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Robotisation et hausses de prix – Wendy’s réagit au salaire minimum à $15

Par Philippe David

Comme je l’avais expliqué dans un de mes récents billets, les hausses abruptes du salaire minimum ne sont pas sans conséquences et malheureusement, ce sont les plus vulnérables qui écopent.Nous commençons à pouvoir observer ces conséquences dans les états américains qui ont augmenté leur salaire minimum. Le Washington Times rapportait hier que la chaîne de restauration rapide Wendy’s a annoncé l’installation de guichets de commande automatisés dans 6000 de leurs restaurants.

L’article mentionne aussi que certains franchisés de la chaîne ont également commencé à hausser leurs prix pour compenser la hausse du salaire minimum. On s’attend à ce que d’autres chaînes comme McDonalds et Burger King leur emboîte le pas. Dans les faits, je sais que même au Canada, McDonalds a déjà commencé à installer ce genre de guichets dans leurs restaurants. On pourrait certainement s’attendre à une accélération de ces installations si jamais le salaire minimum augmentait à $15/heure ici aussi.

La décision de Wendy’s n’est  d’ailleurs pas les premiers effets observés aux États-Unis, il y  a un peu plus d’un an, le magazine Forbes rapportait une augmentation des fermetures de restaurants dans la ville de Seattle, qui fût la première à imposer le salaire minimum de $15.

Il ne fallait pas être grand clerc pour prédire les effets qu’une hausse trop grande du salaire minimum apporterait et ça n’a rien d’idéologique non-plus. Ces effets ont été documentées en long et en large comme est en train de le démontrer Vincent Geloso dans une série de billets au Journal de Montréal. La littérature économique est très extensive à ce sujet. Mais évidemment, nous pouvons toujours compter sur des politiciens populistes et des think tank financés par les syndicats pour tenter de vous faire  croire qu’ils peuvent hausser le salaire minimum comme ils veulent sans aucune répercussion. Vous n’avez qu’à observer les américains se casser la gueule avec pour constater que c’est faux.



Les socialistes et le salaire minimum

Par Philippe David

«Si les socialistes comprenaient l’économie, ils ne seraient plus socialistes.»
Friedrich Hayek – Nobel d’économie, 1974

Le premier mai, le salaire minimum va augmenter à $10,75 de l’heure. Cependant pour les socialistes de Québec Solidaire et les diplômés de sciences sociales sans math de l’Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques (IRIS), c’est insuffisant. (L’IRIS, un think tank économique presque totalement dénué d’économistes. C’est un peu particulier, non?)

Selon l’IRIS, un travailleur à temps plein devrait gagner en moyenne $15,10 de l’heure pour «vivre dignement». Selon Manon Massé de Québec Solidaire qui a l’intention de déposer une motion à l’Assemblée Nationale pour rehausser le salaire minimum à $15 de l’heure,  « Ça leur permettrait d’avoir assez d’argent dans leurs poches pour pouvoir subvenir à leurs besoins et sortir la tête de l’eau ».

Nul doute que leurs intentions sont bonnes, mais elles trahissent une fois de plus la dislocation de la gauche québécoise avec le fonctionnement de l’économie et de la nature du salaire minimum. Et le chemin de l’enfer a toujours été pavé de bonnes intentions

Qu’est-ce que le salaire minimum?

Le salaire minimum est le salaire choisi arbitrairement en-dessous duquel il est illégal pour un employeur de payer un employé. Règle générale, c’est un prix-plancher qu’on payera à quelqu’un qui a une éducation minime, une expérience de travail minime et/ou des aptitudes minimes afin que cette personne puisse acquérir expérience et connaissances «sur le tas» en milieu de travail, lui permettant d’accéder plus tard à un salaire plus élevé. En d’autres mots, c’est le premier échelon du marché du travail. Ce n’est pas supposé être un salaire qu’on conserve en permanence.  Selon cette étude de l’institut Fraser basée sur les données de Statistique Canada:

  • 58% des travailleurs au salaire minimum sont âgés de 15-24 ans et 85% d’entre eux vivent avec leurs parents ou un autre membre de leur famille.
  • 54% ont un diplôme du secondaire ou moins
  • 58% sont des travailleurs à temps partiel
  • 88% des travailleurs au salaire minimum ne font pas partie d’une famille à faible revenu.
  • Seulement 2% sont des familles monoparentales avec des jeunes enfants.

Contrairement à ce qu’on peut croire, peu de familles à faible revenu au Canada dépendent du salaire minimum.

Comment sont fixés les salaires dans le marché du travail?

Ça amène la question:Combien vaut le travail d’une personne sans grandes connaissances ou expérience de travail? Ça dépend vraiment de combien de travailleurs de ce niveau cherchent un emploi et combien d’employeurs ont besoin de ce type particulier de main d’œuvre. Si la vaste majorité des personnes recherchant un emploi avait un diplôme collégial au minimum, cela voudrait dire que seule une petite minorité n’ayant pas un diplôme collégial serait disponible pour accepter les emplois qu’on trouve typiquement au salaire minimum. Si le nombre de compagnies voulant embaucher des employés non-qualifiés excède le nombre des travailleurs recherchant ce type d’emploi, les employeurs n’ont pas d’autre choix que d’offrir des salaires plus élevés, s’ils veulent avoir assez de travailleurs pour leurs besoins. Cependant, s’il y a trop de travailleurs non-qualifiés pour le nombre d’emplois de ce type disponibles, les employeurs auront tendance à offrir des salaires moins élevés.

Ça dépend également de la productivité d’un employé. Si la tâche de l’employé est de «flipper» des boulettes de viande, on peut calculer, selon le prix du hamburger fini et la quantité de boulettes produites dans un temps donné, la productivité d’un travailleur. Il est naturel qu’un travailleur plus expérimenté arrivera à produire plus qu’un qu’il l’est moins. C’est donc naturel qu’un employeur voudra payer plus à l’employé plus expérimenté que celui qui l’est moins. Tout ça pour dire que le salaire qu’un employeur offrira est généralement en fonction de la productivité que l’employeur attend de l’employé en tenant en ligne de compte la rareté ou l’abondance de travailleurs avec des qualifications comparables. Les salaires ne sont pas fixés arbitrairement par les employeurs, mais en fonction de critères spécifiques qui varient selon les conditions du marché. Si l’employeur calcule qu’en moyenne, un employé produira des hamburgers pour l’équivalent de $10 de l’heure, tout autre chose étant égale par ailleurs, il offrira ce taux horaire. S’il estime qu’un candidat sera capable de produire plus parce qu’il est plus expérimenté, il offrira un salaire un peu plus élevé parce que son concurrent recherche aussi des employés et qu’il veut lui aussi attirer des employés plus qualifiés et offrira des salaires en conséquent.

Qu’arrive-t-il quand on fixe un salaire minimum trop élevé?

Au Québec, de passer à un salaire minimum de $15 de l’heure signifie une augmentation de 39,5% d’un coup. Imaginez votre réaction si à l’épicerie le bœuf haché passait de $4,99/lb à $6,99/lb? Allez-vous en acheter plus ou moins? Alors imaginez ce que vous feriez si vous étiez patron d’entreprise et que, du jour au lendemain, tous vos employés avec des salaires de moins de $15/h doivent être augmentés à $15 ou plus (faut pas oublier que si vous aviez des employés à $14/h, il mériteront certainement d’être payés plus que $15. Vos échelles salariales devront s’ajuster). Que feriez-vous? Pour la plupart des entreprises, absorber une augmentation de presque 40% des coûts de main d’œuvre est tout simplement impossible. Vos options sont soit de couper dans le nombre d’employés et faire des mises à pied, ou réduire les heures de chaque employés ou augmenter vos prix ou toutes ces réponses.

Remplacer des employés par une machine? Pourquoi pas? Adieu les McJobs pour aider les étudiants à payer leurs frais de scolarité et se faire un peu d’argent de poche. Un des premiers effets sera que le taux d’emploi des 15-24 ans et des minorités visibles tomber comme des briques. C’est ce qu’on commence déjà à observer dans les endroits où de telles augmentations du salaire minimum ont été imposées. Plutôt que d’aider les travailleurs précaires, on vient de les mettre au chômage en permanence. Parce que si un employeur est obligé de payer 40% de plus, il voudra en avoir pour son argent. Il augmentera donc ses exigences pour l’embauche. Peut-être auraient-ils donné une chance au jeune de 16 ans sans expérience à $10/h, mais pas à $15. Comment ce jeune pourra-t-il acquérir de l’expérience? Bref, une telle augmentation nuirait carrément  aux travailleurs que les bien-pensants prétendent vouloir aider.

Le salaire minimum n’a rien à voir avec l’idée de «vivre dignement» puisque la plupart de ceux qui gagnent ce salaire ne vivent pas de ce salaire seul et ce n’est pas supposé être un salaire qui permet de vivre. Donc d’argumenter pour une augmentation du salaire minimum parce que personne ne peut vivre sur ce salaire rate complètement le point.



Austérité, mon œil

Par Philippe David

J’ai emprunté un graphique à mon ami Vincent Geloso pour commenter sur le budget déposé mercredi par le ministre des finances Leitao. Les Françoise David de ce monde peuvent bien hurler à l’austérité permanente, en regardant ce graphique, une seule question devrait vous traverser l’esprit : « Quelle austérité? ».  Parce que les réductions de dépenses proposées par le gouvernement, mises en perspective, sont loin d’être aussi catastrophique que ça. En réalité, ce sont des « peanuts ».

austérité

C’est quoi l’austérité?

L’austérité, c’est quand on fait un réel effort pour réduire une situation financière précaire. Or, le gouvernement dépense comme un matelot en permission depuis les années 60. On le voit très précisément sur le graphique. On a institué des tonnes de programmes sans vraiment se demander s’ils étaient efficaces et justifiés. Nous maintenons aussi ces programmes en place, même si, dans bien des cas, ils n’ont plus aucune raison d’être. C’est un peu comme quand vous travaillez au salaire minimum, vous n’arrivez pas à rejoindre les deux bouts, mais vous avez le plus gros forfait télé, internet et cellulaire possible qui vous coûte $250 par mois. Est-il possible que vous n’ayez pas besoin de 200 chaines de télé et le forfait de données du cellulaire?  Couper un peu là-dedans ne vous empêchera pas de vivre, mais vous permettrait peut-être de payer pour l’épicerie? C’est un peu la même chose avec le gouvernement. Un jour ou l’autre, il faut faire le ménage des dépenses et décider si une dépense est justifiée ou non. Pourquoi est-ce si difficile à comprendre pour certains?

Un coup de barre nécessaire

Pour moi, ce qui est le plus positif dans le budget de Carlos Leitao, c’est l’annonce de la formation de deux commissions qui auront pour but de déterminer quelles dépenses peuvent être coupées et comment réformer la fiscalité.  C’est un signe que contrairement aux gouvernements précédents, le gouvernement de M. Couillard fait un effort non-seulement pour réduire les dépenses et la dette, mais de le faire intelligemment, pas juste couper pour couper. Il faut justement que le gouvernement coupe là où il faut couper afin de pouvoir se concentrer sur ses missions essentielles. L’état ne peut pas être tout pour tout le monde. On doit déterminer quelles missions il doit poursuivre, et lesquelles il devrait progressivement abandonner pour pouvoir mettre ses ressources aux bons endroits.

Comme le dit M. Leitao, le budget actuel est un budget de transition. Son véritable test sera le budget suivant. D’ici là, on présume que les deux commissions auront remis leur rapport et auront suggéré des réformes valables. Ça reste encore à voir. Personnellement, je suis sceptique. L’état se réduit rarement de lui-même et trop de gens profitent du statu quo. Pour moi, ils ne couperont jamais assez. Je retournerais volontiers au niveau de dépenses de 1926. Mais je suis réaliste, alors juste de voir le graphique pointer vers le bas serait un bon début.