altermondialiste que l’on voit défendre toutes sortes de causes sociales, soit des étudiants de sciences po et des écologistes, il est difficile d’établir des liens entre le système financier américain et celui du Canada, encore moins avec la Ville de Québec. 

Ils donnent plutôt l’impression de hippies version moderne qui veulent festoyer en plein air. J’ai personnellement vu peu de gens s’offusquer de leur présence, même les politiciens associés à la droite. Fidèle à son habitude, le maire Labeaume ne prend pas la situation au sérieux. On est loin du maire de New York qui n’est pas très à l’aise avec leur présence. Bien sûr, au début, Michael Bloomberg n’avait rien contre ce mouvement, du moins en apparence, mais il a ordonné aux pompiers et aux policiers de sa ville de retirer les génératrices du camp de fortune des indignés, pour des raisons de sécurité. Il se fie aux conditions climatiques peu avantageuses des prochains jours pour voir les manifestants quitter. 

Les principales revendications du groupe de New York est de taxer davantage les riches, de redistribuer la richesse, de restreindre le lobbyisme et de réglementer davantage le système financier. 

On peut être en accord ou non avec leurs revendications, mais dans une démocratie, il faut accepter les débats et les manifestations. Malheureusement, en ce qui concerne les indignés de Québec, ça ressemble beaucoup plus à une commune et à un « party » à ciel ouvert qu’à une manifestation coordonnée. Mais je m’opposerai toujours à ce qu’on les chasse, tant et aussi longtemps qu’ils demeurent pacifiques et qu’ils ne coûtent rien aux contribuables.

Quant aux revendications, vous connaissez généralement ma position: elles sont soient inapplicables, ou elles entraînent des conséquences graves sur le prix à la consommation, sur l’emploi ou sur la richesse collective.

L’intimidation sur les chantiers, la construction et les syndicats

Le spectacle désolant offert par les deux principaux syndicats de la construction cette semaine me fait penser à un spectacle de corrida, où le taureau, en l’occurrence la FTQ-Construction et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction – International, se fait blesser puis mettre à mort par le gouvernement Charest.

Avant le spectacle à proprement dit, il y a une parade pour amadouer les spectateurs, le paseo, qui correspond selon moi à toutes les révélations des journalistes sur l’intimidation sur les chantiers, dont celles de la pertinente émission « Enquête ». C’est à ce moment où la plupart des Québécois ont appris la situation grave sur les chantiers.

Lors du tercio de pique, des picadors affrontent le taureau et le blessent à l’aide d’une longue pique, ce qui permet à la fois de l’affaiblir et d’évaluer son comportement. Cela correspond à l’élaboration du Projet de loi 33 sur le placement de la main-d’oeuvre, qui vise à diminuer le pouvoir des syndicats. Après quelques consultations, la ministre Thériault se rend compte que les deux centrales syndicales feront tout pour ne pas qu’il passe. Elle annonce une commission parlementaire afin de ne pas leur donner de raison valable, aux yeux du public, de faire des moyens de pression. Même si le gouvernement annonce qu’il ne reculera pas, il favorise le dialogue avec les syndicats.

Au cours du deuxième acte, le tercio de banderilles, des banderilleros plantent trois paires de banderilles dans le dos du taureau. Cette étape nous emmène dans le vif du sujet, cette semaine, soit celle où la FTQ-Construction et l’International usent d’intimidation (qu’elle soit verbale, économique ou physique) sur les chantiers pour prouver que les changements au placement syndical proposés par le gouvernement afin de contrer cette même intimidation ne sont pas une bonne idée. Les nombreux reportages montrant l’intimidation de façon claire et sans équivoque montrent aux Québécois la réalité des chantiers. Les syndicats se sont pendus avec leur propre corde: voulant dénoncer les médias qui « exagèrent » les cas d’intimidation sur les chantiers de construction, ils usent d’intimidation pour convaincre les médias. Ils ne connaissent peut-être pas d’autres méthodes de contestation, qui sait. Comme le taureau, les centrales syndicales sont très affaiblies par l’opinion publique.

Enfin, lors du troisième tercio, moment auquel les spectateurs assistent à la mise à mort, le matador, après une faena, une série de passes exécutées avec sa muleta, met à mort le taureau par l’estocade portée avec son épée. Dans le cas qui nous concerne, le gouvernement Charest réussit à enlever du pouvoir aux syndicats, à les mettre à l’amende, mais surtout, à avoir fait le ménage dans la construction, avant même le début de la commission d’enquête sur la construction. Les spectateurs sont rassasiés.

Le Projet de loi 33 sur le placement syndical est un pas dans la bonne direction, mais il ne règle qu’une partie du problème de la construction. Le pouvoir est en bonne partie retiré aux syndicats, mais il n’est pas redonné entièrement aux entrepreneurs, plutôt à la Commission de la construction du Québec.

Mais surtout, d’autres problèmes ne sont pas réglés, comme le vote syndical non secret, l’accréditation obligatoire aux syndicats et la réglementation excessive des métiers de la construction. À ce titre, il est déconcertant de constater le nombre élevé de métiers de la construction au Québec, soit 26, quand on compare avec l’Ontario, qui n’en compte que 6. Selon l’économiste Pierre Fortin, l’impact de la Loi R-20 (Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction) est de 10,5 % sur le total des coûts de construction. Il vaudrait donc la peine pour les finances publiques de moderniser cette loi. (Pour plus d’information, voir cet article)

Il y a aussi des problèmes liés à l’infiltration du crime organisé, à la circulation d’argent au noir, au blanchiment d’argent et au financement des partis politiques, tous liés entre eux d’une façon ou d’une autre. Ce problème est délicat à régler, et surtout très complexe. La seule façon de lutter contre l’évasion fiscale est de diminuer les taxes et les impôts, mais il faut du courage politique.

Avec ce projet de loi et l’annonce d’une commission d’enquête sur la construction (dont le mandat change trop souvent), le gouvernement semble utiliser la stratégie du petit pas pour régler les problèmes en construction. Espérons qu’elle va fonctionner, mais avec le pouvoir donné aux syndicats (ou qu’on leur a laissé prendre depuis quelques décennies), ils peuvent paralyser de très gros chantiers en débrayant de façon illégale. Je suis plus un partisan des changements radicaux, mais après tout, le Québec est la province de la Révolution tranquille…

Les politiciens girouettes

Selon certains, le centre de l’échiquier politique est le terrain fertile des compromis et de la raison. Sous l’étiquette de la flexibilité, plusieurs politiciens prétendent se positionner plus au centre afin de trouver le terrain d’entente le plus acceptable pour tous. Question de satisfaire la plus grande partie de la population. Selon eux, les compromis sont la base de l’accomplissement d’une société fonctionnelle. Après tout, la finalité, c’est d’être heureux comme peuple.

Personnellement, je qualifie ces politiciens de girouettes. Menteurs et manipulateurs sont aussi d’excellents qualificatifs. Comment peut-on prétendre être authentique quand on réclame des réductions de dépenses comme l’abolition des commissions scolaires d’une part, pour ensuite appuyer la construction d’un amphithéâtre étatique au coût de 400 millions de l’autre? Dans les faits, ce que font l’ensemble des politiciens, c’est de parler des deux côtés de la bouche. Le centre de l’échiquier est en réalité, le terrain du « je veux plaire à tout le monde pour être élu ». Il faut donc être carriériste sans conviction ou être prêt à trahir ces dernières pour se positionner vers le centre.

La politique est un show de télé réalité alimenter par des politiciens plus « bulshitteux » les uns que les autres se livrant une bataille de popularité. Prêt à aimer et fourrer n’importe qui pour avoir la cote. Mais ça fait 40 ans qu’on nous livre le même scénario. Pas surprenant que la population soit cynique et complètement désintéressée. Lâchez vos grandes théories sur le sujet, l’ensemble des Québécois vous diront simplement que la politique c’est de la merde et que les politiciens sont tous des menteurs. Que ça ne changera pas et qu’il est inutile de s’impliquer. Que de voter pour un parti ou un autre, c’est du pareil au même. Que de manifester dans les rues pour leur inculquer une parcelle de bon sens est une pure perte de temps. Je me décourage souvent devant cette attitude mais il est de plus en plus difficile de ne pas être de leur avis. J’ai moi aussi bien souvent envie de décrocher et d’attendre patiemment que tout s’écroule en remplissant joyeusement mes cartes de crédits. Vivre du syndrome « have loads of fun while the economy crumbles to pieces… priceless!

Les Québécois ont soifs de changements mais ce qu’ils recherchent surtout, c’est l’authenticité! Regardez Legault, qui au début s’est présentez comme la voix du changement. Les Québécois auraient voté pour lui avant même qu’il fonde son parti. Il y a fort à parier qu’il déclinera dans les sondages avec l’éveil de la population au fait qu’il n’est qu’une girouette comme les autres. Un promoteur du statu quo et fidèle supporteur de l’état-providence et de son endettement à outrance. Vous direz ce que vous voudrez d’Amir Kadhir mais, il détient dans les sondages, le titre du politicien le plus populaire au Québec. Ce type est extrême mais, toujours fidèle à lui-même, toujours convaincu et authentique. Mario Dumont à mené l’ADQ à un cheveu de prendre le pouvoir alors qu’il était plus convaincu que jamais et conséquent dans ses positions. Que dire de Jack Layton qui a gagné le cœur des Québécois vs un Gilles Duceppe blasé qui répétait les mêmes âneries comme un vieux disque usé?

Je ne crois pas que l’ensemble des Québécois s’objectent aux mesures d’austérités à un point tel qu’un parti visant la liberté et la réduction de la taille de l’état, ne saurait trouver sa place dans le vote populaire. Je crois plutôt qu’ils en ont marre de se faire jouer du violon par une gang de girouettes qui ne s’intéressent qu’à leurs propres intérêts dans des partis sans direction claire. Présentez un parti du changement, mené par un chef authentique et fidèle à ses convictions et vous serez peut-être surpris du résultat. La démarche sera certes plus constructive que de tenter de remodeler votre parti chaque fois que quelqu’un lève une objection.

Honnêteté et authenticité, voilà ce qu’il nous faut pour accomplir la prospérité comme finalité.

Départ de Nathalie Normandeau : jeu de chaise musicale

Nathalie Normandeau, vice-première ministre, ministre des Ressources naturelles et de la Faune et ministre responsable du Plan Nord et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, vient d’annoncer son départ de la vie politique.

Cette décision était mûrie depuis quelques mois. Jean Charest n’a pas réussi à la retenir, mais elle a accepté d’attendre son retour de l’Asie pour montrer un signe d’unité. La démission tombe mal pour Jean Charest, qui doit faire la promotion de son Plan Nord en guise d’héritage politique, et surtout remonter dans les intentions de vote (même si le Parti québécois connaît des difficultés) tout en contrant la montée du « parti » de François Legault.

Il perd également une autre ministre senior qui faisait la « sale job » pour lui, comme dans le cas de Jacques P. Dupuis. Pire encore, il perd possiblement le comté de Bonaventure, en Gaspésie, où seule Nathalie Normandeau avait la capacité de se faire élire haut-la-main. Sachant qu’il détient une majorité anémique, Jean Charest pourrait perdre la majorité des sièges à l’Assemblée nationale avec une ou deux démissions libérales. Il devra récompenser les récalcitrants.

À court terme, il vient d’annoncer la nomination de Line Beauchamp comme vice-première ministre. Elle devrait bien s’acquitter de la besogne, qui consiste essentiellement en le remplacement du premier ministre lorsqu’il n’est pas en terre québécoise. Clément Gignac vient d’hériter des Ressources naturelles, ce qui ne sera pas facile. Il devra nager dans les eaux troubles des gaz de schiste, du développement minier, des hydrocarbures et d’Hydro-Québec. Fait étonnant, Yves Bolduc, ministre originaire du Saguenay parachuté à Québec, hérite du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Les trois députés libéraux des régions concernées sont déçus de ne pas accéder au Conseil des ministres.

Outre les ministres Gignac et Beauchamp (et un peu Bolduc), le remaniement ministériel touche Sam Hamad, qui devient ministre du Développement économique, et qui est remplacé par Pierre Moreau aux Transports. De plus, Yvon Vallières s’occupera des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne.

Pour en revenir à Nathalie Normandeau, elle quitte vraisemblablement pour des motifs personnels. La politique est très exigeante. Sa relation avec Yvan Delorme, ancien chef de la police de Montréal, a pu influencer sa décision. Elle a quand même consacré 16 ans à la vie publique, municipale et provinciale. Peut-être n’est-ce qu’un au revoir de courte durée, qui sait…