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Comment tuer une société

Par Philippe David

«Lorsque vous voyez que les échanges sont faits, non par consentement, mais par la contrainte — quand vous voyez que pour produire, vous devez obtenir la permission de gens qui ne produisent rien. — lorsque vous voyez que l’argent coule vers ceux qui traitent non pas en biens, mais en faveurs — lorsque vous voyez que les hommes s’enrichissent plus par la corruption et l’influence que par le travail, et que vos lois ne vous protègent pas contre eux, mais les protègent contre vous — lorsque vous voyez la corruption récompensée et que l’honnêteté devient un sacrifice — vous saurez que votre société est condamnée.»

Ayn Rand, Atlas Shrugged (La Grève)

Quand Ayn Rand a écrit ces lignes quelque part dans les années 1950, nous étions loin de nous douter à quel point elles seraient prophétiques au Québec (et dans bien d’autres endroits aussi). Comment en est-on arrivé là? Qu’est-ce qui fait que le Québec traîne de la patte depuis des décennies?

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Le déclin constant du Québec en pourcentage du PIB canadien

Une des raisons possibles est ce que j’appellerais la culture du Québec Inc. Ce qui nous pousse à faire des pieds et des mains pour préserver et subventionner nos «fleurons». Saviez-vous qu’au Canada, le Québec est le champion du BS corporatif? De 1981 à 2009, le gouvernement du Québec a dépensé $115,5 milliards en BS corporatif. Pour mettre ça en perspective, c’est plus que l’Ontario, l’Alberta et la Saskatchewan réunis! Naturellement, nos politiciens tentent toujours de nous vendre l’idée que tout cet argent sert à «stimuler» notre économie, mais dans la réalité, il y a loin de la coupe aux lèvres. Malgré tous ces soi-disants «investissements», nous sommes devenus la province la plus pauvre et nous continuons de nous appauvrir. L’engouement de notre gouvernement, tous partis confondus, pour les leviers économiques depuis 65 ans est en train de tuer notre société à petit feu. Voici quelques raisons pourquoi:

  1. Les gouvernements en général sont de pauvres gestionnaires de capital. C’est vrai pour tous les gouvernements, et c’est certainement vrai au Québec. Le but d’une économie sera toujours de fournir aux consommateurs les biens et services qu’ils désirent le plus et non ce qui est politiquement payant. Lorsque les gouvernements s’immiscent dans la sélection de gagnants et perdants dans l’industrie, ils le font pour des raisons politiques plutôt qu’économiques. Pensons à quelques-uns des gros bénéficiaires de la manne de l’État québécois: La cimenterie de Port-Daniel qui n’a aucune raison d’exister puisque les cimenteries déjà existantes ne fonctionnent même pas à pleine capacité. La CSeries de Bombardier qui, malgré les beaux contrats récents, se permet de vendre ses avions à perte grâce à «l’investissement» de $2 milliards des poches du contribuable. Souriez! C’est vous qui payez pour que Delta puisse renouveler sa flotte à rabais! La Davie, qui vit depuis si longtemps sur le respirateur qu’elle a probablement plus de ressemblance avec les zombies de Walking Dead qu’à un fleuron de l’industrie. Et qui peut oublier les belles expériences de la Gaspésia et Tricofil?
  2. Gros coûts, peu de bénéfices. Le Québec subventionne presque trois fois plus que l’Ontario et pourtant nous sommes la province la plus pauvre. Cherchez l’erreur. Si ça fonctionnait, il y a longtemps qu’on le saurait.

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  3. Des dés pipés. Le BS corporatif favorise les gros joueurs au détriment des petits. Les grosses corporations ont beaucoup plus les moyens d’embaucher une armée de lobbyistes pour retirer le maximum des mamelles de l’État. Elles ont aussi beaucoup plus de poids pour faire du chantage pour éviter des pertes d’emplois massives. C’est un transfert de richesse des entreprises les plus petites aux plus grosses, des plus pauvres vers les plus riches, des plus productifs aux plus gaspilleurs et mieux connectés.
  4. Une relation incestueuse. Le BS corporatif a toujours créé une relation incestueuse avec le monde des affaires et le gouvernement. Ce qui favorise la corruption, les retours d’ascenseur et les enveloppes brunes. Quand la manne est aussi grande qu’elle l’est au Québec, il ne faut pas se surprendre que la Belle Province ait la réputation d’être la province la plus corrompue.
  5. Le BS corporatif est anti-consommateur. La raison d’être d’une entreprise est de bien servir ses clients. Si elle remplit bien son rôle, elle sera récompensée par des profits, sinon elle sera punie par des pertes et éventuellement, la faillite. Ce système fait en sorte que les ressources limitées vont vers les entreprises qui ont le plus de succès à satisfaire les désirs des consommateurs. Le gouvernement ne peut rien donner qu’il n’a pas d’abord pris à d’autres. Lorsqu’il finance des entreprises peu profitables au nom de la préservations des emplois, le gouvernement prive les entreprises plus profitables de ces précieuses ressources afin de maintenir les autres, moins adeptes à combler les désirs du consommateur, sur le respirateur. C’est un gaspillage de précieuses ressources limitées qui prive le consommateur des biens et services qu’il préférerait avoir et favorise la production de biens et services dont il ne veut pas. Ça crée une rareté qui fait que le consommateur doit payer plus cher ce qu’il veut pour subventionner ce qu’il ne veut pas. De façon très concrète, ça oblige le contribuable à « acheter » des produits et services dont il ne veut pas. Lorsque le gouvernement donne $7000 par voiture électrique aux fabricants d’automobiles, il force littéralement les contribuables à payer une partie du prix de l’auto électrique de leur voisin.  Ça crée aussi un aléa moral. Pourquoi se casser la tête à servir les clients quand on peut tout simplement se faire subventionner et faire du n’importe quoi plutôt que ce que les consommateurs veulent vraiment? Ce qui m’amène au point suivant.
  6. Plus de lobbying, moins d’innovation. Lorsque les entreprises sont motivées à satisfaire les besoins des consommateurs, elles ont un gros incitatif à innover, investir dans la recherche et le développement et être plus productives et concurrentielles. Pour continuer à demeurer profitables, elles doivent toujours trouver des meilleurs moyens de satisfaire les demandes de leur clientèle. Lorsque que des entreprises sont financées ou autrement protégées des aléas de la concurrence par le gouvernement, elles cessent d’innover. Ça devient plus payant d’embaucher des lobbyistes que d’investir en recherche et développement.
  7. Des permis pour tout et rien sans permis. Au Québec, il est impossible d’entreprendre quoi que ce soit sans permis. C’est presqu’à se demander si ça prend un permis pour respirer. Un permis, c’est quand le gouvernement vous vole votre droit d’entreprendre et vous le revend. Le prétexte est généralement la protection du consommateur, mais c’est un faux prétexte. A-t-on vraiment besoin d’être «protégés» d’une mauvaise coupe de cheveux? Le permis du coiffeur est-il vraiment une garantie d’une belle mise-en-plis? Durant la controverse des taxis vs Uber, on s’est rendu compte qu’aucune vérification des antécédents criminels des chauffeurs de taxi n’était faite. Pour la protection du consommateur, on repassera. En réalité, les permis sont une façon de limiter artificiellement l’offre de biens ou services dans le but de gonfler les prix et favoriser le producteur au détriment du consommateur. Le permis ne protège pas le consommateur contre les abus d’un producteur, il protège plutôt les producteurs des consommateurs en limitant la concurrence.

 

Ayn Rand avait raison

Quand vous êtes forcés à travers la taxation et le BS corporatif de payer pour des produits et services dont vous ne voulez pas. Quand pour entreprendre, vous êtes à la merci de bureaucrates. Quand les lois protègent les corporations plutôt que les consommateurs. Quand c’est plus payant pour un entrepreneur de faire du lobbying plutôt que de faire de son mieux pour satisfaire les besoins de ses clients. Quand l’innovation est sacrifié au nom de la protection d’industries obsolètes. Quand la corruption et le trafic d’influence deviennent la norme comme l’a démonté la Commission Charbonneau. Doit-on être surpris que notre société va de mal en pis et que nous soyons de plus en plus pauvres?

 

Sources des graphiques:

Graphique PIB:  Statistique Canada – Produit intérieur brut aux prix courants, 1961-1993 et Comptes économiques des provinces et des territoire et Tableau 051-0005 et ISQ – Diffusion des Comptes économiques du Québec

Graphique BS corporatif: Statistique Canada: Tableau 384-0010



Le monde des affaires d’Alexandre Taillefer

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Pierre Simard et Germain Belzile

Alexandre Taillefer intensifie sa campagne de dénigrement. Après avoir mené une fructueuse quête de privilèges auprès du gouvernement pour Téo Taxi, voilà maintenant qu’il accuse les défenseurs d’Uber « d’une profonde malhonnêteté intellectuelle ». Il va même jusqu’à les pointer du doigt :

 « Quand je lis le soutien que donne une institution Montréalaise (sic) bien en vue à Uber ou un chargé de cours des Hautes Études Commerciales (sic)[1], je vois le monde des affaires d’hier. »  (A. Taillefer)[2]

Avouons qu’il faut de l’audace pour accuser les défenseurs d’Uber de professer un monde des affaires d’hier, quand le but de Téo Taxi est de reconduire un système de gestion de l’offre à bout de souffle et dépassé. Une industrie du taxi qui, depuis des décennies, offre un service médiocre aux consommateurs et exploite ses chauffeurs en les forçant à acheter la permission de travailler.

Il faut également une bonne dose d’estime de soi pour se présenter en libérateur des travailleurs du taxi, tout en voulant les garder sous son dictat. Celui qui se présente comme un visionnaire devrait pourtant savoir que l’époque du propriétaire de champs de coton est chose du passé; qu’il ne suffit pas de proposer à des esclaves une faible augmentation de leur pitance pour les libérer de leur servitude.

Pourquoi les travailleurs du taxi devraient-ils se contenter des 15 $ de l’heure de Téo? Pourquoi ne pourraient-ils pas s’émanciper de ces privilégiés de l’État qui veulent toujours l’obliger à louer ou à acheter un permis pour travailler? Pourquoi un travailleur autonome ne pourrait-il pas gérer lui-même son temps de travail et sa propre voiture, et ce, tout en satisfaisant les besoins et les attentes des consommateurs?

Nous sommes désolés, mais remplacer des voitures à essence par des voitures électriques n’a rien de vraiment innovateur. Il ne suffit pas de remplacer une fournaise à l’huile par des plinthes électriques pour rendre un taudis salubre.

Taillefer nous invite à choisir entre « #JeSuisUber ou #NousSommesTéo ». Notre choix est fait. Nous préférons un marché libre à l’écoute des besoins des usagers et à l’affut des opportunités économiques; un Uber qui, pour survivre, ne réclame pas du gouvernement des permis pour soi et des interdits pour les autres.

Non, nous ne sommes pas Téo. Le monde des affaires d’hier, comme se plait à le décrire M. Taillefer, nous a enseigné qu’un projet capable de satisfaire efficacement les attentes des consommateurs peut se passer de l’État et de l’argent des contribuables.

Nous déplorons que la Caisse de dépôt, Investissement Québec et autres fonds syndicaux, qui sont financés en tout ou en partie par nos impôts, servent à financer une entreprise qui perpétue un modèle d’affaires obsolète ne pouvant survivre sans la coercition de l’État.

[1] M. Taillefer réfère sans doute à HEC Montréal, anciennement l’École des hautes études commerciales de Montréal.

[2] http://quebec.huffingtonpost.ca/alexandre-taillefer/teo-taxi_b_9806980.html