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La ligue nationale d’impro

Caricature: Ygreck

Par Philippe David

Les péquistes ont promis qu’ils aboliraient la taxe santé. Pour ce faire, ils ont décidé de prendre la voie populiste de taxer les riches sur leurs revenus, mais aussi sur les gains de capital et les dividendes. Cependant, ils ne s’attendaient pas au tollé qui s’en est suivi quand les gens ont réalisé que de taxer les gains de capital et les dividendes affectait leurs REER et autres actifs sur lesquels la classe moyenne fonde ses plans de retraite.

Et, comble de malheur, les péquistes ont été frappés de plein fouet par la réalité des chiffres, chose qu’ils auraient dû prévoir puisque le gouvernement  fonctionne en déficit depuis 2010.  Mais apparemment, les mathématiques ne sont pas la force du gouvernement péquistes, alors ils ont probablement cru que ces déficits n’étaient que pur hasard et qu’ils disparaitraient par magie sous leur habile gestion. Ce n’est pas si facile, une fois au pouvoir. Maintenant, ils doivent trouver le moyen de combler le trou laissé par leurs prédécesseurs et celui laissé par leurs propres promesses électorales qu’ils se sont empressés d’exaucer sans trop réfléchir. Nicolas Marceau est en train de découvrir que ce n’est pas aussi facile sur le plancher des vaches que du haut d’une tour d’ivoire.

Ainsi, il se voit obligé de reculer sur sa promesse d’éliminer la taxe santé, mais pour dorer la pilule, il l’a rendu progressive, ce qui fera que les riches paieront plus que les plus pauvres. Mince consolation, puisque la définition de « riche » dans ce cas précis est d’avoir un revenu imposable de $42 000 ou plus. On n’a plus les riches qu’on avait. Je devrais peut-être me réjouir de faire partie de cette catégorie, mais bon. En même temps, les hausses d’impôt pour les revenus de $130 000 et plus demeurent, quoique moindres qu’originalement prévu. Les travailleurs à haut revenu se trouvent donc doublement frappés. Ce n’est plus la taxe santé OU les hausses d’impôt, c’est la taxe santé encore plus salée ET les hausses d’impôt. Si au moins on pouvait espérer une amélioration des services pour compenser, mais j’ai de gros doutes que ça puisse arriver.

Pendant que le PQ s’obstine à essayer d’équilibrer le budget en ne jouant que sur la colonne des revenus, beaucoup d’observateurs font remarquer qu’il existe une autre colonne dans un budget, celle des dépenses. Par exemple, simplement de réduire les subventions aux entreprises au même niveau que l’Ontario épargnerait 3 à 4 milliards au gouvernement sans hausser les taxes et les impôts et serait même acceptable à gauche et à droite de l’échiquier politique. (Eh oui, même les méchants droitistes reconnaissent qu’on subventionne trop!) Mais faire des coupure pourrait vouloir dire une réduction des effectifs de la fonction publique et ça voudrait aussi dire qu’il faudrait dire non à certains groupes d’intérêts. Comme nous avons pu le constater dans le dossier des frais de scolarité, Pauline Marois n’a pas exactement fait preuve de grand courage face à ce groupe d’intérêt dont le pouvoir est relativement limité. Qu’est-ce que ce serait si elle devait faire face à des groupes encore mieux organisés. Découvrirait-on alors que dans les faits, la fameuse « dame de béton » ressemble plus à une dame de Jell-o?

Toujours est-il que manifestement, le seul talent dont le PQ a fait preuve depuis son élection est celui d’improviser. Ce recul sur sa promesse d’abolir la taxe santé ne fait que confirmer qu’il dirige comme une poule sans tête. La confiance de l’électorat en prend pour son rhume.

Pourquoi les hausses d’impôt ne sont pas une bonne idée

 

Par Philippe David

Je serai toujours étonné par la pensée magique gauchiste. Je ne dis pas qu’abolir la taxe santé est une mauvaise idée, j’en suis plutôt heureux personnellement, mais cette abolition fait un trou de 1 milliard dans le budget, sans compter les autres bonbons que Pauline 1ere a donné à ses fidèles comme l’abolition des hausses de frais de scolarité. On fait quoi pour boucher le trou?

Taxons les riches!

Bien sûr ils vous répondront invariablement « taxons les riches! » Mais il y a quelques petits problèmes dans cette idée.  La première est que ce sera insuffisant. Même si la hausse d’impôt rapportait les revenus que le PQ espère (600 millions $), ce n’est clairement pas 1 milliard. En fait, même en ajoutant les entreprises et les modifications aux taxes sur les dividendes et les gains de capital ce ne sera pas suffisant pour payer pour l’orgie de clientélisme auquel le PQ s’est livré depuis qu’il a pris le pouvoir il y a à peine trois semaines.

Lors du dernier budget, le printemps dernier, l’IEDM s’est livré à l’exercice de calculer combien il faudrait taxer les revenus de $250 000 et plus pour combler le déficit prévu à ce budget de $3,9 milliards. La réponse est qu’il aurait fallu taxer 100% de tous les revenus excédant $250 000 pour y arriver. Cependant, dans une telle situation, qui serait assez con de vouloir faire plus de $250 000 si c’est pour donner chaque cent supplémentaire au fisc? Donc une fiscalité aussi agressive rapporterait strictement zéro à l’état.

La nature humaine

Ce dernier point m’amène à la deuxième faille dans la stratégie de toujours plus taxer les riches. Elle ne tient pas compte de la nature humaine. Chaque individu, peu importe à quel point il essaie d’être altruiste, sera toujours motivé principalement par son intérêt personnel et nous pouvons donc compter sur lui de réagir dans ce sens aux divers incitatifs qui lui sont offerts, particulièrement pour éviter les choses désagréables. Taxez son salaire, il travaillera moins, ou il se fera compenser de façon différente ou il cachera ses revenus. Taxez les dividendes et les gains en capitaux et il investira moins, ou il investira ailleurs. Puisqu’on paie toujours l’impôt dans la province où on réside au 31 décembre, certains feront peut-être le choix de déménager avant cette date. Mon ami Ian Sénéchal, qui est analyste financier a d’ailleurs fait un calcul amusant selon lequel il ne faudrait qu’une personne sur 23 gagnant un revenu de plus de $250 000 déménage hors du Québec pour complètement annuler les gains que le gouvernement compte tirer de cette hausse d’impôt. Ça ne prendrait pas un exode massif pour faire mal. Juste 5% du 1.2% le plus riche du Québec.

C’est l’économie, stupide!

Pour reprendre la phrase désormais célèbre de Bill Clinton, le troisième point c’est l’impact économique. Selon des études empiriques, l’impôt est un désincitatif tel au travail et la création de richesse que chaque dollar de hausse d’impôt cause une diminution de $0,76 du PIB.  Comme si on avait besoin de ralentir encore plus notre économie. Je doute fort que le gouvernement  arrive  à combler son manque à gagner par une hausse d’impôt des plus nantis, mais en plus il risque de handicaper ses recettes futures, alors oubliez l’équilibre budgétaire pour l’an prochain.

Notre problème n’est pas un problème de revenus, c’est un problème de dépenses mais ni le PLQ et encore moins le PQ dans sa version actuelle ne remettra en question la gestion des dépenses publiques afin de réduire le gaspillage et la redondance des strucutures. Ce serait pourtant si simple de réduire les subventions aux entreprises pour les ramener dans les mêmes proportions que l’Ontario. Rien que ça nous économiserait $2,5 milliards.

À la place, nous avons élu un gouvernement de clowns qui s’acharnent à jeter notre économie à terre.

Pour ceux qui ont de la difficulté à comprendre notre système fiscal, il y a cette petite vidéo qui est très instructive…