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Droit et Éthique

Par Philippe David

Beaucoup d’encre a coulé autour du thème de la libre-expression depuis une semaine. J’ai moi-même défendu l’idée que ce droit est absolu. J’aimerais maintenant parler de l’autre côté de la médaille.

Plusieurs ont applaudi ces médias qui par solidarité, ont publié des caricatures controversées de Charlie Hebdo. Je l’ai fait moi-même pour la cause de la libre-expression, mais ça ne veut pas dire que je le referais sous d’autres circonstances. Beaucoup ont également critiqué les médias qui ont, pour diverses raisons, refusé de publier ces caricatures. Cependant, je ne les critiquerai pas moi-même.

L’autre versant de tout droit est la responsabilité. Si, en principe, nous avons le droit de tout dire et écrire (ou dessiner) ce que nous voulons, nous pouvons cependant nous garder une petite gêne. La nuance a capter ici, c’est que cette restriction soit volontaire et non par peur de représailles. Comme je l’ai expliqué dans ma récente chronique. Ce n’est pas d’hier que des fanatiques tentent de museler les médias par l’intimidation et la violence.

Mais si un média décide pour des soucis d’éthique de volontairement s’auto-censurer, il n’y a rien de réprehensible  là-dedans et c’est même tout à l’honneur de l’équipe éditoriale. Nous voulons certainement que les médias se comportent de façon responsable. Nous faisons tous le choix de nous taire  plutôt que d’émettre des propos blessants à un moment ou un autre, et c’est tout à fait normal. La liberté d’expression nous permet de dire au gens ce qu’ils ne veulent pas entendre, ça ne veut pas dire que nous devons le faire de façon grossière. On peut parfaitement faire preuve de tact pour critiquer même un sujet sensible comme la religion.

Je ne porterai donc pas de jugement envers ces médias qui ont refusé de montrer les caricatures. Je n’ai aucun moyen de savoir s’ils ont cédé à la menace ou s’ils ont agit par souci éthique. Je leur donnerai le bénéfice du doute à ce sujet parce qu’agir selon leur propre conscience est aussi leur droit.

La spéculation invisible

Par Jean-Louis Caccomo

NDLR: Jean-Louis Caccomo est un économiste et écrivain français qui enseigne à l’Université de Marseille et l’Université de Perpignan. Ce texte que nous publions avec sa permission, discute des effets pervers de la gratuité universitaire en France, sujet plutôt pertinent ici au Québec. Nous lui souhaitons la bienvenue sur Contrepoids.

Imaginez que des parents financent les études de leurs enfants, en fermant les yeux, sans se soucier d’orientation, de réussite et de projet personnel. Si de tels parents ont à assumer l’intégralité du coût des études de leur progéniture, alors il arrivera un moment où ils demanderont des comptes. Ce n’est pas qu’ils soient économistes de formation, mais c’est dans la nature des relations humaines : si mon enfant me réclame tous les jours de l’argent de poche, je veux en connaitre son utilisation. S’il veut être libre d’affecter l’argent aux usages qu’il désire, alors il devra gagner lui-même son propre argent. Tel est le prix de la liberté : il faut donner en contrepartie du temps à la collectivité. C’est le sens du travail : la vraie solidarité. 
 
En France où l’on pose par principe que l’éducation constitue un service public, les parents ne prennent plus en charge l’intégralité du coût des études, même s’ils le font indirectement en tant que contribuable. Mais le contribuable n’a ni la même liberté ni la même responsabilité que le parent. Et plus il assume par la force des choses le rôle de contribuable, plus il se désengage de son rôle (irremplaçable) de parent. Or plus l’implication financière des parents (ou des étudiants) se réduit au fur et à mesure que grandit la sphère de la prise en charge publique, et plus le sens de la responsabilité est émoussé, entrainant une spéculation collective digne du pari pascalien.
 
Car, il y a la spéculation que l’on voit et que l’on s’empresse de dénoncer à chaque secousse boursière, et il y a la spéculation invisible que l’on ne contrôle plus mais qui engloutit pourtant notre argent à tous puisqu’il s’agit de l’argent public. Or n’oublions jamais que l’argent public n’est pas l’argent de l’Etat, mais l’argent que l’Etat nous a prélevé pour le gérer en notre nom afin de financer des biens et services publics qui ne sauraient être produits et gérés par les acteurs privés. Admettons qu’il existe des biens et services publics qui ne sauraient être produits et gérés par des acteurs privés, rien ne garantit pour autant que l’Etat soit rigoureux et compétent dans la gestion de tels biens, surtout s’il s’en accorde le monopole créant les conditions d’une absence totale de contre-pouvoir et d’obligation de résultats.
 Chaque année, la France consacre un budget important aux étudiants sans aucune évaluation de son résultat, juste pour faire du quantitatif, faisant croire au passage à certains jeunes esprits qu’ils sont faits pour les études alors qu’ils sont tout bonnement égarés dans des filières de complaisance ou des formations sans débouchés. Je fais ce constat amer sans réjouissance aucune. Mais chaque année, je suis convoqué pour les examens de rattrapage. Je compose de nouveaux sujets et je viens surveiller les épreuves (ce qui constitue un temps précieux pris sur mon temps de chercheur). Et chaque année, j’observe que la moitié des étudiants (par rapport au nombre d’étudiants officiellement inscrits) que l’on cherche pourtant à repêcher, ne s’est pas dérangée.
 
Je suis sans arrêt à l’affût d’étudiants motivés et qui veulent s’en sortir, et je consacre à cet effet une grande partie de mon temps à la coopération académique à l’étranger, notamment dans les pays émergents (en Thaïlande, en Syrie, en Algérie, au Maroc ou aux Comores…) où je rencontre d’excellents étudiants [1]. Par respect pour ces étudiants étrangers, sérieux et motivés, il faut aussi dénoncer ceux qui utilisent l’inscription à l’université française pour obtenir une carte de séjour et contourner ainsi les lois sur l’immigration, la motivation pour les études étant plus que secondaire (puisque ces étudiants inscrits ne viennent pas en cours). A leurs yeux, la qualité et la générosité du modèle social exercent plus d’attraction que l’excellence annoncée de notre système d’enseignement supérieur. Un économiste ne saurait leur reprocher d’être rationnel. C’est à nous de changer un système qui envoie des incitations qui ne sont pas de nature à faire émerger les meilleurs éléments et les meilleurs comportements. Il faut donc sélectionner et cela s’applique aussi aux étudiants français, sans discrimination fondée sur l’ethnie, le sexe, la religion ou la couleur de la peau. Seules les qualités personnelles et individuelles, les compétences acquises et la motivation comptent (c’est cela la vision humaniste et positive de l’individualisme), et elles peuvent être partout.
 
C’est pourquoi je suis aussi sévère à propos de ces étudiants français, qui se disent inquiets pour leur emploi et les perspectives de carrière, mais qui évitent les filières de formation offrant des débouchés alors que les secteurs concernés par ces formations peinent à trouver du personnel qualifié français. Alors en effet, un critère de sélection fondé sur la race, l’origine ou la religion ne saurait être pertinent ni moralement acceptable. Il faut encourager les cerveaux d’où qu’ils viennent, mais aussi savoir refuser ceux qui n’ont pas le niveau requis pour entrer à l’université, d’où qu’ils viennent aussi. Il ne peut y avoir deux poids, deux mesures. C’est en cela que la sélection est juste et nécessaire, et il ne peut y avoir d’orientation efficace sans évaluation des compétences et des motivations. L’orientation efficace implique une sélection juste.
 
Encore faut-il vouloir changer les choses. Car l’administration universitaire est complice dans la mesure où la dotation budgétaire que reçoit chaque université – autrement dit la part du gâteau que constitue la manne publique – est fonction du nombre d’inscriptions. Voilà comment on déchaîne un processus qui déclenche un dérapage de la dépense publique sans aucune garantie de résultats en termes d’orientations et de compétences acquises dans une spirale inflationniste que plus personne ne contrôle dans la mesure où un système de gestion collective centralisée efface le principe même de responsabilité. Dans le même temps, alors que notre pays ne se sort pas du problème lancinant du chômage, qui constitue un véritable cancer pour notre société, les entreprises installées en France sont obligées de faire appel à la main-d’œuvre étrangère dans un nombre croissant de secteurs (santé, hôtellerie et tourisme, bâtiment, banque…) et pour des postes qualifiés, à défaut de trouver les compétences (ou les motivations) requises chez nous.
 
Si l’on est donc en droit de reprocher aux banques de prendre des risques inconsidérés en prêtant à des ménages insolvables, on doit de la même manière épingler les comportements similaires en matière de capital humain, surtout que ce dernier constitue notre capital le plus précieux [2]. La frontière entre l’investissement public et le pur gaspillage est bien fine. Au nom d’une conception erronée et caricaturale de la démocratisation de l’université, la collectivité se retrouve à financer des études d’individus qui n’en ont aucunement le profil, les capacités et les conditions intellectuelles requises.
 
La dépense publique est un investissement (publiquement rentable à terme) dans la mesure où elle sert à financer les études de ceux – d’où qu’ils viennent – qui auront les aptitudes et la volonté de réussir. Grâce à leurs compétences acquises à l’université, et valorisées sur le marché du travail, ils deviendront demain de futurs contribuables, ce qui est une façon de rembourser la dépense initiale et de rentabiliser l’effort de la collectivité. C’est aussi cela être solidaire : on rend à la collectivité (par les impôts) ce qu’elle vous a avancé (en dépenses d’éducation et de formation).
 
Mais pour que cela fonctionne, encore faut-il évaluer et orienter, en d’autres termes, sélectionner, ce qui n’interdit aucunement d’ouvrir le plus largement possible le panel de sélection. La sélection n’est pas anti-démocratique tandis que les plus modestes feront toujours les frais de la non-sélection [3].
 
Dans le cas contraire, la dépense publique sera réalisée en pure perte si elle ne génère pas un flux de revenus futurs, prenant le risque d’augmenter encore – et au-delà du supportable – la part de la population définitivement à la charge de la collectivité (de futurs chômeurs bardés de diplômes).
 
 
 
[1] Il faut dire que, dans la plupart de ces pays, le système d’enseignement supérieur est resté très sélectif, le plus souvent calqué sur le fonctionnement des universités américaines de sorte que les étudiants refusés dans leur propre pays cherchent à tenter leur chance en France où il y a moins de sélection.
 
[2] On leur reprochait jadis de ne prêter qu’aux riches… Mais effectivement, le métier de financier implique l’évaluation des projets d’investissement en vue de faire la sélection des projets les moins risqués, l’épargne étant une ressource rare alors que ses usages peuvent être nombreux. La finance organise donc l’orientation de l’épargne aux meilleures affectations possibles.
 
[3] La sélection s’impose même moralement dans le système public où le coût des études est pris en charge par l’Etat. En effet, je ne peux pas être libre d’étudier ce que je veux avec l’argent des autres : si je veux être entièrement libre dans le choix de mon orientation, alors je finance intégralement le coût de mes études. Il en est de même pour une entreprise. Si elle veut être totalement libre dans le choix de ses investissements, elle doit autofinancer ses projets. Si elle finance à crédit ou si elle ouvre son capital, elle devra rendre des comptes à sa banque pour obtenir un crédit ou à ses actionnaires pour continuer à bénéficier de l’accès au marché financier. Dans la mesure où l’on dépend des autres, on doit rendre des comptes aux autres.

L’INDIVIDU DEVRAIT ÊTRE L’ÉLÉMENT CENTRAL DE TOUTE SOCIÉTÉ

Au Québec, quand arrive le temps des élections, les médias et les politiciens parlent souvent au NOUS. Mais quelle est la valeur du NOUS ?
Ne devrait-on pas se consacrer au JE, ce qui risquerait de brimer moins d’individus et d’éviter d’exclure une branche de la population qui ne se reconnaît pas dans le nous.
En ce début d’élection, regardons les valeurs qui devraient dicter une campagne qui ne brimerait pas le droit individuel.

 

1/ Primauté de l’individu
L’individu est la valeur centrale de toute société. Ce sont les individus qui la composent qui font la société et non le contraire. Aucune définition de l’intérêt général ne saurait justifier le sacrifice d’un individu.

2/ Droits naturels
Chaque homme, du simple fait de sa naissance, a droit à la vie, à la liberté et à la propriété. Ces droits naturels sont inhérents à sa nature d’homme et ne sont pas concédés par un gouvernement.

3/ Liberté
La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ; l’exercice de cette liberté par une personne n’a de bornes que celles qui assurent la jouissance de ces mêmes droits aux autres individus.

4/ Responsabilité
De la liberté découle la responsabilité. Chacun doit assumer pleinement les conséquences de ses actes et doit en répondre si ces derniers viennent empiéter sur les droits naturels d’autrui.

5/ Propriété
La propriété est ce qui permet aux hommes d’assumer leur propre existence sans vivre aux dépens des autres; elle marque la limite de la liberté d’autrui. Priver un homme de sa propriété revient à permettre à autrui de le réduire en esclavage.

6/ Principe de libre consentement
Les rapports sociaux au sein de la société doivent être exclusivement fondés sur le libre consentement et la coopération volontaire des hommes. Une telle société est naturellement harmonieuse et juste.

7/ Principe de non-agression
L’initiative de l’usage de la force ou de la menace de l’usage de la force n’est jamais permise ; la violence n’est légitime que quand elle est utilisée de manière proportionnelle et en réponse à une agression.

8/ Principe de tolérance
Chacun respecte les choix pacifiques de chacun et défend ses opinions par l’argumentation, non par la menace ou l’intimidation. Qu’un mode de vie ou une action particulière puisse déplaire n’est pas un motif suffisant pour en légitimer l’interdiction.

9/ Principe de réalité
La réalité existe indépendamment de nos perceptions et de nos désirs. La raison est l’instrument que nous a donné la nature pour percevoir la réalité et adapter nos comportements à ses exigences.

10/ La production
Chaque homme assure son bien être en produisant pour ses propres besoins ou pour échanger avec autrui. Il est pleinement propriétaire du fruit de son travail et de ce qu’il a acquis en échange du fruit de son travail.

11/ La libre entreprise
Un système de production fondé sur la libre entreprise, aiguillonné par les opportunités de profits et tempéré par les risques de pertes est le seul système à même de permettre un calcul économique efficace.

12/ Le marché
L’échange libre, motivé par le bénéfice mutuel des parties, garantit le transfert non violent de la propriété et assure l’équité des transactions. Le marché libre permet la gestion optimale des ressources et assure la prospérité de tous.

13/ La loi
La loi est l’expression des droits naturels de l’individu et des sanctions qu’encourent ceux qui la transgressent. Elle précise les règles qui assurent le fonctionnement de la société dans les limites établies par une déclaration des droits du citoyen.

14/ L’Etat
Le rôle de l’Etat est d’imposer le règne de la loi, il ne peut agir que dans les limites fixées par cette dernière. Son action est limitée par une constitution conforme au droit naturel et une claire division des pouvoirs.

15/ La résistance à l’oppression
Un gouvernement qui ne respecte plus la constitution ou porte atteinte aux droits des citoyens est tyrannique de fait. La désobéissance civile et l’insurrection sont non seulement des droits mais des devoirs des citoyens. 

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CLASSÉ : un manifeste hyper prévisible

 

Par Pierre-Guy Veer

Tel un enfant gâté qui continue sa « crise du bacon » jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut, la CLASSÉ veut continuer son boycott des cours jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle veut. Et ce qu’elle veut, elle l’a récemment exprimé dans un manifeste[1]. Mais les « revendications » qu’on y trouve ne font que trahir le fond socialiste de la CLASSÉ, et donc du danger qu’il représente pour les citoyens québécois.

 

Tout d’abord, le manifeste regorge de la première personne du pluriel. « Nous sommes avenir »; « notre vision »; « notre démocratie »; « nous sommes le peuple ». Ce sont des mots bien forts, je le concède, mais il y a un seul ennui : il n’y a pas de « nous ». La société, c’est les individus qui la composent, pas un groupe impersonnel et homogène. Seuls les individus pensent et agissent, disait Ludwig Von Mises, et il a entièrement raison. Durant une élection, ce ne sont pas les Québécois qui élisent tel ou tel parti; ce sont les électeurs individuels qui votent. Ce ne sont pas les Québécois qui choisissent un système de santé entièrement public; ce sont des politiciens élus (et souvent les démarcheurs) qui prétendent agir « pour notre bien » qui prennent de telles décisions sans en considérer les impacts (listes d’attente, corruption et patronage pour obtenir une meilleur place).

 

Donc, quand une personne/un groupe de personnes prétend agir « pour notre bien » ou « pour la collectivité », ce n’est ni plus ni moins que son/leur intérêt personnel qui est présenté. Même quand il s’agit d’un groupe, ce sont ses membres individuels, avec des gouts semblables, qui présentent leur intérêt personnel, comme on voit présentement avec la CLASSÉ.

 

Une fausse démocratie

 

Parmi ces intérêts personnels, on trouve un goût de la victoire à tout prix, fusse à l’encontre de la démocratie qu’elle chérit tant. En effet, il semble être très facile de voter dans certaines assemblées étudiantes, même si on n’étudie pas dans ledit établissement[2]. Aussi, bien qu’on prétende vouloir laisser la parole aux gens qu’on n’entend jamais, ces derniers seront copieusement hués s’ils osent demander un vote secret[3] ou exprimer un point de vue différent de « nous »[4]. Même les présidents d’assemblée semblent tous pencher du même côté[5]. Et si les membres d’une assemblée osent penser le contraire de « nous », ils vont le regretter amèrement[6]. Évidemment, les regrets se feront aussi sentir si une loi/injonction qui ne plait pas fait son apparition, pouvant aller jusqu’au vandalisme[7]. Enfin, le chantage[8], les menaces[9], les insultes gratuites[10] et les perturbations[11] sont aussi un bon moyen de vouloir faire passer son message.

 

Vivre aux dépends des autres

 

Toutefois, le plus fort de ces intérêts dépasse largement la hausse des frais de scolarité. « Si on nous dépossède des droits les plus fondamentaux en mettant nos établissements scolaires sur le marché, il en va aussi des hôpitaux, d’Hydro-Québec, de nos forêts, de notre sous-sol. ». Et alors? Quel est le problème? Tout ce qui a été énuméré est au moins contrôlé en partie par le gouvernement, et ça se reflète par son inefficacité.

 

Les universités québécoises sont terriblement sous-financées, ce qui se reflète dans leur solde budgétaire[12]. Malgré ce manque à gagner, la moindre hausse des frais de scolarité est vue comme taboue… Mettre plus de fonds publics ne servira à rien; aux États-Unis, les sommes fédérales pour l’éducation générale (jusqu’en 12e année) ont augmenté exponentiellement depuis 40 ans avec, au mieux, une stagnation des résultats[13]. Une privatisation pourrait permettre une meilleure compétition (et de meilleurs prix) ainsi que l’abolition de départements aux débouchés… limités, puisque les étudiants devraient payer le vrai prix de leurs études. Ce n’est certainement pas avec une « école égalitaire » qu’on va encourager le dépassement de soi; on risque plutôt d’avoir une société apathique qui finira comme 20th Century Motors[14]

 

Ce n’est guère mieux pour les hôpitaux. Les temps d’attente à l’urgence sont toujours longs, et voir un spécialiste prend une éternité[15]. En comparaison, les chiens peuvent se faire voir le même jour par un vétérinaire[16]. Oui, j’ose comparer les animaux domestiques et les humains; les premiers se font soigner dans un système où le libre-marché règne et la vitesse des traitements est phénoménale. Les humains, eux, à moins d’avoir d’excellents contacts – ma grande-tante infirmière a eu quelques passe-droit – doivent prendre leur mal en patience. Sans compter que la présence d’assurances privées – fortement encouragée via des crédit d’impôts aux États-Unis[17] – rend les gens insensibles aux prix de leurs traitements, ce qui fait exploser les couts[18]. Introduire un élément de privé pourrait très bien aider le système de santé, comme cela a été le cas en Allemagne[19].

 

Hydro-Québec, la plus sacrée des vaches dans la Belle Province, montre également la faiblesse d’une administration publique dans ce qui devrait être privé. La Société d’État a versé son premier dividende près de 20 ans après sa gigantesque nationalisation[20]. Aussi, elle a plus que doublé son nombre d’employés en 40 ans; elle a proportionnellement plus d’employés par clients que d’autres compagnies d’énergie comparables en Nouvelle-Angleterre. Mais « la population » peut se consoler d’avoir les plus bas tarifs en Amérique du Nord, plaidera-t-on. Oui, certes. Mais si HQ avait été une compagnie privée, elle aurait vite été accusée de concurrence déloyale. Deux poids, deux mesures. Privatiser HQ permettrait donc de payer le vrai prix de son électricité – et ainsi avoir un encouragement pour l’économiser – et même de se sortir de l’aumône fédérale nommée péréquation[21].

 

Enfin, en ce qui concerne « nos » ressources naturelles, elles sont mal exploitées (et certainement exploitées sauvagement, tel que dépeint par le manifeste) à cause du gouvernement. Dans le domaine forestier, les compagnies ne sont que locataires; elles ont donc intérêt à exploiter au maximum la terre avant que le bail n’échoit. Cet intérêt est attisé si le gouvernement décide de nationaliser une terre, comme ce fut le cas avec la Seigneurie du Triton[22]. Quant à d’autres ressources, comme l’uranium[23] et le gaz de schiste[24], des groupes de personnes se sont avancés et ont réussi à bloquer toute exploitation, grâce à la complicité du gouvernement qui a imposé des moratoires. Si on veut éliminer tout risque, on peut toujours revenir à l’âge de pierre : de la nourriture uniquement bio, de l’eau et de l’air purs, des animaux élevés en petits troupeaux, beaucoup d’exercice… et une espérance de vie de 30 ans. Sérieusement, en éloignant le gouvernement de l’exploitation des ressources naturelles, et surtout en améliorant les droits de propriété – le propriétaire d’une maison n’a pas droit aux ressources qui pourraient se trouver sous sa propriété –, on inciterait l’exploitation intelligente des ressources, car il est de l’intérêt du propriétaire d’une ressource quelconque d’en profiter le plus longtemps possible.

 

Ces pauvres femmes sans défense

 

Le dernier intérêt des membres de la CLASSÉ qui ressort est celui de défendre la veuve et l’orphelin (principalement la première). Selon leur manifeste, les femmes sont encore et toujours victimes de discrimination injuste, notamment par des emplois moins valorisés où elles sont majoritaires.

 

Je suis obligé de leur donner en partie raison sur ce point. Il est vrai qu’une infirmière ou une enseignante gagnent moins qu’un médecin… mais est-ce vraiment à cause du sexe? Nonobstant le fait que les femmes soient majoritaires dans les facultés de médecine[25], le médecin a généralement plus de tâches et de stress que l’infirmière (surtout s’il doit opérer). Sans compter, ne leur en déplaise, que la loi de l’offre et de la demande entre en jeu quand vient le temps de négocier un salaire. Même s’il n’y avait pas d’ordres professionnels, il y aurait toujours moins de médecins que d’infirmières parce que les études sont plus longues, et le métier nettement plus stressant; ils gagnent donc plus. Aussi, si tant de femmes se tournent encore vers l’enseignement, n’est-ce pas parce que leur absence en cas de grossesse ne les handicapera pas[26]?

Par ailleurs, il n’y a absolument rien, il me semble, qui empêche une femme d’étudier en chimie (comme ma sœur et quelques unes de ses amies) ou en génie (comme une cousine). Si elles ne sont pas assez représentées dans des domaines à majorité masculine, elles n’ont que leur désintérêt ou leur manque de volonté à blâmer.

 

En conclusion, le manifeste de la CLASSÉ peut se résumer à ce diction célèbre : « Si tu n’es pas socialiste à 20 ans, tu n’as pas de cœur; si tu n’es pas capitaliste à 40 ans, tu n’as pas de tête. » La plupart de ses membres sont très jeunes, et surtout ignorant du fonctionnement de la société. Espérons seulement qu’ils finiront par apprendre que l’argent ne pousse pas dans les arbres, que hausser les impôts et les dépenses publiques est contre-productif[27], que la charité à la pointe d’un fusil perd sa noblesse[28] et que tous les décrets 10-289[29] du monde ne peuvent absolument rien pour sauver l’économie. S’ils continuent de croire que le gouvernement est la solution et non le problème, alors Atlas risque de s’hyperventiler à force de voir le Léviathan étendre de plus en plus ses tentacules…



[14]  Rand, Ayn. Atlas Shrugged, p.323

[29]           Atlas Shrugged, p.538

Les problèmes de l’égalité (1re partie)

 

Par Pierre-Guy Veer

(Inspiré d’une lecture du professeur Mark LeBar, lors d’un séminaire de l’Institute for Humane Studies (IHS) à l’Université Chapman, Californie, en juin 2012)

 

La gauche (qui veut plus d’intervention du gouvernement dans l’économie, principalement), adore l’égalité. Pour elle, tous nos problèmes seraient réglés si nous étions tous égaux. Mais égaux comment? En intelligence? Je ne crois pas qu’elle veuille que nous soyons des clones. Serait-ce plutôt en matériel (richesse, ressource, opportunité)? Si tel est le cas, alors il y a de nombreux problèmes. Non seulement existe-t-il plusieurs conceptions de l’égalité pour la gauche, mais en plus, elles sont mutuellement incompatibles.

 

Il y a tout d’abord l’égalité la plus populaire : celle des richesses (welfare). Pour les promoteurs de ce type d’égalité, l’humanité serait tellement mieux si nous pouvions tous vivre également bien avec un salaire similaire et avoir des vies mieux remplies. On pourrait sans doute lui attribuer l’indice Gini, qui mesure l’inégalité des revenus – plus l’indice est bas, plus les salaires sont semblables entre les citoyens d’un territoire donné.

 

L’égalité des richesses pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, ça démontre une certaine jalousie. En effet, malgré que leur profession soit cartelisée2, les médecins reçoivent nécessairement un salaire plus élevé que les concierges à cause des nombreuses années d’étude et de formation nécessaires, sans compter tout le stress et les dangers reliés à la profession. Vouloir égaliser les salaires vers le bas découragerait les futurs médecins d’entreprendre leur carrière, tandis que les égaliser vers le haut ferait exploser les couts de l’entretien ménager. Ensuite, la seule mesure qu’on pourrait qualifier d’objective pour le bien-être humain est la satisfaction des désirs. Malgré leur écart titanesque de revenus, le Dalaï-lama et Bill Gates semblent relativement satisfaits de leur vie. A-t-on vraiment d’un jet privé, d’un écran de 60 pouces et d’un ordinateur dernier cri pour être heureux? Mais encore là, la satisfaction des désirs pose problème. Que doit-on faire si une personne a des désirs très dangereux (meurtre, drogues)? Aussi, à supposer qu’il soit possible de vraiment égaliser le niveau des richesses, que ferait-on si quelqu’un dilapide les siennes au casino? La société devrait-elle encore l’aider?

 

Égaliser les ressources

 

D’une façon similaire à l’égalité des richesses, certaines personnes préfèreraient plutôt que les gens soient égaux dans les ressources qu’ils détiennent. Une fois cette égalité réalisée, les gens se débrouilleraient.

 

Encore là, ce type d’égalité pose problème. À l’exception des ressources gratuites de la nature (soleil, air, pluie), tout ce que nous consommons a reçu une forme de transformation par les humains.Vouloir distribuer ces ressources « également » pour tous pourrait, tel qu’une égalisation salariale vers le bas entre médecins et concierges, décourager ladite production. Sans compter qu’on n’a pas tous les mêmes habiletés avec les ressources qu’on reçoit. Si je recevais une montagne de sable, je m’en servirais au mieux comme terrain de volleyball. Mais dans les mains de ces artistes qui fréquentent les concours de sculptures sur sable, cette même montagne deviendrait un chef-d’œuvre. Parlant de talent, est-ce que leur absence peut compter comme un manque de ressource? Est-ce que le fait que je sois calé en économie et pas en chimie fait de moi une personne « démunie »? C’est pour cette raison que les humains ont créé le commerce : afin de profiter des talents particuliers des autres. Sans cela, on serait obligé de tout produire nous-mêmes. Imaginez un Canada sans échanges commerciaux de nourriture pendant l’hiver…

 

Égalité des opportunités

 

Une autre sorte d’égalité populaire, surtout aux États-Unis, est celles des opportunités. Si tout le monde avait le même point de départ dans la vie, alors nous serions tous sur un pied d’égalité dans nos chances d’obtenir un emploi, par exemple.

 

Encore une fois, on se retrouve avec un manque de balises objectives. Comment peut-on vraiment mesurer les opportunités? Si c’est par le nombre d’options qui s’offre aux gens, alors l’égalité est impossible. En effet, nonobstant le corporatisme de plusieurs professions, il y aura toujours de ces emplois – ingénieur, chirurgien, architecte – qui exigeront une longue et pénible formation. Puisque chacun nait avec différentes priorités, et donc avec différents couts d’opportunité (faire X signifie qu’on ne peut pas faire Y de façon optimale), ce ne sera pas tout le monde qui voudra dépenser autant d’énergie sur une formation aussi ardue. Il semble plus juste de parler de liberté des opportunités plutôt que de leur nombre. Si le gouvernement considère tous ses citoyens égaux devant la loi, alors ils sont complètement libres de choisir l’emploi qu’ils veulent. Évidemment, certains employeurs pourraient arbitrairement discriminer certaines personnes. Aussi enrageant soit-ce, il serait immoral de forcer un employeur d’employer une personne qu’il ne veut pas; c’est une question de respect de la propriété privé. S’il est assez fou pour refuser d’engager des femmes, alors grand bien lui en fasse de discriminer la moitié de la population.

 

1Inspiré d’une lecture du professeur Mark LeBar, lors d’un séminaire de l’Institute for Humane Studies (IHS) à l’Université Chapman, Californie, en juin 2012

Gagner sa liberté en quittant le Québec (partie 1 de 2)

 

Par Pierre-Guy Veer

Pour la gauche québécoise (qui veut plus d’impôts pour les « riches » et plus d’État dans l’économie), le diagnostic est sans équivoque : le Québec s’approche du paradis sur Terre. Ses programmes sociaux généreux font l’envie du reste du monde (le fameux « modèle » québécois), ses lois du travail, jumelées à un haut taux de syndicalisation, empêchent les travailleurs d’être « exploités » par des employeurs sans scrupule et ses bas frais de scolarité postsecondaires permettent aux plus pauvres d’avoir accès à l’université.

 

Toutefois, la réalité est toute autre. Plusieurs personnes, exaspérées de vivre là où le gouvernement est tellement présent qu’il en devient étouffant, ont décidé de quitter la Belle Province pour d’autres cieux. C’est notamment le cas de Julie Lesage Charland, cofondatrice d’un site Web[1] qui raconte le témoignage de ceux et celles qui ont quitté, de même que des conseils pour les personnes qui y songent.

 

La vie de Julie, jusqu’à tout récemment, n’aurait jamais laissé présager qu’elle quitterait son Trois-Rivières natal. « Lors du dernier référendum, j’avais voté Oui, se rappelle-t-elle. Comme mes parents, j’étais une fervente séparatiste. Encore aujourd’hui, je pense que le Québec est une société distincte.

 

« Toutefois, avec le temps, je me suis rendu compte que la province voulait garder cette distinction dans une bulle, et elle commençait à peser lourd. »  Un des éléments déclencheur a été son conjoint, infirmier de profession. « À cause des syndicats, il pouvait difficilement combattre l’ancienneté et être promu », précise-t-elle. Il a également souffert d’un grave cancer, et les médecins qu’ils a vus lui ont fortement conseillé d’aller aux États-Unis pour des soins, puisqu’il aurait dû attendre trop longtemps au Québec.

 

Mais la goutte qui a fait déborder le vase fut sa fille, diagnostiquée autiste à un très jeune âge. « Elle fut placée sur plusieurs listes d’attente, et ce malgré le fait qu’une telle attente risquait de la handicaper encore plus. »

 

Le gouvernement, cette fausse panacée

 

Au début, elle croyait, comme plusieurs, que le gouvernement allait l’aider. « Des psychologues ont suggéré qu’elle aille en CPE (garderie publique) afin de développer sa sociabilisation. Malheureusement, et malgré des fonds accordés par le gouvernement, personne ne voulait de la petite. Rendue à quatre ans, elle était encore sur des listes d’attente pour voir orthophonistes et ergothérapeute. C’en était trop. Au Québec, on a droit à tout, mais rien n’est disponible », se plaint-elle.

Le comédien Charles Lafortune vit une situation semblable à Julie – il en avait discuté à Tout le monde en parle. « Il a dit qu’il serait prêt à payer pour les services, probablement comme des milliers d’autres parents dans notre situation. Cependant, trop de personnes croient encore que le gouvernement va les aider, ce qui n’arrivera pas », croit-elle.

 

Certains semblent s’apitoyer sur leur sort. « Même s’il faut attendre cinq ans pour voir un spécialiste, certains préfèrent “vivre pour la société”. Ils iraient même, s’ils sont diabétiques, jusqu’à refuser de passer avant un patient cancéreux. Pourtant, en passant avant, ils libèreraient la liste d’attente. »

 

C’est donc par amour pour sa fille qu’elle a déménagé en banlieue de Houston, au Texas. Ce déménagement a été facilité par l’emploi de son conjoint – qu’elle qualifie « d’emploi à visa facile ». Sinon, le déménagement aurait été difficile, voire inexistant.

 

À la fois conservateur et libertarien

 

À première vue, le Texas pourrait en effrayer plus d’un. « C’est une contrée très conservatrice. À mon arrivée il y a huit ans, la sodomie – on visait principalement les homosexuels par cette loi – était un crime. Les gens ici ne parlent pas beaucoup de sexualité et sont fortement pro-vie, contrairement au Québec. Finalement, la religion est très présente; je n’avais jamais vu ça au Québec. »

 

Mais en regardant de plus près, on se rend compte que l’État de l’étoile solitaire[2] est nettement plus libertarien qu’il n’en paraît. « Ici, je ne paie que 10 % de mon salaire en impôt à l’État, et les taxes sont moins élevées. Même la capitale, Austin, réputée pour être plus à gauche à cause de son grand campus de l’université de l’État, est une grande partisane de Ron Paul. »

 

Parlant de ce politicien, Julie ajoute qu’il est plus populaire que ne le laisse transparaitre les médias. « La télévision est sensée représenter le pouls de la population. Or, ce n’est pas le cas; on tente de minimiser son influence, pourtant très grande. Partout autour de moi, on souhaite que le gouvernement nous laisse en paix! », affirme-t-elle.

 

Libertarienne à l’os

 

Julie a vite fait d’adopter cette mentalité. « Comme nous n’utilisons pas de garderie, je me lève chaque matin à 4h pour m’occuper de mes enfants, malgré mon emploi du temps chargé (elle travaille à la maison à temps plein). Aussi, bien que nous aurions droit à Medicaid[3], nous ne l’utilisons pas. Nous sommes parfaitement capables de nous occuper nous-même de nos enfants. »

 

Bref, son libertarianisme se propage partout. À ce sujet, elle constate le gouffre qui sépare sa mentalité de plusieurs Québécois. «  Au Texas, on se prend en main en famille. Au Québec, il semble que le gouvernement nous prend en charge du berceau à la tombe. Malgré tous les rapports accablants au sujet des CHSLD, les gens y laissent encore leurs parents et leurs grand-parents. C’est gouvernemental après tout, on n’a pas besoin d’y penser… Au Texas, les gens auraient vite fait de retirer l’être aimé de cet enfer. »

 

D’ailleurs, elle est heureuse que ses enfants puissent grandir dans un tel milieu. « Je préfère qu’ils deviennent des “méchants américains”que des moutons québécois. Ici, malgré les peurs qu’on nous faisait, les gens sont très accueillants et aidant, et ils croient vraiment à l’entraide. Pendant plusieurs années, il n’y avait que des pompiers volontaires dans notre ville pour tous les quarts de travail. Mon conjoint y a d’ailleurs offert ses services. En entendant cela, plusieurs personnes de notre entourage pensaient : “Y sont ben cheap!” »

 

Par ailleurs, ce milieu est dirigé par un gouvernement qui fait confiance au gros bon sens de ses citoyens. « Il y a ce qu’on appelle la Castle Law au Texas. Il nous est permis, si on se croit en danger, de tirer quelqu’un qui pénètre notre propriété sans invitation préalable. Évidemment, nous savons utiliser notre jugement. Et les gens sans mauvaises intentions aussi. Nous vivons près d’une école, et il nous arrive de recevoir des ballons. On vient toujours cogner à notre porte avant d’aller les chercher. »

 



[2]    Lone Star State en anglais

[3]    Programme fédéral qui paie notamment les soins des personnes pauvres ou handicapées