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Ô Pierre-Karl, conduis-nous vers la terre promise!

Par Philippe David

Depuis la fondation du PQ en 1968, ses militants recherchent la terre promise d’un Québec indépendant, tel les israélites dans le désert du Sinaï. Ça fait maintenant 47 ans qu’ils errent de cette façon sans jamais y parvenir. Nombreux sont les prophètes qui ont tenté de les y mener, nombreux sont-ils encore qui ont été crucifiés par leurs propres fidèles. Pierre-Karl Péladeau a choisi une position franchement très périlleuse. Une fonction avec un siège éjectable et il y a toujours quelqu’un dans les coulisses avec un doigt sur le bouton. 

Le nouveau messie

Pierre-Karl Péladeau arrivera-t-il à mener ses fidèles en terre de Canaan là où les René Lévesque, Jacques Parizeau, Bernard Landry, Lucien Bouchard et al. ont échoué? Rien n’est moins sûr. Beaucoup ont tenté de réunir les « conditions gagnantes » depuis 1995 et ils s’y sont tous plantés. Pierre-Karl Péladeau représente sans doute le dernier espoir des fidèles avant que la génération des boomers ne rende l’âme. Dans l’exode, Yahvé avait attendu que toute la génération qui avait péché contre lui [au Mont Sinaï] ne meure avant de les laisser entrer dans la terre promise. Cette fois-ci,  cette génération n’a presque pas de relève. Le rêve d’un pays mourra probablement avec elle. C’est la dernière chance, ils le savent et ils n’ont plus de patience. Beaucoup de pression attend le nouveau messie.

La grande illusion

Aujourd’hui, ils l’acclament tous comme un sauveur, mais la vérité est qu’il ne s’avérera peut-être pas l’homme de la situation et il y a fort à parier que dans le fond, il est hautement surestimé. En dehors des rangs du PQ, il n’est peut-être pas si apprécié. Déjà, Québec Solidaire le boude. Ils veulent la souveraineté, mais pas à tout prix et pas avec PKP.  Il va falloir que Péladeau pédale fort pour les convaincre. Il en va de même pour quiconque a un  penchant vers la droite. Pierre-Karl Péladeau à beau répéter que l’indépendance ne se fera ni à gauche, ni à droite, son discours dit tout le contraire quand il dit vouloir défendre le modèle québécois, qui, contrairement à ses prétentions, ne nous fait pas briller dans le monde mais nous embourbe plutôt de plus en plus. À l’entendre parler d’empêcher les fleurons québécois de quitter et de protéger notre culture dans son discours de victoire, laisse présager que son projet de pays consiste à se renfermer sur nous-même et devenir un petit village gaulois isolé entouré de méchants anglos néo-libéraux qui ne cherchent qu’à piller nos ressources. Certainement pas le message que la droite québécoise veut entendre. Rassembleur, vous dites? Il a encore bien des croûtes à manger.

Pierre-Karl Péladeau est aussi un novice en politique. Ça ne fait que quelques mois qu’il a été élu député et le voilà propulsé au statut de chef de l’opposition avec tous les périls que cela comporte et il a déjà démontré qu’il a autant de finesse qu’un éléphant dans un magasin de cristal. S’il croyait que les journalistes étaient harcelant pendant sa campagne au leadership, il n’a encore rien vu. C’est bien beau l’indépendance, mais il n’y a pas que ça comme sujets à traiter et dans le vrai monde, le quidam lambda n’a vraiment rien à foutre de la souveraineté. Il se soucie bien plus de nourrir sa famille et franchement, les choses étant comme elles sont, avec l’économie qui bat de l’aile, il voit mal comment la souveraineté va aider les choses. Au contraire, l’idée du pays a certainement l’heur de plaire aux « caribous », mais pour les autres, c’est beaucoup plus porteur de perturbations et d’instabilités dont on pourrait bien se passer. Ce n’est pas parce que PKP est à la barre du PQ que cette réalité va s’effacer et le radicalisme jusqu’au-boutiste de Péladeau risque de lui nuire plus qu’autre chose.

L’empire

Beaucoup s’inquiètent du fait que Pierre-Karl Péladeau possède le plus grand empire médiatique au Québec et évidemment, ça pose effectivement un problème d’éthique. La tentation pourrait être forte pour un politicien qui contrôle 40% des médias de s’en servir comme outil de propagande à ses propres fins. Il y a effectivement un danger que cela puisse se produire. Mais c’est aussi une arme à double-tranchant. Ça pourrait aussi engendrer une méfiance des électeurs qui pourront facilement imaginer le pire. Chose que les adversaires du PQ n’ignorent pas et c’est la raison qu’ils continuent d’attaquer sur ce point. Tout ce qui sera rapporté par les médias de Québécor pourra devenir suspect, en particulier s’ils divergent trop des autres médias en faveur de leur patron.  Mais cet épineux problème risque d’être résolu d’une façon comme d’une autre d’ici aux prochaines élections.

Conclusion

En se présentant pour devenir chef du PQ, Pierre-Karl Péladeau semble s’être investi d’une mission. Celle de faire du Québec un pays. Y arrivera-t-il? Rien n’est moins sûr. À mon avis, beaucoup de bien meilleurs hommes encore plus charismatiques y ont échoué. Le rêve du pays se fait vieux et qui-plus-est, il vieillit mal. De plus en plus de québécois réalisent l’échec de la Révolution tranquille et du modèle socio-économique qu’on s’est donné. Alors qu’au début des années 1960, le Québec figurait parmi les leaders dans les provinces canadiennes et qu’il était permis de rêver d’en faire un pays indépendant et prospère, il est s’est depuis enlisé dans le marasme économique le rêve se fait de plus en plus distant. Plutôt que de s’affranchir du reste du Canada, le Québec s’est enfoncé de plus en plus dans une dépendance dont il n’arrivera pas à se défaire facilement. Avant de couper les liens définitivement, il faudrait bien qu’il tente de se tenir debout sans cette béquille et je doute fort que Pierre-Karl Péladeau, avec son discours nationaliste rétrograde arrive à faire croire aux gens qu’il puisse renverser la situation en continuant à défendre un modèle désuet et dépassé. Quand PKP a levé le poing pendant la dernière campagne électorale, le PQ est passé d’une majorité probable dans les sondages aux pires résultats électoraux qu’il ait connu depuis les années 70. L’obsession du pays n’est pas nécessairement une stratégie gagnante.

Pierre-Karl Péladeau a bien du pain sur la planche et pas beaucoup de temps. Les caribous veulent la terre promise et ils n’ont que peu de patience. J’entends déjà les couteaux s’affûter et il y aura bientôt un autre messie dans les coulisses s’il ne livre pas la marchandise rapidement. Le PQ n’a jamais été tendre envers ses chefs. Je doute que PKP fasse exception. 

 

La peur bleue

Par Philippe David

Les post-mortem de la campagne ont commencé à défiler et déjà, dans le camp péquiste, les excuses commencent à fuser pour se déresponsabiliser de la raclée qu’ils ont reçu lundi dernier. On blâme les médias, la charte des valeurs ou Pauline Marois, mais l’excuse la plus souvent citée est la peur. La peur d’un référendum ou la peur de la souveraineté.

Ainsi, selon un grand segment de l’intelligentsia péquiste, le bon peuple québécois ne sait pas ce qui est bon pour lui. Il ne réalise pas à quel point le fédéralisme canadien est une menace. Il est ignorant du péril qui menace le français à Montréal (après tout, se faire accueillir dans un magasin par un « bonjour/hi » est tellement agressant). Ils ne réalisent pas que les islamistes sont sur le point de nous submerger et nous imposer leur religion (au moment où je tape ces lignes, il y en a probablement un million qui arrivent à l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau maintenant que leur marionnette, Philippe Couillard, est en poste. Si, si, sérieusement!) Sauvez-vous! Nous serons sûrement devenus une théocratie musulmane d’ici les prochaines élections! Nous ne réalisons pas à quel point les libéraux sont corrompus. Bref nous ne réalisons pas à quel point il est urgent de devenir un pays.

Selon eux, c’est parce que nous avons peur. Peur du changement. Peur de la faillite. Peur de perdre nos petits conforts. Peur de perdre la péréquation. Peur de « perdre nos Rocheuses ». Peur d’avoir peur? Pour ces messieurs, j’aurais une autre théorie…

Et si la peur n’avait rien à voir? Les récents sondages apportent quelques indices révélateurs. Ils démontrent particulièrement que l’électorat du PQ se situe surtout dans le segment d’âge des 50 à 65 ans. Il récolte très peu d’appuis dans tous les autres groupes d’âge. On a souvent dit que le PQ était le parti d’une seule génération, nous en avons désormais la preuve. Ils n’arrivent tout simplement pas à soulever l’enthousiasme chez les jeunes. Pourtant, s’il y a un qualificatif qui s’applique plus aux jeunes qu’aux plus vieux, c’est la témérité. Règle générale, ce sont les jeunes qui foncent tête baissé sans trop s’attarder aux conséquences. Nécessairement, si on veut mener à bien un projet comme l’indépendance d’un pays, c’est normalement les jeunes qui forment le fer de lance du mouvement. Mais voilà, les jeunes ne sont tout simplement pas intéressés. Le PQ n’a pas réussi à vendre son projet.  Ce n’est pas qu’ils ont peur, c’est plus qu’ils n’en ont rien à cirer. Le discours identitaire et victimaire du PQ ne les touche pas et ils ne conçoivent pas le fédéralisme comme un obstacle ou une contrainte. Le PQ devra trouver d’autres arguments pour les convaincre. Or, le disque du PQ est tellement usé qu’il ne cesse de sauter. En poursuivant ce même discours, le PQ a autant de chance d’exciter les jeunes qu’en leur faisant écouter du Pat Boone.

En bref, le problème du PQ n’est pas tant la peur de la souveraineté ou d’un référendum, mais la lassitude et l’écœurantite aigüe après 45 ans du même débat. Nous ne sommes tout simplement plus intéressés par l’option souverainiste, à part pour ce nœud dur de 30-35%, et nous sommes carrément écœurés d’en entendre parler. Il serait peut-être temps que le PQ nous écoute. Il me semble que le message est clair.

Le moindre crosseur

Par Philippe David

Mardi matin on a entendu un grand soupir de soulagement collectif avec les résultats du plus récent sondage de Léger Marketing qui, avec un échantillonnage qui ne laisse qu’une faible marge d’erreur, confirme que le PQ est en chute libre et le PLQ pourrait remporter une majorité. Soupir de soulagement, non pas parce qu’un gouvernement libéral est bien meilleur qu’un gouvernement péquiste, mais parce que bien peu d’entre nous veulent vraiment avoir à supporter l’incertitude et la bisbille constitutionnelle inhérente de tout régime péquiste, et aussi l’incompétence patente que l’équipe de Pauline Marois a démontré depuis les derniers dix-huit mois.

Le spectre de la souveraineté et du référendum

Les partisans du PQ parlent toujours de campagne de peur, chaque fois que les autres partis brandissent le référendum comme épouvantail, et dans une certaine mesure, ils ont raison. Mais ils ne peuvent pas nier non-plus que la souveraineté et la possibilité d’un autre  référendum amène une bonne dose d’incertitude qui affectent les calculs des entrepreneurs et des investisseurs. Si vous vous demandez pourquoi l’emploi et l’investissement privé ont stagné pendant toute l’année 2013, demandez-vous quelle personne saine d’esprit irait risquer des millions là où le régime politique est instable et hostile au développement économique? Risqueriez-vous vos propres économies à démarrer une entreprise pendant que Pauline Marois et Nicolas Marceau sont à la barre de notre économie? Moi pas.

Veut, veut pas, la souveraineté aura toujours un coût économique en termes de peur du changement et d’incertitude de régime. L’entrepreneuriat et la création de la richesse sont des choses qui se planifient sur le long-terme et on ne peut faire ça lorsque la stabilité politique n’est pas au rendez-vous. Si nos élus s’amusent à tout faire pour créer des conflits entre les différents paliers de gouvernement pour tenter d’influencer l’opinion publique, les entrepreneurs et investisseurs mettront leurs projets en veilleuse et laisseront la poussière retomber avant de décider quoi faire. C’est naturel.

Pour en finir avec la charte de laïcité

Cette charte a toujours été un calcul électoraliste de part du PQ et un mauvais calcul en plus. Le PQ a tenté de jouer sur les peurs et l’ignorance de bien des québécois envers l’islamisme et l’immigration afin de se poser en grand défenseur de « l’identité québécoise ».  Tout d’abord, si vous croyez que baliser les accommodements religieux et bannir le port de signes religieux par les employés de l’état va résoudre le problème de la montée de l’islamisme et de l’intégrisme religieux, vous avez de sérieuses délusions. Alors à quoi bon essayer de nous l’enfoncer dans la gorge. D’autant plus, que nous savons d’avance, de l’avis du Barreau du Québec et de la Commission des Droits de la Personne, que ce projet de loi sera rejeté par la Cour Suprême. Donc, la seule raison de vouloir persister et refuser tout compromis sur un projet de loi qu’on sait déjà inconstitutionnel, et d’en faire un enjeu électoral, c’est simplement pour l’instrumentaliser pour gagner une majorité et créer de la zizanie avec le fédéral pour mousser la popularité de la souveraineté. Parce que Dieu sait que les souverainistes sont incapables de de vendre leur projet sur ses propres mérites. Le PQ a fait le pari que les électeurs seraient  si totalement hypnotisés et hébétés par le débat sur la charte pour tout oublier l’incompétence de son gouvernement. Heureusement, les gens ne sont pas aussi stupides.

Les crosseurs

Maintenant, des voix s’élèvent pour aller questionner l’intégrité des libéraux. Je serai certainement le dernier à les défendre, mais d’un autre côté, même si la Commission Charbonneau n’a pas encore dévoilé autant d’incidents impliquant le PQ, elle n’a encore que gratté la surface de la relation entre le PQ et les syndicats, je ne suis pas prêt à dire que le PQ est vraiment plus vertueux sur le plan éthique. N’oublions pas que Mme Marois a déclenché des élections en contravention de sa propre loi sur des élections à date fixe, alors qu’elle et son conjoint étaient convoqués à comparaitre en commission parlementaire pour expliquer le fameux « deal » avec la FTQ. Ça remet certainement en question l’éthique de Mme Marois. J’aurais tendance à croire qui si le PLQ n’est pas tout blanc, le PQ n’a certainement pas de supériorité morale à ce chapitre. Le pouvoir a corrompu également les deux partis, et la seule raison que les autres puissent revendiquer n’avoir aucun squelette dans leur placard, est qu’ils n’y ont jamais gouté.

Donc, si votre choix se limite strictement au tandem PQ-PLQ qui s’échange le pouvoir depuis 1976, vous pouvez peut-être croire que vous votez pour le moins crosseur, mais vous allez inévitablement voter pour un crosseur. Ce n’est pas un terriblement bon incitatif, si vous voulez mon avis. Peut-être que vous devriez considérer voter pour quelqu’un d’autre.

La souveraineté : Parce que la tyrannie québécoise a bien meilleur goût…

Par Philippe David

Avec l’annonce de la candidature de Pierre-Karl Péladeau à Saint-Jérôme, le chat souverainiste est sorti du sac. On voit encore PKP, le poing en l’air, proclamant qu’il veut « un pays ». Si le PQ a un seul talent, c’est celui de diviser. Que ce soit la souveraineté ou la charte, ces débats qu’il engendre ont le don de nous inciter à nous sauter à la gorge. Et pourquoi au juste? À cause que certains pensent que la notion abstraite d’une « nation » ou d’un « peuple » leur donne le droit d’imposer leur façon de vivre et de penser aux autres qui vivent sur ce qu’ils considèrent « leur » territoire.

Il est parfaitement normal d’éprouver un  lien émotionnel envers le lieu de notre naissance ou celui où nous avons passé la plus grande partie de notre vie. C’est le lieu où vivent notre famille et tous ceux qui nous sont chers. Lorsqu’il est attaqué, il est normal de vouloir le défendre, même au prix de notre vie, parce que ce que nous défendons réellement, ce sont nos familles et nos amis, pas un territoire délimité par des lignes arbitraires sur une carte ou le gouvernement qui le contrôle. Ce sentiment, c’est ce que nous appelons le patriotisme. Le patriotisme ne se préoccupe pas de la foi religieuse ou de l’orientation sexuelle, ou du genre, ou de l’appartenance politique de vos voisins. Il se préoccupe de ce qui nous unit, pas ce qui nous divise. Le nationalisme, c’est tout autre chose

La plaie nationaliste

Comprenez-moi bien. Dans toute notre histoire, il n’y a probablement jamais eu de pire fléau que l’idéologie du nationalisme. Elle divise le genre humain depuis l’aube de son existence, motivant guerres et conquêtes. Son histoire est écrite avec le sang de ses victimes et nous n’avons toujours pas réussi à nous en débarrasser.  C’est l’idéologie du « nous » et du « eux », groupes définis selon les critères du jour.  Sa seule optique est de pointer les différences qui nous divisent plutôt que les points que nous avons en commun. Son seul objectif est de diaboliser et rejeter ce qui est « différent ». Poussée à l’extrême, elle nous pousse à vouloir soumettre ou exterminer ceux qui sont différents de nous.  Elle est le motif de tous les génocides de l’histoire.

Le nationalisme n’est pas du patriotisme, c’est le transfert du sentiment patriotique vers un groupe défini, centré autour d’une ethnie ou une langue ou une culture quelconque. Naturellement, ça implique que si vous ne partagez pas ces caractéristiques, même si vous vivez en dedans des mêmes lignes imaginaires, vous ne pouvez faire pleinement partie du groupe. Vous serez toujours un des « autres », parfois toléré, mais jamais accepté. Au Québec, faire partie de la « nation » québécoise ne veut pas dire vivre au Québec. Ça veut dire être blanc, francophone, catholique et avoir un arbre généalogique qui s’étend jusqu’avant la conquête britannique. Il tolère ceux qui ne sont pas blancs, pas catholiques mais chrétiens quand même et de descendance plus récente, tant qu’ils sont francophones, mais ne sont pas membres du club à part égale. Si vous êtes anglo ou non-chrétien, vous êtes tolérés, mais vous ne ferez jamais partie du « nous » québécois. Tough luck! Pour les nationalistes, vous êtes des citoyens de seconde classe si vous vivez au Québec. Si vous faites partie de ce groupe dans le reste du Canada, vous êtes « l’ennemi ».

Tyrannie québécoise ou tyrannie « canadian »

Les nationalistes québécois considèrent le fédéralisme canadien comme l’oppresseur. En quelque sorte, une tyrannie envers sa minorité francophone, mais pourtant,  avec des lois comme la loi 101 et la fameuse charte des valeurs, ils se sont montré tout aussi ou même plus tyranniques envers les minorités que la fédération canadienne. Le Canada ne m’impose pas de parler anglais ou d’afficher en priorité dans cette langue. Au contraire, il contraint les anglophones à parler français lorsqu’ils travaillent au gouvernement fédéral,  qualification qu’il serait sans doute utile d’avoir là où le nombre de francophones le justifie, mais pas nécessairement dans un coin de pays où il n’y en a aucun. Le nationaliste cherche non-seulement à imposer le français sur tout le territoire du Québec, mais il réprouve l’usage de l’anglais (ou toute autre langue d’ailleurs, même le créole), même si c’est dans un secteur majoritairement anglophone (comme l’ouest de Montréal, par exemple). Donc, ils s’offusqueront de se faire approcher avec un bonjour-hi par un vendeur dans un magasin, même si ce magasin est situé au Centre Fairview à Pointe-Claire, ou même au centre-ville où statistiquement, les chances soient à peu près égales au vendeur d’avoir affaire à un client anglophone que francophone. Oui, le français est la langue de la majorité au Québec, mais il y a une marge entre préserver une langue et être complètement intolérant des autres.

Maintenant, avec la charte des valeurs, on monte d’une autre coche dans l’intolérance. Il ne suffit plus maintenant de parler français pour être toléré par les nationalistes, il faut maintenant que vous cachiez votre appartenance religieuse. Encore une fois, c’est l’apanage du nationalisme de rejeter ce qui est différent.

La souveraineté du Québec, c’est en réalité le choix entre deux tyrannies. La tyrannie nationaliste québécoise et la tyrannie relativement plus « soft » du fédéralisme canadien. Et dire que les nationalistes s’étonnent que ceux qui sont attachés au libéralisme, comme le sont une grande partie de la droite québécoise, n’embarquent pas. Désolé de vous décevoir. Si ce n’était que de moi, j’abolirais les deux, mais si je dois choisir une ou l’autre, le choix n’est pas trop difficile. Je choisirai celle des deux qui est la plus tolérante.

La nouvelle droite et la question nationale

Par Philippe David

Nombreux sont les intellectuels souverainistes qui perdent leur latin devant le désintéressement général des membres de ce que certains appellent « la nouvelle droite » pour la question nationale et la protection de la langue. Sans pouvoir parler pour tous les individus qui composent la droite québécoise, je crois pouvoir y apporter un peu de lumière.

Libéralisme 101

S’il est faux de dire que la droite québécoise est essentiellement libertarienne, elle est certainement libérale, du moins dans le sens classique du terme. Les libertariens sont effectivement représentés, mais je dirais qu’elle contient une plus grande part de conservateurs fiscaux et de libéraux classiques. Des gens pour qui l’état reste un mal nécessaire, mais qui croient que celui-ci devrait se limiter à des fonctions restreintes et bien définies et qui croient que l’état devrait se substituer le moins possible à la liberté de choix des individus.

Pour les membres de la nouvelle droite, ce qui importe c’est une moins grande ingérence de l’état dans leurs vies personnelles et dans l’économie. Ce qu’ils veulent entendre, c’est qui réduira la dette. Qui coupera dans la bureaucratie gargantuesque de notre état-providence. Qui remettra en question le panier de services offerts par le gouvernement, de façon à offrir moins de services, mais d’améliorer la qualité de ce qui est offert. Qui réformera le code du travail de façon à donner moins de pouvoir aux syndicats du secteur public?. Qui libéralisera l’éducation de façon à remettre les choix dans les mains des parents et des étudiants?. Qui réformera la santé pour y introduire un système mixte, comme ils ont en Europe et bien d’autres endroits dans le monde, de façon à introduire de la concurrence au grand bénéfice des patients?. Qui osera sabrer dans les subventions directes, indirectes et totalement indécentes, consenties à des compagnies qui ne pourraient se maintenir à flot par elles-mêmes? Qui réformera le système largement déficitaire des garderies?  Qui mettra fin aux monopoles gouvernementaux inefficaces comme la SAQ?

Toutes des préoccupations légitimes et probablement beaucoup plus urgentes à régler que le sempiternel débat constitutionnel et linguistique.

Le monopole du micro

Qu’avons-nous à la place? La même vielle cassette qui tourne depuis un demi-siècle. Le grand péril du français et la souveraineté. Pendant ce temps, le navire coule et nous voulons réorganiser les chaises sur le pont.  Nous ne nous sommes même pas posé de questions sur la dépendance que nous développions pour cet état tentaculaire qui est le nôtre, comme si ça allait de soi. Nous étions tellement obnubilés par la souveraineté et la langue que nous ne nous sommes jamais posés quant aux vrais choix de société que nous faisons. Nous avons perdus cinq décennies à débattre de la langue et de la souveraineté alors que nous nous appauvrissions progressivement et nos infrastructures pourrissaient sous nos pieds. Nous ne cessons de planifier le prochain référendum pendant que les groupes d’intérêt de toute sorte s’enrichissent  à nos dépens, que les contribuables croulent sous le fardeau des taxes et que nous amassons une dette que trois générations ne suffiront probablement pas à payer. Eh bien nous en avons marre!

Nous avons marre des lois liberticides destinées à nous enfermer dans un moule culturel uniforme. Nous avons marre des référendums et des éternelles chicanes avec le reste du Canada. Nous avons marre de la culture de revendication et de mendicité que nous maintenons envers les autres provinces. Nous avons marre du nationalisme économique qui maintient des cancres industriels sur le respirateur et étouffe l’entrepreneuriat en accaparant les ressources. Nous avons marre des apprenti-sorciers qui établissent des programmes qui doivent constamment être réformés, tellement ils sont mal conçus. Nous avons marre de payer trois fois le prix pour tous les projets entamés par le gouvernement. Nous en avons marre de passer des heures interminables à l’urgence et de crever sur les listes d’attentes quand nous savons que les solutions existent mais qu’aucun politicien ne veut les appliquer.

Alors excusez-nous, Ô intellectuels souverainistes, de croire qu’il est  plus urgent de réparer les torts de votre débat stérile que de partager votre fixation idéologique d’un pays qui s’écroulerait de toute façon sous son propre poids. Nous en avons tout simplement assez que vous ayez le monopole du micro.

Léo Bureau-Blouin au PQ, l’agenda caché de Pauline Marois et des élections estivales le 4 septembre :

Par Simon Leduc

Léo-Bureau Blouin est pour le gel des frais de scolarité, vraiment? :

L’ancien leader de la FECQ s’est fait connaître lors du conflit étudiant qui a dominé l’actualité politique pendant près de quatre mois. Les talents de communicateur de M. Bureau-Blouin ont beaucoup impressionné le mouvement progressiste québécois. Plusieurs le voyait comme candidat vedette lors des prochaines élections générales. C’est le PQ qui a gagné la loterie Bureau-Blouin. Celui-ci sera candidat du Parti québécois dans le comté de Laval-Des-Rapides qui est détenu par le ministre libéral Alain Paquet. Tout d’abord, il faut saluer l’engagement politique du jeune homme. Ce n’est pas facile de faire de la politique et il faut respecter ceux qui ont le courage et les convictions de se présenter aux élections. Ensuite, on peut questionner l’engagement militant de Léo Bureau-Blouin à la FECQ. Comme leader étudiant, il a combattu la hausse des frais de scolarité décrétée par le gouvernement Charest. Le gel des frais de scolarité était un principe sacré pour lui afin de maintenir l’accessibilité aux études supérieures. L’ancien étudiant portait fièrement le carré rouge durant tout le conflit : le symbole par excellence du statu quo étudiant. Sûrement à la demande de Mme Marois, le nouveau candidat a enlevé son carreau rouge. S’il est porté au pouvoir, le PQ s’engage à les hausser mais de façon moins importante que les libéraux. Est-ce que cela veut dire qu’il est maintenant pour le dégel des frais de scolarité? Est-ce que la vedette péquiste défendait vraiment les intérêts de ses membres ou plutôt ses propres intérêts personnels? Ces questions se posent. En tout cas, je souhaite bonne chance à Léo Bureau-Blouin et il en aura besoin parce qu’il va affronter une vedette montante du PLQ Alain Paquet. Si M. Blouin est un candidat vedette, comment se fait-il que Mme Marois n’ait pas trouvé une circonscription sûre pour lui?

Le PQ au pouvoir : le retour des chicanes constitutionnelles :

Malgré ce que prétend Pauline Marois, si le Parti québécois prend le pouvoir aux prochaines élections, sa seule priorité sera la souveraineté du Québec. Une fois au gouvernement, les troupes péquistes vont entamer une lutte agressive et féroce contre le gouvernement Harper. Tout d’abord, Mme Marois va demander que le fédéral accorde les pleins pouvoirs à la Belle province dans les domaines suivants : l’immigration, les communications, l’assurance-emploi, la culture et l’économie régionale. Ensuite, l’éventuel gouvernement séparatiste va quêter de l’argent du gouvernement conservateur pour pouvoir payer tous nos merveilleux programmes sociaux déficitaires. Devant le refus d’Ottawa, la chef péquiste va pouvoir dire aux Québécois que le régime fédéral ne fonctionne pas et qu’il faut se séparer et devenir un pays souverain. Ce n’est pas moi qui affirme cela mais bien le candidat péquiste Bernard Drainville. Lors d’une entrevue au quotidien anglophone The Globe and Mail, celui-ci a dit : “I don’t see how we can lose,” Bernard Drainville, a PQ MNA and lead party spokesman on constitutional issues, said in an interview. “If Quebec wins, it becomes stronger. If Quebec is rebuffed, the demonstration is made that there is a limit to our ability to progress in this country.” Quelle attitude irresponsable de la part du Parti québécois. Depuis quarante ans, celui-ci est incapable de convaincre une majorité de Québécois du bien-fondé de l’indépendance. L’économie mondiale est très fragile et le Québec n’est pas protégé contre une éventuelle récession. Et qu’est-ce que veut faire le PQ s’il est porté au pouvoir? La réponse est de créer de l’instabilité politique et économique afin de faire mousser son projet de pays. Les Québécois ont refusé à deux reprises l’indépendance, ils n’en veulent pas. Est-ce c’est clair? Le Québec est rendu ailleurs. Il faut s’occuper de l’économie, de la santé et de l’éducation et non pas recommencer le débat constitutionnel stérile.

Les élections générales le 4 septembre :

À la demande du premier ministre, le lieutenant gouverneur Pierre Duchesne a dissout le 39e législature et les Québécois sont convoqués aux urnes le 4 septembre. On doit s’attendre à une campagne électorale très négative ou les débats d’idées ne voleront pas la vedette. Peut importe l’issue du scrutin, le Québec va continuer tranquillement sa route vers la faillite dans l’indifférence totale de la classe politique. Aucune formation politique qui aspire au pouvoir ne promet des changements structurels (réduction de la taille de l’État, la mixité en santé, la fin de la réforme scolaire, le remboursement de la dette, des coupures de dépenses publiques, etc.) pour sortir la société québécoise de sa torpeur. Lors de cette consultation démocratique, les Québécois vont encore voter pour le mieux pire, la routine quoi.

Voter stratégique

 

Par Philippe David

Voter stratégique, c’est ce que le PQ voudrait que vous fassiez, en voulant dire de voter pour eux, bien sûr. De l’autre côté, il y a un mouvement contraire de « tout sauf le PQ » pour éviter de se retrouver avec un autre référendum.

« Les élections sont imminentes et les frustrations des Québécois sont grandes. On sent se dessiner deux tendances, l’une hostile au PLQ (anything but the PLQ) et l’autre hostile au PQ (anything but the PQ). L’important est de bien choisir son «anything but». Il vaut la peine de rappeler les points suivants: Le PQ a appuyé les carrés rouges et recrute un de leurs leaders, le PQ recrute les journalistes les plus biaisés de Radio Canada, le PQ s’arrime à Lisée qui cuisine les chiffres pour transformer le cancre en modèle et «mettre la droite KO», le PQ veut étendre la loi 101 au CÉGEP, le PQ veut augmenter les taux marginaux d’imposition pour des raisons purement idéologiques (il ne récoltera pas grand chose vu la disette de vrais «riches» au Québec), le PQ est allé chercher un «candidat de prestige» qui rêve de nationaliser les ressources naturelles et de multiplier les Hydro-Québec, le PQ veut créer une atmosphère empoisonnée d’affrontement entre le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral, entre les francophones et les anglophones, entre les francophones de souche et les allophones, de manière à réunir les conditions pour lancer le Québec dans l’aventure d’une troisième tentative de sécession. Et tout cela au moment où l’économie mondiale est en crise, où les dettes publiques explosent (la nôtre n’explose pas mais augmente inexorablement) et où l’État providence ne parvient plus à livrer ses promesses. Lequel des deux «anything» vous choisissez? Pensez-y très sérieusement. »

Dit Martin Coiteux, le professeur d’économie aux HEC Montréal. Alors pour éviter tout ça, il faudrait se pincer le nez et voter pour le moins pire! Ciel que j’en ai marre de voter pour le moins pire! Personnellement, ni l’une, ni l’autre de ces deux alternatives ne m’excite. Autant rester chez moi que de voter libéral pour éviter le retour du sempiternel débat sur la souveraineté ou voter PQ pour débarrasser d’un gouvernement qu’on choisi par dépit depuis 9 ans.

Quelle alternative avons-nous? Option Nationale et Québec Solidaire ne sont que des versions encore plus radicalement à gauche que le PQ. J’aimerais autant avaler un bidon de térébenthine et pisser sur un feu de broussailles que de voter pour eux. La CAQ, c’est le PQ lite. Tout aussi insipide, mais dilué quelque peu. Resterait les deux nouveaux partis de droite: le Parti Conservateur du Québec et l’Équipe Autonomiste. Ces deux partis ne sont pas nécessairement mûrs, mais ils ont au moins le mérite de partager mes propres valeurs. 

Je vais donc vous proposer quelque chose de totalement farfelu pour les prochaines élections. Tout d’abord, évacuez de votre esprit toute pensée de vote stratégique et pensez plutôt au message que vous voudriez envoyer à Québec. Peu importe qui gagne les prochaines élections, ce sera probablement un gouvernement minoritaire, donc ils auront très peu de marge de manoeuvre pour faire un référendum, par exemple. Donc peu de risque qu’ils puissent faire quelque chose de vraiment déplaisant. Que ce soit le PLQ ou le PQ, ce sera du pareil au même. D’un autre côté, si dans ce scénario, nous avions un important noyau de députés droitistes, peut-être même avec la balance du pouvoir, ça envoyerait un vrai message.

J’aimerais donc que ceux qui se disent de droite cessent de se dire orphelins politiques et commencent à voter avec leur coeur. Que vous votiez pour le Parti Conservateur ou l’Équipe Autonomiste m’importe peu, mais si l’un ou l’autre de ces deux partis présente un candidat, votez pour lui! Cessez de gaspiller votre vote à encourager la corruption et le sempiternel débat constitutionnel et votez pour un parti qui est vraiment proche de vos valeurs. En 2007, le votre de droite a pratiquement mis l’ADQ au pouvoir. Si on s’unissait encore en 2012, qui sait quel en serait le résultat.